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Full text of "Traité de l'acupuncture, d'après les observations de Jules Cloquet et publié sous ses yeux"

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Boston 

medical  librabt 

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TRAITE 


L'ACUPUNCTURE 


IMPRIMERIE  DE  H.  FOURNIER, 

EUE    DE   SEINE,    N»    l/ft 


TRAITÉ        J> 

L'ACUPUNCTURE, 

d'après  les  observations       _ 
DE  M.   JULES  CLOQUET, 

ET  PUBLIÉ  SOLS    SES  YEUX 

PAR  M.  DANTU  T>Y,  VA1NKES, 


DOCTEUR    Eîf    MEDECINE. 


A  PARIS, 

CHEZ   BÉCHET    JEUNE.    LIBRAIRE, 

place  de   l'école  de  médecine,   »•  \. 

1826. 


AVANT-PROPOS. 


On  ne  connaissait  guère  en  France  que 
par    les   relations  des    voyageurs  et    par 
quelques  observations  éparses  dans  les  trai- 
tés de   médecine ,    l'acupuncture,    opéra- 
tion employée,  dès  la  plus  haute  antiquité, 
dans  le  traitement  des  maladies,  par  les 
Chinois  et  les  Japonais.  Voulant  détermi- 
I  ner  le  mode  d'action  de  ce  moyeu   théra- 
\  peutique  et  l'apprécier  à  sa  juste  valeur , 
i  M.    Jules  Cloquet  a   cru   devoir  faire  de 
nouvelles  observations ,  et  il  les  a  suivies 
avec  ce  zèle  et  cette  persévérance  qu'il  met 


ij  AVANT-PROPOS, 

dans  tous  ses  travaux.  Il  ma  permis  d'as- 
sister à  ses  expériences ,  d  en  relever  les 
observations  et  de  m'en  servir  pour  com- 
poser ma  dissertation  inaugurale.  Des  cir- 
constances particulières  m'ayant  forcé  de 
soutenir  ma  thèse  que  sur  de  simples  pro- 
positions ,  j'ai  retardé  la  publication  des 
faits  que  j'avais  rassemblés  et  qu'on  trou- 
vera dans  ce  livre.  J'ai  taché  d'éclairer 
l'histoire  de  l'acupuncture ,  et  de  faire 
connaître  plus  complètement  qu'on  ne  la 
fait  jusqua  présent ,  cet  agent  thérapeu- 
tique ,  préconisé  avec  exaltation  par  les 
uns ,  injustement  déprécié  par  les  autres. 
En  publiant  tous  les  faits  que  j'ai  observés 
ou  qui  mont  été  communiqués,  en  rap- 
portant également  les  cas  où  l'acupunc- 
ture a  eu  le  plus  de  succès  et  ceux  où  elle 


AVANT-PROPOS.  iij 

a  complètement  échoué  ,  je  crois  devoir 
remplir  les  intentions  de  M.Jules  Cloquet 
et  mettre  le  praticien  à  même  de  déter- 
miner les  circonstances  dans  lesquelles  il 
peut  espérer  d'heureux  résultats  de  cette 
opération,  et  celles  où  il  doit  s'en  abstenir. 


TRAITÉ 


L'ACUPUNCTURE. 


CHAPITRÉ  ?pÊliklER 

Histoire  de  T Acupuncture. 

L'acupuncture  est  une  opération  très-ancienne, 
qui ,  selon  le  Père  Boyine ,  date  de  quarante 
siècles.  Elle  est  usitée  de  temps  immémorial  chez 
les  Chinois  et  les  Japonais  leurs  colons.  Quoique 
nous  n'ayons  sur  ce  sujet  que  des  connaissances 
peu  précises,  je  ne  puis  me  dispenser  de  donner 
quelques  détails  sur  la  manière  dont  ces  peuples 
la  pratiquent. 

ARTICLE  PREMIER. 

De  l'Acupuncture  chez  les  Chinois  et  les  Japonais. 

L'acupuncture  paraît  chez  ces  peuples  tenir 
lieu  de  la  saignée   (1) ,  dont  ils  sont  ennemis  ir- 

(i)  Ten-Rhyne,  Dissertatio  de  Acupuncture*  Londini,  i683. 

1 


2  TRAITÉ 

réconciliables ,  la  regardant  comme  un  moyen 
destructif  du  principe  de  la  vie. 

Les  Chinois  et  les  Japonais  attribuent  la 
cause  la  plus  fréquente  des  maladies  à  certains 
vents  (1)  qui,  se  développant  dans  le  tissu  des 
organes,  s'y  frayent  des  routes  inconnues  et 
souvent  y  causent  dumalaise  et  des  élancemens  (2); 
et  en  cela,  dit  Ten-Rhyne,  leur  doctrine  est 
d'accord  avec  celle  d'Hippocrate  (5) .  Cette  matière 
morbifique  (4)  se  change  bientôt  en  une  vapeur 
subtile ,  acre ,  laquelle  enfle  et  corrode  les  par- 
ties qui  la  contiennent,  cause  leur  dissolution  et 
occasione  des  douleurs  qui  les  empêchent  d'exé- 
cuter leurs  fonctions.  C'est  pourquoi,  disent-ils, 
quand  on  la  tire  de  sa  prison  étroite  ,  dans  le  mo- 
ment même ,  la  douleur  causée  par  le  gonflement 
des  parties  doit  cesser. 

Les  habitans  de  la  Corée,  les  Chinois  et  les 
Japonais  n'ont  dans  la  chirurgie  que  deux  re- 
mèdes principaux ,  qu'ils  supposent  réussir  éga- 
lement pour  guérir  et  pour  prévenir  les  maladies. 
Ils  prétendent  qu'ils  les  connaissaient  avant  l'in- 

(1)  Voir  Cleyer,  Spécimen  medicinœ  sinicœ. 

(2)  «  Flatus  ssepiuscule  inter  cutem  et.  musculos  caecos  et 
patentes  sibi  per  cuniculos  (  quales  sub  scapulis  haud  exigui  sunt) 
vagantur  ;  ac  laricinationes ,  vel  etiam  artuum  lassitudines 
excitant.  » 

(5)  Liber  de  Flatibus. 

(4)  Kempfei',  Histoii^e  et  description  du  Japon.  Lemgovia,  1779. 


DE  L'ACUPUNCTURE. 

vention  de  la  médecine  ;  ce  sont  le  feu  (le  moxaj, 
el  le  métal  (les  aiguilles).  Toute  maladie  qui  ré- 
siste à  ces  deux  moyens  curatifs  est  déclarée  in- 
curable. L'efficacité  de  ces  deux  agens  serait-elle 
vraiment  si  générale?  ou  plutôt  la  chirurgie  de 
ces  peuples  n'est-elle  si  bornée  que  parce  qu'ils 
ont  une  aversion  extrême  pour  l'ouverture  des 
cadavres,  qui  seule  peut  l'étendre  davantage?  Il 
paraît,  en  effet,  que  le  peu  qu'ils  savent  d'ana- 
lomie,  ils  le  doivent  à  l'inspection  de  quelques 
cadavres  d'animaux. 

Les  Chinois  (1),  donnent  le  nom  de  Gecqua 
à  ceux  qui  appliquent  les  remèdes  externes; 
«  Au  Japon  on  donne  le  nom  de  farittate  (pi- 
queurs  d'aiguilles)  à  ceux  qui  appliquent  l'ai- 
guille de  leur  chef  ou  selon  les  désirs  du  malade. 
La  connaissance  des  parties  où  il  faut  appliquer 
le  moxa  ou  les  aiguilles  est  si  importante,  qu'elle 
fait  à  elle  seule  l'objet  d'un  art  particulier. 
Ceux  qui  le  pratiquent  s'appellent  tensasi  (  tou- 
cheurs  ou  chercheurs  des  parties).  » 

Les  philosophes  de  ces  pays  prétendent  que 
l'or  et  l'argent  sont  la  production  du  soleil  et  de 
la  lune ,  et  qu'ils  sont  enrichis  des  vertus  de  ces 
deux  corps  célestes.  Les  habitans  en  fabriquent 
des  aiguilles  très-polies  et  propres  à  ponctionner. 

(,1)   Kœmpfor. 


4  TRAITE 

Ils  en  font  si  grand  cas  pour  cette  raison  (Kœmp- 
fer),  qu'ils  les  portent  toujours  avec  eux,  ainsi 
que  quelques  autres  instrumens. 

Les  instrumens  que  les  Chinois  emploient 
pour  pratiquer  l'acupuncture ,  sont  des  aiguilles 
très-fines,  sans  quoi  leur  piqûre  serait  dange- 
reuse. La  manière  de  les  tremper  et  de  leur 
donner  la  dureté  requise  fait  un  métier  particu- 
lier qu'on  ne  peut  exercer  qu'avec  des  lettres  pa- 
tentes données  sous  le  sceau  de  l'empereur.  Ces  ai- 
guilles sont  de  deux  espèces  ;  les  unes  sont  indiffé- 
remment d'or  ou  d'argent.  C'est  une  sorte  de  stylet 
délié ,  de  quatre  pouces  de  longueur,  terminé  en 
pointe  fort  aiguë ,  qui  a  un  manche  retors ,  pour 
qu'on  imprime  plus  facilement  à  l'instrument  des 
mouvemens  de  rotation  pendant  qu'on  l'introduit. 
Il  est  renfermé  dans  le  manche  d'un  marteau  qui  est 
creusé  à  cet  effet.  Ce  marteau  est  en  corne  de  tau- 
reau sauvage  ;  il  est  poli ,  un  peu  plus  long  que  l'ai- 
guille, et  se  termine  par  une  tête  ronde,  légè- 
rement aplatie,  dans  laquelle  se  trouve  enchâs- 
sée une  pièce  de  plomb  pour  en  augmenter  la 
pesanteur.  Le  côté  qui  bat  l'aiguille  est  revêtu 
d'une  pièce  de  cuir  pour  empêcher  que  l'ai- 
guille qu'on  enfonce  dans  le  corps  n'en  res- 
sorte (1).  Les  autres  aiguilles  ne  diffèrent  des  précé- 

(i)  Selon  Dnjardin  (Histoire  Je  la  chirurgie),  la  tête  du  maillet 


DE  L'ACUPUNCTURE.  5 

dentés  qu'en  ce  qu'elles  sont  extrêmement  déliées 
et  en  argent  seulement.  Leur  manche ,  court  et 
épais,  est  tourné  en  vis  sur  sa  longueur;  on  les  met 
dans  une  boîte  de  bois,  garnie  au  fond  de  drap 
bien  doux,  sur  lequel  elles  sont  couchées.  Si, 
comme  il  arrive  souvent,  l'on  passe  ces  aiguilles 
dans  un  tube  délié  de  cuivre,  pour  les  enfoncer, 
on  les  appelle  aiguilles  à  tuyaux  (fudabarri).  Ce 
tube  est  d'environ  un  pouce  plus  court  que  l'ai- 
guille, et  gros  comme  une  plume  d'oie;  il  sert  à 
guider  l'aiguille  pour  faire  plus  sûrement  la  ponc- 
tion dans  un  lieu  choisi  du  corps. 

Au  reste  l'opération  se  fait  de  la  manière  sui- 
vante, dit  Kœmpfer  qui  l'a  vu  pratiquer  (1)  :  «Le 
chirurgien  prend  l'aiguille  près  de  sa  pointe, 
entre  le  bout  du  doigt  médius  gauche  et  l'ongle 
de  l'index,  appuyé  par  le  pouce.  Il  la  tient 
ainsi  vers  la  partie  qui  doit  être  piquée,  et  qui 
doit  être  soigneusement  examinée,  pour  savoir 
si  ce  n'est  pas  un  nerf.  Ensuite  prenant  le  mar- 
teau de  la  main  droite,  il  en  donne  un  coup 
ou  deux,  précisément  ce  qu'il  faut  pour  vaincre 
la  résistance  de  la  peau  et  faire  entrer  l'aiguille. 
Cela  fait,  il  met  le  marteau  de  côté  ,  et  prenant  le 

est  percée  de  petits  trous,  comme  un  de  à  coudre,  pour  recevoir 
la  tête  de  l'aiguilla;  ce  qui  suppose  qu'il  y  a  aussi  des  aiguilles 
sans  manche. 
(t)  Op.  cit. 


6  TRAITÉ 

manche  de  l'aiguille  entre  les  extrémités  de  l'in- 
dex et  du  pouce,  il  la  tourne  jusqu'à  ce  que  la 
pointe  entre  dans  le  corps  \  à  la  profondeur  que 
les  règles  de  l'art  exigent;  ce  qui  est  ordinaire- 
ment un  demi-pouce  \  rarement  un  pouce  et  au- 
dessus  ;  en  un  mot ,  jusqu'au  siège  de  la  douleur 
et  où  l'on  croit  la  maladie  renfermée.  - 

Les  aiguilles  de  la  deuxième  sorte  ne  sont  point 
frappées  du  marteau;  on  les  enfonce  en  les  tour- 
nant en  vis,  l'opérateur  les  tenant  entre  les  ex- 
trémités du  pouce  et  du  doigt  du  milieu  (1).  Ceux 
qui  opèrent  adroitement  donnent  un  coup  avec 
l'index  sur  le  doigt  du  milieu,  justement  autant 
qu'il  faut  pour  que  l'aiguille  traverse  la  peau; 
ensuite  ils  achèvent  l'opération  en  tournant. 
Quelques-uns  se  servent,  à  cet  effet,  d'un  tuyau 
tel  qu'il  est  décrit  ci-dessus  :  n'étant  qu'un  peu 
plus  court  que  l'aiguille ,  il  borne  par  ce  moyen 
son  intromission.  Les  règles  et  les  préceptes 
pour  pratiquer  cette  piqûre  sont  fort  différens 
eu  égard  surtout  aux  vapeurs  cachées  qu'on  sup- 
pose être  la  cause  de  la  maladie  ;  de  là  vient  que , 
lorsqu'on  veut  faire  cette  opération,  un  médecin 

(1)  Selon  Ten-Rhyne,  l'aiguille  doit  être  introduite  dans  la 
partie  affectée  par  une  simple  piqûre  ou  en  la  tournant  entre  le 
pouce  et  le  doigt  indicateur,  ou  en  renfonçant  légèrement  avec  le 
maillet,  suivant  la  nature  de  la  maladie  et  la  structure  de  la  partie 
sur  laquelle  on  opère. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  7 

habile  et  prudent  doit  déterminer  avec  foute  son 
attention  et  tout  son  jugement,  où  et  jusqu'à 
quelle  profondeur  les  vapeurs  séjournent. 

«  Le  chirurgien  tient  l'aiguille  enfoncée  jus- 
qu'àrce  que  le  malade  ait  respiré  une  fois  ou  deux. 
et  ensuite,  la  tirant  au  dehors,  il  presse  la  partie 
piquée  avec  le  doigt,  comme  pour  en  exprimer 
toute  la  vapeur  ouïe  vent.  »  Selon  Ten-Pdryne,  (1) 
l'aiguille  doit  rester  enfoncée  pendant  trente  res- 
pirations (deux  minutes  environ),  si  le  malade 
peut  le  supporter,  sinon  on  la  retire,  pour  la  re- 
mettre de  nouveau  à  5,  4?  5,  6  reprises,  si  le  ma- 
lade en  a  le  courage  et  que  le  mal  soit  opi- 
niâtre (2)..  Et  il  a  bien  soin  d'ajouter  que  cela 
s'entend  de  l'inspiration  et  de  l'expiration  réu- 
nies (5).  Je  me  contente  ici  de  faire  remar- 
quer cette  dissidence  très  -  grande  entre  ces 
deux  auteurs,  tous  deux  médecins,  et  qui  ont 
été  tous  deux  à  même  d'observer  sur  les  lieux.  » 

Pour  subir  l'acupuncture,  le  malade  doit  être  à 
jeun. 

(1)  Op.  cit. 

(2)  «  Acus  trigenta  respirationum  spatio  in  parte  punctâ  deti- 
neatur,  si  facile  ferat  aeger,  sin  minus  eximatur  denuô,  et  de  novo 
iteretur  punctura  vel  ter,  vel  quater,  quandùque  etiam  quin- 
ties  sextiesque,  si  facile  ferat  aeger  et  morbus  sit  tenax.  j» 

(3)  «  Hoc  est.  inspiration  iim  et  expirationum  nnà  coihjpjrehénsa- 
rum,  illa  enim  tempora  coinputandi  ratio  apud  Sinenses  et  Japo- 
nenses  raedicos  usualis  est.  » 


8  TRAITÉ 

Quant  à  la  profondeur  de  la  ponction,  l'ai- 
guille, selon  Ten-Rhyne,  doit  être  légèrement 
imprimée  dans  la  partie  malade  (1) ,  excepté  dans 
quelques  maladies  de  la  tête  où  l'on  enfonce 
quelquefois  l'aiguille  jusqu'au  crâne,  ainsi* que 
dans  quelques  affections  de  la  matrice  où  l'on 
ne  craint  point  de  piquer  quelquefois  cet  or- 
gane (2).  Si  la  maladie  est  grave,  il  faut  que  la 
piqûre  soit  plus  profonde  ;  on  pique  plus  profon- 
dément les  adultes  et  les  personnes  grasses,  que 
les  vieillards  et  les  personnes  maigres.  Il  faut  pi- 
quer superficiellement  les  endroits  où  se  trouvent 
des  parties  nerveuses  (5) ,  parce  que ,  ajoute  le 
même  auteur,  l'acupuncture  dans  les  parties  ner- 
veuses est  non-seulement  très-douloureuse ,  mais 
encore  pleine  de  dangers  ;  c'est  pourquoi  les  Ja- 
ponais ponctionnent  avec  la  plus  grande  circons- 

(i)«Acus  affecto'loco  leviusculeimprimenda.»  Que  penser  donc 
de  cet  autre  pre'cepte  du  même  auteur  :  Chez  les  personnes  fai- 
bles ,  qu'on  applique  les  aiguilles  à  l'abdomen ,  et  chez  les  per- 
sonnes fortes  au  dos  et  quelquefois  aux  lombes.  «  Qui  naturae  sunt 
debiliores  in  abdomine ,  qui  yero  fortiores  in  dorso  (vel  lumbis,  si 
ces  ita  ferant)  acupungantur.  » 

(2)  «  Excipiuntur  quaedam  capitis  vitia ,  in  quibus  ad  ipsum  cra- 
aium ,  acus  aliquandô  infigitur,  item  aliquae  uteri  affectiones  in 
quibus  ipsa  matrix  nonnunquam  perforatur.  » 

(3;«  Locanervosa  pungito  levissimè,  carnosaprofundiùs.»  Je  n'ai 
pas  besoin  de  faire  remarquer  que  Ten-Rhyne  confond,  sous  le 
nom  de  parties  nerveuses ,  les  nerfs ,  les  tendons ,  les  ligamens ,  en 
un  mot,  tous  les  tissus  blancs. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  9 

peclion  dans  ces  lieux,  et  ne  pénètrent  guère 
au-delà  de  la  peau.  Quant  aux  parties  charnues, 
on  peut  les  piquer  plus  profondément  :  en  jetant 
les  yeux  sur  les  planches  de  Dujardin  (1),  on 
voit  que  les  aiguilles  peuvent  être  introduites 
dans  presque  tous  les  points  de  la  surface  du 
corps  (2).  Les  chirurgiens  se  guident  d'ailleurs  sur 
l'expérience  et  sur  le  peu  de  connaissances  qu'ils 
ont  du  trajet  des  gros  vaisseaux,  qu'ils  évitent 
autant  que  possible.  «  Il  arrive  souvent  ,  dit 
Kœmpfer,  que  les  gens  du  commun  peuple  s'a- 
venturent à  appliquer  l'aiguille  purement  sur 
leur  propre  expérience ,  et  sans  l'avis  du  tentasi 
expérimenté ,  prenant  garde  seulement  de  ne  pi- 
quer ni  nerfs,  ni  tendons,  ni  aucuns  vaisseaux 
sanguins  considérables.  »  Dans  toutes  les  ma- 
ladies, il  faut  piquer  la  partie  où  elles  ont  pris 
naissance  (5).  Kœmpfer  nous  apprend  que  pour 
la  pire  de  la  colique  (4)  en  particulier,  les  Ja- 
ponais font  l'acupuncture  dans  la  région  du  foie. 


(1)  Histoire  de  la  chirurgie. 

(2)  Quelque  nombreux  qu'ils  soient ,  ils  cnt  cependant  chacun 
un  nom  particulier,  et  les  Chinois  paroissent  croire  qu'il  existe 
entre  ces  divers  points ,  même  les  plus  e'loigne's ,  des  relations  les 
plus  singulières. 

(3)  «  Ea  pars  acupungeuda  est  ex  qud  originem  trahit  morbus.» 
Tt/i-Rhj  ne. 

(4)  C'est  une  maladie  commune  au  Japon  ,  où  cl  h-  est  appelée 
sen-ki.  Elle  est  t:aractérise'e  par  des  douleurs  vives  et  des  tiraille- 


io  TRAITÉ 

Ils  font  neuf  piqûres  sur  trois  rangs  disposés  en 
parallélogramme,  à  la  distance  d'un  demi-pouce 
l'une  de  l'autre.  Chez  les  adultes,  chacun  des 
rangs  a  son  nom  particulier,  et  l'introduction  des 
aiguilles  des  règles  différentes.  Le  premier  rang 
est  nommé  sioquan,  on  le  pratique  justement 
au-dessus  des  côtes;  le  deuxième  se  nomme  stiu- 
quan,  il  doit  avoir  sa  place  entre   le    nombril 

mens  dans  tout  l'abdomen,  Elle  paraît  cause'e  par  une  boisson 
très-commune  en  Chine  et  au  Japon;  c'est  une  bière  froide 
faite  arec  du  riz.  Elle  a  la  consistance  des  vins  d'Espagne.  Les 
habitans  peu  sobres  prennent  beaucoup  de  cette  boisson,  qui, 
selon  le  père  Mariny  Romain,  est  aussi  forte  que  de  l'eau-de- 
vie.  Elle  ne  paraît  pas  malfaisante,  quand  elle  est  prise  en 
quantité'  modérée  et  un  peu  chaude.  La  colique  sen-ki  ressemble 
à  la  passion  hystérique,  dit  Kœmpfer;  elle  fait  craindre  des 
suffocations  par  ses  tiraillemens  depuis  les  aines  jusqu'aux 
fausses  côtes,  et,  après  do  longs  tourmens ,  se  termine  quelquefois 
en  tumeurs  qui  s'élèvent  en  divers  endroits  du  corps ,  et  dont  les 
suites  sont  dangereuses.  Chez  les  hommes ,  elle  cause  quelquefois 
le  gonflement  du  testicule  {sobi  des  Japonais),  qui  se  termjAj>ar 
la  suppuration  et  la  formation  d'abcès.  Chez  les  femmes,  quel- 
quefois il  en  résulte  des  tubercules  ou  pustules  à  l'anus  et  aux 
parties  génitales,  ordinairement  suivies  de  la  perte  des  poils.  Je 
crois  qu'il  est  impossible  de  ne  pas  reconnaître  en  cette  affection 
une  inflammation  violente  des  organes  de  la  digestion.  Je  suis 
d'autant  plus  porté  à  le  croire,  que  Kœmpfer  ajoute  :  «  Il  faut 
pourtant  remarquer  que  ces  tumeurs  aux  testiculesxhez  l'homme, 
et  ces  pustules  à  l'anus  chez  la  femme ,  sont  aussi  des  maladies 
domestiques  des  Japonais;  (Haec  testiculorum  inflatio,  dit  Ten- 
Rhyne,  Japonibus  sin-ki  peculiaris  imprimis  luxuriosis,  ut  pleri- 
que  sunt,  morbus  est.)  et  attaquent  plusieurs  personnes  qui  n'oDt 
jamais  ressenti  les  atteintes  de  la  coliqiif . 


DE  L'ACUPUNCTURE.  1 1 

et  le  cartilage  (  xiphoïde  )  ,  et  le  troisième  , 
qu'on  appelle  gecquan,  est  à  environ  un  deini- 
pouce  au-dessus  du  nombril.  «  J'ai  été  plusieurs 
fois  témoin,  ajoute  Kœmpfer,  qu'en  faisant  ces 
trois  rangs  de  trous  conformément  aux  règles 
de  l'art,  et  d'une  raisonnable  profondeur,  les 
douleurs  de  la  colique  cessaient  presqu'en 
un  instant,  comme  si  c'eût  été  par  enchante- 
ment (1).  On  a  tenté  quelquefois  de  guérir  cette 
colique  en  appliquant  sur  le  malade  le  feu ,  au 
moyen  du  moxa ,  mais  on  a  trouvé  par  expérience 
que  cette  méthode  n'a  pas  eu  tout  le  succès  de 
la  piqûre  d'aiguille.  » 

On  emploie  l'acupuncture  (2),  suivant  Ten- 
Rhyne,  à  la  tête,  contre  la  céphalalgie,  l'assoupis- 
sement, l'épilepsie,  l'ophthalmie,  et  d'autres  ma- 
ladies dépendant  de  la  présence  des  vapeurs  ma- 
lignes (5)  ;  à  l'abdomen,  surtout  dans  les  coliques, 
la  dysenterie,  et  dans  quelques  autres  affections 
qui  reconnaissent  pour  cause  des  vents  dans  les 
intestins;  dans  l'anorexie,  l'hystérie;  dans  les 
troubles  de  l'économie  causés  par  l'ivresse  [cor- 
poris  a  crapulâperturbationes)  dansées  douleurs 


(1)  On  se  rappelle  que  presque  tous  les  ^ens  du  peuple  portent 
habituellement  avec  eux  des  aiguilles.  Ils  peuvent  doue  attaquer 
la  maladie  dès  son  début,  à  sa  période  d'irritation. 

(uj  Ten-Rhyne,  op.  rii. 

(3)  «Aliisque  a  mnlignij  flalibus  ortis  infirmitatibus.  v 


12  TRAITE 

du  ventre  et  des  membres.  On  la  pratique  en  gé- 
néral, ajoute  le  même  auteur,  dans  les  vertiges, 
la  lippitude,  la  cataracte,  l'apoplexie;  dans  le 
spasme  cynique ,  l'ernprosihotonos  ,  l'opistho- 
tonos,  et  dans  les  Contractures  musculaires, 
les  convulsions,  dans  les  pesanteurs  de  tête  qui 
accompagnent  le  coryza,  le  rhumatisme,  les 
fièvres  intermittentes  et  continues,  la  mélan- 
colie, les  affections  vermineuses,  et  pour  com- 
battre la  douleur  à  laquelle  elles  donnent  lieu, 
intestinorum  lumbricis  et  ex  iisdem  orto  do- 
lori;  on  l'emploie  également  dans  la  diarrhée, 
le  cholera-morbus,  les  lassitudes  spontanées,  cau- 
sées également  par  des  vents;  dans  le  gon- 
flement du  testicule  (  1  ) ,  dans  la  gonorrhée  ,  en- 
fin dans  la  goutte,  surtout  dans  la  goutte  vague, 
car  la  vraie  goutte  (  Ten-Rhyne  )  est  trop  pro- 
fondément cachée  pour  que  l'aiguille  puisse 
pénétrer  sans  inconvénient  jusqu'aux  vents  eux- 
mêmes,  auteurs  et  arbitres  de  cette  affection, 
ad  ipsos  flatus  arthritidis  auctores  et  dominos. 

(i)  Ce  gonflement  est  précédé  par  une  fièvre  générale,  et  si  la 
fièvre  et  la  douleur  sont  trop  fortes ,  on  voit  diminuer  la  tumeur 
du  testicule.  (Quœ,  mala  si  intendantur,  prœternaturalisille  dimi- 
nuitur  tumor.)  Il  est  facile  à  gue'rir,  si  l'on  en  prend  soin  de  suite, 
autrement  on  n'en  vient  à  bout  que  très-difficilement.  Ou  ne  peut 
s'empêcher,  dit  Sue,  de  regarder  comme  un  sarcome  cette  tu- 
meur du  testicule.  (  Mémoire  sur  Priai  de  la  chirurgie  dans  la 
Chine,  Recueil  périodique  de  la  Société  de  Médecine,  tome  ix.  ) 


DE  L'ACUPUNCTURE.  r, 

Mais  il  est  encore  plus  probable,  dit  Sue.  que 
dans  la  goutte  au  genou,  la  ponction  n'aura  pas 
eu  de  bonnes  suites ,  parce  qu'elle  attaquait  les 
parties  tendineuses  et  nerveuses,  ce  qui  l'aura  fait 
abandonner.  Bontius  (1)  dit  l'avoir  vu  employer 
au  Japon,  avec  le  plus  grand  succès,  dans  la 
pleurésie. 

Si  l'on  a  de  la  peine  à  sentir  le  pouls  (  Ten- 
liliyne),  on  pique  le  bras  aux  environs  des  veines. 
Ubi  puisas  vix  vel  difficulter  sentitur,  acu- 
pungantùr  brachia  jiurtà  venas.  On  va  plus  loin 
encore;  on  perce  l'utérus  des  femmes  enceintes, 
lorsque  avant  le  terme  de  l'accouchement  le  fœtus 
fait  des  mouvemens  extraordinaires  qui  causent 
à  Sa  mère  les  plus  vives  douleurs.  On  ne  crainl 
pas  de  piquer  le  fœtus  lui-même ,  avec  une  ai- 
guille longue  et  déliée,  afin  qu'épouvanté  par 
cette  piqûre  (Then-Rhyne)  il  cesse  ses  mouve- 
mens excessifs  et  dangereux.  Ut  puncturâ  terre- 
ïhctus,  ab  enormi  et  periculi  pleno  motu  dé- 
sistât. 

On  s'est  beaucoup  prévalu  de  l'observation  rap- 
portée par  lord  Macartney  (2),  pour  s'élever  contre 
l'acupuncture  :  or,  voici  le  fait.  «  Un  des  Chinois 
principaux  qui  accompagnait  lord  Macartney  dans 

(1)  Histoire  de  la  Chine,  livre  5,  chapitre  dernier. 

(2)  Voyage  dans  l'intérieur  de  la  Chine,  par  lord  Macartnov  ; 
tome  m. 


i4  TRAITÉ 

une  promenade,  fut  attaqué  de  douleurs  violentes 
aux  principales  articulations  des  bras  et  des 
jambes  et  dans  la  partie  inférieure  du  bas- ventre, 
où  il  se  manifesta  une  tumeur  considérable,  qui , 
commençant  àl'anneau  du  muscle  oblique  externe 
du  côté  droit,  s'étendait  le  long  du  cordon  sper- 
matique  ;  les  douleurs  articulaires  avaient  lieu  or- 
dinairement le  printemps  et  l'automne.  La 
tumeur  abdominale  se  montrait  et  disparaissait 
souvent ,  mais  elle  était  plus  forte  et  plus  dou- 
loureuse quand  le  malade  avait  fait  quelques 
efforts  (1).  L'acupuncture  pratiquée  aux  articula- 
tions fut  sans  effet.»  Ten-Rhyne  nous  a  déjà  appris 
que,  dans  la  vraie  goutte,  elle  n'avait  pas  d'heu- 
reux résultats  ;  ce  qui  tient  aussi  peut-être  à  ce 
qu'on  ne  laissait  pas  l'aiguille  assez  long-temps 
dans  les  tissus ,  et  qu'on  ne  poursuivait  pas  assez 
la  maladie  par  des  applications  répétées  (2).  Le 
malade,  voyant  l'inefficacité  de  l'acupuncture,  se 
refusa  à  ce  qu'on  l'appliquât  à  la  tumeur  herniaire , 
malgré  les  instancesdes  médecins  chinois.  Gillon, 
médecin  de  Macartney,  leur  fit  entendre  qu'elle  y 


(1)  Il  est  impossible  de  ne  pas  reconnaître  une  hernie  inguinale, 
et,  ajoute  Sue,  un  rhumatisme  articulaire.  lSTe  serait-on  pas  aussi 
bien  en  droit  de  croire  que  c'est  une  affection  gcutteuse,  surtout 
quand  on  fait  attention  que  la  maladie  attaquait  un  des  princi- 
paux personnages  du  pays. 

"(2)  On  verra  que  M.  J.  Cloquet  a  re'ussi  dans  uu  cas  de  goutte. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  i5 

aurait  été  très-dangereuse.  Elle  y  eût  été  proba- 
blement au  plus  inutile. 

Leshabitans  de  laCorée,  les  Japonais  et  les  Chi- 
nois (Kœmpfer)  sont  grands  admirateurs  de  l'anti- 
quité, et  scrupuleux  à  l'excès  pour  conserveries 
coutumes  de  leurs  ancêtres;  mais  si  la  médecine 
est  au  même  point  chez  tous  ces  peuples,  leurs 
mœurs  paraissent  cependant  très-différentes  (1). 
Les  Chinois  sont  froids  et  tranquilles  autant  par 
éducation  que  par  tempérament  ;  ils  sont  habi- 
tués dès  l'enfance  à  l'ordre,  à  la  raison  et  aux 
usages  reçus  ;  chez  les  Japonais ,  on  exerce 
la  mémoire  des  enfans  par  des  poèmes  où  l'on 
célèbre  les  belles  actions  de  leurs  ancêtres,  et 
où  l'on  inspire  le  mépris  de  la  mort.  Leur  carac- 
tère est  plus  libre.  Les  Chinois  semblent  n'avoir 
eu  d'autre  but  que  d'émousser  la  violence  ,  l'im- 
pétuosité de  l'âme,  et  les  Japonais,  que  de  pré- 
venir son  engourdissement  et  sa  langueur.  Il  est 
fâcheux  que  ce  dernier  peuple  ait  converti  en 
culte  l'amour  même,  parce  que,  n'avant  pas  les 
mœurs  et  le  caractère  assez  développés  pour  s'é- 
lever aux  nobles  sentimens  qu'il  inspire  ,  il  tombe 
souvent  dans  tous  ses  excès.  Le  riche  s'abandonne 
à  la  lubricité,  et  le  pauvre  croupit  dans  la  misère  ; 
aussi  les  maladies  sont-elles  fréquentes  chez  les 

(i)  Martin,  Histoire  de  la  Chine. 


16  I    TRAITE 

Japonais,  mais  surtout  l'épilepsie,  l'apoplexie, 
la  paralysie,  et  spécialement  la  cécité  et  la  goutte. 
Il  n'est  donc  pas  étonnant  que  l'acupuncture  soit 
plus  souvent  employée  au  Japon  qu'en  Chine. 
Mais  n'est-ce  pas  aussi  une  raison  de  plus  pour 
que  les  Japonais,  plus  éclairés  que  les  Chinois, 
eussent  rejeté  ce  moyen,  si  son  efficacité  n'eût  été 
sanctionnée  aussi-bien  par  les  soulagemens  qu'il 
apporte  que  par  le  temps? 

«  La  ponction,  dit  Dujardin,  suit  dans  ses  effets 
à  peu  près  la  même  marche  que  le  moxa.  Elle 
n'agit  vraisemblablement  qu'en  appelant  dans  la 
partie  piquée  une  plus  grande  affluence  d'hu- 
meurs; peut-être  aussi,  ajoute-t-il ,  l'imagina- 
tion, dispensatrice  de  tant  de  biens  et  de  maux,  tant 
physiques  que  moraux,  aide-t-elle  l'action  de  l'a- 
cupuncture. »  Cette  dernière  opinion  est  celle  de 
tous  les  détracteurs  de  l'acupuncture.  Mais  peut- 
on  raisonnablement  admettre  que  d'aussi  grandes 
nations  (1)  aient  été  si  long-temps  dupes  de  leur 
imagination?  L'acupuncture  aurait-elle  traversé 
plusieurs  siècles  pour  venir  jusqu'à  nous,  si  elle 
n'eût  eu  d'autres  bases? 

Selon  l'abbé  Grosier  (2) ,  l'efficacité  de  l'acu- 
puncture  est  prouvée  par    des    guérisons   sans 


(1)  Environ  la  quatrième  partie  du  genre  humain. 
(a)  Description  générale  de  la  Chine,  tome  xm. 


de  i:a<:i.im  ncture 


nom 


bre,    mais    il    les    regarde    rommc    >urn;Hu 


elles. 


Je  crois,  au  reste,  ne  pas  mieux  termina 
article  qu'en  donnant  l'observation  suivante  , 
prise  dans  Ten-Rhyne  (1).  «  Un  garde  de  1V:i.j,< 
reur  du  Japon  (2)  qui  nous  servait  de  conduc- 
teur dans  cette  cour,  dit  cet  auteur,  sortit  du 
temple,  ayant  excessivement  chaud.  Pour  se  ra- 
fraîchir, il  but  abondamment  de  l'eau  à  la  glace. 
Il  fut  bientôt  saisi  d'une  grande  douleur  d'esto- 
mac ,  sans  rien  éprouver  aux  côtés.  Cette  douleur 
aigrie  tant  par  l'excès  des  boissons  et  des  alimens 


(i)Op.  cit. 

(2I  «  Corollarium.  TsTostcr  in  aulico  itinere  conductor,  Japo- 
nensium  imperatoris  miles  praesidarius  ,  holocaustum  egressus, 
admodùm  incalue»  at ,  sedandae  siti  gelidura  bibens  alîatim  ■  undr 
stomachum  sine  ullis  lat.erum  molestiis  ingens  prehcndit  dolor, 
qui  pcr  aliquot  dies  aegrura  ,  cùm  insimul  ob  nimiam  cibi  potùs- 
que  ingluviem,  tùm  ob  maris  insuetudinem  ,  undè  nausea  crebra 
vomitusque;  quibus  medendis,  primo  vinum  japonicum  cum  zinzi- 
bere  excalefactum  sumpsitj  sed  sic  dolorem  non  sustulit,  çulpans 
reclusum  pertinaciter  flatum  ,  quocircà  ad  acupuncturam  deve- 
nit,  quam  hune  in  modum  (et  ex  eo  de  reliquis  judica,  lector),  me 
pressente,  sibi  ipsemet  administravit.  Dorso  incubans,  sinistrum 
abdominis  latus,  suprà  pylorum  ,  quatuor  diversis  in  locis  acum 
(cujus  cuspidem  eum  in  finem  primorum  digitorum  apieibus  cir- 
cumspectè  eontinebat)  adegit-  quam  dùm  malléole  feriebat  (ip- 
sius  enim  duriuscula  cutis  erat)  comprimebat  anhelitum;  cum 
autem  ad  pollicis  ferè  latitudinem  adacta  esset  acus,  tortuosum 
illius  manubrium  circumvolvit,  pertusum  acu  locum  digitis  pres- 
sit,  extractam  vero  acum  nullus  sequebatur  sanguis;  levis>imo 
puncturae  indicio  residuo  :  hinc  levatus  curatusque  evasit.  » 

9 


i8  TRAITÉ 

qu'il  avait  pris,  que  par  le  défaut  d'habitude  de 
la  mer,  lui  occasiona  pendant  quelques  jours 
de  fréquentes  nausées  et  des  vomissemens.  Pour 
se  guérir,  il  prit  d'abord  du  vin  du  Japon ,  dans 
lequel  il  fit  infuser  du  gingembre  ;  mais  la  dou- 
leur ne  disparaissant  pas,  il  en  attribua  la  cause  à 
un  vent  opiniâtrement  fixé  dans  son  estomac,  ce 
qui  le  détermina  à  avoir  recours  à  l'acupunc- 
ture ,  qu'il  se  pratiqua  lui-même  devant  moi ,  de 
la  manière  suivante  :  après  s'être  couché  sur  le 
dos ,  il  se  perça  en  quatre  endroits  différens  le 
côté  gauche  de  l'abdomen,  au-dessus  du  pylore, 
avec  une  aiguille  dont  il  tenait  à  cet  effet  soi- 
gneusement la  pointe  avec  l'extrémité  de  ses 
premiers  doigts,  tandis  qu'il  la  frappait  avec  un 
petit  maillet  (car  sa  peau  était  un  peu  résistante)  ;  il 
retenait  son  haleine.  Lorsque  l'aiguille  fut  entrée 
de  près  d'un  pouce ,  il  lui  fit  exécuter  des  mou- 
vemens  de  rotation  ,  au  moyen  de  son  manche  re- 
tors ;  puis  il  la  retira ,  et  pressa  avec  les  doigts  les 
endroits  piqués  :  il  n'en  sortit  point  de  sang.  Les 
traces  qui  restaient  de  la  piqûre  étaient  très- 
légères.  Le  malade  fut  aussitôt  soulagé  et  guéri.  » 


DE  L'ACUPUNCTURE.  19 

ARTICLE  II. 

De  l'Acupuncture  chez  les  modernes. 

Le  xinkien  des  Chinois,  connu  en  Europe  de- 
puis un  siècle  et  demi  sous  le  nom  d'acupunc- 
ture (1),  y  était  presque  oublié,  lorsqu'en  1774 
Dujardin  rappela  l'attention  sur  cette  opération  ; 
et  cependant  ce  n'est  guère  que  depuis  quelques 
années  qu'elle  paraît  avoir  été  mise  en  pratique 
par  quelques  médecins.  Sans  parler  davantage  de 
ceux  qui,  écrivant  sur  l'acupuncture,  n'ont  fait 
que  reproduire  ce  qu'en  avaient  dit  Ten-Rhyne 
et  Rœmpfer,  j'arrive  de  suite  à  M.  Berlioz,  qui , 
en  1811,  envoya  à  la  Société  de  Médecine  de 
Paris  un  mémoire  qui  le  fit  taxer  alors  de  témé- 
rité, et  qui  pourtant  est  aujourd'hui  d'un  grand 
intérêt  (2).  On  trouve  dans  ce  mémoire  l'ob- 
servation d'une  affection  nerveuse  dont  je  ne  crois 
pas  déplacé  de  donner  ici  un  extrait. 

«  Une  demoiselle  âgée  de  24  ans ,  naturel- 
lement maigre,  éprouvait,  depuis  deux  ans,  une 
fièvre     nerveuse  ,    survenue  à    la    suite    d'une 


(1)  De  acus  aiguille,  et  punctura  ponction. 

(2)  On  le  trouve  inse're  dans  un  ouvrage  publie  en  1816  et  inti- 
tule' :  Mémoire  sur  les  maladies  chroniques,  la  évacuations  san- 
guines et  P acupuncture ,  par  Berlioz. 


20  TRAITÉ 

frayeur  vive  et  prolongée;  les  accès  se  décla- 
raient entre  une  et  deux  heures  de  l'après-midi , 
et  entre  huit  et  neuf  heures  du  soir;  ils  étaient 
caractérisés  par  le  froid  des  extrémités  infé- 
rieures, une  sécheresse  très-incommode  de  tout 
le  corps,  la  couleur  violette  des  joues,  l'éclat 
brillant  des  yeux,  une  douleur  de  tête  ainsi  que 
de  l'épigastre,  qui  semblait  comprimé  ;  il  y  avait  un 
tel  degré  d'affaiblissement  des  forces  musculaires, 
que  la  tête  avait  besoin  d'être  soutenue.  Pouls 
petit  et  fréquent,  loquacité  pendant  l'accès  de  l'a- 
près-midi, qui  durait  deux  ou  trois  heures.  La 
maigreur  était  extrême  et  la  menstruation  irrégu- 
lière. Le  quinquina  fut  nuisible  et  le  sulfate  de 
zinc  sans  effet.  Une  application  de  glace  prolon- 
gée faisait  cesser  les  accès  ;  l'opium  soulageait  un 
peu,  lorsque  M.  Berlioz  songea  à  l'acupuncture. 
La  malade  se  servit  d'une  aiguille  à  coudre,  en- 
duite de  cire  d'Espagne  vers  son  chas.  Elle  l'in- 
troduisit elle-même  perpendiculairement  d'abord, 
puis  parallèlement  aux  parois  abdominales.  Dès 
la  première  piqûre,  les  accidens  cessèrent  comme 
par  enchantement ,  et  le  calme  fut  complet.  L'o- 
pération n'eut  pas  besoin  d'être  renouvelée  le 
même  jour.  Le  lendemain  et  le  surlendemain 
l'accès  tenta  vainement  de  se  reproduire.  Une  es- 
pèce de  souvenir  de  l'opération  luttant  avec  avan- 
tage contre  l'habitude  morbide,  on  ne  pratiqua 


DE  L'ACUPl  VJÏl  RE.  2. 

l'acupuncture  que  tous  les  trois  jours.  Ce  n'est 
qu'au  bout  de  trois  mois  qu'on  fut  obligé  de  la 
pratiquer  tous  les  jours,  et  par  ce  moyen  la 
fièvre  nerveuse  fut  complètement  détruite  au 
bout  de  six  mois.  Quelques*  malaises  qui  surve- 
naient encore,  au  réveil  surtout,  étaient  dissipés 
par  l'acupuncture.  Les  piqûres  multipliées  causant 
de  la  douleur,  on  fut  ensuite  obligé  de  les  rem- 
placer par  l'usage  de  l'opium ,  dont  on  éleva  la 
dose  jusqu'à  douze  grains.  Quelque  temps  après, 
l'opium  et  l'acupuncture  n'étaient  presque  plus 
nécessaires,  lorsque  un  jour  la  malade  se  servit 
d'une  aiguille  courte  non  armée  de  cire.  Elle  l'en- 
fonça tellement  qu'il  fut  impossible  de  la  retirer, 
et  les  mouvemens  de  la  respiration  la  firent  com- 
plètement disparaître.  L'aiguille  chemina  du  côté 
gauche,  et  déterminait  une  douleur  assez  vive 
quand  la  malade  montait  ou  descendait  un  escalier, 
ou  remuait  le  bras.  Une  sensation  désagréable  était 
éprouvée  lorsque  les  alimens  descendaient  dans 
l'estomac.  Durant  tout  le  temps  que  l'aiguille  est 
restée  dans  la  région  épigastrique ,  la  malade  s'est 
trouvée  complè  tement  délivrée  de  tous  les  accidens 
nerveux  qu'elle  éprouvait  précédemment;  en- 
suite, à  mesure  que  la  gêne  et  la  douleur  causées 
par  la  présence  du  corps  étranger  se  sont  éva- 
nouies, quelques  accès  de  fièvre  sont  revenus  et 
ont  été  dissipés  par  l'opium.  La  santé  s'est  ensuite 


22  TRAITÉ 

parfaitement  rétablie;  il  n'y  a  pas  eu  de  rechute, 
et  l'aiguille  n'a  plus  causé  de  douleurs.  » 

Je  vais  donner  un  abrégé  de  deux  autres  obser- 
vations du  même  auteur. 

«  Un  pavsan  âgé  de  4o  ans  était  depuis  un 
mois  atteint  de  toux  convulsive  (coqueluche) 
avec  douleur  àl'épigastre.  La  toux  le  fatiguait  beau- 
coup, surtout  dans  la  marche  rapide.  Une  aiguille 
fut  enfoncée  à  une  telle  profondeur  dans  la  ré- 
gion épigastrique ,  que  j'ai  lieu  de  croire,  dit 
M.Berlioz,  avoir  percé  l'estomac.  Elle  fut  laissée 
en  place  pendant  trois  minutes;  le  malade  fut  aus- 
sitôt guéri  sans  rechute.  » 

Après  avoir  dit  que  l'acupuncture  soulage  dans 
les  contusions  sans  ecchymoses.  M.  Berlioz  donne 
l'observation  suivante  :  <<  Un  homme  tombé  de 
dix  à  douze  pieds  de  hauteur  sur  un  tas  de  pierres 
eut  toute  la  partie  postérieure  du  corps  tellement 
meurtrie,  qu'il  ne  pouvait  plus  exécuter  le  moindre 
mouvement.  Placé  sur  le  lit.  il  y  gardait  la  posi- 
tion qu'on  lui  avait  donnée.  Onze  piqûres  sur  la 
partie  postérieure  du  cou  dans  l'espace  d'une 
demi-heure  permirent  au  malade  de  lever  la 
tête.  La  même  opération  exécutée  les  jours  sui- 
vans,  et  d'après  ses  instances,  sur  diverses  par- 
ties, lui  procura  la  liberté  de  se  retourner  seul 
dans  son  lit .  et  bientôt  il  fut  guéri.  » 

M.  Berlioz  recommande  l'acupuncture  dans  les 


DE  L'ACIPINCTUIE.  # 

douleurs  suite  d'efforts,  de  tra\ail  forcé,  dans  le 
rhumatisme  vague  affectant  les  muscle>  c\térii-ui y 
de  l'appareil  respiratoire,  et  -caractérisé  pur  l'im- 
mobilité du  malade,  l'inspiration  profonde  e{  m '•- 
nible?  et  une  toux  causant  de>  douleur*.  - 
que  l'expulsion  des  crachats  est  impossible.  «L'a- 
cupuncture, dit-il,  dissipe  sur-le-champ  cet  étal, 
d'angoisse,  et  rend  aux  muscles  la  liberté  de 
leurs  mouvemens  dans  l'espace  d'une  a  deux  mi- 
nutes. »  Il  la  recommande  également  dans  les 
douleurs  nerveuses  de  la  tète,  dans  celles  du  pa- 
roxisme  des  fièvres  intermittentes,  quoique  dans 
ce  dernier  cas  elle  n'ait  pas  un  effet  aussi  complet. 
Enfin  il  la  préconise  contre  les  accidens  dépen- 
dant du  désordre  du  svitème  nerveux.  «  où  il  est 
peu  de  remèdes  qui  jouissent  d'une  activité  aussi 
prompte,  et  qui  produisent  des  effets  aussi  mer- 
veilleux » 

Après  les  expériences  de  M.  Bretonneau .  qui 
prouvent  qu'on  peut  sans  inconvénient  introduire 
des  aiguilles  jusque  dans  les  ventricules  du  cœur. 
pourquoi  dans  l'asphyxie ,  comme  le  conseille 
M.  Berlioz,  ne  perforerait-on  pas  cet  organe, 
pour  le  soumettre  alors  à  un  excitant  galvanique 
ou  à  l'électricité. 

Je  n'hésile  pas  à  reconnaître  avec  M.  Berlioz  . 
que  souvent  la  douleur  n'est  que  déplacée  par 
une  première  introduction  de  l'aiguille,  et  que  ce 


M  TRAITE 

n'est  qu'à  la  quatrième  ou  cinquième  acupunc- 
ture que  la  guérison  a  lieu;  que  la  piqûre  est  à 
peine  apparente5,  et  qu'il  en  sort  rarement  du 
sang/ 

M.  Berlioz  se  sert  d'une  aiguille  en  acier,  de 
trois  pouces  de  longueur.  «  Je  l'introduis,  dit-il, 
par  rotation  }  peu  "à  peu  (en  évitant  les  gros  vais- 
seaux et  les  nerfs),  et  je  m'arrête  quelques 
secondes,  de  temps  à  autre,  pour  demander  au 
malade  s'il  éprouve  du  soulagement.  Quoique  l'in- 
troduction perpendiculaire  soit  préférable ,  celle 
oblique  peut  être  aussi  avantageuse  :  dans  tous  les 
cas ,  il  faut  laisser  l'aiguille  en  place  pendant 
quatre  à  cinq  minutes.  » 

Je  dois  passer  sous  silence  l'article  acupunc- 
ture du  Dictionnaire  des  Sciences  médicales, 
puisque  M.  Bedor,  pour  rejeter  l'acupuncture, 
se  contente  de  raisonner  sans  donner  le  résultat 
d'aucune  expérience. 

On  trouve  dans  le  treizième  volume  du  Jour- 
nal universel  des  Sciences  médicales,  une  notice 
fort  intéressante  sur  l'acupuncture ,  par  M.  Haime. 
Ce  médecin  a  pratiqué  cette  opération  ,  en  pré- 
sence de  M.  Bre tonneau,  dans  trois  cas  difFérens 
dont  voici  un  court  exposé. 

Première  observation.  «  Une  fille  âgée  de  2^  ans, 
étant  née  robuste,  devint  nerveuse  par  suite 
d'une  menstruation  îrrégulière  ,  ayant  à  dix-huit 


DE  L'ACUPUNCTURE.  ^5 

ans  contracté  l'habitude  de  l'onanisme  ;  il  se  joignit 
à  son  état  empiré  des  vomissemens  habituels  et 
des  convulsions  générales  extrêmement  violentes 
qui  furent  suspendues  par  l'usage  des  bains  froids. 
Bientôt,  malgré  divers  moyens  employés,  les  ef- 
forts spasmodiques  parurent  se  concentrer  sur  le 
diaphragme  et  sur  l'estomac;  un  hoquet  nerveux 
se  déclara,  et  acquit  une  telle  intensité,  qu'on 
saisissait  à  peine  quelques  instans  de  relâche.  Des 
vésicatoires,  des  ventouses  scarifiées  sur  l'épi— 
gastre ,  des  bains  froids ,  ne  le  suspendant  que 
pour  quelque  temps,  on  eut  recours  à  l'acupunc- 
ture. J'introduisis,  dit  M.  Haime,  l'aiguille  au 
centre  épigastrique,  perpendiculairement,  en  la 
roulant  entre  mes  doigts  et  en  appuyant  sur  sa 
tête.  INous  ne  tardâmes  pas  à  reconnaître  avec 
quelle  étonnante  promptitude  ce  remède  asit.  A 
peine  l'instrument  fut-il  parvenu  à  la  profondeur 
de  quelques  lignes,  que  les  accidens  cessèrent 
comme  par  enchantement.  On  laissa  l'aiguille  en 
place  cinq  minutes.  Cette  opération  fut  suivie 
d'un  calme  parfait  et  de  la  cessation  du  hoquet 
pendant  trois  jours.  On  revint  alors  à  l'aiguille, 
dont  l'effet  fut  aussi  prompt  et  aussi  efficace. 
On  employa  ensuite  l'acupuncture  selon  les  be- 
soins. Enfin  je  puis  affirmer,  ajoute  M.  Haime. 
que  ce  moyen  n'a  pas  manqué  son  effet  une  seule 
fois;  la  piqûre  de  l'estomac  n'a  jamais  été  suivie 


26  TRAITÉ 

d'inconvéniens;  cette  profondeur  de  l'aiguille 
était  même  souvent  nécessaire  pour  faire  dispa- 
raître complètement  les  symptômes.  La  malade 
ne  tarda  pas  à  se  rétablir  et  à  jouir,  bien  que  va- 
poreuse ,  d'un  état  de  santé  satisfaisant.  » 

Deuxième  observation.  «  Une  femme  âgée  de 
38  ans  avait  déjà  été  atteinte  d'une  rhumatalgie, 
à  la  partie  inférieure  du  côté  gauche  du  thorax , 
lorsque,  six  semaines  après,  les  mouvemens  res- 
piratoires devinrent  chez  elle  extrêmement  pé- 
nibles, le  tronc  immobile  ;  la  violence  des  douleurs 
arrachait  des  cris ,  à  la  moindre  secousse  ;  pouls 
petit ,  concentré ,  sueur  froide  sur  tout  le  corps. 
Une  aiguille  fut  à  peine  introduite  dans  le 
point  douloureux,  que  la  douleur  descendit 
dans  l'abdomen,  où  elle  fut  poursuivie  par  une 
deuxième  aiguille,  puis  une  troisième,  qui  rendit 
la  respiration  parfaitement  libre,  et  fit  que  la  malade 
s'écria  qu'on  lui  avait  rendu  la  vie.  Les  douleurs 
revenues,  mais  moindres,  les  jours  suivans,  des 
acupunctures  les  chassèrent  chaque  jour,  et  au 
quatrième  la  cure  fut  radicale.  » 

Le  sujet  de  la  troisième  observation  est  un  rhu- 
matisme du  bras,  si  violent  qu'il  arrachait  des 
cris  à  la  malade.  Une  première  acupuncture  chassa 
la  douleur  dans  l'avant-bras,  et  une  deuxième  la 
fit  disparaître  entièrement.  «  Je  dois  déclarer,  dit 
M.  Haiine ,   que  c'est  sans  aucun  avantage    que 


DE  L'ACUPUNCTURE.  r) 

j'ai  pratiqué  cette  opération  à  différentes  reprises 
sur  deux  membres  paralysés.  » 

M.  Haime  termine  en  demandant  «  si,  d'après 
les  médecins  qui  regardent  les  douleurs  nerveuses 
comme  le  produit  de  l'accumulation  vicieuse  dans 
la  partie  qui  en  est  le  siège,  du  fluide  qu'on  dit 
parcourir  les  nerfs  ,  on  ne  peut  pas  admettre  que 
dans  ce  cas  l'acupuncture  agit  en  favorisant  la 
libre  circulation  de  ce  fluide  et  en  débarrassant 
ainsi  ces  organes  de  la  surcharge  qui  exaltait  ou 
pervertissait  leur  sensibilité.  » 

Churchill ,  chirurgien  de  Londres,  a  depuis  pra- 
tiqué plusieurs  fois  l'acupuncture  avec  succès, 
dans  plusieurs  cas  de  névralgies  et  de  rhuma- 
tismes. 

M.  Demours  l'oculiste  a  imaginé  d'adapter  à 
des  capsules  de  verre ,  à  des  ventouses ,  une 
pompe  aspirante  qu'on  peut  enlever  à  volonté. 
Au  sommet  de  la  capsule  se  trouve  un  tube  qui . 
sans  admettre  l'air,  sert  de  conducteur  à  une  ai- 
guille qu'on  fait  pénétrer  à  volonté  dans  les  chairs 
quand  le  vide  est  opéré.  Les  motifs  que  M.  De- 
mours allègue  en  faveur  de  cet  instrument  sont 
que  la  sensibilité  de  la  partie  est  tellement  émous- 
sée  par  l'action  de  la  ventouse ,  que  l'introduc- 
tion de  l'aiguille  ne  cause  pas  la  moindre  douleur. 
et  qu'elle  peut  pénétrer  plus  profondément  dans 
les  tissus  gonflés.    Mais    la  piqûre    des   aiguilles 


9.8  TRAITE 

cause  une  douleur  si  légère,  qu'il  est  bien  inu- 
tile d'avoir  recours  pour  la  tempérer  à  des  moyens 
si  compliqués.  Il  parait  aussi  que  dans  ces  der- 
niers temps  M.  Deinours  a  employé  le  procédé  sui- 
vant contre  les  ophthalmies  :  il  fait  un  pli  à  la  peau 
qui  environne  les  paupières,  comme  s'il  voulait 
y  pratiquer  un  séton,  et  il  le  traverse  avec  un  fil 
métallique  dont  il  rapproche  ensuite  les  extré- 
mités. 

M.  le  professeur  Béelard,  dont  nous  aurons 
plus  tard  besoin  d'invoquer  l'autorité  au  sujet  de- 
ses  nombreuses  expériences  sur  les  piqûres  des 
artères  et  des  nerfs,  M.  Béelard,  dans  son  article 
acupuncture  du  Dictionnaire  de  Médecine,  con- 
clut en  ces  termes  :  «  Quelques  médecins  ont  paru 
regretter  que  ce  moyen  ne  fût  pas  plus  souvent 
employé  dans  notre  thérapeutique.  Avant  d'avoir 
fait  des  expériences  sur  cette  opération,  et  avant 
qu'elle  eût  été  employée  comme  moven  théra- 
peutique en  Europe  ,  j'étais  assez  disposé  à  croire 
qu'on  devait  la  laisser  à  ses  inventeurs  :  l'expé- 
rience rn'a  confirmé  dans  cette  opinion.  » 

Le  cent-huitième  cahier  du  Journal  des  Sciences 
médicales  contient  une  observation  de  trismus 
guéri  en  Angleterre  par  l'acupuncture.  Elle  est  de 
M.  F.  Finch.  Un  homme  était  tombé  d'une  hauteur 
considérable,  et  s'était  fait  plusieurs  plaies  con- 
tuses  sur  différentes  parties  du  corps  et  du  crâne. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  *g 

On  désespérait  de  le  sauver,  parce  qu'il  y  avait 
trisinus  et  impossibilité  d'avaler.  L'on   introduisit 

une  aiguille  dans  le  muscle  masseter  et  dans  le 
sterno-mastoïdien  ;  «  tous  les  muscles  du  cou  et 
de  la  gorge  de  ce  coté  furent  à  l'instant  soulagés 
de  leur  contraction  spasmodique.  Une  deuxième 
aiguille  fut  alors  poussée  dans  le  muscle  masseter 
de  l'autre  coté,  et  immédiatement  après  il  y  eut 
aussi  du  mieux,  quoique  moins  sensible  qu'aupa- 
ravant. Un  instant  après  l'effet  fut  tel,  que  le  ma- 
lade prit  une  forte  dose  de  teinture  d'opium  et 
une  tasse  de  chocolat;  »  au  bout  de  quelques  jours 
il  fut  parfaitement  guéri. 

D'après  les  résultats  qu'il  avait  déjà  obtenus 
sur  plus  de  deux  cents  malades,  M.  Jules  Clo- 
quet  a  présenté  à  l'Académie  des  Sciences,  sur 
l'acupuncture,  quelques  réflexions  dont  voici  le 
sommaire.  Il  avance  que  : 

i°  L'acupuncture  agit  généralement  sur  les 
douleurs,  quelîe  que  soit  leur  cause. 

2°  De  ces  douleurs /les  unes  disparaissent  sans 
retour  ;  d'autres  reparaissent  après  un  tempes  va- 
riable, mais  presque  toujours  plus  faibles  qu'a- 
vant l'opération,  et  elles  peuvent  être  enlevées 
de  rechef  par  une  nouvelle  acupuncture;  d'autres 
douleurs  diminuent  seulement  d'intensité,  sans 
disparaître   entièrement;   enfin   quelques  autres 


3o  TRAITÉ 

douleurs  ne  sont  point  modifiées  par  cette  opé- 
ration. 

L'introduction  de  l'aiguille  est  en  général  peu 
douloureuse,  surtout  quand  on  pratique  l'opéra- 
tion pour  des  douleurs  très-vives. 

Un  temps  variable  après  l'introduction  de 
l'aiguille ,  le  malade  éprouve  un  engourdissement 
dans  la  partie  souffrante ,  ou  de  légers  frémisse- 
mens  dans  le  trajet  des  nerfs. 

Il  se  forme  très-souvent  autour  de  l'aiguille 
une  plaque  érythémateuse ,  d'une  couleur  rosée 
plus  ou  moins  vive ,  le  plus  souvent  arrondie , 
parfois  plus  étendue  sur  l'un  des  côtés  de  l'ai- 
guille que  sur  l'autre,  quelquefois  linéaire  ou 
fort  allongée.  Cette  coloration  de  la  peau  est  très- 
vive,  et  a  lieu  immédiatement  chez  quelques  ma- 
lades ;  chez  d'autres  elle  est  moins  intense ,  et 
n'arrive  qu'après  quatre,  cinq,  six  minutes,  un 
quart  d'heure ,  une  demi-heure.  Chez  quelques- 
uns  elle  n'a  point  lieu;  chez  d'autres,  elle  est 
remplacée  par  un  bourrelet  circulaire ,  qui  sou- 
lève légèrement  la  peau.  Le  soulagement  de  Ja 
douleur  est  ordinairement  d'autant  plus  marqué 
et  plus  prompt  que  la  plaque  érythémateuse  pa- 
raît plus  tôt  et  est  plus  étendue. 

Quand  l'acupuncture  agit  favorablement,  au 
bout  d'un   temps  variable  (d'une  minute  à  une 


DE  L'ACUPUNCTURE.  Si 

demi-heure),  la  douleur  paraît  se  concentrer  sur 
l'aiguille;  les  malades  éprouvent  dans  l'endroit  où 
elle  est  enfoncée,  de  la  chaleur  ou  de  petits  élan- 
cemens. 

Quelquefois  de  nouvelles  douleurs  paraissent 
inopinément  dans  un  endroit  éloigné  du  siège  de 
l'acupuncture;  on  les  fait  disparaître  par  l 'introduc- 
tion d'une  nouvelle  aiguille  dans  le  lieu  malade. 
La  douleur  que  le  malade  éprouve  à  l'aiguille 
est  continuelle  ou  revient  à  des  intervalles  va- 
riables. 

Presque  constamment,  quand  avec  un  conduc- 
teur métallique  ou  avec  le  bout  du  doigt ,  que 
l'on  a  mouillé ,  on  touche  la  portion  sortante  de 
l'aiguille,  les  malades  éprouvent  dans  la  piqûre 
des  élancemens  plus  vifs,  et  cela  pour  le  plus  léger 
contact;  la  douleur  pour  laquelle  on  pratique 
l'opération  diminue  en  proportion. 

Si  l'on  adapte  à  l'aiguille  un  conducteur  métal- 
lique dont  on  plonge  l'autre  extrémité  dans  un 
vase  rempli  d'eau  salée,  l'action  paraît  plus  vive, 
plus  prompte;  les  douleurs  ressenties  à  l'aiguille 
plus  violentes. 

Quelquefois  M.  Cloquet  a  été  obligé  de  retirer 
momentanément  le  conducteur  pour  calmer  les 
élancemens  extrêmement  vifs  qu'éprouvaient  les 
malades. 

Si  on  laisse  le  doigt  sur  l'aiguille  .  on  ne  tarde 


52  TRAITÉ 

pas  à  éprouver  soi-même  un  léger  engourdisse- 
ment au  niveau  de  la  première  articulation  pha- 
langienne;  à  mesure  qu'on  prolonge  l'expérience, 
l'engourdissement  s'étend  à  tout  le  doigt,  à  une 
portion  de  la  main,  et  jusqu'à  l'avant-bras.  Dans 
quelques  cas,  j'ai  éprouvé  des  contractions  mus- 
culaires involontaires,  convulsives,  non  doulou- 
reuses et  instantanées,  dans  plusieurs  des  mus- 
cles de  l'avant-bras  et  du  bras.  Chaque  fois  qu'on 
touche  alors  l'aiguille ,  on  ressent  de  légères  com- 
motions semblables  à  celles  que  produit  la  pile 
galvanique.  On  observe  aussi  ces  phénomènes  en 
touchant  l'aiguille  avec  un  conducteur  métallique 
que  l'on  tient  à  la  main. 

Quelques  malades  éprouvent  des  phénomènes 
généraux  pendant  l'acupuncture;  assez  souvent, 
des  sueurs  partielles  plus  ou  moins  abondantes; 
d'autres  perdent  la  sensation  de  froid  qu'ils 
avaient  dans  la  partie  malade  ;  quelques-uns  tom- 
bent en  syncope ,  ce  qui  est  rare.  Presque  tous 
éprouvent  un  bien-être  marqué ,  changent  com- 
plètement de  physionomie,  passent  en  peu  de 
temps  de  l'expression  la  plus  douloureuse ,  du 
plus  grand  abattement,  à  un  état  de  calme  et 
souvent  même  d'hilarité  remarquable. 

Les  mouvemens  et  les  fonctions  de  la  partie 
ne  tardent  pas  à  se  rétablir  plus  ou  moins  com- 
plètement. 


DE  L'ACMM  VriTIŒ.  33 

Quand  on  a  employé  des  aiguilles  d'acier  bien 
polies,  on  voit  que  pendant  l'opération  elles  se 
sont  oxidées;  leur  pointe,  à  une  distance  de 
quatre  à  cinq  lignes,  devient  d'un  bleu  violet, 
brillant,  irisé,  comme  si  on  l'avait  passée  au  feu; 
d'autres  fois  toute  la  portion  qui  était  enfoncée 
dans  les  parties  molles  est  noirâtre,  terne,  ru- 
gueuse; celle  qui  sortait  reste  claire  et  brillante, 
elle  n'a  rien  perdu  de  son  poli."  Ces  phénomènes 
d'oxidation  sont,  en  général,  d'autant  plus  pro- 
noncés, que  les  aiguilles  ont  séjourné  pins  long- 
temps dans  les  parties.  lisant  lieu,  mais  sont 
peut-être  moins  marqués  et  moins  eonsians. 
lorsqu'on  enfonce  des  aiguilles  dans  des  muscles 
vivans  exempts  de  douleurs.  On  ne  les  observe 
pas  quand  on  fait  l'expérience  sur  le  cadavre 
froid. 

L'acupuncture  instantanée  ou  faite  pendant 
une  ou  deux  minutes  n'a  en  général  que  des  effets 
peu  marqués  ou  nuls.  Ce  n'est  ordinairement  qu'a- 
près un  laps  de  temps  qui  varie  de  trois  minutes  à 
deux  heures.. qu'on  peut  observer  des  effets  favo- 
rables. Ces  différences  rendent  raison  des  diverses 
opinions  des  chirurgiens  sur  l'acupuncture,  que 
les  uns  ont  regardée  comme  très- efficace,  et  les 
autres  comme  un  moyen  à  peu  près  nul. 

Les  effets  qu'on  ne  peut  obtenir  avec  une 
seule    aiguille,  on  les  obtient    par   l'application 


54  TRAITÉ 

soit  simultanée,  soit  consécutive ,  de  deux,  trois, 
même  quelquefois  d'un  plus  grand  nombre. 

Il  ne  faut  en  général  retirer  les  aiguilles  que 
lorsque  les  douleurs  pour  lesquelles  on  a  pratiqué 
l'opération  ,  et  même  celles  qu'aurait  pu  causer 
l'introduction  des  aiguilles,  ont  disparu  depuis 
quelque  temps.  On  doit  proportionner  la  du- 
rée de  l'acupuncture  à  la  ténacité,  à  la  persis- 
tance des  douleurs.  Lorsque  M.  Jules  Cloquet 
fit  sa  communication  à  l'Académie  des  Sciences, 
il  n'avait  pas  encore  prolongé  l'acupuncture  au- 
delà  de  huit  heure*;  après  ce  laps  de  temps, 
il  n'y  a  pas  de  trace  d'inflammation  au  voisinage 
de  l'aiguille,  si  ce  n'est  dans  quelques  cas  le  cercle 
rougeâtre  dont  j'ai  parlé. 

M.  J.  Cloquet  a  employé  l'acupuncture,  i°  dans 
des  rhumatismes  musculaires  aigus  et  chroni- 
ques. Il  a  obtenu  des  effets  très- prononcés; 
beaucoup  de  malades  ont  guéri  après  une  ou 
plusieurs  acupunctures. 

2°  Dans  les  rhumatismes  fibreux.  Mêmes  ré- 
sultats. 

3°  Dans  les  rhumatismes  articulaires  aigus  et 
chroniques.  Les  effets  sont  moins  prononcés; 
néanmoins  plusieurs  guérisons  ont  eu  lieu  après 
un  nombre  variable  d'acupunctures. 

4°  Dans  les  névralgies  faciale,  dentaire,  sus- 
orbitaire,    cubitale;   dans   les  céphalalgies    opi- 


DE  L'ACl  PLVJÏIRE. 
niâtres.  Les  effets  oart  été  pboulpts  dbiu  beau- 
coup de  cas;  plusieurs  malades  ont  guéri  après 
une,  deux  ou  trois  acupunctures.  Chez  d'autres 
la  maladie  a  résisté  avec  opiniâtreté  ou  n'a  été 
que  peu  modifiée  par  l'acupuncture. 

5°  Dans  des  contusions  profondes,  récentes 
ou  anciennes;  il  a  obtenu  des  effets  en  général 
prompts;  un  soulagement  marqué  ou  la  guéri- 
son  après  plusieurs  acupunctures ,  quelquefois 
même  après  une  seule. 

6°  Dans  les  inflammations ,  l'ophthalinie ,  la 
pleurésie,  l'inflammation  des  intestins,  des  testi- 
cules, les  douleurs  abdominales  anciennes,  pa- 
raissant entretenues  par  des  inflammations  chro- 
niques. Il  a  obtenu  la  cessation  ou  seulement 
la  diminution  de  la  douleur,  et  des  symptômes 
inflammatoires. 

70  Dans  la  paralysie,  le  tremblement  mercu- 
riel  ;  les  effets  sont  nuls ,  quand  il  n'y  a  pas  de 
douleurs. 

8°  Dans  des  crampes,  des  contractures  mus- 
culaires; ici  les  effets  sont  en  général  prompts; 
il  y  a  eu  plusieurs  cas  de  guérison. 

A  la  même  époque,  M.  J.  Cloquet  avait  pra- 
tiqué en  présence  des  élèves  de  l'hôpital  Saint- 
Louis  plus  de  quatre  cents  fois  l'acupuncture . 
dans  presque  toutes  les  parties  du  corps,  sans 
avoir  observé  un  seul  accident.  Il  faut  remarquer 

3. 


56  TRAITE 

que  l'aiguille,  introduite  avec  précaution ,  ne  fait 
qu'écarter  les  fibres  des  tissus ,  et  que  celles-ci  se 
rapprochent  dès  qu'on  fait  l'extraction  de  l'instru- 
ment. Bans  le  pins  grand  nombre  des  cas,  il  ne 
s'écoule  pas  une  goutte  de  sang  après  l'extrac- 
tion de  l'aiguille. 

D'après  ce  qui  précède  ,  M.  Cloquet  soupçonne 
qu'il  se  fait  pendant  l'acupuncture  un  dégagement 
d'un  fluide.  Il  reste  à  prouver  son  existence  et  à 
déterminer  par  des  expériences  rigoureuses  si 
ce  fluide  qu'il  admet  provisoirement  est  ana- 
logue au  galvanisme,  au  magnétisme,  ou  s'il  est 
d'une  nature  spéciale,  et,  dans  ce  cas,  quelles 
sont  ses  propriétés  ;  s'il  existe  dans  nos  organes  à 
l'état  sain,  s'il  ne  devient  qu'accidentellement 
cause  de  maladies,  ou  bien,  au  contraire,  s'il 
se  développe  sous  l'influence  de  ces  dernières? 

Le  même  praticien  s'occupe  à  déterminer  po- 
sitivement les  différences  que  peuvent  entraîner 
dans  les  phénomènes  de  l'acupuncture  les  diverses 
espèces  de  métaux  avec  lesquels  on  fabrique  les 
aiguilles  ;  la  grosseur,  la  longueur  de  ces  instru- 
mens,  la  manière  de  les  introduire,  le  sens  de 
leur  introduction,  le  temps  qu'elles  demeurent 
en  place,  leur  nombre,  leur  isolement  ou  leur 
communication  par  des  conducteurs  avec  difle- 
rens  corps. 

I!   reste   encore  à  éclaircir,    dit  le  même  au- 


DE  L'ACUPL^CTLUi:.  5; 

leur,  un  point  de  la  plus  haute  importais  <•  en 
pathologie;  celui  de  savoir  si  le  principe  de  t<>ni< 
inflammation  n'a  point  son  siège  dans  le  système 
nerveux,  et  si  l'acupuncture  a  une  influence  di- 
recte sur  cet  agent  nerveux,  en  agissant  sur  lui 
comme  les  pointes  sur  le  fluide  électrique? 

Si  la  douleur  en  général ,  quelle  que  soit  sa 
cause,  n'est  point  déterminée  par  une  surabon- 
dance, une  accumulation  accidentelle  de  fluide 
nerveux  dans  les  parties  qui  en  sont  le  siège?  Si 
les  aiguilles  agissent  en  soutirant  cet  excès,  en 
rétablissant  l'équilibre  nécessaire  à  l'exercice  ré- 
gulier des  fonctions?  Si  les  phénomènes  pa- 
ralytiques ne  dépendent  pas  d'une  diminution 
dans  ce  principe  d'action,  et  s'il  n'y,  aurait 
pas  possibilité  d'y  suppléer  par  l'introduction 
directe  du  galvanisme  (  supposé  que  ces  deux 
agens  soient  les  mêmes),  parles  aiguilles  enfon- 
cées dans  les  muscles  paralysés? 

M.  Cloque t  s'occupe  d'expériences  pour  dé- 
terminer l'influence  de  l'acupuncture  instan- 
tanée ou  prolongée ,  sur  les  diverses  espèces 
d'inflammations,  aux  divers  temps  de  leur  déve- 
loppement :  i°  pendant  la  période  des  douleurs 
seules  ;  2°  pendant  la  période  du  gonflement  in- 
flammatoire ;  5°  pendant  la  suppuration,  la  for- 
mation des  exudations  séreuses,  albumineuses; 
4°  enfin,  dans  les  inflammations  passées  à  l'état 


58  TRAITE 

chronique  :  il  fera  connaître  plus  tard  les  résultats 
qu'il  aura  obtenus. 

Le  même  praticien  n'est  pas  éloigné  de  croire 
qu'on  pourra  parvenir  à  résoudre  cette  importante 
question  .  de  savoir  :  i°  si  le  sang,  par  son  abon- 
dance ou  ses  qualités  particulières ,  est  la  cause 
de  la  plupart  des  inflammations ,  ou  si  seulement 
son  accumulation  est  un  des  effets  immédiats  du 
principe  d'irritation  ;  2°  si  les  inflammations  et 
les  nombreuses  altérations  qu'elles  entraînent  à 
leur  suite ,  ne  sont  que  des  désordres  produits 
par  le  principe  d'irritation  ;  5°  si  par  conséquent 
il  ne  deviendrait  pas  possible  de  guérir  les  in- 
flammations plus  promptenient,  sans  affaiblir  les 
malades,  en  agissant  primitivement  sur  le  prin- 
cipe d'irritation ,  en  le  soustrayant ,  au  lieu  d'a- 
voir recours  aux  évacuations  sanguines;  en  agis- 
sant non  sur  les  effets ,  sur  les  désordres 
produits  par  ce  principe  d'irritation ,  mais  sur  ce 
principe  lui-même.  Si,  en  un  mot,  en  enlevant 
directement  le  stimulus  qui  appelle  le  sang  dans 
les  parties,  on  n'agirait  pas  plus  efficacement, 
plus  promptement  qu'en  diminuant  la  quan- 
tité de  ce  liquide  par  des  saignées  locales  ou 
générales,  qu'en  dirigeant  ses  moyens  théra- 
peutiques sur  les  conséquences  du  principe  d'ir- 
ritation. 

Telles  sont  les  principales  idées  que  M.    Clo- 


DE  LÀCUftJWCTURE.  5g 

quel  avance,  mais  avec  cette  réserve,  ce  dout<- 
philosophique  qui  doit  diriger  les  recli^rrhr- 
dans  les  sciences  d'observation,  où  les  théo- 
ries ne  peuvent  être  établies  qu'après  qu'on  a  re- 
cueilli un  grand  nombre  de  faits. 

Je  crois  avoir  passé  en  revue  tout  ce  qui  a  été 
fait  jusqu'à  ces  derniers  temps  sur  l'acupuncture. 
Qu'il  me  soit  maintenant  permis  de  me  livrer  à 
quelques  considérations  générales  sur  l'emploi 
de  cette  opération  chirurgicale. 

On  se  rappelle  que  Ten-Rhyne  recommande  de 
laisser  l'aiguille  en  place  pendant  trente  respira- 
tions, etRœmpfer  pendant  deux  respirations  seule- 
ment. On  aura  sans  doute  remarqué  que,  prenant 
trop  fidèlementcesdeux  auteurs  pour  guides,  onn'a 
jamais  laissé  l'aiguille  dans  les  tissus  plus  de  quatre 
à  cinq  minutes,  et  encore  rarement  l'y  laissait-on 
si  long-temps,  pour  se  conformer  peut-être  au 
précepte  donné  par  Kœmpfer,  mais  surtout  d'a- 
près l'idée,  généralement  adoptée,  que  l'acupunc- 
ture agissait  en  irritant  les  tissus  et  en  déterminant 
ainsi  une  dérivation. 

N'est— il  pas  étonnant  que  M.  Berlioz,  ayant  re- 
marqué qu'une  aiguille  introduite  par  mégarde 
profondément  dans  les  tissus ,  délivra  pendant 
long-temps  la  malade  de  tous  les  aecidens  qu'elle 
éprouvait;  n'est-il  pas  étonnant,  dis-je.  d'après 
cette  observation  ,  qu'il  n'ait  pas  ouvert  les  veux 


4o  TRAITÉ 

sur  l'importance  du  séjour  prolongé  de  l'ai- 
guille? Mais  M.  Berlioz,  découragé  par  la  manière 
dont  la  Société  de  Médecine  accueillit  son  mé- 
moire ,  aurait-il  abandonné  ses  expériences  ? 

D'après  ce  qui  précède  on  est ,  je  crois,  en  droit 
de  conclure  :  i°que  jusqu'à  M.  Jules  Cloquet,  l'a- 
cupuncture pouvait  à  peine  être  regardée  comme 
un  moyen  thérapeutique  ,  quelques  observations 
éparses  n'ayant  pas  réussi  à  faire  apprécier  sa  va- 
leur; 2°  qu'on  n'avait  jamais  songé  à  laisser  sé- 
journer l'aiguille  dans  les  tissus  un  temps  suffisant 
pour  obtenir  des  effets  plus  marqués ,  plus  cons- 
tans  et  plus  nombreux;  5°  qu'on  n'avait  tenté  au- 
cune expérience  pour  fonder  une  théorie  sur  son 
mode  d'action. 

Il  n'est  pas  étonnant  qu'en  Asie,  des  peuples 
pour  qui  rester  dans  l'ignorance  plutôt  que 
de  déroger  aux  coutumes  antiques  est  presque 
une  loi  ;  il  n'est  pas  étonnant  que  ces  peuples 
superstitieux,  frappés  de  la  rapidité  des  effets  de 
l'acupuncture,  l'aient  aussitôt  regardée  comme 
un  remède  héroïque  et  universel.  Mais  il  ne  pou- 
vait pas  en  être  de  même  en  Europe,  où  l'on  exa- 
mine les  choses  de  plus  près.  Un  petit  nombre  de 
succès  remarquables  ne  suffisait  pas  pour  ac- 
créditer un  agent  thérapeutique  si  puissant,  et 
on  laissait  séjourner  l'aiguille  trop  peu  de  temps 
dans  les  tissus,  pour  pouvoir  multiplier  ces  suc- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  ,  i 

ces.  Aussi  regardait-on  généralement  les  heu- 
reux effets  de  l'acupuncture  comme  une  fic- 
tion. Il  était  réservé  à  M.  Jules  Cloquet  de 
faire  triompher  la  vérité.  Si  ce  praticien  n'avait 
pas  eu  à  opposer  à  ses  adversaires  une  réputation 
justement  acquise;  si  dans  un  court  espace  de 
temps  il  n'avait  pas  été  à  même  de  multiplier  ses 
expériences,  il  eût  sans  doute  rencontré  beau- 
coup plus  d'obstacles,  qui,  je  le  pense  bien,  ne 
l'auraient  pas  arrêté  :  il  met  trop  de  zèle  et  de 
persévérance  dans  ses  recherches,  pour  se  laisser 
décourager. 


\-2  TRAITÉ 


CHAPITRE  II. 

Pour  procéder  sûrement  dans  les  sciences,  il 
faut  s'appuyer  sur  des  faits.  C'est  pourquoi ,  avant 
de  me  livrer  à  des  considérations  générales  sur  la 
manière  dont  M.  Jules  Cloquet  pratique  l'acu- 
puncture, j'ai  cru  devoir  donner  les  observations 
que  j'ai  recueillies  sous  ses  yeux. 

Quelques  observations  éparses  n'avaient  pas 
jusqu'à  présent  réussi  à  vaincre  lesobstables  qu'é- 
levait contre  cette  opération  un  septicisme  ou- 
tré, né  d'ailleurs  des  miracles  que  les  voyageurs 
avaient  rapportés  de  la  médecine  des  Chinois. 
Aussi  ai-je  voulu  en  publier  un  certain  nombre,  afin 
d'exciter  l'attention  des  médecins  sur  un  moyen 
thérapeutique  trop  long-temps  négligé  et  dont 
on  peut  retirer  de  grands  avantages  dans  beau- 
coup de  maladies. 


DE  I/AClPl'NCTllU':.  , 

OBSERVATIONS  (i). 

PREMIÈRE    SÉRIE    D  OBSERVATIONS    (2). 

Elle  renferme  les  cas  où  une  seule  acupuncture  a  suffi  pour  la 
cure  radicale  de  la  maladie. 

Première  Observation  :  Névralgie  tibiale  antérieure. 

Le  nommé  Chartier  (  Jean  Nicolas  ) ,  âgé  de 
64  ans,  d'une  forte  constitution,  exerçant  à  l'hô- 
pital Saint-Louis  la  profession  de  tourneur ,  avait 
éprouvé  à  différentes  époques,  tantôt  dans  le 
membre  inférieur  droit,  tantôt  dans  le  gauche  . 
des  douleurs  qui  chaque  fois  avaient  cédé  à  des 
bains  de  vapeurs.  Depuis  trois  jours,  sans  cause 
connue,  il  ressentait  des  élancemens  le  long  de  la 
partie  antérieure  de  la  jambe  gauche,  suivant  le  tra- 
jet du  nerf  tibial  antérieur.  Les  douleurs,  vive*  el 
continuelles,  allaient  toujours  en  croissant;  elles 
étaient  devenues  telles ,  que  la  veille   le  malade 

(1)  Laplupartdes  observations  qu'on  valireonte'tepiises  parmi 
celles  que  j'ai  recueillies  dans  l'espace  d'environ  deux  mois  et 
demi. 

(a)  Je  sais  bien  qu'une  classification  fondée  sur  la  nature  des 
maladies  eût  e'te  plus  scientifique.  Mais  comme  il  s'agit  ici  d'un 
moyen  thérapeutique ,  j'ai  pense  qu'il  valait  mieux  rassembler 
dans  un  même  groupe  les  observations  des  maladies  daus  lesquelles 
ses  effets  avaient  e'te  à  peu  près  les  mêmes. 


44  TRAITÉ 

avait  été  obligé  de  suspendre  ses  travaux  ,  et 
qu'il  avait  passé  la  nuit  fortement  agité.  Pen- 
dant la  marche  les  douleurs  retentissaient  dans  le 
mollet.  Le  malade  vint,  le  ier  décembre  1824, 
nous  trouver  en  boitant  et  en  s'appuyant  sur  un 
bâton.  M.  Jules  Cloquet  introduisit  une  aiguille 
dans  la  partie  moyenne  de  la  face  antérieure  de  la 
jambe,  point  le  plus  douloureux.  11  se  servit  d'une 
aiguille  à  manche  d'ivoire  en  spirale ,  semblable 
à  celles  des  Chinois.  îl  pénétra  à  la  profondeur 
d'environ  un  pouce.  On  n'y  adapta  point  de  con- 
ducteur; au  bout  de  trois  minutes,  les  élance- 
mens  furent  remplacés  par  de  l'engourdissement  ; 
et,  douze  minutes  après,  quand  on  retira  l'ai- 
guille, l'engourdissement  avait  lui-même  en- 
tièrement disparu.  La  marche  devint  extrêmement 
facile  et  non  douloureuse,  le  malade  s'en  alla 
sans  bâton  et  sans  boiter.  Ce  jour-là  même,  il 
fut  travailler  comme  à  l'ordinaire  ;  la  nuit,  il 
dormit  parfaitement  ,  et  le  lendemain  il  nous 
dit  qu'il  était  si  bien  guéri ,  qu'il  ne  saurait 
plus  distinguer  à  quelle  jambe  il  avait  eu  mal. 
Le  ier  janvier,  il  n'y  avait  aucun  retour  des  dou- 
leurs. 

2.e  Observation  :  Névralgie  scîatique pojplilée  externe. 

Le  nommé  Sinadot   (Louis-François),  âgé  de 
59  ans,   serrurier,   éprouvait    depuis   cinq  ans, 


DE  L'ACI  PUNCH  RE.  ,., 

suivant  le  trajet  des  nerfs  scâatiquè  et  popHtoei* 

(orne,  des  douleurs  qui  s  étendaient  jusqu'à  la 
face  dorsale  du  pied;  des  barras  de  vapeurs  les 
avaient  presque  entièrement  fait  disparaître,  mais 

depuis  dix  jours  elles  étaient  revenues  si  vives 
que  le  malade  ne  pouvait  dormir.  Il  n'avait  cepen- 
dant pas  perdu  l'appclil  ;  il  pouvait  marcher,  mais 
avec  la  plus  grande  difficulté  et  en  boitant.  Pour 
peu  que  le  pied  heurtât  quelque  corps,  les  dou- 
leurs retentissaient  dans  tout  le  membre  ;  la  cha- 
leur du  lit  les  calmait.  Elles  augmentaient  dans  le 
décubitus  sur  le  côté  affecté.  Les  bains  de  vapeurs 
ne  produisant,  cette  fois,  aucun  soulagement,  le 
malade  vint,  le  10  décembre  182^,  à  la  consulta- 
tion chirurgicale  de  Saint-Louis.  M.  Cloquet  lui 
introduisit  une  aiguille  d'acier  vers  la  partie 
moyenne  de  la  face  antérieure  de  la  jambe  (c'é- 
tait l'endroit  où  la  douleur  était  alors  le  plus 
vive),  et  il  y  adapta  un  conducteur  en  laiton  .  qu'il 
fit  plonger  par  son  extrémité  libre  dans  un  verre 
d'eau  salée.  Au  bout  de  cinq  minutes,  les  dou- 
leurs devinrent  plus  fortes  à  l'endroit  de  la  piqûre, 
mais  bientôt  elles  diminuèrent  peu  à  peu ,  et  il  ne 
resta  plus  que  de  l'engourdissement.  L'aiguille 
retirée  au  bout  d'une  heure,  le  malade  nous  dit 
d'abord  qu'auparavant  il  n'aurait  pu  rester  si 
long-temps  assis.  Use  leva  ensuite,  et  marcha  sans 
là  moindre  claudication  .  quoiqu'il  ressentît  toute- 


46  TRAITÉ 

fois  encore  de  l'engourdissement.  Palpant  alors 
sa  jambe,  il  fut  fort  étonné  de  ne  plus  éprouver 
de  sensation  pénible.  Le  i3,  l'engourdissement 
existait  encore,  mais  il  était  si  léger,  que  le  ma- 
lade ne  put  nous  en  déterminer  le  siège  prin- 
cipal. M.  Jules  Cloquet  lui  prescrivit  alors 
des  bains  de  vapeurs.  Nous  n'avons  pas  revu  ce 
malade. 

3e  Observation  :  Névralgie  faciale. 

Le  nommé  Serbrousse  (Adolphe),  âgé  de 
22  ans,  infirmier  à  l'hôpital  Saint-Louis,  d'une 
constitution  lymphatico- nerveuse,  sortant  d'un 
bain  chaud,  qu'il  avait  pris  par  propreté,  le  2  janvier 
i8s5,  sentit  tout  à  coup  un  froid  très-vif  à  la  joue 
gauche.  Le  lendemain,  léger  gonflement,  rou- 
geur vive  à  la  joue,  œil  de  ce  côté  plus  brillant, 
douleurs  fortes  qui  allèrent  en  augmentant  jusqu'au 
1 5.  Elles  furent  alors  si  violentes,  que  le  malade 
s'étant  persuadé  qu'elles  dépendaient  d'une  dent 
molaire,  se  la  fit  arracher  quoiqu'elle  fût  parfai- 
tement saine.  La  douleur  de  l'extraction  ne  fut 
nullement  comparable  à  celles  qu'il  ressentait 
déjà.  Il  ne  s'écoula  pas  plus  de  sang  qu'il  ne  s'en 
écoule  ordinairement  après  cette  opération.  Alors 
les  douleurs,  loin  d'être  moins  vives,  devinrent  de 
plus  en  plus  intenses,  et  le  malade  passa  une  nuit 


DE  L'ACUPUNCTURE.  ,: 

fort  agitée,  au  milieu  d'angoisses  inexprimable* 
Le  i4?  la  joue  étant  toujours  très-rouge  et  légère- 
ment gonflée,  les  mouvemens  de  la  mâchoire  ne 
pouvant  s'exécuter  sans  augmenter  encore  les  dou- 
leurs, qui  d'ailleurs  étaient  continuelles,  M.  Jules 
Cloquet  introduisit  une  aiguille  dans  l'épaisseur 
de  la  joue  malade,  dirigeant  sa  pointe  vers  l'o- 
rigine du  nerf  facial  (  on  y  adapta  un  con- 
ducteur comme  dans  le  cas  précédent)  :  au  bout 
de  huit  minutes,  engourdissement  des  parties  af- 
fectées ;  la  pression  fut  à  peine  douloureuse  ,  les 
mouvemens  de  la  mâchoire  devinrent  de  plus  en 
plus  faciles.  Au  bout  d'un  quart  d'heure,  l'aiguille 
étant  retirée ,  la  rougeur  de  la  peau  s'était  pres- 
que entièrement  dissipée,  ainsi  que  celle  de  l'œil, 
qui  reprit  sa  mobilité  naturelle  :  les  douleurs 
avaient  entièrement  disparu.  Le  malade,  qui  aupa- 
ravant ne  pouvait  ouvrir  la  bouche,  put  aussitôt 
manger  sans  difficulté  ;  le  léger  gonflement  persista 
seul,  et  ce  ne  fut  que  deux  jours  après  qu'il  dispa- 
rut entièrement ,  sans  autre  moyen  thérapeu- 
tique. Le  3  février  1825,  il  n'avait  reparu  aucun 
symptôme  de  la  maladie. 

4e  Observation  :  Névralgie  sus-orbîtaire.  (Observation  re- 
cueillie par  M.  Godart,  élève  de  l'hôpital  Saint-Louis.) 

Madame  Isaac,  âgée  de  60  ans  environ ,  éprou- 
vait depuis  six  semaines  des  douleurs  très -vives 


48  TRAITE 

dans  toute  la  partie  latérale  gauche  de  la  tête. 
Ces  douleurs  semblaient  partir  du  trou  sus-orhi- 
taire,  et  se  répandre  de  là  à  toute  la  partie  cor- 
respondante du  front  et  de  la  tempe ,  jusqu'à  la 
nuque.  Depuis  quinze  jours ,  elles  étaient  conti- 
nuelles, et  empêchaient  la  malade  de  dormir.  Des 
applications  narcotiques  et  des  potions  calmantes 
avaient  été  sans  effet  ;  l'œil  et  la  partie  gauche  de 
la  face  étaient  rouges  et  animés ,  les  paupières 
étaient  légèrement  gonflées,  le  côté  gauche  de  la 
tête,  et  surtout  la  nuque,  étaient  très-doulou- 
reux à  la  pression.  Ce  fut  à  cette  dernière 
partie  que,  le  22  décembre  1824,  M.  Jules  Clo- 
quet  pratiqua  l'acupuncture,  avec  une  aiguille 
d'acier  armée  d'un  conducteur  métallique  dont 
il  plongea  l'extrémité  libre  dans  un  verre  d'eau 
salée.  Un  quart  d'heure  après  l'opération,  la  ma- 
lade sentit  de  la  diminution  dans  ses  douleurs  ; 
elle  éprouva  un  sentiment  de  traction  et  de 
froid,  depuis  le  trou  sus-orbitaire  jusqu'à  la 
nuque,  suivant  la  direction  des  nerfs.  L'œil 
et  la  face  semblèrent  un  peu  moins  rouges. 
L'aiguille  fut  retirée  au  bout  de  soixante  et  dix  mi- 
nutes. Alors  l'œil  et  la  face  avaient  presque  entiè- 
rement perdu  leur  rougeur  ;  la  douleur  à  la 
nuque  était  nulle  :  la  malade  y  appuya  les  doigts 
sans  éprouver  aucune  sensation  désagréable.  Le 
soulagement  fut  partout   complet,    excepté    au 


DE  L'ACUPUNCTURE.  /,9 

front,  où  madame  I***  éprouvait  encore  un  léger 
sentiment  de  douleur  quand  elle  y  appuyait  la 
main.  Trois  jours  après,  cette  douleur  du  front 
existait  encore ,  mais  elle  n'était  sensible  qu'à  la 
pression,  et  elle  était  d'ailleurs  si  légère,  que 
M.  J.  Cloquet  ne  jugea  pas  nécessaire  de  pratiquer 
une  nouvelle  acupuncture.  Le  8  janvier  M.  Godart 
vit  madame  I***  :  elle  dormait  bien,  et  ne  ressen- 
tait pas  la  moindre  douleur. 

5"  Observation  :  Rhumatisme  de  la  partie  latérale  gauche 
du  tronc  et  du  membre  supérieur  correspondant. 

Le  nommé  Launay  (Joseph),  âgé  de  5o  ans, 
d'une  forte  constitution,  éprouvait  depuis  quelques 
mois ,  dans  le  côté  gauche  du  tronc  et  dans  le 
membre  supérieur  correspondant,  des  douleurs 
qu'il  rapportait  à  une  suppression  de  transpira- 
tion. Il  ne  pouvait  s'habiller  seul;  quand  il  voulait 
lever  le  bras,  il  le  sentait  retenu  par  une  espèce  de 
corde  douloureuse  qui  s'étendait  le  long  du  côté 
gauche  du  tronc  jusqu'à  la  cuisse.  Le  5  décembre 
1824,  M.  Jules  Cloquet  introduisit  une  ai- 
guille au  sommet  de  l'épaule  et  une  autre  au 
bras.  Un  instant  après  il  en  mit  une  troisième 
à  la  partie  supérieure  de  la  cuisse  du  même  côté. 
Au  bout  de  quinze  minutes  il  y  eut  une  lipothv- 
mie;  on  retira  de  suite  les  aiguilles,  et  le  malade 

4 


5o  TRAITÉ 

\ 

s'en  alla.  Le  6  il  nous  dit  qu'après  l'opération  du  3, 
il  s'était  servi  de  son  bras  aussi  bien  qu'avant  la 
maladie,  seulement  le  matin  il  y  avait  un  peu  de 
roideur.  Il  fit  devant  nous  exécuter  facilement 
à  son  bras  les  mouvemens  les  plus  étendus.  Il 
éprouvait  cependant  encore  un  sentiment  de 
froid  dans  le  côté  gauche.  M.  Jules  Cloquet  ne 
jugeant  pas  nécessaire  une  deuxième  acupunc- 
ture, se  contenta  de  lui  prescrire  des  bains  de 
fumigations  aromatiques. 

:(      APr.  :.  ?  UJ2.0    t  / 

6e  ÔBservation  :  Rhumatismë/iombaùe. 

Le  nommé  Chrétien  (Joseph),  âgé  de  i4ans, 
d'une  Constitution  robuste,  éprouvait  depuis  six 
mois  une  douleur  profonde  à  la  région  lombaire. 
Cette  douleur  augmentait  peu  par  la  pression  et 
l'exercice  de  la  marche,  mais  elle  devenait 
extrêmement  vive  quand  le  malade  voulait 
soulever  un  fardeau ,  et  faire  un  mouvement 
qui  exigeât  l'action  des  muscles  sac ro -spinaux. 
Aucun  moyen  curatif  n'avait  encore  été  employé 
contre  cette  affection,  lorsque,  le  29  novembre 
1824?  M.  Jules  Cloquet  introduisit  dans  la  ré- 
gion lombake  deux  aiguilles,  une  de  chaque  côté 
de  la  colonne  vertébrale.  On  ne  laissa  ces  aiguilles 
que  dix  minutes,  et  cependant  quand  elles  furent 
retirées,  le  malade  se  baissa  et  souleva  une  pièce 


DE  L'ACUPUNCTURE.  fcî 

de  bois  sans  éprouver  la  moindre  douleur.  Il  ré- 
péta trois  fois  la  même  épreuve,  et  toujours 
sans  la  moindre  incommodité.  Le  i5  janvier  1 8  if), 
il  ne  lui  était  rien  survenu  depuis  l'acupuncture. 

7e  Observation  :  Contracture  musculaire. 

Le  nommé  Vérelle  (Antoine),  âgé  de  37  ans, 
journalier,  avait  depuis  six  semaines  une  contrac- 
ture du  muscle  droit  interne  de  la  cuisse.  Il  attri- 
buait cette  affection  à  un  mouvement  brusque 
qu'il  avait  fait  pour  soulever  une  pelle  chargée. 
En  touchant  la  partie  interne  de  la  cuisse,  on 
sentait  comme  une  corde  tendue  suivant  la 
direction  du  muscle  droit  interne.  Depuis  deux 
jours,  la  tension  était  plus  forte  ,  ainsi  que 
la  douleur  qu'elle  occasionait.  Cependant  ces 
symptômes  ne  se  manifestaient  guère  que  quand 
le  malade  voulait  se  redresser  ou  soulevei 
quelque  fardeau.  Quand  il  se  baissait,  il  était 
obligé  de  porter  tout  le  poids  du  corps  sur  le 
membre  sain ,  et  se  maintenait  seulement  sur  la 
pointe  du  pied  de  l'autre  membre.  Vérelle  ne 
s'était  encore  soumis  à  aucun  traitement.  Le  5 
décembre  1824,  M.  Jules  Cloquet  introduisit  une 
aiguille  dans  l'épaisseur  du  muscle  contracté  : 
huit  ou  dix  minutes  après,  la  tension  diminua 
L'aiguille  retirée  au  bout  d'une  demi- heure,  le 


52  TRAITÉ 

malade  se  baissa  plusieurs  fois  en  s'appuvant  sur 
les  deux  membres.  Il  souleva  une  pièce  de  bois 
sans  éprouver  la  moindre  douleur.  On  ne  sentait 
plus  de  tension  dans  le  muscle  droit  interne  ;  il  avait 
la  même  mollesse  crue  les  autres  muscles  de  la 
cuisse. 

8e  Observation  :  Irritation  spasmodique. 

Le  nommé  Storhaye  (Jean-Baptiste),  âgé  de  22 
ans,  d'une  constitution  lvmphatique.  entra  le 
20  août  1824  à  l'hôpital  Saint-Louis,  pour  une 
ophthalmie  scrofuleuse,  rebelle  à  tous  les  inovens 
ordinaires.  M.  J.  Cloquet  guérit  cette  mala- 
die en  passant  à  plusieurs  reprises  un  morceau 
de  nitrate  d'argent  fondu  sur  la  face  interne  des 
paupières  renversées,  et  même  sur  la  conjonctive 
oculaire,  énormément  tuméfiée.  Quelques  jours 
après  son  entrée  à  l'hôpital,  on  lui  avait  appliqué 
à  la  nuque  un  vésicatoire ,  qui  détermina  une 
forte  irritation  à  la  suite  de  laquelle  il  se  mani- 
festa de  légères  douleurs  dans  tout  le  cou.  Plus 
vives  depuis  deux  jours,  ces  douleurs  se  faisaient 
surtout  sentir  dans  le  nez,  le  pharynx,  la  tra- 
chée artère ,  et  s'étendaient  jusque  dans  l'inté- 
rieur de  la  poitrine.  Elles  étaient  accompa- 
gnées d'un  sentiment  de  chaleur,  avec  diffi- 
culté de  respirer,  mais  sans  fièvre  ni  toux.  Il  y 
avait  céphalalgie  violente,  et  le  malade  ne  pouvait 


DE  L'ACUPUNCTURE.  55 

pas  avaler.  Le  3  décembre  1824,  M.  Jules 
Cloquet  lui  introduisit  une  aiguille,  sans  conduc- 
teur, dans  la  partie  antérieure  du  cou.  Il  la  lit  pé- 
nétrer jusqu'à  la  trachée  artère  :  au  bout  d'un 
quart  d'heure,  la  respiration  et  la  déglutition 
furent  plus  faciles  :  on  retira  l'aiguille ,  et  la 
douleur  avait  cessé  totalement.  Plus  de  cé- 
phalalgie ;  il  ne  restait  qu'un  peu  de  chaleur  qui , 
quelques  instans  après ,  disparut  entièrement 
du  cou  et  de  la  poitrine,  et  ne  persista  qu'à  la 
face.  La  nuit  suivante,  il  y  eut  des  sueurs  abon- 
dantes avec  des  douleurs  vagues  vers  la  région 
malade.  Mais  le  matin ,  ces  douleurs  avaient  cessé  ; 
la  déglutition  s'exécutait  aussi  bien  qu'avant  la 
maladie,  et  les  chaleurs  delà  figure  s'étaient  éga- 
lement dissipées.  Le  20,  aucun  symptôme  n'a- 
vait reparu. 

9e  Observation  :  Torticolis. 

Le  nommé  Colombert  (Antoine-Louis),  âgé 
de  14  ans,  garçon  tailleur  à  l'hôpital  Saint-Louis, 
en  tournant  brusquement  la  tète  à  droite,  éprouva 
tout  à  coup  une  douleur  vive  à  la  partie  latérale 
droite  du  cou.  Immédiatement  après  cet  acci- 
dent, sa  tête  se  tourna  à  gauche,  et  il  lui  fut  impos- 
sible de  la  tourner  à  droite  ou  de  regarder  ses 
pieds.  Des  cataplasmes  émolliens  avaient  un  peu 


54  TRAITÉ 

diminué  la  douleur,  mais  ils  n'avaient  rien  changé 
aux  autres  symptômes.  Le  3o*  décembre  1824, 
M.  J,  C loquet  introduisit  une  aiguille,  sans  con- 
ducteur, dans  les  muscles  de  la  partie  latérale 
droi  te  et  un  peu  postérieure  du  cou  (c'é  tait  l'endroit 
le  plus  douloureux).  Une  demi -heure  après  l'o- 
pération, le  malade  porta  plus  facilement  la  face  à 
droite ,  il  baissa  la  tête  et  la  releva  sans  aucune 
douleur.  Au  bout  de  quarante-cinq  minutes, 
on  retira  l'aiguille  ;  Colombert  redressa  la  tête 
et  la  porta  sans  aucune  gêne  à  droite  et  à 
gauche.  On  voyait  cependant  que ,  quand  le 
malade  n'y  songeait  pas,  elle  avait  encore  une 
certaine  tendance  à  s'incliner  à  gauche.  Le  len- 
demain, il  ne  s'était  manifesté  aucune  douleur; 
la  tête  avait  repris  sa  rectitude  naturelle ,  et  le 
malade  exécutait  librement  tous  les  mouvemens 
>ossibles.  Le  1 8  janvier,  il  n'était  rien  survenu. 

10e  Observation  :  Névralgie  plantaire. 

Le  nommé  Voisin  (Louis -Heureux),  âgé  de 
^4  ans,  herboriste,  éprouvait  depuis  huit  ans  des 
douleurs  légères,  errantes  par  tout  le  corps,  et 
ne  se  faisant  sentir  que  lors  des  variations  athino- 
sphériques  :  elles  ne  troublaient  nullement  ses  tra- 
vaux ,  et  cédaient  chaque  fois  à  des  bains  de  va- 
peur; lorsqu'il  v  a  deux  ans  environ,  après  s'être 


DE  L'ACUPUNCTURE. 

livré  à  la  danse,  il  ressentit  à  l'extrémité  antérieure 
du  pied  gauche,  et  surtout  dans  les  orteils,  gLei 
douleurs  lancinantes  extrêmement  vives.  Cel- 
les-ci ne  se  manifestaient  que  lorsque  le  ma- 
lade s'appuyait  sur  le  côté  externe  de  la  plante 
du  pied,  ou  que  celle-ci  portait  sur  un  sol  iné- 
gal. Il  éprouvait  alors  un  sentiment  de  crépitation 
suivi  d'élancemens  extrêmement  douloureux,  qui 
cessaient  un  instant  après.  C'était  surtout  le  ma- 
tin, au  sortir  du  lit,  que  ces  symptômes  offraient 
le  plus  d'intensité,  et  ils  étaient  tels,  que  le  ma- 
lade ne  pouvait  s'appuyer  sur  le  pied,  ni  faire  usage 
de  bottes.  Croyant  que  ces  élancemens  pouvaient 
dépendre  d'une  svphilis  dont  il  n'avait  été  cepen- 
dant infecté  que  depuis  l'invasion  de  ses  douleurs. 
Voisin  se  fit  des  frictions  mercurielles  à  la  plante 
du  pied.  Mais  ces  frictions  augmentèrent  les 
douleurs,  bien  loin  de  les  diminuer.  Des  bains 
de  vapeur  furent  sans  effet.  Le  1 4  janvier  1820, 
M.  J.  Cloquet  introduisit  perpendiculairement 
une  aiguille  dans  la  plante  du  pied,  entre  les 
deuxième  et  troisième  orteils.  Au  bout  de  trois 
quarts  d'heure,  quand  l'aiguille  fut  retirée,  le 
malade  s'appuya  à  plusieurs  reprises  sur  le  côté 
externe  de  la  plante  du  pied,  sans  éprouver  la 
moindre  sensation  douloureuse.  Dès  le  lende- 
main, il  put  faire  usage  de  bottes,  et  fit  une 
marche  de  douze  lieues  environ,  ce   qui  lui  eût 


56  TRAITÉ 

été  impossihle  auparavant.  En  s'appuyant  sur 
la  pointe  du  pied,  il  éprouvait  bien  encore  le  sen- 
timent de  crépitation,  mais  sans  douleur.  Le  17, 
celle-ci  n'avait  pas  reparu  (1). 

1  ie  Observation  :  Pleurodynie. 

Le  nommé  Ozun  (Pierre),  âgé  de  29  ans,  cor- 
donnier, éprouvait  ,  depuis  quinze  jours,  sans 
causes  connues,  une  douleur  vive  au  côté  droit  de 
la  poitrine,  vers  la  sixième  côte  à  peu  près.  Cette 
douleur  l'empêchait  de  se  tourner  de  côté,  et  les 
mouvemens  de  la  respiration  l'augmentaient  tel- 
lement que  le  malade  appréhendait  d'inspirer. 
Quelquefois  dans  la  marche,  à  l'air  froid  surtout, 
il  se  sentait  comme  suffoqué,  et  il  était  obligé 
de  s'arrêter  à  l'instant.  La  pression  était  doulou- 
reuse ,  le  sommeil  agité  ;  mais  s'il  y  avait  parfois 
un  peu  de  fièvre ,  il  n'y  avait  ni  expectoration  ni 
toux. 

A  tous  ces  accidens  Ozun  avait  opposé  d'a- 
bord, sans  beaucoup  de  soulagement,  une  sai- 
gnée de  trois  palettes  et  de  la  tisane  pectorale  ; 
puis  il  eut  recours  aux  bains  simples.  Après  le 
second  bain,  la  douleur  s'était  déplacée,  et  était 

(1)  Le  malade  m'a  dit,  le  i"  février,  que  depuis  quelques  jours 
il  ressentait  quelques  douleurs  j  mais  elles  e'taient  si  légères  qu'il 
crut  inutile  de  se  soumettre  à  l'acupuncture. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  iij 

venue  se  fixer  à  la  partie  antérieure  du  thorax  ; 
mais,  quelques  jours  après,  elle  reprit  son  siège 
primitif,  sans  que  les  symptômes  que  j'ai  décrits 
lussent  en  rien  diminués. 

Le  14  décembre  1824,  M.  Jules  Cloquet  lui 
introduisit  profondément  une  aiguille  dans  le 
point  douloureux,  sans  pénétrer  cependant  dans 
la  cavité  de  la  poitrine.  Quelques  minutes  après 
cette  acupuncture,  les  douleurs  vives  se  chan- 
gèrent en  un  sentiment  de  pesanteur,  d'engour- 
dissement. Au  bout  d'une  demi -heure,  la  res- 
piration était  devenue  parfaitement  libre.  Les 
mouvemens  du  tronc  n'occasionaient  plus  la 
moindre  douleur.  Dans  le  trajet  de  l'hôpital  à  sa 
demeure,  elles  revinrent  presque  aussi  fortes 
qu'avant  l'acupuncture ,  mais  bientôt  elles  al- 
lèrent en  diminuant  jusqu'au  lendemain  i5,  où 
elles  disparurent  entièrement.  Le  28,  il  n'était 
revenu  aucun  symptôme  de  la  maladie. 

12e  Observation  :  Céphalalgie  chronique. 

Le  nommé  Delacroix  (Jean -Louis ) ,  Agé  de 
38  ans,  éprouvait  de  temps  à  autre,  depuis  l'âge 
de  12  ans,  des  maux  de  tête  très-vifs.  (Son  père 
avait  éprouvé  la  même  affection,  des  suites  de 
laquelle  il  paraît  même  être  mort.  )  Depuis  onze 
ans,  ces  douleurs  étaient  devenues  continuelles, 
mais  si  fortes  à  certaines  époques,  que  le  malade 


58  TRAITÉ 

était  obligé  de  suspendre  ses  travaux  et  de  gar- 
der le  lit.  Ses  cheveux  étaient  devenus  gris;  sans 
cesse  il  éprouvait  des  pesanteurs  de  tête  et  des 
étourdissemens  qui  augmentaient  quand  il  se 
baissait.  Alors  aussi,  il  semblait  au  malade  qu'il 
s'écoulait  un  liquide  de  l'intérieur  du  crâne,  le 
long  de  la  face,,  et  cette  fausse  sensation  était  ac- 
compagnée de  douleurs  vives,  pendant  lesquelles 
la  vue  était  trouble ,  comme  si  un  nuage  avait  été 
étendu  au  devant  de  l'œil  droit  particulièrement. 
De  temps  à  autre  (tous  les  quatre  à  cinq  jours),  il 
,  se  manifestait  des  élancemens  très-vifs  avec  pesan- 
teur de  tête  considérable,  la  vue  devenait  plus  trou- 
ble ;  alors  les  objets  paraissaient  tourner  et  revêtir 
une  couleur  rougeâtre  ;  les  yeux  étaient  rouges  et 
gonflés.  Pendant  ces  accès,  qui  duraient  de  douze 
heures  à  vingt-quatre,  le  malade  ne  pouvait  prendre 
aucun  repos,  ni  aucun  aliment.  Immédiatement 
après,  il  éprouvait  de  la  courbature  dans  tous  les 
membres.  Le  lendemain,  les  cheveux,  quand  on 
les  touchait,  donnaient  la  sensation  de  fils  mé- 
talliques implantés  dans  le  cuir  chevelu,  et  oc- 
casionaient  de  vives  douleurs.  En  vain  employait- 
on  des  sangsues,  des  vésicatoires,  des  caïmans, 
des  purgatifs  etc. ,  pour  calmer  ces  accès  ;  des 
bains  et  l'application  d'un  corps  très-froid  sur 
les  parties  malades  pouvaient  seuls  apporter  un 
léger  soulagement. 


DE  L'ACIIM  WCTURE.  5$ 

Il  y  avait  quelques  jours  <jpe  Delacroix  n'avait 
eiî  d'accès  semblables,  lorsque,  le  20  janvier, 
tous  les  symptômes  ordinaires  existant  (cépha- 
lalgie intense,  vue  trouble,  étourdissernens.  etc.), 
M.  J.  Cloquet  lui  introduisit  une  aiguille  à  de- 
meure dans  le  milieu  du  front.  A  peine  quelques 
minutes  s'étaient  écoulées  depuis  l'opération,  que 
des  douleurs  vives  se  firent  sentir  autour  de  l'ai- 
guille; bientôt  après,  le  malade  eut  la  sensation 
d'un  courant  qui,  de  toute  la  région  du  front, 
se  serait  porté  vers  l'aiguille,  et ,  un  pouce  environ 
avant  d'y  arriver,  aurait  donné  lieu  à  de  légers 
picotemens.  Ce  phénomène  persista  jusqu'au  len- 
demain. Pendant  qu'il  dura,  les  douleurs  allèrent 
en  diminuant;  la  vue  devint  de  moins  en  moins 
trouble;  le  27,  il  n'y  avait  plus  d'étourdissemens, 
plus  de  douleurs;  le  nuage  que  le  malade  disait 
exister  sur  l'œil  droit,  avait  disparu.  Dès  lors,  la 
vue  devint  parfaitement  nette  ;  le  malade  put 
lire  même  à  la  lumière  des  flambeaux  (chose  im- 
possible auparavant)  ;  en  se  baissant,  il  n'éprou- 
vait plus  rien.  L'aiguille  fut  laissée  jusqu'au  5i. 
et  à  cette  époque  il  ne  s'était  reproduit  aucun 
symptôme  de  la  maladie.  Le  i5  avril,  Delacroix 
était  en  pleine  santé  ;  et  cependant  il  nous  dit 
qu'il  aurait  dû  avoir  au  moins  à  cinq  ou  six  accès 


6o  TRAITE 

i3e  Observation  recueillieparM.  le  docteur  Dronsart  à  l'hô- 
pital de  la  Charité,  dans  les  salles  de  M.  Fouquier,  et 
communiquée  à  M.   Cloquet. 

Une  femme  d'un  tempérament  nervoso-san- 
guin  entre  à  la  Charité 9  éprouvant  à  l'épigastre 
une  douleur  excessive ,  que  la  moindre  pression 
et  les  mouvemens  du  tronc  rendaient  insuppor- 
table ,  mais  sans  aucun  autre  signe  d 'inflammation 
intérieure.  M.  Fouquier  prononce,  sans  hésiter, 
le  nom  de  gastrodjnie ,  et  M.  Lautenois,  élève 
interne,  est  chargé  de  pratiquer  l'acupuncture. 
La  partie  malade  était  extrêmement  doulou- 
reuse ;  l'introduction  de  l'aiguille  le  fut  égale- 
ment. Mais  bientôt  on  put  toucher  cette  aiguille, 
enfoncée  à  peu  près  de  4  à  5  lignes,  sans  faire 
trop  souffrir,  et  la  douleur  primitive  s'amoindrit 
de  plus  en  plus.  Au  reste,  comme  c'est  le  résultat 
qui  nous  intéresse  surtout  en  pratique,  j'abrège 
en  disant  que  l'aiguille  ayant  été  enlevée  environ 
une  heure  après  son  introduction  (1),  la  malade 
se  trouva  tout-à-fait  guérie;  que  le  lendemain 
elle  n'avait  rien  ressenti,  et  que  le  surlendemain 
sa  première  demande  à  M.  Fouquier  fut  son  bil- 
let de  sortie. 

Nota.  M.  Fouquier  lui  a  bien  recommandé  de 
revenir  à  la  Charité,  si  sa  douleur  reparaissait, 

(i)  C'était  une  aiguille  d'argent  à  manche. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  61 

i4"  Observation  :  Céphalalgie  compliquée  de    slrahistm* 
et  d'un  grand  trouble  dans  la  vision. 

Une  femme  âgée  de  58  ans,  d'un  tempérament 
lyinphatico  -  nerveux ,  éprouvait  depuis  six  se- 
maines une  douleur  extrêmement  vive  dans  fout 
le  côté  droit  de  la  tête  j  et  spécialement  dans  la 
région  orbitaire  correspondante ,  avec  une  alté- 
ration très-remarquable  dans  l'exercice  de  la  vi- 
sion de  l'œil  du  même  côté.  L'affection  avait 
paru  sans  cause  connue,  et  les  élancemens  que 
cette  femme  ressentait  dans  les  parties  affectées 
étaient  continuels  et  tellement  violens ,  qu'il  n'y 
avait  point  eu  de  repos,  ni  jour  ni  nuit,  depuis 
l'invasion  de  la  maladie.  Le  20  décembre  1824, 
la  malade  vint  à  l'hôpital  Saint- Louis  trouver 
M.  Cloquet ,  et  voici  dans  quel  état  nous  la 
trouvâmes  :  sa  face  était  pâle  ,  resserrée,  comme 
grippée  ,  et  portait  l'empreinte  d'une  vive  dou- 
leur ;  les  paupières  de  l'œil  droit  étaient  convul- 
sivement contractées,  et  ce  dernier  organe  offroii 
un  léger  strabisme  au  dedans.  La  vision  était 
presque  complètement  abolie.  La  malade  ne  dis- 
tinguait les  objets  les  plus  volumineux  qu'avec 
peine ,  et  au  lieu  de  les  voir  simples ,  elle  aper- 
cevait trois  images  placées  l'une  à  côté  de  l'autre  , 
et  entourées  d'un  épais  brouillard.  M.  J.  Cloquet 


62  TRAITE 

introduisit  une  aiguille  de  deux  pouces  de  lon- 
gueur, et  obliquement  d'arrière  en  avant,  dans  la 
région  temporale  droite.  L'opération  fut  à  peine 
douloureuse;  et,  au  bout  de  dix  minutes,  à  notre 
grand  étonneraient,  la  malade  n'éprouvait  presque 
plus  de  douleurs  dans  la  tête  ni  dans  l'orbite.  Les 
paupières  étaient  moins  contractées ,  et  l'expres- 
sion de  la  face  beaucoup  plus  calme.  Cinq  mi- 
nutes après,  les  paupières  s'ouvraient  librement; 
la  malade  voyait  beaucoup  plus  distinctement  ; 
la  vue  n'était  plus  que  double,  et  les  images  en- 
veloppées d'un  nuage  léger  ;  le  strabisme  était 
beaucoup  moins  prononcé.  Une  demi  -  heure 
après  l'introduction  de  l'aiguille ,  les  douleurs 
avaient  entièrement  disparu  ;  il  n'y  avait  plus  de 
strabisme  ;  les  paupières  n'étaient  plus  contrac- 
tées; les  objets  étaient  vus  simples  et  très- dis- 
tinctement. L'aiguille  fut  encore  laissée  dix  mi- 
nutes, et  lorsqu'on  la  retira,  il  ne  s'écoula  pas 
une  goutte  de  sang.  Nous  avions  perdu  la  malade 
de  vue ,  lorsque  deux  mois  et  demi  après  elle 
vint  à  l'hôpital  Saint-Louis  pour  remercier  M.Clo- 
quet.  Aucun  symptôme  de  sa  première  affection 
n'avait  reparu,  et  cette  pauvre  femme  se  portail 
parfaitement  bien. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  fà 

?5e  Observation,  (communiquée  par  M.  Devergie  ,  chinur- 
gién-major,  démonstrateur  à  l'iiôpî tal  militaire  du  Y..Î- 

de-Grâce).  Douleurs  rhumatismales. 

Un  soldat  du  7e  de  ligne  se  plaignait  de  dou- 
leurs rhumatismales  dans  la  cuisse  droite,  surfout 
à  la  partie  externe,  existant  depuis  une  quinzaine 
de  jours  :  deux  aiguilles  de  deux  pouces  et  demi , 
laissées  seulement  une  demi-heure,  ont  fait  dis- 
paraître sans  retour  ces  douleurs. 

Un  fait  à  peu  près  semblable  a  eu  lieu  (salle  24 , 
lit  5q)  sur  un  jeune  militaire  à  qui  il  n'a  fallu 
que  deux  piqûres  pour  être  entièrement  débar- 
rassé. 

16e  Observation  ,  (  communiquée  par  M.  Devergie  )  :  Dou- 
leurs rhumatismales . 

Un  sergent-major  au  8e  régiment  de  ligne.  (Mi- 
tre à  l'hôpital  portant  des  chancres  et  un  bubon  . 
fut  pris,  en  tournant  l'articulation  ,  d'une  douleur 
scapulo-humérale  ,  qui  depuis  quelques  jours 
l'empêchait  d'exécuter  les  mouvemens  ordinai- 
res ;  trois  aiguilles  plongées  dans  le  deltoïde,  et 
laissées  en  place  une  demi-heure,  suffirent  pour 
le  débarrasser  entièrement  de  sa  douleur  et 
ramener    les   mouvemens    à   leur    liberté    ordi- 


64  TRAITÉ 


17e  Observation   (communiquée  par  M.  Devergie)  :    Dou- 
leurs rhumatismales . 


Le  nommé  Delage,  infirmier  au  même  hôpital , 
se  plaignait  depuis  vingt  jours  d'une  douleur  dans 
l'articulation  huméro-cubitale ,  augmentant  par 
les  mouvemens  et  par  la  pression.  Le  séjour  d'une 
aiguille  pendant  sept  à  huit  minutes  dans  le  muscle 
épitroclo-radial  suffit  pour  la  faire  disparaître 
complètement.  Quinze  jours  se  sont  écoulés  de- 
puis cette  opération  sans  récidive. 


18e  Observation  (communiquée  par  M.  Devergie  )  : 
Hémicranie. 


Une  dame  âgée  de  26  ans  fut  atteinte,  le  1 5  jan- 
vier 1826,  d'une  gastro- bronchite,  qui  fut  faci- 
lement enlevée  par  les  moyens  antiphlogistiques. 
Le  19  tous  les  symptômes  avaient  disparu,  à  l'ex- 
ception d'une  hémicranie  très-violente,  qui  ayant 
résisté  aux  pédiluves  chauds ,  ne  lui  laissait  pas 
un  instant  de  repos.  Le  20  au  soir,  une  aiguille 
fut  introduite  dans  la  région  temporale  gauche, 
siège  du  mal,  entre  la  peau  et  l'aponévrose; 
quatre  minutes  après ,  la  douleur  s'étant  portée 
vers  le  milieu  du  front,  la  malade  demanda  l'in- 
troduction d'une  autre  aiguille  dans  la  partie  dou- 


DE  L'ACUPUiNCïLRE.  <;;, 

loureuse ,  ce  qui  eut  lieu  avec  le  succès  le  plus 
complet  dans  l'espace  de  trois  minutes.  Elle  jouit 
alors  d'un  sommeil  dont  elle  était  privée  depuis 
trois  nuits.  Il  n'y  a  point  eu  de  récidive. 

19e  Observation  :  Ophthalmie  très  douloureuse  ,  (com- 
muniquée par  M.  le  docteur  Bonpard). 

Le  6  décembre  dernier,  le  nommé  Schmit, 
chapelier,  se  présenta  chez  moi  avec  une  ophthal- 
mie violente  à  l'œil  gauche  :  la  conjonctive  était 
boursoufïlée  et  d'un  rouge  foncé.  Le  malade  disait 
éprouver  des  douleurs  intolérables  dans  toute  la 
région  orbitaire,  mais  particulièrement  sur  la  bosse 
frontale.  Cet  homme  réclamait  avec  instance  du 
soulagement  ;  ses  douleurs  étaient  des  plus  vives  ; 
il  se  sentait,  disait- il,  incapable  de  les  supporter 
plus  long -temps,  et  il  était  décidé  à  mettre  un 
terme  à  son  existence,  si  je  n'apportais  du  re- 
mède à  son  mal.  Je  calmai  d'abord  son  mo- 
ral,  et  je  lui  proposai  l'acupuncture  comme 
le  moyen  le  plus  efficace  pour  faire  cesser 
ses  souffrances.  Les  bons  effets  obtenus  à  Saint- 
Louis  par  M.  J.  Cloquet ,  dans  des  cas  de  dou- 
leur inflammatoire ,  m'autorisaient  à  lui  don- 
ner en  quelque  sorte  cette  assurance.  Je  pris 
une  aiguille  ordinaire  ,  je  lui  fis  une  tête  en 
cire,  et  j'en  portai  la  pointe  vis-à-vis  de  la  partie 


66  TRAITE 

externe  gauche  de  l'arcade  sourcillière.  Après 
l'avoir  enfoncée  à  peu  près  de  toute  l'épaisseur  de 
la  peau,  je  la  dirigeai  de  gauche  à  droite,  et  je 
la  fis  pénétrer  ainsi  de  dix-huit  à  vingt  lignes. 
Peu  de  temps  après  l'introduction  de  l'aiguille, 
la  douleur  parut  prendre  beaucoup  d'intensité. 
Cinq  minutes  après  son  introduction ,  Schmit 
me  dit  qu'il  ressentait  une  sorte  d'engourdisse- 
ment dans  les  parties  occupées  par  la  douleur  ; 
plusieurs  bâillemens  successifs  eurent  lieu  ;  le 
malade  s'est  endormi.  Après  une  heure  de  som- 
meil ,  il  se  réveille ,  et  ne  ressent  pas  la  plus 
légère  douleur,  seulement  une  gêne  pour  clore 
les  paupières.  Douze  sangsues  à  l'anus  furent 
mises  le  soir  même ,  et  six  jours  suffirent  pour 
que  la  conjonctive  reprît  sa  couleur  ordinaire. 

Schmit  ne  put  rester  long-temps  sans  se  livrer 
à  ses  habitudes ,  il  recommença  à  boire  ;  la  dou- 
leur reparut,  moins  vive  que  dans  le  principe, 
et  céda  à  l'application  d'une  nouvelle  aiguille. 
Le  malade  a  repris  ses  travaux  dix-huit  jours 
après  la  première  acupuncture ,  et  jouit  aujour- 
d'hui ,  1 2  juillet ,  d'une  santé  parfaite. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  67 

20*  Observation  :  Rhumatisme  musculaire ,  (communi- 
quée par  M.  le  docteur  Bonpard). 

Une    daine    âgée   de  trente   ans ,    demeurant 
rue   du  Cadran,   éprouvait  depuis  six  mois   des 
douleurs  intolérables  dans  l'épaisseur   des   del- 
toïdes ;  cependant  l'embonpoint  n'était  pas  di- 
minué ;  l'appétit    était  bon  ,  et  toutes  les  fonc- 
tions  s'exécutaient  parfaitement  ;    seulement   la 
malade  ne  pouvait  se  servir  de  ses  bras  sans  aug- 
menter  ses    souffrances.    On    n'observait  aucun 
gonflement,  aucune  rougeur.  Des  frictions  faites 
avec  le  liniment  ammoniacal  et  addition  de  lau- 
danum liquide  ,  ne  procurèrent  aucun  soulage- 
ment ;    d'ailleurs    la   malade   ne    s'y   soumettait 
qu'avec  répugnance.  Elle  consent  à  l'opération 
de  l'acupuncture.  Je  place  une  aiguille  dans  l'é- 
paisseur  de   chaque   deltoïde  ;    cette    opération 
n'apporte  aucune  amélioration  ;  deux  heures  s'é- 
coulent dans  une  attente  infructueuse  ;  alors  je 
me  fis  apporter  du  fil  de  laiton,  des  vases  rem- 
plis d'eau.  Je   disposai   une  extrémité   du  laiton 
de  manière   à  pouvoir   l'accrocher   à  l'aiguille , 
tandis  que  l'autre  bout  trempait  dans  l'eau  char- 
gée de  muriate  de  soude.   Aussitôt  il  survint  de 
l'engourdissement  dans  toute  l'étendue  des  ex- 
trémités    thorachiques.     Cet    engourdissement 

5. 


68>  TRAITÉ 

abandonna  les  mains  ,  et  successivement  les 
avant -bras,  les  bras  eux-mêmes,  et  persista 
quelque  temps  aux  environs  de  la  piqûre,  qui 
était  entourée  d'une  auréole  rosée  d'un  pouce 
d'étendue.  Les  aiguilles  restèrent  près  de  cinq 
heures;  en  les  retirant,  elles  étaient  oxydées. 
La  malade  n'a  plus  souffert  depuis  le  10  février, 
époque  où  l'opération  lui  a  été  pratiquée,  jusqu'à 
ce  jour,  14  juillet  1825. 

21e  Observation  :  Rhumatisme  aigu  du  cou ,  (communi- 
quée par  le  docteur  Toirac). 

Madame  Lancel,  âgée  de  28  à  00  ans,  n'avait 
jamais  eu  de  rhumatisme.  Dans  la  nuit  du  12  fé- 
vrier 1825,  elle  fut  réveillée  par  une  douleur  ex- 
trêmement vive  au  cou.  Ses  plaintes  réveillèrent 
bientôt  toutes  les  personnes  de  la  maison.  Quand 
le  jour  parut,  elle  ne  pouvait  exécuter  aucun 
mouvement,  ni  endurer  le  contact  le  plus  lé- 
ger, sans  éprouver  des  souffrances  intolérables. 

Appelé  le  matin  près  de  la  malade,  je  recon- 
nus un  rhumatisme  aigu  qui  occupait  particuliè- 
rement le  muscle  sterno-mastoïdien. 

Une  aiguille  fut  introduite  perpendiculairement 
à  la  partie  moyenne  de  ce  muscle,  dans  le  point 
que  la  malade  m'indiqua  comme  le  plus  doulou- 
reux.   Au  bout  de  quelques  instans  un  soulage- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  Go, 

ment  sensible  se  manifesta,  mais  il  fat  de  courte 
durée  ;  la  douleur  sembla  se  porter  un  peu  plus  haul 
avec  plus  d'intensité.  Une  deuxième  acupuncture 
fut  faite  à  deux  pouces  de  la  première  .  dans  la 
direction  du  muscle  mentionné. 

Quatre  heures  après  je  revis  la  malade.  Elle 
souffrait  moins ,  quoiqu'elle  souffrit  cependant 
encore  beaucoup;  mais  à  peine  les  aiguilles,  que 
j'avais  introduites  à  un  pouce  et  quelques  lignes 
de  profondeur,  furent-elles  enlevées,  que  le  visage 
de  la  malade,  où  se  peignaient  les  plus  grandes 
souffrances,  changea  d'expression  :  ses  yeux  de- 
vinrent brillans;  un  sourire  de  contentement  et 
de  bien-être  intérieur  annonça  un  soulagement 
que  j'étais  bien  loin  d'attendre. 

Un  quart  d'heure  après  que  les  aiguilles  lu- 
rent retirées,  elle  put  mouvoir  le  cou,  se  mettre 
sur  son  séant,  et  même  se  lever  et  s'habiller.  Le 
soir  il  ne  restait  qu'un  peu  de  roideur  dans  les 
mouvemens  de  la  tête.  La  malade  se  coucha  à 
son  heure  ordinaire,  dormit  bien,  et  fut  en- 
tièrement guérie  le  lendemain. 

22e  Observation  :  Odontalgie  ,  (communiquée  par  le  doc- 
teur   Toirae). 

Le  nommé  Joseph,  commissionnaire,  est  venu 
chez  moi  le  20  décembre    182J.   pour  se    faire 


:o  TRAITE 

extraire  la  première  grosse  dent  molaire  du  côté 
droit  de  la  mâchoire  inférieure.  Depuis  trois  jours 
il  v  éprouvait  de  grandes  douleurs.  Cette  dent 
me  parut  peu  gâtée,  mais  assez  cependant  pour 
me  déterminer  à  l'extraire,  si  je  n'avais  pas  eu 
l'intention  de  tenter  l'acupuncture. 

J'introduisis  donc  perpendiculairement  une  ai- 
guille (1)  dans  l'épaisseur  de  la  gencive,  dans  le 
point  compris  entre  la  deuxième  petite  molaire 
et  la  grosse  molaire,  siège  principal  du  mal. 

La  douleur  au  bout  de  quelques  instans  dispa- 
rut entièrement  et  alla  subitement  se  porter  vers 
le  cuir  chevelu  près  de  la  suture  frontale,  où  je 
la  poursuivis  par  une  deuxième  acupuncture .  qui 
la  fit  cette  fois  disparaitre  entièrement.  Je  main- 
tins les  aiguilles  attachées  une  bonne  demi- 
heure. 

Le  malade,  que  j'ai  occasion  de  voir  tous  les 
jours,  n'a  plus  ressenti  de  douleurs,  si  ce  n'est  une 
fort  légère  le  lendemain  matin .  mais  elle  n'a  duré 
qu'une  minute  ou  deux  et  s'est  dissipée  seule. 

(i)  Afin  de  n'être  pas  oblige  de  maintenir  la  bouche  ouverte 
par  le  moven  du  doigt ,  quand  on  agit  sur  les  gencives  qui  bordent 
les  molaires,  j'ai  construit  des  aiguilles  longues  seulement  d'une 
ligne  ou  deux-  elles  se  terminent  par  une  spirale  à  laquelle  on 
peut  adapter  un  conducteur  en  fil  métallique.  On  peut  aussi  y 
adapter  un  fil  quelconque  pour  fixer  l'aiguille  à  une  dent  voisine, 
quand  on  veut  îa  laisser  à  demeure  plus  ou  moins  de  temps. 


DE  L'ACIPIACTURL.  71 

%y  Observation  :  Odonlalgie  ,   (  communiqués  pur  !«•  <lor- 
teur  Toirac). 

La  nommée  Aimette  .  âgée  de  19  ans,  éprou- 
vait depuis  quelques  jours  des  douleurs  vives 
vers  la  première  dent  grosse  molaire  du  côté 
gauche  de  la  mâchoire  inférieure.  Cette  dent 
n'était  pas  cariée.  Ces  douleurs  se  propageaient 
dans  toute  la  joue  de  ce  côté  jusqu'à  l'oreille. 
La  mastication  était  devenue  impossible.  Les 
gencives  étaient  pâles. 

Lne  aiguille  fut  introduite  dans  la  gencive  près 
de  la  dent.  Un  instant  après  ,  la  douleur  disparut 
à  la  dent  et  vers  la  région  de  l'oreille.  Les  mou- 
vemens  de  la  mâchoire  étant  encore  douloureux , 
j'introduisis  une  autre  aiguille  dans  l'épaisseur 
du  muscle  masséter  ;  et  bientôt  la  malade  put 
mouvoir  ses  mâchoires  sans  douleur.  Au  bout 
dune  heure  et  demie  d'acupuncture,  l'affection 
avait  entièrement  disparu. 

Le  lendemain  ,  la  malade  a  ressenti  une  dou- 
leur vague ,  légère  ,  qui  s'est  dissipée  dans  la  nuit 
suivante. 

Aujourd'hui,  vingtième  jour  depuis  la  guéri- 
son  ,  il  n'est  survenu  aucune  douleur. 


72  TRAITE 

2^e  Observation   :   ISèvralgie  faciale,  (communiquée  par 
le  docteur  Toirac;. 

Madame...,  âgée  de  40  à  zp  ans,  dune  taille 
plus  qu'ordinaire,  d'une  constitution  sèche  et 
éminemment  nerveuse  ,  était ,  depuis  dix-huit 
mois ,  affectée  d'un  tic  douloureux  de  la  face , 
dont  les  accès  avaient  régulièrement  lieu  deux 
fois  dans  les  vingt-quatre  heures ,  pendant  quel- 
ques jours  ;  ils  deven^^nt  ensuite  irréguliers  ,  en 
changeant  d'heure  utilement ,  sans  que  pour 
cela  il  y  eût  diminution  dans  leur  nombre  ;  puis  , 
la  malade  restait  sans  souffrir  pendant  trente- 
six,  quarante  heures ,  quelquefois  trois  jours  de 
suite ,  lorsqu'on  lui  administrait  un  médicament 
convenable  et  auquel  elle  n'était  point  accou- 
tumée. 

Ainsi  le  quinquina,  le  sulfate  de  quinine,  les 
pilules  de  Méglin,  les  frictions,  les  adoucissans 
etlesantiphlogistiques,  avaient  tour  à  tour  et  plus 
d'une  fois  suspendu  les  accès;  mais  ils  revenaient, 
après  les  temps  indiqués  plus  haut,  malgré  la 
continuation  des  mêmes  moyens. 

Lorsque  je  la  vis  (le  2^  janvier  1826),  la 
douleur  avait  pris  un  type  régulier ,  et  je  m'em- 
pressai ,  malgré  la  répugnance  de  la  malade ,  à 
employer  l'acupuncture, 


DE  L'ÀCUPUNCTl  RE.  :5 

(  ne  seule  aiguille  fut  introduite  dans  la  i 
moyenne    du    muscle    zygoinato-labkil  .    endroit 
désigné  par  la  malade  comme  le  point  le  plus 
douloureux. 

La  douleur  augmenta  pendant  cinq  minutes  , 
et  détermina  une  sensation  de  chaleur  que  la 
malade  n'avait  encore  jamais  éprouvée  ;  elle  l'as- 
simila à  un  jet  de  feu  qui  traverserait  ta  joue. 
Au  bout  de  six  à  sept  minutes,  la  douleur  dimi- 
nua, et  dix  ou  douze  minutes  après,  elle  n'é- 
prouvait plus  rien.  L'aiguille  resta  en  place  à  peu 
près  deux  heures  un  quart.  Toute  la  partie  qui 
avait  pénétré  était  oxidée. 

Aujourd'hui,  c'est  le  quinzième  jour  depuis 
la  guérison ,  et  il  est  à  remarquer  que  la  malade 
n'avait  jamais  joui  d'un  repos  aussi  long  depuis 
l'invasion  de  la  maladie. 

25e  Observation  :  Névrlagie   de  la  face • ,   (commun  iqucV 
par  le  docteur  Toirae  , 

Sophie  Barbot .  âgée  de  02  ans,  était  affectée 
depuis  trois  mois  d'une  névralgie  continue  ,  qui 
occupait  alternativement  le  côté  droit  de  la  face, 
du  cou  et  du  cuir  chevelu. 

Cette  malade  avait  été  soumise  par  le  docteur 
Boutin ,  avec  toute  la  sagacité  qu'on  lui  connaît . 


:4  TRAITÉ 

à  divers  traiteinens ,  sans  pour  cela  qu'on  eût 
obtenu  de  soulagement  bien  marqué.  Soupçon- 
nant alors  que  la  maladie  pouvait  être  entretenue 
par  quelques  dents  gâtées,  il  me  l'adressa  le  22 
janvier  de  cette  année. 

Je  fis  avec  soin  l'inspection  de  sa  bouche,  qui 
ne  m'offrit  rien  qui  pût  m'y  faire  présumer  la 
cause  du  mal;  dès  lors,  je  ne  balançai  pas  à  la 
soumettre  à  l'acupuncture. 

La  douleur  occupait  dans  ce  moment  tout  le 
côté  droit  de  la  face.  Une  première  aiguille  fut 
enfoncée  dans  la  partie  moyenne  de  la  joue  ,  de 
manière  à  ce  que  la  pointe  fut  dirigée  vers  l'ori- 
gine du  nerf  facial,  \oici  ce  qui  eut  lieu  : 

Engourdissement  de  la  douleur,  qui  semble  se 
porter  vers  la  région  temporale.  Peu  d'instans 
après ,  elle  se  dissipe  entièrement  à  la  face ,  et 
se  fixe  sur  le  muscle  antérieur  de  l'oreille ,  que 
bientôt  elle  abandonne,  après  avoir  été  poursuivie 
par  l'introduction  d'une  nouvelle  aiguille.  La  dou- 
leur monte  peu  à  peu,  se  porte  sur  le  cuir  chevelu, 
où  je  fais  une  troisième  piqûre.  Elle  quitte  brus- 
quement cet  endroit ,  et  va  enfin  se  fixer  au  cou, 
près  de  l'angle  de  la  mâchoire  ,  où  je  la  sou 
mets  encore  à  une  quatrième  et  dernière  acu- 
puncture. 

Au  bout   d'un    quart   d'heure  ,  disparition  to- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  75 

taie  de  la  douleur  dans  toutes  les  régions  ,  et  h 
malade  me  dit  que  c'est  la  première  fois  depuis 
trois  mois  qu'elle  ne  souffre  pas. 

Les  aiguilles  ne  sont  restées  en  place  que  trois 
quarts  d'heure. 

Sophie  Barbot .  en  sortant  de  chez  moi ,  fut 
retrouver  le  docteur  Boutin  pour  lui  annoncer 
l'heureux  changement  qui  venait  de  s'opérer  en 
elle. 

La  douleur  depuis  n'a  pas  reparu. 

26e  Observation  :  Epilepsie  ,  (communiquée  par  le  docteur 
Toirac). 

Mademoiselle  À.  G***,  jeune  et  jolie  personne, 
âgée  de  20  ans,  est  épileptique  depuis  l'âge  de  i3 
ans ,  par  suite  d'une  grande  frayeur. 

Les  accès  dans  le  principe  étaient  fort  éloignés 
les  uns  des  autres  ;  peu  à  peu  ils  se  sont  rappro- 
chés ;  maintenant  ils  ont  lieu  régulièrement  tous 
les  deux  mois. 

La  malade  a  été  soumise  par  des  praticiens  forl 
distingués ,  mais  inutilement ,  à  une  foule  de 
traitemens. 

Comme  prodrome  à  l'accès ,  il  se  manifeste 
quelque  malaise  ,  et  plusieurs  jours  avant  qu'il 
ait  lieu,  une  très-vive  douleur  au  sein  droit .  à 
deux  pouces  externes  du  mamelon.  Cette  dou- 


76  TRAITE 

leur,  qui  ne  se  dissipe  qu'après  la  crise ,  lui  fait 
prendre ,  ainsi  qu'à  ses  parens ,  toute  espèce  de 
précautions  pour  éviter  les  accidens  qui  ré- 
sultent ,  malheureusement  trop  souvent ,  des 
chutes  horribles  qu'elle  a  plus  d'une  fois  faites 
éloignée  de  tout  secours. 

Quand  je  vis  la  malade,  le  3  février  de  cette  an- 
née (1825),  elle  éprouvait  les- symptômes  dont  j'ai 
parlé.  Je  soumis  le  sein  douloureux  à  l'acupunc- 
ture :  l'introduction  de  l'aiguille  produisit ,  d'a- 
près l'aveu  de  la  malade  ,  une  sensation  plutôt 
agréable  que  pénible ,  chose  qu'on  remarque 
quelquefois ,  lorsqu'on  agit  sur  un  endroit  très- 
vivement  affecté.  La  douleur  disparut  presque 
subitement,  et  n'a  pas  reparu  depuis  :  l'aiguille 
n'est  restée  en  place  qu'une  demi-heure. 

Certes,  il  serait  ridicule  de  penser  que  la  ma- 
ladie est  guérie  ;  mais  cette  opération  a  eu  pour 
résultat,  bien  certainement,  d'avoir  éloigné  l'accès 
et  enlevé  une  douleur  qui  effrayait  la  malade  ; 
douleur  qui  lui  rappelait  continuellement  que 
l'orage  se  formait  sur  sa  tête  ,  et  qu'il  allait  écla- 
ter. Son  air  sombre  est  devenu  plus  serein,  et 
une  lueur  d'espérance  a  remplacé  dans  son  cœur 
le  cruel  désespoir  auquel  elle  s'abandonne  tou- 
jours à  l'approche  du  moment  fatal. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  :: 

•j.r}«  Observation  :  Goutte,  (communiquée  par  le  docteur 

Toilisc;. 

M.  Dupuy,  d'une  forte  constitution,  un  peu 
replet,  propriétaire,  boulevard  Bonne-Nouvelle^ 
n°  5i  ,  à  Paris,  sujet  à  la  goutte  ,  en  eut  un  accès 
dans  le  mois  d'août  1824.  ïl  fut  soumis  à  un  trai- 
tement entièrement  antiphlogistique  :  il  estime 
à  six  cents  le  nombre  des  sangsues  qui  lui  furent 
appliquées.  L'accès  passa  ;  mais  il  se  sentait  niai 
guéri,  m'a-t-il  dit.  Effectivement,  j'eus  occasion 
de  le  voir  à  cette  époque,  et  il  ne  marchait  pas 
sans  difficulté. 

Dans  les  premiers  jours  de  décembre  suivant 
il  fut  obligé  de  s'aliter  pour  de  nouvelles  dou- 
leurs de  goutte.  Le  pied,  la  jambe  et  le  genou  se 
tuméfièrent.  Un  traitement  analogue  au  précé- 
dent fut  encore  mis  en  pratique  :  trois  ou  quatre 
cents  sangsues,  appliquées  dans  l'espace  de  douze 
ou  quinze  jours,  ne  produisirent  pas  de  soulage- 
ment marqué.  Le  2 1  décembre  ,  le  malade 
souffrait  beaucoup  ;  le  membre  était  tellement 
sensible ,  que  la  moindre  pression  y  déterminait 
des  douleurs  atroces ,  et  la  laine  dont  il  était  en- 
veloppé lui  devenait  insupportable  A  ingt  sangsues 
furent  encore  appliquées  ce  jour-là. 

Le   lendemain  ,  22.  décembre,  le  malade  étant 


78  TRAITE 

dans  le  même  état ,  son  médecin  le  soumit  à  l'a- 
cupuncture à  une  heure.  Deux  aiguilles  furent 
enfoncées  horizontalement  dans -la  longueur  du 
coude-pied  ,  l'une  à  la  partie  externe  ,  l'autre  à  la 
partie  interne.  Aussitôt  qu'elles  furent  en  place  , 
le  malade  put  poser  le  pied  sur  le  sol  et  lui  im- 
primer de  légers  mouvemens.  A  cinq  heures,  les 
aiguilles  furent  retirées,  dès  lors  le  malade  put 
marcher.  Le  genou  resta  douloureux  encore 
quelque  temps  .  mais  d'une  manière  très-suppor- 
table. La  nuit  qui  suivit  l'opération,  le  malade 
put  se  livrer  à  un  sommeil  tranquille  ,  chose  dont 
il  était  privé  depuis  long- temps.  Peu  à  peu  le 
membre  a  repris  son  volume  naturel  ;  et,  M.  Du- 
puy,  qui  se  plaît  à  raconter  cette  espèce  de 
guérison,  qui  semble  tenir  du  merveilleux,  jouit 
de  la  santé  la  plus  parfaite,  aujourd'hui,  i5  jui- 
let,  septième  mois  depuis  l'emploi  de  l'acupunc- 
ture. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  :9 

2*    SÉRIE    D0BSERVAT1QN& 

Elle  cenfermc  les  cas  où  deux  ou  trois  acupuuctures  ont  suffi  noue 
la  cure  radicale  de  la  maladie. 

28e  Observation  :  Névralgie  sciatique. 

Le  noininé  Hubert  (Jean),  âgé  de  02  ans,  an- 
cien militaire,  actuellement  jardinier,  d'une  con- 
stitution lymphatico-nerveuse,  se  présenta  le  22 
novembre  1824  à  la  consultation  chirurgicale  de 
Saint-Louis.  Il  avait  éprouvé  quatre  ans  auparavant, 
dans  les  membres  inférieurs,  des  douleurs  légères 
qui  cédèrent  à  des  bains  de  vapeur  ;  mais  depuis 
dix  mois,  il  ressentait  des  douleurs  vives,  lanci- 
nantes, dans  toute  la  longeur  du  membre  infé- 
rieur gauche,  suivant  le  trajet  des  nerfs  sciatique 
et  poplité  externe.  Lorsque  le  malade  était  assis, 
c'était  surtout  dans  la  cuisse  qu'elles  se  faisaient 
sentir  ;  s'il  se  couchait ,  elles  devenaient  plus 
vives  autour  de  la  malléole  externe;  d'ailleurs 
c'était  en  général  au  lit  qu'elles  étaient  le  plus 
vives ,  et  alors  accompagnées  d'un  sentiment 
de  froid.  (Le  malade,  étant  militaire,  avait  eu  un 
commencement  de  congélation  du  pied  gauche.) 
Depuis  quelques  jours,  les  douleurs,  devenues 
continuelles,  l'avaient  obligé  de  suspendre  ses  tra- 
vaux. Les  bains  ne  produisant  aucun  soulagement, 


8o  TRAITÉ 

le  malade  vint  trouver  M.  J.  Cloquet,  qui  intro- 
duisit une  aiguille  d'acier  au-dessus  de  la  malléole 
externe.  Au  bout  de  deux  minutes,  un  cercle  rou- 
gelitre  se  dessina  autour  de  l'aiguille;  le  malade 
nous  dit  s'apercevoir  que  ses  douleurs  dimi- 
nuaient. 11  commença  à  remuer  ses  doigts  de  pied, 
ce  qu'il  ne  pouvait  faire  auparavant.  Cependant 
le  sentiment  de  froid  existait  encore.  Hubert 
nous  avertit  alors  «  qu'il  sentait  sa  douleur 
monter  vers  la  cuisse,  où  elle  s'était,  pour  ainsi 
dire,  accumulée.  »  Aussitôt  M.  J.  Cloquet  intro- 
duisit une  aiguille  dans  le  point  le  plus  doulou- 
reux, vers  la  partie  externe  et  inférieure  de  la 
fesse  :  douze  minutes  environ  après  la  pre- 
mière acupuncture,  il  se  manifesta  dans  tout 
le  membre  un  sentiment  de  chaleur,  qui  fut  aus- 
sitôt suivi  d'une  sueur  abondante  de  ce  côté  du 
corps  seulement.  Immédiatement  après ,  le  malade 
put  marcher  tout  aussi  facilement  que  dans  l'état 
sain.  Il  n'éprouvait  même  pas  le  moindre  engour- 
dissement. Revenu  quatre  jours  après,  Hubert 
nous  dit  que  le  22  ,  en  rentrant  chez  lui ,  il  étonna 
tous  ses  camarades  quand  ils  le  virent  prendre 
la  bêche  pour  aller  travailler.  Ce  n'est  qu'après 
deux  jours  de  fatigue  qu'il  survint  au-dessus  de 
la  malléole  externe  un  fourmillement  incommode, 
qui  ne  l'empêchait  pas,  au  reste,  de  travailler.  Il 
n'était  rien  revenu  à  la  cuisse.  Une  aiguille  fut  in- 


DR  L'ACIW  v;ti  RE. 
troduite  au-dessus  de   la   malléole  externe.    Le 

fourmillement,  qui  diminua  au  bout  de  quatre 
minutes ,  ne  tarda  pas  à  disparaître  entière* 
ment.  Tous  les  mouvemens  du  membre  de- 
vinrent extrêmement  faciles,  mais  le  sentiment 
de  froid  persista.  Vingt  jours  après  les  douleurs 
n'avaient  point  reparu. 

29e  Observation  :  Roideur  articulaire,  suite  de  contusion. 

Le  nommé  Paquier  (Jean),  âgé  de  45  ans,  ser- 
rurier, éprouvait,  à  la  suite  d'une  chute  qu'il  avait 
faite  six  semaines  auparavant  sur  l'épaule  droite, 
une  telle  roideur  dans  cette  articulation,  qu'il 
ne  pouvait  exécuter  aucun  mouvement  avec  le 
membre  correspondant ,  qu'il  tenait  d'ailleurs  en 
écharpe.  Des  applications  émollientes  et  des  fric- 
tions irritantes  avaient  été  sans  effet.  Le  22  no- 
vembre 1824,  M.  J.  Cloquet  introduisit  une  ai- 
guille d'argent  vers  le  bord  supérieur  du  muscle 
trapèze,  point  le  plus  douloureux.  Au  bout  de 
quatre  minutes,  les  fibres  de  ce  muscle  aupara- 
vant contractées,  tendues,  devinrent  souples.  Au 
bout  de  six  minutes  le  malade  se  servit  aussi  bien 
de  son  membre  qu'avant  sa  chute.  Il  levait  la  main 
au-dessus  de  la  tête,  et  faisait  facilement  exécuter 
au  membre  tous  les  mouvemeiis  possibles.  En 
rentrant  chez  lui ,  il  se  mit  à  travailler,  et  ce  n'est 

6 


82  TRAITE 

que  le  2  5  qu  il  survint  une  légère  douleur  à  la 
même  épaule  :  encore  le  malade  l'attribuait-ii  à 
des  fatigues  extraordinaires.  Le  26,  M.  J.  Cio- 
quet  introduisit  une  nouvelle  aiguille  à*  la  partie 
antérieure  de  l'épaule  (c'était  l'endroit  le  plus  dou- 
loureux) :  au  bout  de  quatre  minutes,  la  douleur 
indépendante  de  celle  de  l'aiguille  disparut  entiè- 
ement;  au  bout  de  six  minutes  on  retira  l'aiguille, 
le  malade  exécuta  les  mouvemens  les  plus  éten- 
dus du  bras  sans  éprouver  aucune  gêne.  Nous  ne 
l'avons  pas  revu  depuis. 

3oe  Observation  :  Gastrodrnie,  (recueillie parM.  Dronsart, 
dans  les  salles  de  M.  Fouquier  à  l'hôpital  de  la  Charité, 
et  communiquée  à  M.  J.  Cloquet). 

Un  jeune  homme  entré  à  l'hôpital  de  la  Charité 
dans  la  première  quinzaine  de  novembre  dernier. 
y  était  traité  par  M.  Fouquier  depuis  quelque 
temps  pour  une  gastrodjnie.  Lorsque  je  le  vis  pour 
la  première  fois ,  dans  le  mois  de  décembre ,  la 
douleur  épigastrique  était  à  peu  près  passée; 
mais  il  lui  en  restait  dans  le  flanc  droit  une  assez 
vive  ,  qui  augmentait  par  la  pression  et  par  les 
irïouvemens  de  flexion  du  tronc.  À  ces  signes 
presque  caractéristiques,  et  surtout  à  l'absence  de 
tout  autre  symptôme  d'inflammation  intérieure, 
M.    Fouquier   prononça  qu'elle  était    rhumatis- 


DE  L'AGI  PUWCT1  RE.  85 

maki,  et  sur  mon  observation  que  c'était  le  cas 

d'essayer  l'acupuncture,  il  me  permit  de  l;i  pra- 
tiquer. 

Après  m'être  assuré  du  point  le  plus  doulou- 
reux, j'y  enfonçai  une  aiguille  à  la  profondeur 
de  quatre  à  cinq  lignes ,  suivant  la  méthode  de 
M.  J.  Cloquet ,  sans  toutefois  établir  de  conduc- 
teur :  l'introduction  ne  fut  que  modérément  dou- 
loureuse :  le  malade  fit  un  petit  cri;  il  m'a  avoué 
depuis,  que  la  peur  plutôt  que  le  mal  lui  avait 
arraché  ce  cri.  Dix  minutes  après,  il  me  dit  que 
la  douleur  primitive  était  tout-à-fait  passée  ,  et 
que  quant  à  celle  de  la  piqûre  elle  était  fort 
supportable.  L'aiguille  manifestement  oxidée  fut 
relevée  au  bout  d'un  quart  d'heure ,  et  la  dou- 
leur rhumatismale  était  complètement  dissipée. 

Elle  n'avait  pas  reparu,  ni  le  lendemain  ni  le 
surlendemain,  mais  le  troisième  jour  le  malade 
nous  dit  à  la  visite  qu'il  l'avait  ressentie,  beau- 
coup moins  vive,  à  la  partie  inférieure  et  interne 
du  point  piqué.  M.  Fouquier  m'ayant  autorisé  à 
faire  une  seconde  acupuncture,  je  la  pratiquai 
sur-le-champ;  mais  cette  fois  j'établis  un  conduc- 
teur. J'ôtai  mon  aiguille  une  heure  environ  après 
son  introduction ,  et  il  me  dit  qu'il  ne  sentait  plus 
rien. 

Depuis,  ce  jeune  homme  n'a  rien  éprouvé  ni 

6. 


84  TRAITÉ 

dans  le  flanc  ni  autre  part,  et  il  est  sorti  de  l'hô- 
pital le  10  janvier. 

•    3 Ie  Observation  :  Névralgie  temporo-maxillaire. 

La  nommée  Boileau  (Victoire),  âgée  de  5i  ans, 
éprouvait  depuis  trois  mois  des  douleurs  très- 
vives ,  lancinantes,  à  la  région  temporo -maxil- 
laire gauche,  ainsi  qu'aux  dents  de  ce  Coté.  Ces 
douleurs,  qui  avaient  commencé  à  l'occiput, 
s'étaient  étendues  de  là  jusqu'aux  dents;  elles 
étaient  continuelles  ,  et  présentaient  de  temps 
en  temps  des  redoublemens.  Elles  augmentaient 
par  la  pression  et  par  les  mouvemens  de  la  mâ- 
choire ;  la  nuit  elles  troublaient  le  sommeil,  ou 
l'empêchaient  même  complètement.  Le  s3  no- 
vembre 1824,  M.  Jules  Cloquet  introduisit  une 
aiguille  dans  la  portion  du  muscle  sterno-mastoï- 
dien  voisine  de  l'oreille ,  où  se  trouvait  à  peu 
près  le  centre  des  douleurs.  Au  bout  de  quatorze 
minutes,  celles-ci  avaient  disparu.  Une  restait  plus 
que  de  l'engourdissement,  qui  cessa  au  bout  de 
vingt  minutes  environ,  c'est-à-dire  quand  on  re- 
tira l'aiguille.  Les  mouvemens  de  la  mâchoire 
s'exécutèrent  sans  douleur.  La  pression  n'était 
plus  pénible.  Le  2^,  la  douleur  revint  au-devant 
de  l'oreille ,  mais  bien  moins  forte  qu'auparavant 
et  se  bornant  à  cet  endroit.  Du  reste,  elle  n'avait 


MB  L  âCl  l'i  \(.i  i  i 
pas  empêché  la  mala<  iter   les  dom  eui  8 

du  sommeil.  Cornue  elle  exûtaîl  encore  le 
M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  dans1 
adroit  affecté.  Deux  minutes  après  l'opéra- 
tion, il  se  développa  une  auréole  erythémateuse 
autour  de  l'aiguille;  la  douleur  erra  dan-  les 
répons  voisines  de  l'aiguille.  Au  bout  de  seize  mi- 
nutes les  légers  élancement  furent  remplaces  pai 
de  l'engourdissement;  on  retira  l'aiguille  vingt 
minutes  après  son  introduction,  et  cet  engour- 
dissement était  lui-même  dissipé.  La  pression  ni 
les  mouvemens  de  la  mâchoire  ne  développaient 
plus  de  douleurs. 

32e  Observation  :  Contusion   de  la  poitrine. 

Le  nommé  Bienvenu  (Pierre  -llene  |,  âgé  de 
3*]  ans.  d'une  constitution  lymphatique,  entra  le 
iô  novembre  1S24  à  l'hôpital  Saint-Louis  poui 
v  èlre  traité  d'une  forte  contusion  du  côté  gauche 
de  la  poitrine.  On  appliqua  aussitôt  sur  le  1 
malade  huit  ventouses  scarifiées  et  des  cataplasmes 
émolliens  qui  soulagèrent  le  malade.  Mais  le 
une  douleur  de  côté.  vive,  lancinante,  rendait  Ja 
respiration  difficile,  la  toux  très-douloureuse,  et 
le  décubitus  sur  le  côté  sain  impossible  :  les  se- 
cousses de  la  marche  augmentaient  les  élancement 
douloureux;  il  n'y  avait  presque  pas  d'expectora- 


86  TRAITÉ 

tion.  Les  cataplasmes  étant  alors  sans  effet,  M.  Jules 
Cloquet  introduisit  une  aiguille  dansle  point  dou- 
loureux, de  manière  à  s'approcher  le  plus  pos- 
sible de  la  plèvre,  sans  cependant  pénétrer  dans  la 
cavité  thorachicpie  (On  n'y  adaptapoint  de  conduc- 
teur). Au  bout  de  deux  minutes,  douleur  plus 
vire  à  l'endroit  de  l'aiguille;  auréole  érvthéma- 
teuse  très-prononcée.  Au  bout  de  trois  minutes, 
respiration  plus  facile  et  toux  moins  douloureuse. 
Le  malade  put  se  coucher  sur  le  côté  sain.  La 
marche  fut  moins  pénible.  Le  27.  le  malade  res- 
sentait àpeinede  la  douleur.  Le  28.  la  respiration 
devint  plus  difficile.  Le  29.  il  se  manifesta  vers 
la  région  lombaire  une  douleur  vive  et  qui  aug- 
mentait tellement  par  la  toux .  qu'elle  arrachait 
des  cris.  Le  malade  ne  pouvait  se  remuer  dans 
son  lit  sans  les  plus  vives  souffrances.  M.  Jules 
Cloquet  introduisit  alors  une  aiguille  à  la  partie 
supérieure  des  lombes.  Au  bout  de  quatre  mi- 
nutes, respiration  plus  facile;  mêmeroideur  lom- 
baire ;  auréole  rougeâtre  très-prononcée.  La  dou- 
leur de  l'aiguille  alla  en  augmentant  jusqu'à  douze 
minutes  après  cette  seconde  acupuncture,;  l'ai- 
guille fut  retirée,  et  alors  il  n'existait  plus  ni  dif- 
ficulté de  respirer,  ni  douleurs  ni  roideur  dans 
les  lombes.  Pendant  la  nuit  il  y  eut  un  peu  de 
fièvre  (il  s'était  fait  par  le  rectum  un  écoulement 
sanguinolent,  précédé   de  fortes   coliques   et.de 


DE  L'ACUPUNCTURE.  87 

chaleur  dans  tout  le  bas-ventre.)  Le  5o  au  matin  , 
la  douleur  de  côté  reparut,  mais  bien  moins  in- 
tense, et  elle  alla  en  diminuant  jusqu'au  lende- 
main, où  elle  disparut  entièrement.  Le  4  dé- 
cembre ,  le  malade  sortit  parfaitement  guéri. 

33e  Observation  :   Contusions  récentes. 

Le  nommé  L apprêté  (Vincent)  ,  âgé  de  56  ans, 
carrier,  d'une  constitution  vigoureuse,  entra  le 
2 5  novembre  1824  à  l'hôpital  Saint-Louis,  pour 
y  être  traité  de  fortes  contusions  du  côté  gauche 
du  tronc  et  delà  hanche  droite.  La  veille,  il  était 
tombé  par  une  trappe  d'environ  quinze  pieds  de 
hauteur.  Examiné  attentivement,  voici  l'état  dans 
lequel  nous  le  trouvâmes  :  respiration  difficile , 
marche  sans  douleur,  mais  toux  extrêmement 
pénible.  Le  repos  du  lit  mettait  le  malade  dans 
un  tel  état  qu'il  ne  pouvait  plus  remuer.  La  pres- 
sion était  si  douloureuse  à  l'hypocondre  gauche, 
qu'elle  arrachait  des  cris.  Lesmouvemensde  torsion 
du  tronc  étaient  impossibles  ainsi  que  1  e  bâillement  ; 
la  face  était  animée,  le  pouls  fort  et  fréquent.  M.  J. 
Cloquet  introduisit  une  aiguille  à  l'hvpocondre 
gauche.  Au  bout  de  deux  minutes,  la  re  piration  de- 
vint plus  libre,  mais  la  toux  occasionait  les  marnes 
souffrances.  On  fit  une  deuxième  acupuncture 
près  de  la  première  ,  dans  le  point  le  plus  dou 


88  TRAITÉ 

ioureux.  Trois  minutes  après ,  le  malade  fit 
sans  douleur  divers  mouvemens  du  tronc  pour 
se  redresser.  A  la  septième  minute ,  la  pression 
était  moins  douloureuse,  il  n'y  avait  encore  qu'une 
légère  auréole  autour  de  la  première  aiguille.  A  la 
dixième ,  la  respiration  était  plus  large ,  la  toux , 
l'expectoration  et  le  bâillement  prolongé  ne  dé- 
veloppaient plus  aucune  douleur ,  le  malade  se 
leva  sans  peine  sur  son  séant  ;  au  bout  d'un  quart 
d'heure  les  aiguilles  furent  retirées,  et  la  pression 
n'était  plus  pénible.  Ce  qu'il  y  a  de  remarquable, 
c'est  que  les  douleurs  de  la  hanche  droite,  moins 
fortes  à  la  vérité,  disparurent  également.  Le  27, 
comme  il  était  revenu  une  légère  douleur  à  la  partie 
postérieure  gauche  du  thorax  (elle  n'était  vive 
que  quand  le  malade  voulait  se  lever  sur  son 
séant),  on  y  introduise:  une  aiguille;  au  bout  de 
deux  minutes  ,  l'auréole  était  formée  ;  après 
six  minutes,  la  toux,  la  pression,  les  efforts  du 
malade  pour  se  redresser  ne  développèrent  plus 
de  douleur.  Lappreté  se  plaignit  alors  de  pe- 
santeur de  tête  ;  M.  Cloquet,  ayant  égard  à  sa  force, 
lui  fit  faire  une  saignée  de  deux  palettes,  quoique 
tous  les  symptômes  du  côté  de  la  poitrine  eussent 
complètement  disparu.  Le  28 ,  le  malade  était 
parfaitement  rétabli ,  et  le  5  décembre  il  sortit  de 
l'hôpital. 


DE  L'ACUPUNCTURE. 

34e  Observation  :  Névralgie  acialinuc. 

Le  nommé  Plauson  (Augustin),  âgé  de  4<* 
ans,  bijoutier,  avait  éprouvé  il  y  a  un  an,  à  la 
jambe  droite,  des  douleurs  qui  s'étendirent  en- 
suite jusqu'à  la  cuisse,  où  elles  s'étaient  depuis 
maintenues  plus  fortes.  Des  bains  de  fumiga- 
tion avaient  été  sans  effet.  Des  frictions  camphrées, 
loin  de  diminuer  les  douleurs ,  les  avaient  exas- 
pérées. La  souffrance  était  telle  depuis  trois  jours. 
que  le  malade  ne  pouvait  se  baisser;  la  nuit  il  ne 
pouvait  dormir.  La  pression  était  très  -  dou- 
loureuse, l'articulation  du  pied  immobile,  et 
la  marche  très-pénible.  M.  J.  Cloquet  intro- 
duisit, le  i5  décembre  1824,  une  aiguille  dans  le 
point  douloureux  de  la  cuisse  droite.  Au  bout  de 
dix  minutes  les  douleurs  lancinantes  diminuèrent 
à  cet  endroit  ;  mais  celles  du  mollet  devinrent 
plus  vives  ;  on  y  introduisit  une  aiguille  :  vingt  mi- 
nutes après  l'introduction  delà  première  aiguille, 
soulagement  considérable  à  la  cuisse  et  au  mollet. 
Au  bout  d'une  demi-heure,  les  aiguilles  étant  re- 
tirées, les  mouvemens  de  l'articulation  du  pied 
s'exécutèrent  facilement ,  les  douleurs  de  la  cuisse 
et  de  la  jambe  avaient  entièrement  disparu  . 
le  malade  se  baissa  et  se  redressa  facilement  ;  le 
soir  il  dormit  parfaitement.  Le  lendemain  cepen- 


9o  TRAITÉ 

dant  il  ressentit  une  légère  douleur  à  la  cuisse  et  au 
mollet;  quant  à  celle  du  pied,  elle  n'avait  pas  re- 
paru. 0  n  introduisit  alors  une  aiguille  dans  la  cuisse . 
Cette  aiguille  fut  retirée  au  bout  d'une  heure,  et  le 
malade  put  marcher  sans  aucune  gêne.  La  pres- 
sion même  était  devenue  tout-à-fait  insensible. 
Nous  n'avons  plus  revu  le  malade. 

35e  Observation  :  Affection  rhumatismale. 

La  nommée  Jubier  (  Marguerite  ) ,  âgée  de 
47  ans,  éprouvait  depuis  huit  mois,  sans  causes 
connues,  des  douleurs  au  genou  droit,  d'où  elles 
se  portèrent  au  bras  droit,  qu'elles  quittèrent 
ensuite  pour  aller  au  bras  gauche.  Depuis  deux 
mois,  ces  douleurs  occupaient  les  deux  bras.  Des 
bains  de  vapeur  les  avaient  un  peu  diminuées. 
Le  i4  décembre  1824,  elles  étaient  plus  vives  au 
bras  gauche.  Les  mouvemens  de  flexion  de  l'a- 
vant-bras se  faisaient  bien,  mais  la  malade  ne 
pouvait  porter  la  main  au  front  ni  derrière  le  dos. 
La  nuit  elle  dormait  à  peine,  même  en  se  cou- 
chant sur  les  endroits  douloureux,  quoique  cette 
précaution  la  soulageât  autrefois.  Le  moindre 
choc  imprimé  au  bras  occasionait  une  vive  dou- 
leur. M.  Jules  Cloque t  introduisit  une  aiguille 
dans  le  point  le  plus  douloureux,  sans  y  adapter  de 
conducteur.  Au  bout  d'une  demi-heure,   chan- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  91 

geauent  à  peine  sensible.  Au  bout  d'une  heure  ,  kl 
malade  put  porter  la  main  au  front,  mais  stèd 
peine;  un  instant  après,  elle  la  porta  derrière  le 
dos.  L'aiguille  étant  retirée  au  bout  d'une  heure 
et  demie ,  les  mouvemens  du  membre  devinrent 
bien  plus  faciles;  il  ne  se  manifestait  plus  de  dou- 
leur par  le  choc.  Le  18,  l'état  du  bras  gauche  était 
plus  satisfaisant  encore  ;  seulement  quand  1  a  malade 
soulevait  le  moindre  fardeau ,  elle  sentait  une 
douleur  vive  à  l'articulation  huméro-cubitale.  Une 
aiguille  fut  alors  introduite  dans  cette  partie  :  au 
bout  dune  demi-heure  l'aiguille  fut  retirée,  et 
les  douleurs  avaient  totalement  disparu.  La  ma- 
lade souleva  une  table  devant  nous  sans  éprouver 
la  moindre  sensation  désagréable. 

36e  Observation  :  Névralgie  sciatique. 

Le  nommé  Colas  (Pierre),  âgé  de  ^2  ans,  ou- 
vrier, d'une  forte  constitution,  éprouvait  depuis 
cinq  ans  des  douleurs  au  genou  droit.  Depuis 
trois  semaines,  de  nouvelles  douleurs  plus  fortes 
s'étaient  manifestées  à  la  partie  supérieure  de  la 
fesse  droite ,  d'où  elles  s'étendirent  le  long  de  la 
partie  externe  de  la  cuisse  et  de  la  jambe,  jus- 
qu'au pied.  Ces  douleurs  étaient  vives  et  conti- 
nuelles; elles  augmentaient  par  la  pression,  et 
avaient    forcé   !e    malade    à   suspendre    ses    tra- 


92  TRAITÉ 

vaux.  En  effet ,  il  ne  pouvait  marcher  qu'avec  un 
bâton  ;  il  pouvait  à  peine  rester  assis  ,  et  ne  se 
baissait  qu'avec  la  plus  grande  difficulté.  Leao,  dé- 
cembre 1824,  M.  J.  Cîoquet  introduisit  deux  ai- 
guilles, lune  dans  la  partie  supérieure  de  la  fesse, 
et  l'autre  dans  sa  partie  moyenne  (on  n'y  adapta 
point  de  conducteur).  Auboutdedixminutes,  sou- 
lagement considérable;  un  instant  après,  la  dou- 
leur de  la  jambe  disparut  entièrement  ;  les  mouve- 
mens  de  flexion  et  d'extension  de  la  jambe  devinrent 
extrêmement  faciles.  Le  malade  resta  une  heure 
assis  sans  éprouver  de  sensation  pénible  ;  il  se  leva 
alors,  et  quoiqu'il  portât  encore  les  aiguilles,  il 
marcha  et  se  baissa  facilement.  Les  aiguilles  fu- 
rent alors  retirées.  Le  lendemain,  les  douleurs 
revinrent  à  la  jambe  seulement,  mais  aussi  vives 
qu'auparavant.  Une  aiguille  y  ayant  été  intro- 
duite, elles  disparurent  entièrement  au  bout  d'un 
quart  d'heure.  La  marche,  la  position  assise,  ni 
la  pression  ,  n'occasionaient  plus  la  moindre  sen- 
sation pénible.  Nous  n'avons  pas  revu  le  malade 
depuis. 

Cette  cure  s'est  opérée  sous  les  yeux  de  M.  Am- 
père, membre  de  l'Institut,  et  de  M.  le  docteur 
Edwards. 


DE  LACUPUINCTLPvi:.  <f> 

3ne  Observation  :  Rhumatisme  de  la  cuisse. 

Le  nommé  Florimond  Froidure  ,  âgé  de 
22  ans,  garçon  d'écurie,  éprouvait  depuis  trois 
semaines,  à  la  fesse  droite  et  à  la  partie  supérieure 
et  externe  de  la  cuisse  du  même  côté,  une  dou- 
leur vive  qui  augmentait  par  la  marche  et  la  pres- 
sion. La  moindre  fatigue  produisait  de  l'enflure 
dans  les  pieds.  Le  28  novembre  1824,  M.  Jules 
Cloquet  introduisit  deux  aiguilles;  l'une  à  la  fesse 
et  l'autre  à  la  cuisse.  Au  bout  de  cinq  minutes, 
auréole  très -prononcée  ;  plus  de  douleur  à  la 
fesse.  Le  malade  ayant  alors  accusé  une  douleur 
au  mollet  de  l'autre  côté,  on  y  introduisit  une 
aiguille  qui  la  fit  disparaître  au  bout  de  quelques 
minutes.  Au  bout  de  quinze  minutes ,  on  retira 
toutes  les  aiguilles ,  et  le  malade  marcha  sans 
gêne  et  sans  boiter;  seulement  l'extension  forcée 
de  la  cuisse  était  encore  douloureuse.  Le  ier  dé- 
cembre, les  douleurs  de  la  fesse  et  de  la  cuisse  n'a- 
vaient pas  reparu  ;  mais  il  s'en  était  manifesté  une 
légère  à  la  malléole  interne  de  la  jambe  droite, 
avec  un  peu  de  claudication.  Une  seule  acupunc- 
ture ne  tarda  pas  à  la  faire  cesser,  et  à  rendre  la 
marche  facile. 


94  TRAITÉ 

38e  Observation  :  Contusion  récente  à  la  poitrine. 

La  nommée  Françoise  Bourdon,  âgée  de  5o 
ans.  journalière,  avait  reçu,  deux  jours  avant  de 
venir  nous  trouver,  un  coup  au  côté  droit  de  la 
poitrine.  Elle  ne  voulut  pas  nous  dire  par  quel 
corps,  ni  de  quelle  manière  elle  avait  été  frap- 
pée. Voici  d'ailleurs  .les  svmptôrnes  qu'elle  pré- 
sentait :  Face  pale  et  exprimant  la  souffrance  ; 
difficulté  extrême  de  respirer  ;  douleur  de  côté  , 
augmentant  par  la  pression,  et  si  violente  qu'elle 
obligeait  la  malade  à  se  pencher  latéralement. 
C  e  tte  douleur  s'étendait  du  côté  droit  de  la  poitrine 
à  l'épaule,  et  rendait  les  mouvemensde  cette  par- 
tie intolérables,  au  point  d'arracher  des  cris.  Du 
reste ,  il  n'v  avait  ni  expectoration  ni  toux.  Le  20 
novembre  1824?  M.  J.  Cloquet  introduisit  une 
aiguille  dans  le  point  le  plus  douloureux  de  la 
poitrine ,  entre  les  cinquième  et  sixième  côtes. 
Au  bout  de  trois  minutes  ,  engourdissement 
dans  tous  les  lieux  qu'occupait  la  douleur.  Au 
bout  de  six  minutes,  le  bras  put  exécuter  ses 
mouvemens.  Il  se  manifesta  alors  aux  environs 
de  lraiguille  de  faibles  élancemens.  La  douleur 
de  la  poitrine  diminua;  la  respiration  devint  plus 
facile  ;  on  vit  la  face  s'épanouir ,  et  la  malade  ma- 
nifesta sa  joie  par  des  paroles  pleines  de  gaieté.  Au 


DE  L'ACUPUNCTURE.  $j 

bout  de  dix  minutes  l'aiguille  fut  retirée,  et  la 
douleur,  dont  il  restait  encore  quelques  traces  à 
l'épaule,  avait  entièrement  disparu  à  la  poitrine. 
Le  lendemain,  les  douleurs  revinrent  à  la  poi- 
trine; mais  elles  étaient  beaucoup  moins  vives. 
et  quant  à  celles  de  l'épaule ,  elles  n'avaient  pas 
augmenté  depuis  la  dernière  acupuncture.  XL  Jules 
Cloquet  introduisit  de  nouveau  une  aiguille  dans  le 
point  le  plus  douloureux  de  la  poitrine.  Au  bout  de 
douze  minutes  les  douleurs  disparurent  entière- 
ment à  la  poitrine  et  à  l'épaule.  Le  5o ,  elles 
étaient  revenues,  mais  si  légères,  que  M.  J.  Clo- 
quet, ne  jugeant  pas  nécessaire  de  pratiquer  une 
nouvelle  acupuncture,  se  contenta  de  prescrire 
des  bains  de  vapeurs. 

39e  ObservatimPl  Rhumatisme  des  lombes  et  des  membres 
inférieurs. 

Le  nommé  Aznibère  (Jean-Joseph),  cordon- 
nier, âgé  de  55  ans,  d'une  constitution  lvni- 
phatique ,  éprouva  ,  il  y  a  deux  ans  \  des  con- 
trariétés qui  altérèrent  sa  santé;  il  fut  même 
forcé  de  garder  le  lit  pendant  quelque  temps .  et 
quand  il  voulut  se  lever,  il  fut  fort  étonné  de  ne 
pouvoir  marcher.  Des  douleurs  lancinantes,  aug- 
mentant par  intervalles,  se  firent  bientôt  sentir  dans 
toute  la  longueur  des  membres  inférieurs,  mais 


9G  TRAITE 

surtout  dans  le  droit.  ■  C'est-*  nous  dit-il.  comme 
si  des  chiens  me  rongeaient  les  os.  ■  La  marche 
était  extrêmement  pénible,  la  pression  doulou- 
reuse, le  sommeil  troublé.  Quatre  bains  simples 
avaient  un  peu  calmé  ces  douleurs .  mais  le  2  dé- 
cembre   1S24   elles   étaient  si  vives  crue   le  ma- 
lade   ne    pouvait    se    baisser    ni    marcher    sans 
souffrir  horriblement.  M.  J.   Cioquet  introduisit 
une  aiguille  dans  le  mollet  gauche    (c'était  l'en- 
droit où  les  douleurs  étaient  le  plus  vives  alors  ) . 
Au  bout  d'un  quart  d'heure  .  le  malade  put  se  bais- 
ser et  porter  tout  le  poids  de  son  corps  sur  la 
jin.be  gauche,  ce  qu'il  ne  pouvait  faire  aupara- 
vant ;  bientôt  il  put  marcher  et  exécuter  presque 
sans  douleur  tous  les  mouvemens  des  membres  ; 
mais  à  peine  était-il  sorti  de  la  salle  de  consultation . 
que  la  douleur  lombaire,   qui  n'avajt  pas    cessé 
tout-à-fait,  augmenta   sensiblement;  le  4?   celle 
des  jambes  reparut  faiblement;  le  6.  il  y  en  avait 
une  légère  aux  fesses .  mais  elle  ne  se  manifes- 
tait que  dans  la  position  assise.  Le  sommeil  était 
d'ailleurs  calme  et  la  marche  facile.  On  introdui- 
sit deux  aiguilles,  l'une  dans- la  région  lombaire, 
et  l'autre  dans  la  fesse.  Au  bout  de  quinze  minutes, 
la  marche  devint  plus  facile  encore  ;   la  douleur 
lombaire  avait  disparu,  et  le  malade  se  baissa  sans 
aucune  s:êne.  Quant  à  celle  de  la  jambe,  elle  ne 
cessa  qu'au  bout  d'une  demi-heure,  c'est-à-dire 


DE  L'ACUPUNCTURE.  <r 

quand  on  retira  les  aiguilles.  Alors  tous  es  mou 
vemens  des  membres  inférieurs  s'exécutèrent  fa- 
cilement. Le  malade  s 'étant  fendu  comme  pour 
s'escrimer,  frappa  du  pied  droit  sur  le  sol.  sans 
éprouver  la  moindre  sensation  pénible. 

4oe  Observation  :  ISê^ralgie  sciatique. 

M.  Chapelle  (Guillaume),  âgé  de  56  ans.  cor- 
donnier, éprouvait  depuis  deux  mois,  sans  causes 
connues,  à  la  fesse  gauche,  des  douleurs  qui  s'é- 
tendaient aussi  à  la  partie  supérieure  de  la  cuisse 
du  même  côté.  De  temps  à  autre  .  ce  membre  flé- 
chissait sous  le  poids  du  corps,  et  devenait  impropre 
à  exécuter  des  mouvemens.  A  des  intervalles  rap- 
prochés.  et  surtout  pendant  la  marche  .  qui  d'ail- 
leurs ne  pouvait  avoir  lieu  qu'à  l'aide  d'un  bâton, 
il  se  développait  des  douleurs  lancinantes  telle- 
ment vives  que  le  malade  était  obligé  de  s'arrê- 
ter brusquement  et  de  saisir  fortement  sa  cuisse. 
Au  reste,  ces  accès  avaient  aussi  quelquefois  lieu 
dans  la  position  assise.  Quand  le  malade  voulait 
se  tourner  de  côté  ,  il  était  obligé  de  tourner  tout 
le  tronc  à  la  fois.  Le  moucher,  la  toux  et  le  dé- 
cubitus sur  le  côté  malade  augmentaient  les  dou- 
leurs. Une  application  de  sangsues  et  des  fric- 
tions camphrées  n'avaient  produit  aucun  effet 
avantageux.  Le  malade  était  décidé  à  s'appliquer 

7 


98       .  TRAITE 

un  vésicatoire,  quand,  le  20  décembre  1824,  ^ 
vint  trouver  M.  J.  Cloquet.  A  cette  époque  la 
douleur  était  extrêmement  vive ,  surtout  au  sortir 
du  lit;  la  pression  l'augmentait  peu,  mais  le 
moindre  mouvement  la  reproduisait.  M.  Jules 
Cloquet  introduisit  deux  aiguilles  dans  la  fesse  ; 
il  passa  dans  ces  aiguilles  un  seul  conduc- 
teur ,  qui  ,•  par  mégarde ,  ne  fut  pas  plongé 
dans  l'eau  s?lée.  (  Il  est  à  noter  que  l'intro- 
duction des™,  aiguilles  se  fit  sans  que  le  ma- 
lade s'en  aoerçût,  tant  les  douleurs  étaient  vio- 
lentes). Au  bout  de  trois  quarts  d'heure,  les  ai- 
guilles étant  retirées,  le  malade  exécuta  tous  les 
mouvemens  du  tronc  sans  la  moindre  douleur. 
En  marchant,  il  sentit  aussitôt,  nous  dit-il,  «dix 
fois  plus  de  force  dans  son  membre.  »  Il  aban- 
donna son  bâton  ;  il  ne  lui  restait  plus  que  de 
légères  douleurs  qui  se  faisaient  sentir  seulement 
le  matin ,  quand  il  allait  se  lever.  Au  bout  de 
cinq  à  six  jours  ,  elles  disparurent  entièrement. 
Le  7  janvier  i8â5,  le  malade,  après  avoir  fait  une 
marche  forcée  ,  sentit  de  nouveau  une  douleur 
vive  au  même  endroit  que  les  premières.  Ce- 
pendant cette  douleur  présentait  moins  d'inten- 
sité ,  car  la  marche  s'exécutait  sans  bâton  ;  la  toux, 
le  moucher,  les  mouvemens  du  tronc  ne  l'aug- 
mentaient plus  autant ,  à  beaucoup  près  :  M.  Jules 
Cloquet  introduisit  une  seule  aiguille  à  la  fesse, 


DE  L'ACUPUNCTURE.  99 

entre  le  grand  trochanter  et  le  sacrum,  et  u\ 
adapta  point  de  conducteur.  Au  bout  de  trois 
quarts  d'heure,  l'aiguille  fut  retirée,  le  malade 
toussa,  marcha,  exécuta  tous  les  mouvemens  du 
tronc  et  du  membre  affecté ,  sans  éprouver  la 
moindre  douleur. 

4ie  Observation  :  Névrai    e  sciatique. 

Le  nommé  Simonet  (Benoît)  ,  a  é  de  28  ans, 
boulanger,  d'une  constitution  robuste,  éprou- 
vait depuis  neuf  ans  des  douleurs,  tantôt  dans  le 
membre  inférieur  droit ,  tantôt  dans  le  gauche. 
Un  jour  que  ces  douleurs  s'étaient  fixées  à  la 
jambe  gauche ,  des  bains  de  vapeurs  et  de  fumi- 
gations aromatiques  les  firent  entièrement  dis- 
paraître. Mais  quelques  mois  après,  le  10  jan- 
vier 1825,  après  avoir  quitté  son  caleçon, 
Simonet  ressentit  à  la  fesse  gauche  des  élan- 
cemens  qui  bientôt  se  répandirent  le  long  du 
nerf  sciatique  jusqu'à  la  malléole  externe. 
Le  i3,  la  souffrance  était  plus  vive  à  ce  der- 
nier endroit  que  dans  le  reste  de  la  longueur 
du  membre,  même  qu'à  la  cuisse,  d'où  elle 
semblait  partir  pendant  les  moindres  mouve- 
mens. Au  reste ,  il  est  à  noter  qu'à  la  suite  des 
anciennes  douleurs,  il  était  resté  dans  l'autre 
fesse  un    endroit    presque  insensible.   M.    Jules 


ioo  TRAITÉ 

Cloquet  introduisit  une  aiguille  dans  la  fesse 
douloureuse.  Cette  aiguille  ayant  été  retirée 
au  bout  d'une  demi-heure  ,  le  malade  sentit  dans 
le  moment  peu  de  changement  dans  ses  dou- 
leurs. Ce  n'est  que  rentré  chez  lui,  qu'il  se  trouva 
tellement  soulagé  qu'il  se  mit  aussitôt  à  tra- 
vailler, sans  presque  rien  éprouver.  Il  se  baissa, 
marcha ,  souleva  des  fardeaux  sans  aucune 
gêne.  La  toux  n'excitait  plus  les  douleurs.  Le  1 5, 
même  état  satisfaisant  ;  il  n'y  avait  plus  qu'une 
légère  douleur  à  la  fesse  et  au-dessus  de  la  mal- 
léole externe.  On  introduisit  une  aiguille  dans 
chacun  de  ces  deux  points.  Au  bout  d'une  heure, 
elles  furent  retirées  :  la  douleur  de  la  fesse  était 
descendue  un  peu  plus  bas.  Elle  était  d'ailleurs  à 
peine  sensible  dans  tous  les  mouvemens  qui  en 
développaient  une  si  vive  auparavant. 

42e  Observation  :  Névralgie  sciatique. 

Le  nommé  Dargent  (  François) ,  scieur  de  bois , 
d'une  constitution  robuste,  se  présente  à  la  con- 
sultation de  l'hôpital  Saint-Louis.  Il  y  a  six  se- 
maines qu'après  avoir  beaucoup  sué,  il  fut  pris, 
quelques  heures  après,  de  douleurs  si  vives, 
à  la  partie  supérieure  de  la  fesse  gauche,  qu'elles 
le  forcèrent  à  quitter  aussitôt  ses  travaux.  En 
rentrant  chez  lui,  il  eut  recours  à  du  vin  chaud 


DE  L'ACUPUNCTIRE.  101 

pour  exciter  la  transpiration,  et  s  en  trouva  assez 
soulagé  pour  qu'au  bout  de  trois  jours  il  pût 
reprendre  ses  occupations.  Mais  la  force  des  dou- 
leurs les  lui  fit  quitter  encore  quelques  jours 
après.  Dargent  fit  alors  successivement  usage  de 
lavernens  irritans  et  de  purgatifs  qui  augmen- 
tèrent ses  souffrances  ;  puis  de  lavernens  émoi- 
liens  9  de  bains  simples  et  de  sangsues  à  la  fesse, 
qui  les  diminuèrent  ;  puis  enfin  d'un  vomitif  qui 
produisit  également  quelque  soulagement;  mais 
ce  traitement  le  plongea  dans  une  faiblesse  ex- 
trême, et  il  se  décida  à  venir  trouver  M.  J.  Clo- 
quet  le  17  janvier  1826.  Les  douleurs  s'éten- 
daient tout  le  long  de  la  partie  postérieure  et 
externe  de  la  cuisse  et  de  la  jambe  gauches,  de- 
puis la  région  lombaire  jusqu'au  pied.  Plus  fortes 
à  la  cuisse,  ces  douleurs  étaient  caractérisées 
par  un  engourdissement  continuel  et  des  élance- 
mens  qui  se  manifestaient  à  des  intervalles  rap- 
prochés, mais  toujours  quand  le  malade  se  bais- 
sait, ou  qu'on  pressait  sur  les  parties  malades. 
Ces  élancemens  étaient  si  douloureux,  et  se  re- 
produisaient tellement  au  moindre  mouvement , 
que  le  malade  nous  dit  que  s'il  venait  à  tomber, 
il  ne  pourrait  se  relever.  Dans  le  lit  il  ne  pouvait 
rester  long-temps  sur  le  côté  affecté.  Il  dormait 
très-peu  ;  la  toux  augmentait  les  douleurs  de  la 
cuisse  seulement.  La  marche,  en  développant  de 


102  TRAITE 

la  chaleur,  finissait  par  les  diminuer  un  peu.  Dans 
le  repos ,  la  cuisse  se  refroidissait  plus  que  celle 
de  l'autre  côte.  Le  malade  ne  pouvait  rester  assis 
pendant  cinq  minutes.  M.  J.  Cloquet  introduisit 
dans  la  fesse  douloureuse  une  aiguille  qui  fut  retirée 
au  bout  d'une  heure  et  demie.  Pendant  tout  ce 
temps  Dargent  resta  assis.  S'étant  alors  levé,  il 
ne  sentit  que  de  l'engourdissement  dans  tout  le 
membre.  En  se  baissant  il  éprouvait  une  légère 
douleur  à  la  fesse  ;  mais  la  toux  en  développait 
à  peine,  et  la  pression  n'était  douloureuse  qu'à 
l'endroit  de  l'aiguille.  ïl  n'y  avait  plus  aucune 
trace  de  douleur  à  la  jambe.  Pendant  la  nuit ,  le 
malade  se  coucha  sur  le  coté  affecté.  Le  1 8,  même 
état  qu'après  l'acupuncture  de  la  veille.  Deux  ai- 
guilles furent  alors  introduites  à  la  région  lom- 
baire, une  de  chaque  côté  de  la  colonne  verté- 
brale. Pendant  leur  application  il  se  manifesta 
quelques  élancemens.  La  douleur  de  l'introduc- 
tion fut  aussi  plus  forte  que  la  veille.  On  retira 
ces  aiguilles  au  bout  d'une  heure ,  et  alors  tous 
les  mouvemens  possibles  des  lombes  et  des 
membres  inférieurs  étaient  exécutés  sans  aucune 
douleur.  Il  n'existait  que  celles  dépendantes  des  pi- 
qûres. Dargent  se  baissa  jusqu'à  terre  avec  une 
grande  facilité ,  ce  qu'il  n'avait  pas  fait  depuis 
qu'il  était  malade.  En  soulevant  un  fardeau,  il 
n'éprouva  plus  d'autre  sensation  que  celle  de  fai- 


DE  L'ACUPUJNCTURE.  io', 

blesse  :  il  était  revenu  une  légère  couleur  à  la  région 
lombaire,  mais  elle  n'était  sensible  que  dans  les 
mouvemens  étendus,  et  n'empêchait  pas  le  malade 
de  se  baisser  avec  facilité.  Deux  aiguilles  furent 
introduites  à  la  région  lombaire.  Pendant  des 
expériences  galvaniques,  des  élancemens  vifs  se 
firent  sentir  aux  aiguilles.  Après  ces  expériences 
ils  diminuèrent  peu  à  peu.  Un  quart  d'heure 
après  les  douleurs  restaient  encore  plus  vives 
qu'avant  l'acupuncture.  Mais  les  aiguilles  ayant 
été  retirées,  quelques  minutes  après  le  ma- 
lade n'éprouva  plus  qu'une  légère  douleur  aux 
piqûres,  et  quant  à  celle  qui  existait  avant  l'acu- 
puncture, elle  avait  entièrement  disparu.  Leoo. 
il  n'était  revenu  aucun  symptôme  de  la  maladie. 

43e  Observation  :  Rhumatisme  du  membre  supérieur 

Le  nommé  Thiellant  (Charles),  âgé  de  28 ans, 
ferblantier,  d'une  constitution  lymphatique,  a 
été  atteint,^  il  y  a  deux  ans,  d'une  colique 
de  plomb  dont  il  fut  guéri  à  la  Charité  en  vingt- 
un  jours,  par  la  méthode  employée  à  cet  hôpital. 
Ce  traitement  le  réduisit  à  une  faiblesse  extrême, 
et  pendant  qu'il  gardait  encore  le  lit ,  il  se  ma- 
nifesta dans  le  côté  gauche  du  corps,  des  dou- 
leurs vives  qui  se  déclarant  d'abord  à  la  poitrine, 


io4  TRAITE 

s'étendirent  bientôt  à  la  tête,  aubras,  et  envahirent 
enfin  le  membre  inférieur.  Thiellant  ne  pouvait 
plus  se  servir  des  membres  de  ce  côté.  Il  prit  à  la 
Charité  trois  bains  sulfureux  sans  succès,  et  de  là 
vint  à  l'bôpital  Saint-Louis.  On  lui  ordonna  des 
bains  de  vapeurs  ;  il  en  prit  trente,  et  se  trouva  alors 
assez  bien  guéri  pour  reprendre  ses  travaux.  Le 
5  janvier  i8s5,  il  fat  atteint  d'une  inflammation 
delà  membrane  muqueuse  nasale,  qui  bientôt 
s'étendit  jusqu'aux  bronches  (difficulté  dans  la 
respiration  ,  légère  douleur  dans  la  poitrine,  sans 
expectoration  ni  toux).  Quelques  jours  après,  les 
douleurs,  delà  jambe  gauche,  auparavant  légères, 
devinrent  extrêmement  vives.  Le  12,  elles  se  portè- 
rent et  se  concentrèrent  sur  l'épaule  gaucbe.  Le  1 7, 
la  douleur  de  l'épaule  était  très-vive  ;  le  malade  ne 
pouvait  lever  le  bras  qu'à  moitié ,  encore  ce  mou- 
vement augmentait-il  beaucoup  sa  souffrance  à 
la  poitrine  ;  il  sentait  des  élancemens  qui  traver- 
saient cette  cavité  et  s'étendaient  jusque  dans  l'ab- 
domen. La  pression  n'y  était  pas  douloureuse, 
mais  elle  l'était  extrêmement  à  l'épaule.  Aussi 
depuis  huit  jours  le  malade  n'avait  pu  travailler. 
M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  au  sommet 
de  l'épaule,  dans  le  bord  supérieur  du  trapèze 
(c'était  alors  le  point  le  plus  douloureux).  Après 
avoir  erré  dans  tout  le  bras ,  les  douleurs  finirent 
par  n'être  plus  sensibles  qu'autour  de  l'aiguille. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  10S 

On  retira  cette  aiguille  au  bout  d'une  demi-heure, 
et  les  douleurs  de  la  poitrine  ainsi  que  celles  du 
bras    avaient    disparu    presque    complètement. 
Quant  à  celles    de  l'épaule,  elles  n'étaient  mar- 
quées qu'autour  de  la  piqûre.  Cependant  le  ma- 
lade leva  bien  plus  facilement  son  bras.  Pendant 
la  nuit  il  se  manifesta  quelques  élancemens  à  la 
poitrine.  Le  18,  il  n'existait  que  la  douleur  de 
l'épaule.  Elle  était  plus  légère  qu'avant  l'acupunc- 
ture ,  mais  elle  gênait  encore  les  mouvemens  de 
cette  articulation.  On  introduisit  une  aiguille  en 
or  dans  le  même  endroit  que  la  veille.  Au  bout  de 
quelques  minutes,  la  douleur  s'étant  portée  plus 
près  du    cou,  on   y  introduisit  une  aiguille  en 
acier.  On  retira  ces  deux  aiguilles  au  bout  d'une 
heure  et   demie;  alors    Thiellant   n'accusa  plus 
que   de    l'engourdissement    et   de  la   pesanteur 
dans  le  bras.   Il  ne  restait  à  l'épaule  et  au   cou 
que   la  douleur  légère  des  piqûres,  et  la  respi- 
ration se  faisait  sans  la  moindre  gène.   Quelques 
minutes  après,  le  malade  n'éprouva  plus  aucune 
sensation  pénible  ni  au  bras  ni  à  l'épaule.  Il  passa 
le   reste  de   la  journée  dans  un   état   de    santé 
parfaite.  La    nuit    il  se   manifesta   dans   tout    le 
membre    supérieur    une    pesanteur   et    un    en- 
gourdissement   qui    l'empêchèrent    de    dormir. 
Le   20,    il  ne  restait  que  de  l'engourdissement 
dans  tout  le  membre  et  de  la  pesanteur  au  som- 


io6  TRAITE 

met  de  1  épaule  surtout.  Cependant  quand  le  ma- 
lade levait  le  bras,  une  légère  douleur  se  faisait 
sentir  derrière  l'épaule.  Il  y  avait  encore  à  la  poi- 
trine quelques  faibles  élancemens.  On  introduisit 
une  aiguille  entre  le  cou  et  le  sommet  de  l'épaule  ; 
au  bout  de  six  minutes,  cette  aiguille  n'avait  pro- 
duit d'autre  changement  qu'une  douleur  plus 
forte  autour  d'elle.  On  la  retira  au  bout  d'une 
heure  et  demie,  et  le  malade  put  aussitôt  lever 
le  bras  aussi  haut  que  possible ,  sans  éprouver  la 
moindre  souffrance.  Le  sentiment  de  pesanteur 
et  d'engourdissement  avait  aussi  entièrement  dis- 
paru. La  respiration  se  faisait  parfaitement.  Il  ne 
restait  qu'une  légère  douleur  à  l'endroit  de  la  pi- 
qûre. 

44e  Observation  :  Névralgie  sciatique. 

Le  nommé  Rouland  (Jean-Jacques)  ,  âgé  de 
5 2  ans,  scieur  de  pierres,  sentit  des  douleurs  à 
la  région  lombaire,  en  ramassant  des  outils 
dont  il  avait  besoin  dans  son  travail  (le  temps 
était  pluvieux).  Des  lombes,  ces  douleurs  s'éten- 
dirent quelques  jours  après  dans  la  cuisse  et  dans 
la  jambe  droites,  et  devinrent  telles  que  le  malade 
fut  forcé  de  suspendre  ses  travaux,  et  qu'il  perdit 
bientôt  le  sommeil.  Voici  au  reste  son  état  quand 
il  vint  consulter   M.   Cloquet.  Engourdissement 


DE  L'ACl  IMWCTl  RE.  i<rj 

continuel  fait  douloureux,  et.  parfois  élancement 

plus  douloureux  encore,  dans  toute  la  cuisse  <•!  la 
jambe;  pression  très-pénible.  Le  malade  nepenf 
ni  s'asseoir  ni  se  coucher  sur  le  coté  affecté  :  il  y 
a  lait  appliquer  dix-huit  sangsues,  mais  loin  qu'elles 
l'aient  soulagé,  il  prétend  que  xson  mal  s'en  est 
accru;  il  ~ne  peut  marcher;  quand  il  pose  le 
pied  à  terre  il  est  pris  de  douleurs  intolérables. 
Aussi  est-ce  en  voiture  qu'il  est  venu  à  Saint- 
Louis,  et  l'infirmier  a  dû  le  porter  sur  son  dos 
jusque  dans  la  salle  de  consultation.  M.  Clo- 
quet ,  après  s'être  assuré  que  la  cuisse  est  le  point 
le  plus  douloureux,  y  introduit  une  aiguille  ar- 
mée d'un  conducteur.  Au  bout  de  deux  minutes 
il  se  manifeste  à  la  jambe  des  douleurs  lanci- 
nantes si  fortes,  que  .le  malade  s'agite  sur  sa 
chaise  avec  de  vives  angoisses.  Dès  lors  ces- 
sation des  douleurs  de  la  cuisse.  On  introduit 
une  aiguille  à  la  jambe.  Au  bout  de  quinze  mi- 
nutes les  douleurs  diminuèrent  beaucoup;  le  ma- 
lade devint  calme.  Un  instant  après,  il  n'y  a  plus 
que  de  l'engourdissement.  Le  malade  se  leva  et 
put  marcher  sans  aucune  gêne  ;  il  exprima  sa 
joie  par  des  exclamations.  Au  bout  d'une  demi- 
heure,  il  se  met  encore  à  marcher  sans  qu'on  le 
lui  dise.  Il  s'assied  facilement  sur  le  côté  aupa- 
ravant si  malade,  il  n'y  a  plus  de  douleurs  qu'à 
l'aiguille   de  la  jambe;  il  y  a  aussi  un  léger  en- 


io8  TRAITE 

gourdissement  dans  les  doigts  de  pied.  Au  bout 
d'une  heure  et  demie ,  de  légers  élancemens  se 
manifestent   à  la  partie  supérieure    du  mollet, 
on  y  introduit  une  aiguille.  Un  instant  après  on 
en  applique  une  autre  au  coude-pied,  où  il  existe 
quelques  élancemens.    Cinq  minutes  après  ces 
deux  acupunctures,  il  ne  restait  plus  aucune  trace 
de  ces  douleurs.  Les  aiguilles  furent  retirées  au 
bout  de  deux  heures  et  demie  environ,  et  le  ma- 
lade s'en  alla  à  pied ,  sans  éprouver  autre  chose 
qu'un  peu  d'engourdissement  qui  avait  disparu 
quand  il  rentra  chez  lui.   Il  se  coucha  aussitôt 
(à  trois  heures),  et  dormit  si  profondément  jus- 
qu'au lendemain  à  dix  heures,   qu'on  fut  encore 
obligé  de  le  réveiller.    (  Il  y  avait  quatre  jours 
qu'il  était  entièrement  privé  du  sommeil  ).  En  se 
levant,  il  sentit,  à  la  place  des  anciennes  dou- 
leurs ,  des  élancemens ,  mais  si  légers ,  qu'il  nous 
dit  que  c'était  plutôt  de  l'engourdissement.  Du 
reste,  il  avait  dormi  sur  le  côté  malade,  et  vînt 
nous  trouver  à  pied.  M.  J.  Cloquet  s'informa  des 
endroits  encore  douloureux,  et  introduisit  d'a- 
bord deux   aiguilles  dans  la  partie    externe  de 
la  cuisse,  et  puis  une  troisième  à  la  partie  ex- 
terne du  mollet.  Au  bout  de  quelques  minutes, 
les  élancemens    disparurent  ;    il    ne    resta   plus 
qu'un  léger  engourdissement.  Les  aiguilles  ayant 
été   retirées  au   bout  de    trois  heures  et  demie 


DE  L'ACUPUNCTURE.  i*g 

environ  ,  le  malade  ne  sentit ,  en  marchant , 
d'autres  douleurs  que  celles  des  aiguilles.  Un 
instant  après,  la  marche  développait  une  lé- 
gère douleur  au-dessus  de  la  malléole  ex- 
terne ;  on  y  introduisit  une  aiguille  qui  fut  reti- 
rée au  bout  d'un  quart  d'heure  ;  il  ne  resta 
plus  alors  qu'un  peu  d'engourdissement.  Le  s3, 
le  malade  revint  à  l'hôpital  à  pied.  Il  avait  par- 
faitement dormi,  mais  ressentait  encore  de  lé- 
gères douleurs  au-dessus  de  la  malléole  ex- 
terne et  dans  Je  pied.  Dans  la  marche  le  pied 
s'engourdissait  au  point  que  le  malade  le  sentait 
à  peine ,  ce  qui  le  faisait  un  peu  boiter.  Il  y  avait 
aussi  un  sentiment  pénible  à  la  partie  moyenne 
de  la  face  postérieure  de  la  cuisse.  On  introduisit 
une  aiguille  dans  les  deux  points  douloureux.  Un 
instant  après  toute  douleur  avait  disparu  à  la 
cuisse  ;  il  ne  restait  plus  qu'un  peu  d'engour- 
dissement. Au  bout  d'une  heure  les  douleurs 
avaient  partout  disparu.  Il  n'y  avait  plus  de  pé- 
nible que  la  présence  des  aiguilles.  On  les  retira, 
et  la  marche  devint  extrêmement  facile. 

45e  Observation  :  Rhumatisme  articulaire. 

Madame  Vieille  (Constance),  âgée  de  36  ans, 
d  une  forte  constitution ,  avait  été  prise ,  il  y  a 
deux  mois ,  de   douleurs   si  vives  à  la  plante  du 


no  TRAITE 

pied  droit,  puis  du  pied  gauche,  qu  elle  fut  aussitôt 
obligée  de  garder  le  lit.  Deux  jours  après,  ces 
douleurs  s'étendirent  aux  deux  genoux  et  aux 
articulations  coxo  -  fémorales  ;  elles  dévelop- 
paient beaucoup  de  gonflement,  surtout  au  genou 
droit  et  aux  orteils.  La  chaleur  du  lit ,  la  pression , 
et  même  le  moindre  contact,  les  augmentaient  ex- 
trêmement. Le  troisième  jour  de  la  maladie , 
madame  Vieille  s'était  fait  mettre  des  sangsues  à 
chaque  fesse,  et  ce  moyen  avait  enlevé  momenta- 
nément les  douleurs  ;  elle  usa  de  cataplasmes  aux 
genoux  et  aux  pieds,  se  mit  à  la  diète,  et  prit  pour 
tisane  de  l'eau  d'orge  miellée.  Au  bout  d'un 
mois  de  ce  traitement ,  les  douleurs  générales  di- 
minuèrent. Il  n'y  avait  plus  de  gonflement  qu'à 
la  partie  interne  du  genou  droit  et  à  la  partie 
externe  du  genou  gauche.  Il  y  restait,  ainsi  qu'aux 
pieds,  de  la  roideur  qui  empêchait  la  malade  de 
marcher.  On  lui  appliqua  alors  vingt  sangsues  à 
chaque  genou  et  six  à  chaque  coude-pied  :  après 
cette  application  elle  put  se  lever  et  faire 
quelques  pas  dans  sa  chambre.  Mais  la  nuit  du 
du  même  jour,  elle  sentit  de  la  pesanteur  et  de 
l'engourdissement  au  poignet  droit.  Elle  appli- 
qua aussitôt  sur  cette  partie  un  cataplasme  émol- 
lient.  Malgré  ce  moyen,  les  douleurs  y  devinrent 
bientôt  si  vives ,  que  la  malade  ne  pouvait  prendre 
aucun  repos.  Elles  diminuèrent  cependant  peu  à 


DE  L'ACUPUNCTURE.  n  i 

peu,  mais  ce  fut  pour  se  porter,  ainsi  que  le  gon- 
flement, sur  le  poignet  gauche.  Quinze  sangsues 
appliquées  alors  autour  de  chaque  poignet  ne 
diminuèrent  cette  fois  ni  le  gonflement  ni  les 
douleurs.  Il  semblait  à  la  malade  qu'on  lui  sciait 
les  poignets.  N'ayant  pas  éprouvé  de  soulagement 
par  l'emploi  des  sangsues ,  elle  alla,  le  20  janvier 
1825,  deux  jours  après,  trouver  M.  Magendie, 
qui  l'adressa  à  M.  J.  Cloquet.  Le  gonflement  était 
considérable.  La  faible  rougeur  qui  existait  n'était 
nullement  en  rapport  avec  lui.  Les  articulations 
des  poignets  et  des  mains  étaient  immobiles.  Les 
douleurs  étaient  très-vives,  surtout  quand  on  vou- 
lait faire  exécuter  des  mouvemens  aux  poignets  ou 
#aux  doigts.  Il  semblait  alors  à  la  malade  qu'on  lui 
arrachait  les  ongles.  M.  J.  Cloquet  introduisit 
une  aiguille  au-dessus  de  la  face  postérieure  de 
chaque  poignet.  Au  bout  de  dix  minutes  la  malade 
put  plier  les  poignets,  surtout  le  gauche,  sans  que 
la  souffrance  fût  aussi  forte.  Au  bout  de  quinze 
minutes,  le  gonflement  était  moindre.  Les  aiguilles 
furent  retirées  au  bout  de  biois  quarts  d'heure, 
et  la  malade  remua  elle-même  les  doigts  et 
les  poignets  sans  éprouver  presque  de  douleurs. 
La  rougeur  parut  moindre.  La  pression  était  peu 
douloureuse.  Pendant  la  nuit  cependant ,  les  dou- 
leurs furent  encore  assez  vives  pour  troubler  le 


112  TRAITÉ 

sommeil.  Le  26,  les  douleurs  et  le  gonflement 
avaient  entièrement  disparu  à  la  main  et  au  poi- 
gnet gauches ,  la  malade  pouvait  s'en  servir.  La 
douleur  avait  aussi  disparu  à  la  main  et  au  poignet 
droits,  mais  un  léger  gonflement  et  de  la  roideur 
gênaient  encore  les  mouvemens.  On  introduisit 
deux  aiguilles  aux  mêmes  endroits  que  la  veille  ; 
on  les  retira  environ  une  heure  après.  Cette  fois  ce 
ne  fut  qua  deux  heures  de  l'après-midi  que  le  gon- 
flement se  dissipa  presque  complètement.  Au  reste 
la  malade  a  très-bien  reposé.  Le  27,  un  peu  d'en- 
gourdissement à  la  main  gauche ,  mais  sans  gon- 
flement; nulle  sensation  pénible  à  la  droite,  seule- 
ment léger  gonflement  à  son  côté  radial.  Ce  jour-là, 
on  introduisit  deux  aiguilles  aux  mêmes  points 
que  les  fois  précédentes,  et  elles  furent  retirées  une 
heure  après»  Le  28  au  matin,  madame  Vieille 
nous  dit  que  la  chaleur  du  lit  rendait  encore  un 
peu  douloureux  les  mouvemens  étendus  des  ar- 
ticulations auparavant  affectées;  du  reste  le  gon- 
flement avait  entièrement  disparu.  Le  29,  lamalade 
était  parfaitement  guérie.  Elle  ne  ressentait  de 
gêne  nulle  part.  Il  est  inutile  de  faire  observer 
que  l'affection  n'avait  été  que  déplacée  par  des 
applications  de  sangsues  ;  la  douleur  et  le  gon- 
flement n'avaient  pas  encore  cessé  dans  une  par- 
tie, qu'ils  étaient  déjà  très-prononcés  dans  une 


DE  L'ICUPUNCTl  RE  u5 

autre.  Le  5i  janvier,  il  n'était  rien  survenu.  La 
malade  sortit  de  l'hôpital  quelques  jours  après, 
très -bien  portante. 

4ic  Observation  :  Tiraillement  de  l'articulation  scapulo- 
lnmu'rale. 

M.  Greliche,  âgé  de  24  ans,  élève  en  méde- 
cine à  l'hôpital  Saint-Louis,  se  balançait,  le 
i5  février  1825,  sur  sa  chaise;  celle-ci  venant  à 
se  renverser,  il  porta  la  main  gauche  en  arrière 
pour  se  garantir  de  sa  chute,  et  eut  le  bras  pris 
entre  le  dos  de  la  chaise  et  le  sol.  Il  sentit  aussi- 
tôt dans  l'articulation  scapulo-humérale  gauche 
un  craquement  suivi  de  douleurs  lancinantes 
vives,  qui  allèrent  ensuite  en  augmentant.  Ces 
douleurs  étaient  continuel  «es ,  et ,  quelque  po- 
sition que  le  malade  fit  prendre  à  son  membre , 
il  ne  pouvait  les  calmer.  Elles  ne  lui  permettaient 
de  faire  exécuter  au  membre  aucun  mouve- 
ment. La  pression  sur  l'articulation  était  fort 
douloureuse.  Le  malade  ne  put  goûter  le  moindre 
repos  pendant  toute  la  nuit.  Le  14,  M.  J.  Clo- 
quet  introduisit  une  aiguille  dans  la  partie  supé- 
rieure du  muscle  deltoïde  ;  aubout  de  dix  minutes, 
soulagement  tel  qu'il  n'y  avait  plus  de  douleur 
dans  le  repos,  mais  seulement  un  sentiment  d'en- 
gourdissement; la  pression  était  encore  un  peu 

6 


ii4  TRAITE 

douloureuse ,  et  îe  membre  ne  pouvait  exécuter  de 
inouvemens  sans  douleur.  L'aiguille  ayant  été 
retirée  au  bout  de  deux  heures,  même  état 
qui  se  continua  jusqu'au  lendemain.  Le  malade 
reDOsa  bien  pendant  îa  nuit.  Le  i5  ,  on  introdui- 
sit une  aiguille,  non  loin  de  la  piqûre  de  la  veille  ; 
aussitôt  après  son  introduction,  le  malade  sentit 
son  bras  plus  léger;  l'engourdissement  disparut; 
au  bout  dune  heure,  le  malade  fut  étonné 
de  pouvoir  faire  exécuter  sans  douleurs  à  son 
membre  tous  les  mouvemens,  excepté  celui  de 
rotation,  qui  en  développait  encore  une  légère. 
L'aiguille  fut  laissée  en  place  six  heures  de  temps, 
sans  produire  d'autres  changemens.  Le  16,  quand 
le  malade  portait  le  bras  fortement  au-devant  de 
la  poitrine  ,  il  éprouvait  encore  de  la  douleur. 
Une  aiguille  ayant  été -introduite  dans  le  deltoïde  « 
quelques  momens  après,  les  mouvemens  devinrent 
beaucoup  plus  libres.  Au  bout  d'une  heure,  l'ai- 
guille avant  été  retirée,  îe  malade  se  servit  par- 
faitement de  son  bras  pour  s'habiller,  et  fit  exécuter 
au  membre,  sans  douleur,  les  mouvemens  les  plus 
étendus.  Dès  ce  moment  la  guérison  fut  complète. 


DE  L'ACllM  NCTIR!:.  m 5 

'l?/  Observation  :  sur  une  névralgie  sus-orbilairr  i^m  rie  par 
l'acupuncture;  recueillie  par  M.  Bardoulat,  à  PB 
Dieu,  dans  les  salles  de  M.  Husson,  et  communiquée  u 
M.  Cloqnet. 

Le  nommé  Durand  (Jean),  ûgé  de  24  ans, 
porteur  d'eau,  est  entré  à  l'Hôtel-Dieu  le  19  jan- 
vier 1825. 

Cet  homme,  d'un  tempérament  pléthorique, 
d'une  forie  constitution,  se  plaignait,  depuis  six 
jours,  d'une  douleur  vive  fixée  au-dessus  du 
sourcil  gauche,  et  qui  ne  paraissait  pas  suivre  le 
trajet  connu  d'un  nerf,  mais  décrire  une  courbe 
parallèle  à  l'arcade  sourcillière ,  étendue  de 
l'angle  interne  de  l'œil  à  la  fosse  temporale 
gauche,  envahissant  le  front,  l'oreille  et  l'œil  du 
même  côté.  Cette  douleur  était  accompagnée 
d'étourdissemens  fréquens,  de  céphalalgie  assez 
intense,  de  trouble  dans  les  fonctions  de  la  vi- 
sion, et  de  larmoiement  presque  continuel  au 
côté  gauche.  Il  y  avait  eu  des  épistaxis  qui  s'é- 
taient supprimées  :  on  pensa  que  telle  pouvait 
être  la  cause  de  la  douleur,  et  l'on  mit  deux 
sangsues  à  la  cloison  des  fosses  nasales.  L'écou- 
lement sanguin  procuré  artificiellement  pour  rem- 
placer une  hémorrhagie  naturelle  fut  très-abon- 
dant; il  diminua  la  pléthore  générale  et  les  étour- 
dissemens,  mais  il  n'agit  en  aucune  façon  sur  la 


n6  TRAITÉ 

douleur  susorbitaire.  Le  cas  parut  alors  favo- 
rable à  l'acupuncture,  et,  le  lendemain  au  matin, 
M.  Husson  fit  placer  une  aiguille  d'acier  très- 
aigiïe,  de  gauche  adroite,  après  avoir  fait  un  pli 
transversal  à  la  peau  ;  elle  pénétra  à  deux  lignes 
au-dessous  de  cette  membrane,  suivit  un  trajet 
parallèle  au  sourcil,  fut  enfoncée  d'un  pouce  au 
moins  dans  sa  longueur,  et  resta  une  heure  dans 
les  parties.  Au  bout  de  ce  temps  elle  fut  retirée, 
présentant  sa  pointe  noire  et  quelques  points  de 
sa  surface  oxidés;  elle  n'avait  donné  lieu  à  au- 
cune sensation  pénible,  l'introduction  fut  à  peine 
sensible;  il  y  eut  une  douleur  assez  vive  en  la 
retirant. 

Déjà  le  malade  sentait  un  peu  de  souTagernent , 
la  tête  était  plus  libre ,  la  vue  plus  nette ,  l'œil  pleu- 
rait moins.  Il  resta  ainsi  pendant  la  journée  :  le 
soir,  une  nouvelle  aiguille  fut  introduite,  en  la  fai- 
sant pénétrer  dans  l'étendue  d'un  pouce  et  demi  de 
droite  à  gauche ,  croisant  ainsi  la  direction  de  la 
première.  Elle  resta  deux  heures,  en  ne  faisant 
éprouver,  pendant  sa  présence  au  milieu  des 
chairs,  que  le  sentiment  d'un  corps  chaud  qui 
suivait  la  direction  de  l'aiguille.  L'extraction  fut 
plus  douloureuse  que  dans  la  matinée;  mais  après 
un  demi-heure,  il  y  eut  un  soulagement  très- 
marqué;  l'œil  fut  moins  trouble  dans  ses  fonc- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  I  17 

lions;  il  n'y  eut  plus  d'épiphora,  ni  <!<•   cépfaa- 
tajgie. 

Le  lendemain  au  matin,  quelques  légères 
douleurs  avaient  reparu  au-dessus  du  sourcil, 
avec  un  peu  de  pesanteur  de  tête,  mais  à  un 
degré  moindre  qu'à  l'arrivée  à  l'hôpital.  Amidi, 
M.  Husson  fit  introduire  une  aiguille  de  gauclie 
à  droite;  elle  pénétra  dans  l'étendue  de  deux 
pouces,  et  resta  trois  heures  dans  les  tissus  : 
même  sensation  que  la  veille,  mais  plus  vive; 
surtout  au  moment  où  elle  fut  rétirée;  alors  elle 
faisait  éprouver  la  sensation  d'un  corps  en  igni- 
tion  qui  traversait  les  parties.  L'aiguille  avait 
perdu  son  poli,  et  présentait  une  teinte  noire 
dans  tous  les  points  de  sa  surface.  Soulagement 
entier,  complet  un  moment  après  l'extraction  ; 
plus  d'embarras  à  la  tète*,  ni  de  douleurs  au-des- 
sus du  sourcil;  plus  de  trouble  dans  la  vue  ni 
d'écoulement  des  larmes  sur  la  joue;  enfin  ton! 
se  trouve  rétabli  dans  l'ordre  naturel. 

Ainsi  trois  aiguilles  enfoncées  à  une  profondeur 
d'un  à  deux  pouces,  suivant  un  trajet  parallèle 
au  sourcil,  abandonnées  depuis  une  heure  jus- 
qu'à trois,  au  milieu  des  parties,  ont  combattu 
avec  avantage  une  névralgie,  récente  à  la  vérité  , 
mais  très-aiguë.  Le  malade  resta  encore  quelques 
jours  à  l'hôpital,  pour  que  l'on  fut  assuré  de  la 
réalité  et  de  la  persévérance  de  cette  guérison  si 


n8  TRAITE 

rapide  ;  et  en  effet  il  ne  se  plaignit  plus  d'aucuns 
des  accidens  qui  l'avaient  forcé  d'interrompre  son 
travail  et  de  venir  chercher  du  secours  à  l'Hô- 
tel-Dieu.  Il  est  sorti  le  24  janvier,  après  un  séjour 
de  cinq  jours. 

45e Observation  :  Rhumatisme  musculaire;  (communiquée 
par  M.   ïîusson). 

François  Lachaussée ,  âgé  de  65  ans ,  cuisinier 
au  collège  de  Louis-le-Grand,  avait  depuis  sis 
semaines  des  douleurs  rhumatismales  dans  l'é- 
paule et  le  bras  droit.  Ces  douleurs  l'empê- 
chaient de  faire  son  service,  et  privaient  cet 
homme  de  tous  les  mouvemens  de  son  membre 
supérieur. 

M.  Husson,  médecin  de  ce  collège,  conseilla  à 
Lachaussée  de  venir  tous  les  matins  à  THôtel- 
Dieu,  et  là  daus  une  des  salles  destinées  à  l'ensei- 
gnement de  la  médecine  clinique,  il  lui  fit  in- 
troduire dans  l'épaule  et  dans  la  longueur  du  bras 
malade ,  des  aiguilles  de  la  longueur  de  deux  à 
trois  pouces,  et  les  y  laissa  de  une  à  trois  heures; 
quatorze  piqûres  pratiquées  en  cinq  jours  (  du 
7  au  12  janvier  1826) ,  ont  suffi  pour  rendre  à 
ce  cuisinier  l'usage  de  son  bras ,  pour  lui  enlever 
ses  douleurs,  et  pour  le  mettre  en  état  de  reprendre 
ses  fonctions. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  119 

Toutes  ces  acupunctures  ont  été*  pratiquées 
devant  un  nombre  considérable  <le  docteurs  en 
médecine  etd'étudians  qui,  au  besoin,  pourraient 
rendre  témoignage  de  la  vérité  des  faits. 

\l\K  Observation  :  Douleurs  rhumatismales;  (communiquée 
par  M.  Devcrgie). 

Un  vétéran  soutirait ,  depuis  deux  mois,  dune 
douleur,  le  long  du  trajet  du  muscle  droit  an- 
térieur et  de  la  portion  externe  du  triceps  de  la 
de  la  cuisse  gauche.  Des  bains  et  frictions  ne  le 
soulagèrent  pas  :  deux  aiguilles  de  deux  pouces 
et  demi  furent  placées  dans  l'épaisseur  des 
muscles  douloureux  et  laissées  trois  quarts  d'heure. 
Le  lendemain,  nulle  douleur;  le  troisième  jour, 
elle  reparut  moindre  vers  le  ligament  inférieur 
de  la  rotule;  une  aiguille  d'un  pouce  ,  implantée 
pendant  trois  quarts  d'heure,  l'enleva,  et  elle  ne 
reparut  plus. 

/pu  Observation  :  Douleurs  rhumatismales;  (communiquée 
par  M.  Devergie.) 

Un  sergent-major  souffrait ,  depuis  son  retour 
de  l'armée  d'Espagne,  de  douleurs  vives  dans  le 
membre  abdominal  gauche,  douleurs  qu'il  avait 


120  TRAITE 

contractées  au  bivouac  dans  Ja  Catalogne.  Des 
sangsues  en  grand  nombre ,  des  vésicatoires  ,  une 
grande  quantité  de  bains  de  vapeurs  et  de  Ba- 
règes,  avaient  enfin,  après  quatre  mois ,  procuré 
une  grande  diminution  dans  les  souffrances,  mais 
non  la  guérison.  L'acupuncture  enleva  ,  en  deux 
séances  d'une  demi-heure  chaque ,  les  douleurs 
de  la  jambe  et  du  mollet ,  qui  n'ont  pas  reparu 
depuis  trois  semaines  ;  mais  la  cuisse  soulagée  n'a 
pas  été  guérie  par  trois  acupunctures  répétées. 

46e  Observation  :  Douleurs  rhumatismales  ;  (communiquée 
par  M.  Deveig'ie). 

Le  nommé  Michel ,  entré  depuis  dix  mois  au 
Yal-de-Grâce,  de  retour  du  Sénégal  9  où ,  dans  un 
accès  defièvre  avec  délire,  il  s'étaitprécipité  du  haut 
d'un  fort  (environ  deux  cents  pieds  de  hauteur). 
Plusieurs  fractures  compliquées  aux  membres  su- 
périeurs et  inférieurs,  une  luxation  du  bras 
gauche,  deux  plaies  de  tête  avec  altération  des  os  du 
crâne,  avaientété  les  tristes  résultats  de  cette  chute. 
Il  guérit  avec  peine,  et  revint  en  France,  ayant  un 
raccourcissement  de  deux  pouces  du  membre  in- 
férieur gauche,  des  exostoses,  et  des  douleurs 
ostoécopes  le  long  des  os,  surtout  dans  les  articu- 
lations coxo-fémorales  et  scapulo-humérales.  Pen- 
dant son  séjour  à  l'hôpital ,  nous  emplovâmes  un 


DE  L'ACUPUNCTURE.  121 

traitement  par  les  frictions  nlercurielles,  les  su- 
dorifîques  ,  les  bains  de  vapeurs,  de  Bai 
les  rubéfians,  etc.,  etc.,  et  nous  parvînmes 
à  enlever  les  exostoses  et  à  rendre  la  vie  sup- 
portable à  ce  malheureux,  mais  non  à  le  dé- 
barrasser des  douleurs  articulaires  scapulo-humé- 
rales,  que  l'opium  soulageait  à  peine.  Enfin,  ces 
jours  derniers  ,  j'appliquai  trois  aiguilles  dans  l'é- 
paisseur du  deltoïde  droit ,  pendant  une  heure , 
avec  amélioration  marquée.  Le  lendemain,  deux 
aiguilles  de  deux  pouces  dans  la  trapèze  du  côté 
gauche,  une  dans  la  deltoïde  du  même  côté,  et 
une  quatrième  dans  le  pectoral  droit,  furent  lais- 
sées pendant  une  heure.  Ces  applications  suffi- 
rent pour  le  guérir  et  lui  permettre,  à  son  grand 
étonnement,  des  mouvemens  qui  depuis  long- 
temps lui  étaient  interdits  par  la  douleur.  ■ 

47e  Observation  :  Rhumatisme;  (communiquée  par 
M.  Bevergie.  ) 

Le  nommé  Binois,  infirmier  à  l'hôpital  du  Val- 
de -Grâce,  avait  depuis  deux  mois  dans  l'épaule 
gauche,  un  rhumatisme  qui  l'empêchait  de  lever 
le  bras,  et  de  le  porter  en  arrière.  Deux  aiguilles 
furent  introduites  dans  le  muscle  deltoïde ,  l'une 
à  la  partie  antérieure,  l'autre  à  la  partie  posté- 
rieure; elles  furent  retirées  après  une  heure  de 


122  TRAITÉ 

séjour.  Le  malade  put  alors  exécuter  des  inouve- 
mens  qui  auparavant  Jui  étaient  impossibles;  mais 
iî  lui  restait  encore  une  légère  douleur  qui  fut 
enlevée  par  la  même  opération  trois  jours  après, 

48°  Observation  :  Douleurs  rhumatismales . 

Depuis  trois  ans,  la  nommée  Yagner  (Made- 
leine )  ,  âgée  de  58  ans ,  éprouvait  dans  l'épaule 
droite  des  douleurs  vives  qui  s'étendaient  à  tout 
le  membre  correspondant,  lorsque  cette  malade 
se  présenta  à  mon  ami  M.  Godard,  le  i5  avril 
18^5.  Les  douleurs  avaient  beaucoup  augmenté 
d'intensité  depuis  quelques  jours;  le  membre  et 
surtout  la  paume  de  la  main  étaient  couverts  de 
sueur  ;  le  faciès  était  souffrant  ;  le  bras  ne  pou- 
vait être  écarté  du  tronc  sans  causer  des  dou- 
leurs atroces.  Il  plaça  deux  aiguilles  d'acier 
dans  l'épaisseur  du  muscle  deltoïde.  Au  bout 
d'un  quart  d'heure ,  la  pression  sur  l'épaule  n'é- 
tait presque  plus  douloureuse  ,  mais  les  mouve- 
mens  étaient  encore  impossibles.  Les  aiguilles 
furent  retirées  au  bout  d  une  heure  ;  alors  la  ma- 
lade mit  elle-même  la  main  sur  la  tête,  n'éprou- 
vant plus  qu'une  légère  sensation  de  douleur , 
nullement  capable  d'empêcher  les  mouvemens. 
Le  surlendemain,  l'affection  s'étant  renouvelée, 
mais  moins  intense  que   le   \  5   avril ,  deux  ai- 


DE  L'ACUPUNCTURE, 
guilles  furent  de  nouveau  placées  dans  le  del- 
toide.  Elles  furent  retirées  au  bout  d'une  heure 
et  demie  ;  alors  la  nommée  Vagner  put  faire 
exécuter  sans  aucune  douleur  tous  les  înouve- 
mens  possibles  au  membre  supérieur  droit.  Deux 
jours  après,  la  malade  dit  que  les  sueurs  avaient 
aussi  disparu,  mais  qu'il  lui  restait  de  la  raideur 
dans  l'articulation  scapulo-humérale.  Six  douches 
de  vapeur  dissipèrent  cette  légère  affection  ;  et 
aujourd'hui,  s5  tuai,  aucun  symptôme  morbide 
ne  s'est  manifesté  de  nouveau. 

49e  Observation  :  Lumbago  ;  (  communiquée  par  le  docteur 
Bonpard.  ) 

Un  teneur  de  livres  est  atteint  d'un  lumbago 
depuis  près  de  deux  mois  ;  il  ne  peut  se  redres- 
ser, tant  sont  vives  les  douleurs  qu'il  éprouve.  11 
consulte  plusieurs  hommes  de  l'art;  il  met  en 
usage  les  moyens  qui  lui  sont  conseillés  ;  ses 
douleurs  prennent  plus  d'intensité  :  c'est  dans 
cet  état  qu'il  me  fait  appeler.  Tous  les  moyens 
rationnels  et  empiriques  avaient  été  épuisés  ;  l'a- 
cupuncture seule  n'avait  pas  été  employée  ;  je  la 
lui  propose,  et  je  me  sers  de  deux  aiguilles  or- 
dinaires auxquelles  je  fais  une  tête  en  cire  ;  je 
les  place  de  chaque  côté,  un  peu  au-dessus  de  la 
partie  postérieure  de  la  crête  de  l'os  des  îles ,  en 


i24  TRAITE 

les  enfonçant  dans  l'épaisseur  du  muscle  long 
dorsal.  Les  aiguilles  restèrent  une  heure  et  demie. 
Le  malade  commença  par  éprouver  un  engourdis- 
ment  dans  les  parties  douloureuses  et  un  cha- 
touillement incommode  dans  la  partie  gauche  du 
scrotum  seulement;  enfin  la  douleur  disparut, 
et  le  malade  put  se  redresser.  Trois  jours  après. 
les  douleurs  se  firent  sentir  de  nouveau ,  mais 
moins  vivement  ;  nouvelle  application  d'aiguilles  , 
et  cessation  des  douleurs,  qui  n'ont  pas  reparu 
depuis  le  4  février  jusqu'à  ce  jour,  1 2  juillet  1 8a5, 

5oc  Observation  :  Céphalalgie  chronique;  (communiquée 
par  M.  le  docteur  Magnien.  ) 

Au  commencement  de  février  1808,  me  trou- 
vant à  Lisbonne,  où  j'étais  arrivé  avec  l'armée, 
en  qualité  de  médecin  du  quartier-général  de 
M.  le  duc  d'Abrantès,  je  fus  pris  d'une  névralgie 
excessivement  douloureuse  du  côté  gauche  de  la 
tête;  la  douleur  était  tellement  circonscrite,  qu'elle 
n'occupait  que  la  bosse  pariétale  de  ce  côté. 
Pensant  devoir  attribuer  cette  névralgie  aux  ali- 
mens  échauffans,  an  vin  de  Porto  et  aux  liqueurs, 
dont  nous  faisions  usage  et  souvent  abus,  je  me 
mis  à  un  régime  adoucissant  et  pris  quelques  an- 
tispasmodiques dont  je  n'éprouvai  aucun  soula- 
gement.  Bien  que  je  n'aie  pas  eu  de  fièvre ,  le- 


DE  L'ACUPUNGTl  RE.  .  25 

douleurs  atroces  que  j'éprouvais  et  le  régime  que 
l'observais  nie  firent  tomber  dans  un  grand  étài 
de  maigreur.  Pendant  deux  mois  à  peu  près  mie 

je  ressentis  ces  douleurs ,  je  n'ai  eu  de  inouïe  n  s  de 
relâche  que  ceux  que  me  procuraient  la  musique 
et  la  danse  ;  c'est  pourquoi  ja'llais  au  spectacle 
tous  les  soirs  ,  et  dans  le  jour,  je  dansais  souvent 
seul  dans  une  chambre  ;  mais  je  n'éprouvais  que 
des  soulagemens  momentanés.  Enfin,  au  bout  de 
deux  mois  de  souffrance,  M.  le  duc,  voulant 
donner  une  fête  au  château  de  Hainaillon  prés 
Lisbonne,  me  pria,  si  je  m'en  sentais  ta  force, 
d'en  surveiller  les  apprêts.  Persuadé  que  le 
concert  et  les  danses  qui  devaient  avoir  lieu  me 
soulageraient,  je  n'hésitai  point  à  me  charger 
de  tous  les  soins  de  cette  fête,  qui  dura  trente- 
six  heures,  et  pendant  laquelle,  abandonnant  mon 
régime  ,  je  mangeai  et  bus  comme  en  pleine 
santé  ,  je  dansai  et  suai  abondamment.  Dès  ce 
moment ,  la  douleur  disparut  entièrement,  et  je 
ne  l'ai  jamais  ressentie  depuis.  A  la  disparition  de 
la  douleur  succéda  un  gonflememt  lardacé  du 
cuir  chevelu  recouvrant  la  bosse  pariétale  gauche , 
gonflement  d'une  telle  sensibilité,  que  je  redou- 
tais l'approche  d'un  peigne  et  même  d'une  brosse  : 
cet  état  durait  encore  au  mois  de  janvier  der- 
nier ,  et  les  tégumens  recouvrant  la  bosse  pa- 
riétale droite  ,  déjà  gonflés,  me  faisaient  éprouver 


i  s6  TRAITÉ 

une  sensibilité  qui  menaçait  déjà  d'égaler  celle 
du  côté  gauche.  À  cette  époque  j'eus  connais- 
sance des  succès  qu'obtenait.  M.  J.  Cloquet  par 
l'acupuncture  :  je  le  priai,  en  désespoir  de  cause  , 
de  m'introduire  une  aiguille  entre  la  bosse  parié- 
tale gauche  et  les  téguniens.  Quoique  sentant 
bien  l'attouchement  de  la  main  de  l'opérateur , 
je  n'éprouvai  aucun  sentiment  douloureux  de  l'in- 
troduction de  l'aiguille  ;  bientôt  après  je  ressentis 
une  douleur  très-vive  à  la  place  de  l'aiguille  ;  et, 
m'apercevant  que  la  sensibilité  diminuait  dans 
les  parties  environnantes,  je  gardai  l'aiguille  pen- 
dant vingt-quatre  heures;  j'éprouvai  une  douleur 
extrêmement  vive  en  la  retirant.  M'apercevant  le 
lendemain  que  la  sensibilité  était  de  beaucoup 
diminuée  ,  je  me  suis  introduit,  à  différentes  re- 
prises ,  deux  aiguilles  sur  chaque  bosse  pariétale  ; 
et,  en  quatre  Ou  cinq  acupunctures  de  vingt-quatre 
à  trente-six  heures  chacune  ,  je  me  suis  vu  entiè- 
rement débarrassé  et  du  gonflement  et  de  l'exces- 
sive sensibilité  de  cette  partie. 

Il  me  reste  à  parler  d'une  incommodité  beau- 
coup plus  grave  dont  je  suis  atteint  depuis  1811, 
incommodité  qui ,  sans  être  guérie^  à  beaucoup 
près ,  a  été  sensiblement  diminuée  par  l'acupunc- 
ture secondée  par  le  galvanisme. 

En  février  1811  ,  me  trouvant  à  Ciudad-Ro- 
drigo  ,  où  j'étais  encore  médecin  du  quartier-gé- 


DE  LACOPUNCTURE.  .  ■>•; 

lierai  ,  fe  fus  pris  subitement  d'une  fail 
tés  extrémités  supérieure  et  inférieure  du  <•<>!;• 
gauche.  J'éprouvai  d'abord  si  peu  de  gêne  dans 
les  membres  de  ce  côté,  que  je  ne  m'en  occupai 
pas,  dans  l'espérance  que  cela  se  dissiperait,  at- 
tendu qu'aucun  antécédent  ne  faisait  craindre 
une  attaque  d'apoplexie  ;  en  effet  ;  je  n'ai  jamais 
été  sujet  à  saigner  par  le  nez,  même  dans  mon 
enfance  ;  j'ai  bien  éprouvé  quelques  éblouisse- 
mens  depuis  l'âge  de  i5  ans  jusqu'à  près  de  4°, 
mais  ils  n'étaient  pas  de  longue  durée,  et  se  ter- 
minaient toujours  par  un  léger  mal  de  tête;  je 
ne  crois  pas  devoir  attribuer  ces  éblouissemens 
à  d'autre  cause  qu'à  une  constipation  teliemen! 
opiniâtre  ,  que  je  ne  vais  pas  plus  de  deux  fois  à 
la  garde-robe  par  semaine.  Cependant  cette  fai- 
blesse,  loin  de  diminuer  depuis  i5  ans,  a  sensi- 
blement augmenté,  surtout  à  la  main,  dont,  à  la 
vérité,  j'ai  fait  trop  peu  d'usage  ,  et  si  la  jambe 
s'est  proportionnellement  moins  affaiblie,  cela 
vient  sans  doute  de  ce  que  j'ai  toujours  pris  beau- 
coup d'exercice. 

Inquiet  de  ia  faiblesse  de  ma  main  .  après 
avoir  vainement  pris  des  douches  d'eau  de  Ba+ 
règes ,  après  m'étre  fait  frictionner  et  éleciriser  , 
j'ai  pensé  que  le  galvinisme  pourrait  me  soulager: 
en  conséquense  je  me  suis  fait  galvaniser  par 
commotion ,  une  trentaine  de  fois ,  pendant  dix 


128  TRAITÉ 

minutes  chaque  fois,  le  bras  et  la  jarnbe^auche: 
n'en  ayant  encore  obtenu  aucun  succès,  j'ai  em- 
ployé l'acupuncture  secondée  par  le  galvanisme, 
c'est-à-dire  que  me  faisant  planter  des  aiguilles 
dans  tous  les  muscles  de  l'épaule ,  même  dans  le 
sous-scapulaire ,  dans  le  triceps  brachial  et  dans 
le  deltoïde ,  puis  plaçant  une  main  dans  un  vase 
où  il  y  avait  de  l'eau  dans  laquelle  plongeait  un 
conducteur  aboutissant  au  côté  négatif,  je  faisais 
armer  un  second  conducteur  aboutissant  au  côté 
positif  d'un  excitateur  avec  l'extrémité  duquel 
on  touchait  successivement  toutes  les  aiguilles  , 
et  chaque  attouchement  me  donnait  une  com- 
motion dont  la  force  était  en  raison  du  nombre 
d'élémens  compris  entre  les  deux  pôles  de  la 
pile  :  je  supportais  ces  commotions  pendant  dix 
minutes,  et  dans  ce  court  espace  de  temps  toutes 
les  aiguilles  s'oxidaient  d'une  manière  remarqua- 
ble ;  et ,  comme  dans  l'acupuncture  simple ,  leur 
sortie  était  toujours  plus  pénible  que  leur  intro- 
duction. Pour  galvaniser  l'extrémité  inférieure  , 
je  me  faisais  introduire  les  aiguilles  dans  les  mus- 
cles fessiers  et  dans  le  fascia-lata,  puis  plongeant 
mon  pied  dans  un  vase  contenant  de  l'eau  salée  , 
j'opérais  comme  pour  le  bras.  Je  me  servais  de 
la  pile  à  auges  et  je  recevais  d'assez  fortes  com- 
motions en  la  chargeant  seulement  avec  de  l'eau 
salée    et   un  peu  de  vinaigre ,  commotions    qui 


DE  L'ACUPUNCTURE.  129 

russont  été  à  peine  sensibles,  s'il  n'y  avail  pas  eu 
d'aiguilles  implantées  dans  les  muscles.  Vingt 
séances  ont  rendu  à  l'extrémité  supérieure  lé 
double  de  force  qu'elle  avait  auparavant  :  quant 
à  l'extrémité  inférieure  ,  je  n'y  trouve  qu'une 
amélioration  moins  remarquable. 

5 Ie  Observation  :  Névralgie  sciatique ,  (  recueillie  par 
le  docteur  Tehv). 

Le   nommé  Pelletier,  maçon,    âgé   de  vingt- 
neuf  ans,  se  ressentait  depuis  quatre  ans  de  dou- 
leurs  intermittentes.    Hors   d'état    de    travailler 
depuis  un  mois,  il  vint  à  l'Hôtel-Dieu  le  10  jan- 
vier 1820.  A  son  arrivée,  on  lui  fit  pratiquer  une 
saignée  du  bras ,  qui  ne  fut  suivie  d'aucun  effet. 
Les  cinq  jours  suivans,le  malade  ne  pouvait  se 
tenir  couché  que  sur  le  ventre  .  à  cause  du  mal 
qu'il  ressentait  dans  les  reins  et  le  haut  des  fesses. 
Un  vésicatoire  fut  appliqué  au-dessus  de  cette 
région  ;   il  produisit    un  mieux   sensible.    Trois 
jours  après  ,   un  autre  ,  appliqué  sur  le  mollet  . 
n'eut  aucun  effet;  même   insuccès  pour  un  troi- 
sième  :   un  quatrième  ,   mis  sur  la  face  dorsale 
du  pied,  soulagea  immédiatement;  mais  les  dou- 
leurs premières   ayant   reparu  ,   on  se  décida  à 
appliquer  un  moxa  au-dessus  du  premier  vési- 
catoire. 

9 


i5o  TRAITE 

Ces  moyens  énergiques  n'ayant  eu  aucun  ré- 
sultat, il  fallut  avoir  recours  à  un  autre  mode  de 
traitement ,  l'acupuncture. 

Le  malade  était  dans  l'état  suivant  : 

Il  ne  pouvait  ni  s'asseoir,  ni  ployer  les  jambes, 
ne  se  trouvait  un  peu  soulagé  qu'en  marchant  avec 
des  béquilles;  mais  au  bout  d'une  heure,  il  était 
forcé  de  se  recoucher  et  de  changer  à  tout  instant 
de  position. 

Cinq  aiguilles  furent  d'abord  appliquées  en  dif- 
férens  endroits  du  mollet  et  sur  la  cuisse.  La 
jambe  devint  très-engourdie  ;  aucun  soulagement 
marqué. 

Le  lendemain ,  deux  autres  mises ,  l'une  au- 
dessous  de  l'espace  poplité  ,  l'autre  au  bas  de  la 
jambe,  mirent  le  malade  en  état  de  marcher  sans 
béquilles. 

Une  troisième  application  de  cinq  aiguilles  , 
placées  tant  transversalement  que  longitudinale- 
ment  en  difFérens  endroits,  fut  suivie  d'un  succès 
tel  ,  que  le  malade  ,  radicalement  guéri  ,  et  ne 
ressentant  aucune  douleur  ,  ne  pensa  plus  qu'à 
faire  sécher  son  moxa  pour  demander  sa  sortie  , 
qui  eut  lieu  le  1 1  février. 

52e  Observation:  Névralgie  sciatique ,  (recueillie  pav 
le  docteur  Tehy.) 

Le  nommé  Maurice  ,  aide  de  cuisine  ,  âsré  de 


DE  L'ACUPUNCTURE.  i3i 

vingt-deux  ans  ,  tourmenté  depuis  deux  mois  de 
douleurs  dans  l'articulation  côx6-fémorale,navàil 

cessé  de  travailler  le  premier  mois  ,  au  bout  du- 
quel il  fut  forcé  de  se  mettre  au  lit. 

Un  médecin  appelé  lit  appliquer  trente  sang- 
sues sur  cette  région  ;  eiles  ne  produisirent  au- 
cun effet.  Un  vésicatoire  volant,  s'étendant  depuis 
cette  articulation  jusqu'à  la  partie  antérieure  du 
genou,  fut  appliqué  neuf  jours  après  par  le  même 
praticien  ;  il  en  résulta  quelque  soulagement  ; 
mais  cinq  jours  furent  à  peine  écoulés  que  les 
douleurs  reparurent  avec  leur  première  intensité 
vers  le  haut  de  la  fesse. 

Le  malade  vint  en  voiture  à  l'Hôtel-Dieu.  Un 
moxa  fut  appliqué  sur  cette  partie  ;  les  souf- 
frances furent  calmées,  mais  le  malade  était  dans 
l'impossibilité  de  se  tenir  debout. 

Passé  dans  le  service  de  M.  Hussonle  4  février, 
l'emploi  de  deux  aiguilles,  prolongé  durant  cinq 
heures  au-dessous  du  moxa  ,  mirent  le  malade 
en  état  de  se  promener  sans  béquilles. 

Quatre  autres  aiguilles,  mises  successivement 
à  la  partie  antérieure  de  la  cuisse ,  à  sa  face  in- 
terne et  au-dessous  du  genou,  achevèrent  La 
guérison  du  malade ,  qui ,  à  l'abri  de  ses  pre- 
mières souffrances ,  sortit  le  12  février. 

La  marche  était  on  ne  peut  plus  facile. 


i3a  TRAITÉ 

53e  Observation  :  Névralgie  scialique ,   (recueillie  par 
le  docteur  ïehy). 

Le  nommé  Bergeron  ,  âgé  de  trente-neuf  ans  , 
commissionnaire-frotteur ,  demeurant  rue  Saint- 
Denis,  n°  49?  fut  pris  de  douleur  dans  la  cuisse, 
à  l'âge  de  vingt  ans;  il  était  alors  domestique 
dans  une  ferme.  Cette  douleur  dura  six  mois  : 
le  beau  temps  seul  en  triompha.  Huit  ans  se  pas- 
sèrent ainsi  ,  et  ce  n'est  que  depuis  un  an  que  la 
récidive  eut  lieu  ;  mêmes  souffrances  que  les  pre- 
mières pendant  l'espace  de  deux  mois  ;  elles  cé- 
dèrent encore  Ta  la  saison  ,  et  ce  n'est,  au  dire  du 
malade ,  qu'à  la  suite  d'un  tour  de  rein ,  en  por- 
tant un  fardeau  ,  qu'elles  se  manifestèrent  de 
nouveau  le  jour  de  Noël  1824. 

Dès  ce  moment ,  des  douleurs  de  jambe  très- 
intenses  furent  suivies  d'une  grande  difficulté  dans 
la  marche ,  ce  qui  n'avait  pas  encore  eu  lieu  : 
motif  pour  lequel  le  malade  se  décida  à  entrer  à 
l'Hôtel-Dieu  le  5  janvier  1825. 

M.  Petit  (car  c'est  toujours  de  ce  dernier  , 
^ 'ainsi  que  de  M.  Husson ,  dont  je  fais  mention  pour 
l'emploi  des  differens  modes  de  traitement  )  , 
M.  Petit,  dis-je  ,  fit  appliquer,  huit  jours  après, 
quatre  ventouses  scarifiées  au  mollet,  à  la  mal- 
léole externe  ,  au-dessous  de  genou  et  à  la  fesse  ; 


DE  L'ACUPUNCTURE.  1 53 

elles  n'eurent  aucun  bon  résultat.  Le  malade  fut 
laissé  tranquille  environ  pendant  quinze  jours  ; 
il  n'éprouvait  de  soulagement  que  quand  un  vé- 
sicatoire  qu'il  portait  était  en  pleine  supuratioit  : 
se  tarissait -elle  ,  les  douleurs  reparaissaient. 

Au  mois  de  février,  on  fît  appliquer  une  ai- 
guille sur  la  cuisse  dans  la  direction  du  nerf  fé- 
moro-poplité  ;  à  peine  introduite ,  disparition  de 
la  douleur. 

Huit  autres  aiguilles  appliquées  sur  le  trajet  du 
nerf  étaient  suivies ,  au  dire  du  malade ,  d'un 
sentiment  d'irradiation  vers  la  pointe  de  l'aiguille  ; 
elles  eurent  un  plein  succès.  Le  malade  se  trou- 
vait si  content  de  sa  position,  qu'il  sautait  de  joie 
en  demandant  sa  sortie. 

54e   Observation  :  Névralgie  sciatique ,  (recueillie  par 
le  docteur  Tehy). 

Le  nommé  Jean  Guebhard,  Allemand,  âgé  de 
quarante-huit  ans  ,  employé  au  service  militaire 
depuis  l'âge  de  douze  ans,  fut  attaqué,  à  la  suite 
d'une  très- longue  et  dure  captivité,  de  douleur 
dans  l'articulation  coxo-fémorale ,  à  la  partie  anté- 
rieure de  la  cuisse  jusqu'au  genou,  et  dans  tout 
le  trajet  du  nerf  sciatique. 

Plongé  dans  la  plus  affreuse  misère ,  de  retour 
à  Paris  pour  aviser  aux  moyens  de  gagner  sa  vie, 
il  fut  pris  sans  passe-port  pour  un  vagabond  ,  et 


î54  TRAITÉ 

envoyé  comme  tel  dans  les  prisons  ;  enfin ,  re- 
commandé par  la  police  ,  il  arriva  à  l'Hôtel-Dieu 
le  i4  février  182 5. 

Le  malade  présentait  l'état  suivant  :  il  ne  pou- 
vait marcher  sans  béquilles  ;  la  cuisse  gauche  était 
tout-à-fait  insensible  à  la  pression  du  doigt ,  au 
point  qu'il  nous  dit  que  le  feu  avait  pris  à  son 
pantalon  sans  qu'il  s'en  fût  aperçu. 

La  cuisse  droite  était  plus  malade  encore  ;  des 
douleurs  excessives  se  faisaient  ressentir  dans  tout 
le  membre ,  en  partie  atrophié. 

A  son  arrivée ,  le  malade  se  plaignit  d'un  sen- 
timent de  froid  glacial. 

Cinq  aiguilles  furent  appliquées  à  la  partie 
antérieure  de  la  cuisse.  Au  moment  même  dés 
piqûres ,  le  malade  accusa  une  sensation  toute 
particulière  sur  cette  région.  Ce  moyen  fut  suivi 
d'un  effet  tel,  que  la  sensibilité  reparut,  au  point 
qu'il  se  plaignit  fortement  quand  on  le  pinçait 
avec  les  doigts.  Le  même  soir ,  une  nouvelle  ap- 
plication de  cinq  aiguilles  fut  faite  sur  la  cuisse 
gauche;  même  résultat,  sensibilité  encore  plus 
exquise.  Le  malade  marcha  déjà  assez  facilement; 
il  fit  un  projet  de  départ. 

Enhardi  par  un  succès  aussi  prompt,  on  lui  en 
réappliqua  le  18  et  le  19,  d'après  sa  demande  , 
sept  sur  la  face  dorsale  du  pied  et  le  long  de  son 
bord  externe. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  i55 

Le  20  ,  marche  très-facile  ,  nullement  doulou- 
reuse. 

Le  21,  on  le  trouva  levé;  il  se  promenait  de- 
puis le  matin,  attendant  impatiemment  la  visite 
du  médecin  pour  demander  sa  sortie ,  et  aller,  di- 
sait-il, gagner  de  l'argent  afin  de  servir  les  Grecs. 

55e  Observation  :  Névralgie  sciatique,  (recueillie  par 
le  docteur  Tehy). 

Le  nommé  Delarue,  âgé  de  trente-quatre  ans, 
employé  dans  les  Droits-réunis,  et  en  cette  qua- 
lité forcé  de  visiter  les  caves,  fut  pris  de  douleurs 
dans  les  lombes  après  avoir  passé  une  nuit  au  bal. 

Arrivé  à  l'Hôtel-Dieu  le  4  mars,  le  malade  nous 
dit  qu'il  était  sujet  à  ces  douleurs  depuis  deux 
mois;  quelles  ne  duraient  qu'un  jour  ou  deux, 
pour  reparaître  ensuite  avec  plus  ou  moins  d'in- 
tensité ;  qu'à  ces  maux  de  rein  avait  succédé  une 
douleur  si  aiguë  dans  tout  le  trajet  du  nerf  scia- 
tique,  qu'il  ne  pouvait  marcher,  raison  pour  la- 
quelle il  s'était  décidé  à  venir  à  l'hôpital. 

Depuis  quatre  jours  seulement  les  douleurs 
avaient  cédé  à  l'emploi  de  l'huile  de  laurier  en 
friction,  et  avaient  été  remplacées  par  un  état 
d'insensibilité  de  la  peau,  et  engourdissement 
tel,  que  le  malade 'ne  sentait  absolument  que 
son  gros  orteil.  A  son  dire .  le  restant  du  membre 
était  comme  m#r(. 


i36  TRAITÉ 

Du  reste,  toutes  les  fonctions  dans  leur  inté- 
grité complète. 

Le  6,  deux  aiguilles  enfoncées  durant  trois 
heures ,  l'une  à  la  cuisse ,  l'autre  au  mollet ,  mirent 
le  malade  en  état  de  faire  deux  tours  de  salle  sans  se 
reposer.  Il  disait  sentir  un  mouvement  de  bouil- 
lonnement, le  sang  descendre  :  ce  sont  ses  propres 
expressions. 

Je  crois  qu'il  n'est  pas  inutile  de  noter  ces  dif- 
férentes nuances  de  sensations,  qui  pourront 
peut-être  un  jour  nous  éclairer  sur  ce  mode  d'ac- 
tion, qui  jusqu'à  ce  moment  nous  est  tout-à-fait 
inconnu. 

Le  7  et  le  8,  douze  autres  aiguilles  appliquées 
en  différens  endroits  de  la  jambe  et  du  pied,  dis- 
sipèrent entièrement  l'engourdissement,  et  ra- 
menèrent la  sensibilité  et  la  chaleur. 

Le  9,  sortie  du  malade. 

Ces  faits,  de  la  plus  haute  authenticité,  nous 
montrent  évidemment  l'action  de  l'acupuncture 
dans  la  névralgie  fémoro-poplitée. 

56e  Observation  ;   (  recueillie  par  M.   Dronsart,  à  l'hôpital 
de  la  Charité,  dans  les  salles  de  M.  Fouquier.  ) 

«  Le  nommé  Tête  est  un  homme  fort  ;  il  est 
entré  dans  les  salles  de  M.    Fouquier  avec  une 


DE  L'ACUPUNCTURE.  .  > 

névralgie  sciatique,  contre  laquelle  avaient  échoué 

successivement  deux  applications  de  vingt  sang- 
sues chaque  ,  deux  applications  de  ventouses  sca- 
rifiées, et  deux  vésicatoires  secondés  de  l'admi- 
nistration intérieure  de  l'opium  :  je  proposai  à 
M.  Fouquier  de  lui  pratiquer  l'acupuncture.  En 
ayant  obtenu  la  permission ,  j'enfonçai  une  aiguille 
à  la  profondeur  de  huit  à  neuf  lignes  sur  le  point 
que  le  doigt  du  malade  me  signala  comme  le  plus 
douloureux  (  c'était  le  point  correspondant  à  l'é- 
chancrure  sciatique)  ;  je  le  fis  communiquer  avec 
le  sol  au  moyen  du  conducteur  adopté  par  M.  J. 
Cloquet,  et  dix  minutes  après  j'interrogeai  le  ma- 
lade sur  ses  sensations  :  il  me  dit  que  l'introduc- 
tion de  l'aiguille  avait  été  assez  douloureuse,  mais 
que  cette  douleur,  aussi-bien  que  celle  du  nerf, 
était  presque  passées,  et  qu'il  ne  lui  restait  ptôs 
que  de  l'engourdissement  dans  la  jambe  et  le 
pied.  C'était  vers  sept  heures  et  demie  que  j'avais 
acupuncture ,  et  je  ne  revins  voir  ce  malade  qu'à 
neuf  heures  environ  ;  alors  la  douleur  du  nerf 
était  complètement  passée  ;  celle  de  la  piqûre  dis- 
parut presque  tout-à-fait,  et  il  ne  resta  plus  que 
l'engourdissement  de  la  jambe,  dont  j'ai  parlé 
plus  haut.  Tel  était  l'état  où  je  laissai  Tète  le  1 1 
janvier;  je  le  revis  le  lendemain,  et  sa  première 
parole  fut  un  remercîment  pour  la  bonne  nuit 
que  je  lui  avais  fait  passer.  Le  i5  et  le  14,  le  bien 


i58  TRAITÉ 

être  persistait ,  quoique  l'opium  eût  été  supprimé  ; 
Tête  croyait  sa  guérison  très-avancée ,  puisqu'il 
ne  restait  plus  d'une  douleur  lancinante  qu'un  peu 
d'engourdissement  dans  la  jambe  :  dans  la  unit  du 
i5  au  16,  à  la  suite  de  quelques  efforts  de  toux, 
la  douleur  primitive  reparut  dans  toute  son  inten- 
sité. Il  en  était  de  même  le  lendemain  à  la  visite , 
et  c'est  alors  que  M.  Fouquier  me  fit  appliquer 
deux  aiguilles ,  l'une  à  la  cuisse  ,  près  de  la  pre- 
mière piqûre,  et  l'autre  sur  un  point  très-doulou- 
reux de  la  jambe  ;  j'établis  une  communication 
entre  elles  au  moyen  d'un  fil  métallique ,  et  de 
l'anse  formée  par  celui-ci,  j'en  fis  partir  un  se- 
cond pour  aller  plonger  dans  une  solution  saline 
contenue  dans  un  vase  de  métal. 

Quant  aux  circonstances  et  aux  effets  de  ces 
acupunctures,  à  part  l'aiguille  de  la  jambe  qui 
causa  d'assez  vives  douleurs,  quoique  enfoncée 
de  quatre  ou  cinq  lignes  seulement,  qu'il  me 
suffise  de  dire  qu'ils  furent  en  tout  semblables  à 
ceux  de  la  première  opération  :  les  aiguilles  en- 
levées, Tête  ne  sentit  presque  plus  rien,  et  se 
crut  guéri  une  seconde  fois;  mais  quatre  heures 
après,  de  nouveaux  efforts  de  toux  avaient  ra- 
mené les  douleurs. 

Ici  se  termine  cette  intéressante  observation 
pour  ce  qui  est  relatif  à  l'acupuncture,  car  le  ma- 
lade  a    maintenant  sur   le  membre  deux  I^èes 


DE  L'AÇUPUNCl  l  RE. 

s. ->icatoires,  et  l'acupuncture  n'a  plus  été  prati- 
quée. » 

Rentre  dans  mon  pays  natal,  j'eus  bientôt  oc- 
casion de  poursuivre  les  expériences  de  M.  J.  <ll«v- 
quet  sur  l'acupuncture ,  et  de  me  convaincre  de, 
plus  en  plus  de  ses  heureux  effets.  Voici  trois 
observations  sur  une  trentaine  de  réussites  en 
deux  mois.  Ma  pratique  particulière  ne  m'a  d'ail- 
leurs rien  appris  de  nouveau  à  ce  sujet. 

5"/  Observation  :  Douleurs  rhumatismales. 

Le  nommé  Legarec,  âgé  de  40  &&$  environ, 
douanier,  demeurant  près  Vannes,  était  atteint 
depuis  -quatre  ans  d'une  affection  rhumatismale 
aux  extrémités  inférieures .  mais  surtout  à  la 
gauche.  Depuis  plus  de  deux  ans  les  muscles 
étaient  dans  un  tel  état  de  contraction  perma- 
nente que  la  jambe  était  derni-fléchie.  ce  qui 
forçait  le  malade  à  se  servir  d'une  béquille  quand 
il  voulait  faire  quelques  pas.  Les  tendons  se  des- 
sinaient en  forme  de  cordes  dans  toute  la  cuissr 
droite  et  quelques  endroits  de  la  jambe  corres- 
pondante. Au  membre  inférieur  droit .  il  v  avail 
seulement  de  la  roideur.  de  la  gène  dans  les  mou- 
vemens;  cet  état  de  contraction  était  accompagna 
de  douleurs  violentes,  éveillées  par  la  moindiv 
tentative  de  mouvemens.  Cette  affection  prove- 
nait probablement  de  ce  que  le  malade  était  ap- 


i4o  TRAITE 

pelé>  par  état  à  passer  les  nuits  sur  des  marais, 
exposé  à  toutes  les  intempéries.    Il ,  est  à  peine 
nécessaire  de  dire  que  cette  affection  le  mit  bien- 
tôt dans  l'impossibilité  de  continuer  ce  service 
pénible  et  lui  valut  sa  retraite.  Ayant  appris  que 
je  connaissais  un  moyen  de  combattre  avanta- 
geusement les  douleurs,  ce  malade  vint  me  trou- 
ver, le  i'4  mai  1826.  Je  désespérais  d'abord  de  le 
guérir.  Voulant  cependant  essayer  l'acupuncture , 
je  lui  demandai  où  il  éprouvait  le  plus  de  douleur, 
et  lui  introduisis  deux  aiguilles  dans  deux  muscles 
de  la  cuisse  fortement  tendus  ;  une  heure  après 
ces  muscles  devinrent  plus  souples ,  et  le  malade 
se  sentit  un  peu  soulagé.  D'après  cet  essai  favo- 
rable le  malade  revint  me  trouver  huit  jours  après 
pour  user  plus  convenablement  de  ce  moyen  cu- 
ratif,    quoique   l'affection  fût  alors  revenue    au 
même  point  qu'auparavant.  Il  suffit  de  dire  que 
pendant  plusieurs  jours  j'introduisis  des  aiguilles 
dans  tous  les  muscles  contractés  que  le  malade 
m'indiquait  lui-même  :  il  en  eut  quelquefois  huit 
ou  dix  à  la  fois  dans  le  membre  inférieur  gauche  ; 
je  les  lui  retirais  huit  ou  dix  heures  après.   Au 
bout  de  huit  jours  il  n'y  avait  plus  de  muscles 
contractés;  les  roideurs  du  membre  droit  avaient 
aussi  cédé  à  quelques  acupunctures;  le  malade 
n'éprouvait  plus  que  de  légères  douleurs  par  la 
marche.  Quatre  jours  encore  d'acupuncture  suf- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  1 4 , 

firent  pour  rendre  la  guérison  complète.  Comme 
il  était  peu  fortuné,  je  le  renvoyai  en  lui  disant 
çjue  je  ne  consentirais  à  rien  recevoir  de  lui,  que 
dans  le  cas  où  sa  guérison  serait  assurée.  Un  mois 
après  environ,  il  vint  me  trouver  plein  de  joie  :  il 
marchait  tout  aussi  bien  que  s'il  n'avait  jamais  été 
malade,  et  me  dit  alors  que  le  jour  même  où  je 
le  renvoyai  chez  lui ,  il  fit  huit  lieues  à  pied  sans 
avoir  hesoin  de  canne.  Aujourd'hui,  20  juillet, 
il  n'est  survenu  aucune  gêne  dans  la  marche;  les 
douleurs  n'ont  point  reparu. 

58e  Observation  :  Céphalalgie  chronique. 

Madame  Mohé,  âgée  de  54  ans,  demeurant 
place  du  Marché  au  seigle,  à  Vannes,  éprouvait 
depuis  deux  mois,  à  la  tête,  des  douleurs  telle- 
ment vives,  qu'elle  ne  pouvait  garder  le  moindre 
repos  la  nuit  ni  le  jour;  la  seule  position  où  elle 
se  trouvait  un  peu  soulagée,  c'était  quand  elle 
s'appuyait  la  tête  sur  ses  genoux  en  la  serrant  de 
ses  deux  mains;  la  douleur  sa  répandait  alors  vers 
le  sommet  de  la  tête.  Elle  s'attendait  si  bien  à  ne 
pas  goûter  de  repos  pendant  la  nuit  qu'elle  ne  se 
déshabillait  pas.  La  cause  de  cette  affection  ne 
lui  était  pas  connue  ;  quand  elle  s'est  présentée 
à  moi  (le  20  mai  1825.)  les  douleurs  se  faisaient 
vivement  sentir  dans  toute  la  tète .  mais  plus  par- 


i4^  TRAITE 

ticulièrernent  dans  la  région  des  tempes;  elles 
augmentaient  à  la  pression ,  et  consistaient  en 
des  élancemens  qui,  partant  du  cuir  chevelu,  se 
faisaient  sentir  profondément  dans  la  tête.  Je  lui 
introduisis  une  aiguille  à  chaque  tempe  et  la  ren- 
voyai chez  elle.  Le  lendemain  elle  vint  me  dire 
qu'elle  était  parfaitement  guérie  ;  qu'elle  était  à 
peine  sortie  de  chez  moi  qu'elle  s'était  sentie  con- 
sidérablement soulagée  ;  elle  avait  parfaitement 
dormi  toute  la  nuit  :  je  lui  retirai  alors  les  ai- 
guilles, et  aujourd'hui,  20  juillet,  il  n'est  rien 
survenu  de  cette  affection. 

59e  Observation  :  Céphalalgie 

Madame  M***,  âgée  de  35  ans,  demeurant  rue 
de  la  Fontaine,  à  Vannes,  éprouvait  depuis  huit 
mois  des  douleurs  vives  à  la  tête  ;  eHes  en  occu- 
paient tantôt  un  côté ,  tantôt  l'autre  ;  elles  se  fai- 
saient sentir  par  élancemens,  ordinairement  trois 
ou  quatre  jours  de  suite ,  et  puis  il  y  avait  deux 
ou  trois  jours  de  repos.  Pendant  l'accès  elles 
troublaient  le  sommeil  ;  la  malade  se  trouvait  sou- 
lagée quand  elle  s'appuyait  sur  le  côté  doulou- 
reux. Q  uand  elle  se  présenta  à  moi  (  le  8  juin  1 82  5) 
les  élancemens  se  faisaient  sentir  du  côté  droit  de 
la  tête;  j'y  introduisis  une  aiguille  et  renvoyai  la 
malade  :  la  douleur  ne  se  calma  guère  le  reste  de 


DE  L'ACUPUNCTURE,  i  \i 

la  journée,  mais  le  soir  la  malade  dormit  parfai- 
tement, et  le  lendemain  l'affection  avait  entière- 
ment disparu  de  la  tête,  mais  il  y  avait  à  l'épaule 
gauche  une  douleur  assez  forte  pour  rendre  la 
respiration  très-pénible  et  les  mouvemens  du  bras 
impossibles.  Une  aiguille  fut  introduite  au  point 
le  plus  douloureux  de  l'épaule  ;  cinq  minutes 
après,  soulagement  considérable,  respiration  très- 
facile;  la  malade  ne  put  cependant  lever  le  bras 
sans  douleur  qu'au  bout  d'une  heure,  où  la  gué- 
rison  fut  complète.  Le  20  juillet  il  n'était  rien 
survenu  de  cette  affection. 


i/f4  TRAITÉ 

TROISIÈME    SÉRIE    D 'OBSERVATIONS. 

Elle  renferme  les  cas  où  plus  de  trois  acupunctures  ont  e'te  néces- 
saires pour  la  cure  de  la  maladie. 

60e  Observation  :  Rhumatisme  musculaire. 

Le  nommé  Soucieux  (Louis-Guillaume),  âgé 
de  52  ans,  sellier,  d'une  taille  moyenne  et  d'une 
forte  constitution ,  entra  à  l'hôpital  Saint-Louis 
le  5  octobre  1824,  pour  y  être  traité  d'un  rhu- 
matisme à  l'épaule  gauche.  Ayant  été  militaire 
pendant  plusieurs  années,  il  attribuait  ses  dou- 
leurs à  une  chute  de  cheval  qu'il  fit  alors  sur 
cette  épaule.  Ces  douleurs  n'étaient  guère  sen- 
sibles que  dans  les  variations  atmosphériques; 
mais  au  mois  d'août  dernier,  elles  se  manifestè- 
rent par  des  élancemens  qui  irradiaient  du  sommet 
de  l'épaule  et  du  bord  postérieur  du  creux  de 
l'aisselle  vers  les  parties  voisines  ;  elles  empêchaient 
le  malade  de  porter  la  main  à  sa  bouche.  Cinq 
bains  de  fumigations  aromatiques  avaient  un  peu 
diminué  ces  douleurs,  sans  faciliter  aucunement 
lesmouvemens  du  bras,  lorsque,  le  21  novembre 
1824.  M.  J.  Cloque  t  songea  à  employer  l'acupunc- 
ture. Il  introduisit  une  aiguille  à  la  profondeur 
d'un  pouce  environ,  dans  les  muscles  grand  dor- 
sal et  sous-épineux.   L'introduction  fut  à  peine 


DE  L'ACUPUNCTURE.  i ',."> 

sensible.  Pendant  la  première  minute,  aucun 
changement.  Ala  deuxième  minute,  auréole  ron- 
geâtre  autour  de  l'aiguille,  dans,  1  étendue  d'un 
demi-pouce  environ;  élancemens  moins  vifs,  léger 
engourdissement,  mouvemens  un  peu  plus  faciles. 
Le  malade  accusa  alors  de  la  douleur  vers  le  muscle 
grand  rond.  On  y  introduisit  une  aiguille  sans  reti- 
rer l'autre.  Cinqminutes  environ  après  la  première 
opération,  les  aiguilles  ayant  été  retirées,  le  ma- 
lade put  porter  la  main  au-dessus  de  la  tête,  sans 
l'aider  de  celle  de  l'autre  côté,  et  put  faire  exé- 
cuter au  membre  des  mouvemens  de  rotation. 
Pendant  la  nuit  de  légères  douleurs  se  manifes- 
tèrent vers  le  bord  supérieur  du  trapèze.  Le  22 
M.  J.  Cloquet  introduisit  deux  aiguilles  de  ma- 
nière à  transpercer  ce  muscle.  Les  douleurs  d'ail- 
leurs très-légères  diminuèrent  encore.  Les  mou- 
vemens n'en  étaient  pas  moins  aussi  faciles  et 
aussi  étendus  qu'après  la  première  acupuncture. 
Après  une  troisième  acupuncture  au  muscle  tra- 
pèze, la  douleur  ne  disparut  pas  encore  entiè- 
rement. Le  25,  elle  résista  au  même  moyen.  Il 
était  survenu  pendant  la  nuit  des  élancemens  vers 
le  muscle  sous-scapulaire.  M.  J.  Cloquet  y  in- 
troduisit une  aiguille  par  le  creux  de  l'aisselle. 
Une  minute  après ,  les  douleurs  s'étendirent  jus- 
qu'à la  partie  supérieure  de  l'épaule,  qu'elles 
quittèrent  de  suite.  Après  deux  minutes  elles 
1.  10 


146  TRAITÉ 

abandonnèrent  l'aisselle.  On  retira  l'aiguille  au 
bout  de  cinq  minutes  environ ,  et  tous  les  mou- 
veinens  du  bras  devinrent  extrêmement  faciles. 
Le  26,  il  n'y  avait  plus  de  douleur  qu'au  muscle 
trapèze,  encore  était-elle  à  peine  sensible.  On 
prescrivit  des  bains  de  vapeur.  Huit  ou  dix  jours 
après,  aucune  gêne  n  étant  survenue  dans  les  rnou- 
vemens  de  l'articulation  de  l'épaule,  le  malade 
sortit  de  l'hôpital. 

61e  Observation  :  Névralgie poplitée  et  plantaire. 

Le  nommé  Delaunay  (  Etienne -Maximilien), 
âgé  de  38  ans ,  d'une  forte  constitution  et  d'une 
haute  stature ,  cocher ,  en  soulevant  une  voiture 
il  y  a  trois  mois,  environ ,  éprouva  dans  la  région 
lombaire  un  sentiment  de  craquement  suivi  de  lé- 
gères douleurs.  Quelque  temps  après  il  se  mit  à 
frotter  des  appartenons,  mais  il  ressentit  aussitôt 
dans  la  cuisse  gauche  des  douleurs  vives,  qui  s'é- 
tendirent de  la  face  externe  de  la  jambe  jusque 
sous  la  plante  du  pied.  Ces  douleurs  consis- 
taient en  un  engourdissement  continuel  et  en 
picotemens  ou  élancemens  très-pénibles;  elles 
augmentèrent  promptement ,  et  les  accès  en  de- 
vinrent bientôt  si  violens  et  si  rapprochés , 
que  le  malade  fut  obligé  de  suspendre  ses  tra- 
vaux. Lorsqu'il  se  présenta  à  nous  le  10  décembre 


DE  LACUPUiNCTIRE.  i\:. 

1824,  il  était  courbe  en  avant,  boitait,  et  pou- 
vait à  peine  poser  le  pied  sur  le  sol.  Il  nous  dit 
au  reste  que  des  frictions  irritantes  et  des  appli- 
cations narcotiques  ne  l'avaient  pas  soulagé,  et 
que  depuis  plusieurs  jours  il  était  privé  du  som- 
meil. M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  dans 
la  face  externe  du  mollet  gauche,  et  il  y  adapta 
un  conducteur.  Au  bout  de  cinq  minute»  les 
douleurs  augmentèrent ,  des  élancemens  vifs  et 
brusques  firent  pousser  des  cris  au  malade,  et 
l'obligèrent  à  marcher  en  s'appuyant  sur  l'autre 
pied,  pour  se  distraire  de  sa  souffrance.  Après 
vingt  minutes,  il  éprouva  dans  tout  le  membre 
un  sentiment  de  constriction  qui  fut  suivi  de  cha- 
leur et  dune  diminution  manifeste  dans  les  dou- 
leurs. Elles  étaient  cependant  encore  plus  vives 
qu'immédiatement  avant  l'introduction  de  l'ai- 
guille. Au  bout  de  trois  quarts  d'heure,  calme 
presque  parfait.  Il  n'y  avait  plus  qu  un  léger  sen- 
timent de  constriction.  Au  bout  d'une  heure,  (l'ai- 
guille étant  toujours  en  place) ,  le  malade  essaya 
démarcher  ;  alors  les  douleurs  vives  et  lancinantes 
reparurent  à  la  plante  du  pied  surtout.  On  y  in- 
troduisit une  autre  aiguille,  à  laquelle  on  adapta 
un  conducteur  métallique.  Quelques  minutes 
après  le  malade  put  tenir  son  pied  sur  une  chaise, 
position  auparavant  impossible.  Les  aiguilles 
avant  été  retirées  au  bout  d'une  heure  et  demie. 


148  TRAITÉ 

on  y  remarqua  une  oxidation  très-forte.  Le  ma- 
lade souffrait  moins  qu'avant  l'acupuncture  et 
marchait  mieux;  il  éprouvait  cependant  encore 
des  élancemens  de  temps  à  autre.  Le  1 5,  les  dou- 
leurs étaient  bien  moindres  qu'avant  l'acu- 
puncture ;  il  n'y  avait  plus  guère  que  de  l'engour- 
dissement à  la  plante  du  pied.  Elles  n'avaient  pas 
empêché  le  malade  de  dormir.  Il  marchait  aussi 
un  peu  plus  facilement.  Les  douleurs  étant  en- 
core fortes  vers  l'extrémité  supérieure  du  péroné, 
on  y  introduisit  une  aiguille  armée  d'un  conduc- 
teur métallique.  Au  bout  de  quelques  minutes , 
engourdissement  moindre  à  la  plante  du  pied. 
La  douleur  devint  plus  vive  au  mollet,  après  quinze 
minutes  ;  après  trente,  elle  fut  remplacée  par  un 
sentiment  de  constriction  :  l'aiguille  fut  ajors  reti- 
rée. Pendantcette  acupuncture,  il  ne  se  manifesta 
pas  d'élancemens,  lors  même  que  le  malade  faisait 
des  mouvemens  ayant  encore  l'aiguille.  Le  17,  il 
n'était  pas  revenu  de  douleurs  au  mollet  ni  à  la 
plante  du  pied;  il  y  en  avait  encore  à  la  partie 
supérieure  du  péroné.  On  introduisit  une  aiguille 
à  cet  endroit.  Après  huit  minutes,  douleurs  moin- 
dres, sentiment  de  constriction.  Après  quinze,  le 
malade  ne  souffrait  nulle  part  étant  assis.  La  mar- 
che développait  encore  de  vives  douleurs.  Après 
vingt  minutes,  l'aiguille  étant  retirée,  la  marche  fut 
encore  îégèrementdouloureuse.  Ce  qu'il  va  de  re-^ 


DE  L'ACUPUNCTURE.  i  ig 

marquable,  c'est  que  le  malade  prétendai  t faire  <  és- 
sér  complètement  ses  douleurs  en  n'expirant  pas  cl 
en  contractant  fortement  le  diaphragme  comme 
pour  expulser  les  matières  fécales.  Le  20,  il  exis- 
tait encore  de  la  douleur  au  môme  endroit,  mais 
moins  forte  que  le  17.  Le  malade  avait  pu  se 
coucher  sur  le  côté  affecté,  ce  qu'il  n'avait  fait 
depuis  plus  de  trois  mois.  Au  bout  d'une  heure 
d'acupuncture,  l'aiguille  ayant  été  retirée,  il  mar- 
cha ,  frappa  du  pied  sans  éprouver  la  moindre 
douleur.  Ayant  repris  ses  travaux ,  de  trop  gran- 
des fatigues  développèrent ,  le  2 1 ,  un  sentiment 
de  chaleur  le  long  de  la  face  externe  de  la  jambe  , 
depuis  le  genou  jusqu'à  la  plante  du  pied.  Une 
acupuncture  pratiquée  vers  la  tête  du  péroné 
dissipa  bientôt  ce  sentiment  incommode.  Cinq 
ou  six  jours  après,  le  malade  parfaitement  guéri 
est  venu  remercier  M.  J.  Cloquet  des  soins  qu'il 
lui  avait  donnés.  Trois  mois  après,  aucun  symptôme 
n'avait  reparu. 

62e  Observation  :  Epigastralgie  ;  (communiquée  par  Le 

malade). 

M.  De  Prémorel,  ancien  garde  du  corps  de 
S.  M.  et  capitaine  au  7e  régiment  de  ligne, 
ayant  assisté  aux  expériences  de  l'acupuncture 
faites  à  l'hôpital  Saint-Louis,  par  M.  J.  Cloquet  7 


i.5o  TRAITE 

le  consulta  sur  des  douleurs  continuelles  qu'il 
éprouvait  depuis  sept  à  huit  mois,  en  divers  en- 
droits de  la  région  épigastrique  ;  mais  M.  C lo- 
quet n'ayant  pas  cru  que  le  siège  des  douleurs  fût 
suffisamment  indiqué,  crut  devoir  ajourner  l'acu- 
puncture. 

Cependant,  les  douleurs  s'étant  manifestées 
plus  vivement  à  la  droite  de  l'appendice  xiphoïde, 
M.  de  Prémorel  se  rappelant  les  effets  étonnans 
et  subits  de  l'acupuncture,  effets  dont  il  avait  été 
témoin ,  voulut  se  pratiquer  lui-même  cette  opé- 
ration. 

Il  acheta  quelques  aiguilles  dites  à  reprise  % 
longues  et  fines,  et  s'en  introduisit  une  sur  le 
point  douloureux  à  la  profondeur  d'un  pouce , 
puis  il  y  adapta  un  conducteur  métallique  dont 
il  plongea  l'extrémité  dans  un  vase  rempli  d'eau 
salée. 

Au,  bout  de  trois  quarts  d'heure,  il  fut  sensible- 
ment soulagé,  et  voulut  retirer  l'aiguille  :  lui  et 
son  frère  l'essayèrent  en  vain;  il  prit  alors  une 
pince,  et  à  l'aide  de  cet  instrument  il  retira  l'ai- 
guille ,  qui  était  fortement  oxidée. 

Les  douleurs  se  renouvelant  le  lendemain ,  nou- 
velle acupuncture  et  nouveau  soulagement. 

Enfin  une  troisième  acupuncture  délivra  M.  De 
Prémorel  de  toutes  ses  douleurs,  qui  depuis 
quinze  jours  n'ont  pas  reparu. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  r&i 

63*  Observation  :  Douleur:  suite  de  contusion. 

Le  nommé  Grandjean  (Laurent-Guillaume), 
âgé  de  59  ans,  perruquier,  était  tombé  sur  l'é- 
paule droite  trois  semaines  avant  de  venir  trou- 
ver M.  J.  Cloquet.  Des  compresses  trempées  dans 
de  l'eau  blanche  furent  appliquées  pendant 
huit  jours  sur  l'articulation  malade,  mais  n'em- 
pêchèrent pas  cette  partie  de  contracter  une  très- 
grande  raideur.  Le  21  décembre  1824,  les  mou- 
vemens  étaient  si  pénibles,  que  le  malade  ne 
pouvait  se  déshabiller.  Les  efforts  pour  mouvoir 
le  bras  lui  arrachaient  des  cris.  Il  ne  pouvait  l'ap- 
procher du  tronc ,  ni  le  lever,  encore  moins  le 
porter  en  arrière  (on  s'assura  qu'il  n'y  avait  pas 
de  luxation  ).  La  moindre  toux  donnait  une 
commotion  douloureuse  dans  l'épaule,  et  les 
douleurs  se  prolongeaient  jusque  dans  le  bras. 
On  introduisit  trois  aiguilles  dans  le  moignon 
de  l'épaule.  Au  bout  de  trois  minutes,  auréole 
peu  prononcée ,  douleurs  plus  vives.  On  retira 
les  aiguilles  après  quarante-cinq  minutes,  sans 
que  les  douleurs  aient  sensiblement  diminué. 
Mais  quelques  heures  après,  le  malade  se  trouva 
soulagé  au  point  qu'il  était  décidé  à  ne  plus  venir 
nous  trouver.  Le  2/4,  les  douleurs  étant  revenues 
aussi  fortes  qu'auparavant,  mais  plus  prononcées 


i52  TRAITÉ 

dans  le  bras  que  dans  lepaule ,  on  introduisît 
deux  aiguilles  dans  le  bras.  Au  bout  dune  heure 
les  douleurs  du  bras  disparurent,  celles  de  l'é- 
paule diminuèrent  un  peu.  Pendant  la  nuit ,  les 
douleurs  de  l'épaule  augmentèrent,  Le  5o,  les 
mouvemens  seuls  de  l'articulation  les  rendaient 
sensibles.  Celles  du  bras  n'avaient  pas  reparu. 
Le  malade  ne  pouvait  porter  le  membre  au-de- 
vant de  la  poitrine;  il  le  levait  sans  souffrir,  mais 
la  douleur  se  manifestait  quand  il  l'abaissait.  On 
introduisit  une  aiguille  à  la  partie  antérieure  de 
l'épaule.  Au  bout  d'une  demi-heure,  le  malade 
porta  le  bras  au-devant  de  la  poitrine  sans  res- 
sentir la  moindre  souffrance  ;  en  l'abaissant ,  il  en 
éprouvait  encore,  mus  beaucoup  moins.  Le  4  jan- 
vier, cette  douleur  existait  encore  quand  Grand- 
jean  baissait  le  bras,  et  l'acupuncture  ne  fit  ce 
jour-là  que  la  diminuer.  Le  il,  elle  avait  entiè- 
rement disparu.  Le  malade  reprit  ses  travaux. 
Le  i5,  il  n'était  revenu  aucun  symptôme  de  la 
maladie. 

64e  Observation  :  Névralgie  scia  tique. 

Le  nommé  Piault  (  Louis  ) ,  âgé  de  60  ans . 
concierge  ,  fut  pris  sans  causes  connues  ,  au 
commencement  du  mois  d'août  182^,  de  dou- 
leurs vives  à  la  cuisse  droite;  ces  douleurs  s  eten- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  i55 

dirent  ensuite  le  long  de  la  partie  externe  et  pos- 
térieure de  cette  partie  et  de  la  jambe,  jusqu'au 
pied ,  en  suivant  le  trajet  des  branches  externes 
du  plexus  lombaire  etdunerfpoplité.  Au  moindre 
mouvement,  le  malade  sentait  une  corde  tendue 
depuis  l'extrémité  externe  du  pli  de  l'aîne  jus- 
qu'à la  malléole  correspondante.  Quand  il  le- 
vait le  bras  droit,  ce  membre  était  comme  re- 
tenu par  un  tiraillement  qui  venait  se  confondre 
avec  cette  espèce  de  corde  et  la  tendait.  Les  dou- 
leurs étaient  calmées  par  la  chaleur,  mais  elles 
augmentaient  tellement  par  la  marche ,  que  le 
malade  pouvait  à  peine  faire  deux  pas.  Du  reste  , 
la  pression  n'était  pas  douloureuse ,  et  quand  il 
était  dans  un  parfait  repos,  il  ne  souffrait 
pas  ;  des  bains  de  vapeurs  ,  des  sangsues ,  deux 
vésicatoires  volans,  un  à  la  cuisse  et  l'autre  à  la 
jambe,  des  cataplasmes  de  farine  de  moutarde 
au-dessus  des  malléoles,  des  frictions  irritantes 
n'avaient  amené  qu'une  légère  amélioration.  Le 
27  décembre  1824,  M.  J.  Cloquet  introduisit 
une  aiguille  dans  la  cuisse,  et  une  autre  au-dessus 
de  la  molléole  externe,  points  les  plus  dou- 
loureux (on  y  adapta  des  conducteurs).  Au 
bout  de  huit  minutes ,  douleur  plus  forte  à  la 
cuisse,  dans  les  environs  de  l'aiguille.  Ce  n'est 
que  deux  minutes  après  que  le  malade  put 
exécuter  des  mouvemens  de  flexion  et  d'exten- 


i54  TRAITÉ 

sion  de  la  cuisse.  Au  bout  de  vingt  minutes,  il 
sentit  beaucoup  moins  de  tiraillement  en  levant 
le  bras.  Au  bout  de  quarante  minutes,  les  aiguilles 
retirées  ,  le  malade  marcha  et  nous  dit  que  les  dou- 
leurs de  la  cuisse  étaient  diminuées ,  qu'il  se  ma- 
nifestait encore  de  légers  élancemens,  mais  qu'ils 
ne  montaient  pas  au-delà  du  jarret.  Du  reste,  la 
douleurde  la  jambe  était  à  peine  changée;  quel- 
ques heures  après  cependant ,  elle  diminua  éga- 
lement et  se  concentra  davantage  autour ,  de  la 
malléole.  Les  douleurs  restèrent  ainsi  beaucoup 
diminuées  jusqu'au  3o  ,  époque  à  laquelle  le  ma- 
lade ayant  voulu  se  forcer  à  marcher,  il  se  mani- 
festa un  gonflement  de  l'articulation  du  pied , 
et  les  douleurs  revinrent  aussi  vives  qu'aupara- 
vant, excepté  à  la  cuisse,  où  elles  furent  moindres. 
Le  2 1 ,  quatre  aiguilles  sont  introduites ,  l'une  à 
la  cuisse,  deux  à  la  jambe  (au-dessus  de  la  mal- 
léole externe)  et  l'autre  au  coude-pied.  Au  bout 
de  deux  heures,  les  aiguilles  ayant  été  retirées, 
la  marche  se  fit  sans  douleur.  Seulement  il  y  avait 
un  tiraillement  considérable  à  l'endroit  des  piqûres 
de  la  jambe.  Le  malade  leva  le  bras  sans  éprou- 
ver aucun  tiraillement,  et  il  n'en  éprouva  pas  non 
plus  les  jours  suivans ,  quoiqu'il  eût  beaucoup 
exercé  ce  membre.  Il  força  également  l'exer- 
cice de  la  marche  ,  sans  éprouver  les  mêmes  ac- 
cidens  que    la   fois   précédente.   Le    3    janvier. 


DE  L'ACUPl  \Cï  l  RE.  *5fi 

la  douleur  du  coude-pied  n'avait  pas  reparu  . 
mais  il  y  en  avait  une  légère  près  de  la  inall< -mI<». 
et  quelques  ressentimens  de  celle  de  la  jambe  : 
quant  à  celle  de  la  cuisse  elle  était  devenue  un 
peu  plus  vive  et  s'était  portée  plus  au-devant , 
vers  le  pli  de  l'aîne.  On  introduisit  une  aiguille 
dans  chacun  de  ces  points  douloureux.  Après 
qu'elles  furent  retirées  (au  bout  d'une  heure  en- 
viron ) ,  il  n'existait  plus  aucune  douleur.  Le  ma- 
lade passa  trois  jours  dans  cet  état  satisfaisant.  Il 
était  décidé  à  ne  plus  venir  nous  trouver ,  parce 
qu'il  marchait  pendant  près  d'une  heure  sans 
éprouver  la  moindre  fatigue  (  encore  n'était-il 
retenu  que  par  sa  faiblesse);  mais  le  6  il  se  déve- 
loppa des  douleurs  profondes  et  très-vives  qui , 
parlant  de  l'extrémité  externe  du  pli  de  l'aine,  se 
propageaient  le  long  de  la  partie  externe  de  tout 
le  membre.  Elles  étaient  accompagnées  d'un  sen- 
timent de  constriction.  (L'air  était  froid  et  sec,  et 
le  malade  avait  remarqué  «que  l'air  humide  et  froid 
n'augmentait  passes  douleurs).  Le  7,  une  aiguille 
fut  introduite  à  l'endroit  douloureux  de  l'aine  el 
deux  au  mollet  (  le  malade  demanda  des  con- 
ducteurs, croyant  avoir  remarqué  qu'aux  aiguille.* 
où  l'on  omettait  d'en  adapter,  la  disparition  de  la 
douleur  était  moins  complète).  Au  bout  dune 
demi-heure,  les  douleurs  de  l'aîne  augmentèrent, 
mais  bientôt  elles  devinrent  moindres  qu'avant 


m  TRAITÉ 

l'acupuncture.  Les  aiguilles  furent  retirées  au 
bout  dune  heure.  Dans  le  courant  de  la  journée, 
la  marche  fut  plus  libre  qu'elle  n'avait  encore  été. 
Il  n'y  avait  plus  qu'une  légère  douleur  à  l'endroit 
de  la  piqûre  de  Faîne.  Quand  la  marche  avait  été 
forcée ,  le  malade  ne  ressentait  à  la  jambe  que 
de  la  faiblesse  et  un  peu  d'engourdissement.  Le  8, 
deux  aiguilles  introduites  au  mollet  et  une  à  l'aine, 
laissèrent  encore  un  peu  d'engourdissement  et 
une  douleur  à  la  piqûre  de  l'aine.  Le  9,  l'engour- 
dissement disparut;  le  malade  marcha  plus 
qu'à  l'ordinaire,  sans  rien  éprouver.  Le  10  au 
matin ,  ayant  senti  de  légers  picotemens  à  la  cuisse 
seulement ,  il  vint  aussitôt  nous  trouver.  On  in- 
troduisit une  aiguille  dans  cette  partie ,  et  quoi- 
que le  malade  n'eût  plus  à  la  jambe  d'autres  traces 
de  l'affection  que  de  la  faiblesse,  il  pria  d'en 
mettre  deux  à  la  jambe  et  une  au  coude-pied, 
comme  par  précaution.  Après  une  heure  et  de- 
mie d'acupuncture ,  il  y  eut  un  soulagement  com- 
plet; il  ne  restait,  comme  les  autres  fois,  qu'un 
peu  d'engourdissement.  Cet  engourdissement 
augmenta  les  jours  suivans,  toutes  les  fois  que 
le  malade  se  fatigua  à  marcher  (la  faiblesse  du 
membre  ne  lui  permettait  alors  qu'environ  une 
demi-heure  de  marche).  Le  i5  au  matin,  pen- 
dant que  le  malade  était  encore  au  lit ,  il  y  eut 
une  sueur  abondante  à  la  jambe  droite ,  et  l'en- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  if,7 

droit  de  tontes  les  piqûres  se  fit  alors  distinguer 
par  une  légère  douleur.  Ce  phénomène  ctffca 
quelques  minutes  après.  Le  s5,  ce  qui  faisait 
différer  l'état  du  malade  de  celui  de  santé  par- 
faite, c'est  qu'après  une  longue  marche  il  lui 
prenait  un  léger  tremblement  au  membre  au- 
paravant affecté  ;  il  sentait  alors  un  faible  ti- 
raillement le  long  de  la  partie  externe.  Du 
reste,  ce  tiraillement  ne  s'étendaient  plus  le 
long  du  tronc ,  et  le  gênait  à  peine.  Cependant 
il  demanda  qu'on  lui  appliquât  encore  deux  ai- 
guilles; on  le  satisfit  :  quinze  jours  après  aucune 
douleur  n'avait  reparu. 

65e  Observation  :  Rhumatisme  musculaire. 

M.  Fontaine  (Pierre) ,  âgé  de  58  ans,  courtier 
du  commerce,  se  présenta  le  il  janvier  i8^5  à 
M.  J.  Cloque  t.  Il  y  a  six  ans  qu'après  s'être  fati- 
gué à  danser ,  il  éprouva  au  talon  et  à  la  plante 
du  pied  droit  une  douleur  vive  qui  le  faisait  boiter. 
Le  lendemain  il  ne  pouvait  marcher,  bien  qu'il 
n'y  eût  pas  de  souffrance  dans  le  repos.  Il  se  fric- 
tionna avec  de  l'eau-de-vie  camphrée  .  et  s'en 
trouva  assez  soulagé  pour  que  le  surlendemain  de 
son  accident  il  pût  faire  ses  courses  quoiquen 
boitant.  Mais  au  bout  de  six  semaines,  les  douleurs 
quittèrent  la  plante  du  pied  pour  se  porter  sur 


i58  TRAITÉ 

l'articulation  tibio-tarsienne.  Le  malade  ayant 
atyfrs  mis  son  pied  dans  un  bain  de  vin  aromatisé, 
presque  bouillant ,  la  jambe  se  couvrit  d'ampou- 
les depuis  les  orteils  jusqu'au  genou,  et  se  tuméfia 
considérablement.  Cette  inflammation  céda  au 
bout  de  trois  mois  à  l'emploi  de  cataplasmes  émoi- 
liens  et  de  bains  simples.  Le  malade  reprit 
alors  ses  courses  malgré  la  douleur  de  l'articula- 
tion du  pied,  qui  persista  la  même  qu'avant  cet 
accident.  Trois  ans  après ,  à  la  suite  d'une  marche 
forcée ,  les  douleurs  se  portèrent  de  l'articula- 
tion tibio-tarsienne  sur  celle  du  genou.  La  pres- 
sion y  était  très-douloureuse ,  surtout  à  la  partie 
interne.  Le  malade  y  fit  des  frictions  camphrées, 
qui  eurent  pour  résultat  de  chasser  la  douleur  du 
genou  et  de  la  répandre  dans  toute  la  cuisse.  Le 
malade  lui  opposa  encore  le  même  remède  ,  mais 
il  fut  sans  effet. 

Depuis  un  an,  les  douleurs  s'étaient  étendues  en 
haut  jusqu'à  la  fesse ,  et  en  bas  jusqu'au  mollet ,  en 
suivant  la  partie  externe  et  postérieure  du  membre. 
Elles  se  faisaient  quelquefois  plus  vivement  sentir 
en  travers ,  au-dessus  du  genou.  Elles  étaient  de 
temps  à  autre  lancinantes.  La  marche ,  quand  elle 
n'était  pas  forcée,  les  calmait;  mais  elles  étaient  très 
vives  à  la  cuisse  quandle  malade  voulait,  après  s'être 
assis,  soulever  le  membre  inférieur  dans  l'exten- 
sion ou  quand  il  portait  en  dedans  la  jambe  fié- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  ,:><, 

chic,  comme  dans  l'action  de  mettre  ses  hottes 
debout.  Elles  augmentaient  parla  toux  et  1\  -h-r- 
nuement.  Quand  le  malade  voulait  soulever  quel* 
que  objet,  il  se  manifestait  une  douleur  vive  à 
la  cuisse  ,  au  mollet  et  jusqu'au  coude-pied. 
Quand  il  voulait  se  baisser,  il  était  obligé  de  se 
porter  sur  l'autre  membre.  Il  ressentait  souvent 
des  engourdissemens  dans  le  pied.  Il  y  a  trois 
mois  qu'il  s'était  appliqué  vingt  sangsues  à  la  fesse, 
mais  elles  n'avaient  produit  aucun  soulagement. 
(Le  11  janvier  1826)  M.  J.  Cloquet  introduisit 
deux  aiguilles  à  la  fesse  dans  les  points  les  plus 
douloureux.  Ces  aiguilles  ayant  été  retirées  au 
bout  d'une  heure  et  demie ,  il  se  développa  un 
sentiment  de  chaleur  au  siège  des  anciennes  dou- 
leurs. En  se  baissant  ,  le  malade  n'éprouvait  plus 
de  douleur  au  même  endroit  qu'auparavant,  mais 
bien  en  devant,  près  de  la  région  inguinale.  Il  mit 
ses  bottes  debout  sans  rien  éprouver.  Il  exécuta 
plusieurs  mouvemens  qui  auparavant  augmen- 
taient les  douleurs  ;  les  uns  n'en  développèrent 
plus,  et  les  autres  n'en  développèrent  qu'une  lé- 
gère. La  toux  fut  sans  douleur.  Dès  ce  jour  la  mar- 
che devint  plus  facile  et  put  être  prolongée  davan- 
tage. Le  malade  n'eut  plus  besoin  d'avoir  recours 
à  une  manière  particulière  qu'il  était  obligé 
d'employer  pour  monter  dans  son  lit.  Le  12,  la 
douleur  de  la  cuisse  était  à  peine  sensible,  même 


i6o  TRAITÉ 

quand  le  malade  se  baissait.  Celle  du  mollet  était 
revenue  pendant  la  nuit,  elle  était  même  plus 
forte  qu'auparavant.  La  toux  ne  retentissait  plus 
dans  la  cuisse ,  mais  dans  le  mollet.  Deux  aiguilles 
furent  introduites,  l'une  à  la  cuisse  et  l'autre  au 
mollet.  Elles  furent  retirées  au  bout  de  deux 
heures,  et  il  ne  resta  plus  que  de  l'engour- 
dissement au  lieu  des  douleurs  du  mollet.  Il  n'y 
avait  plus  rien  à  la  cuisse  ;  tous  les  mouvemens  au- 
paravant douloureux  étaient  devenus  faciles.  Le 
reste  de  la  journée  le  malade  fit  ses  courses, 
sans  éprouver  la  moindre  douleur;  l'engour- 
dissement disparut  aussi.  Pendant  la  nuit,  il 
survint  un  engourdissement  depuis  l'épaule  droite 
jusqu'au  coude ,  mais  si  léger  que  les  mouvemens 
le  rendaient  à  peine  sensible.  Il  s'en  manifesta 
aussi  à  la  tempe  droite;  il  disparut  quelques 
minutes  après  son  apparition.  Le  i3,  une  ai- 
guille fut  introduite  dans  la  cuisse,  où  il  restait 
encore  comme  un  souvenir  de  la  douleur.  Elle 
fut  retirée  au  bout  d'une  heure.  En  sortant  de 
chez  M.  J.  Cloquet,  le  malade  fut  pris  d'une  dou- 
leur très- vive  dans  tout  le  membre  inférieur  droit, 
surtout  au-dessus  du  genou  ;  mais  cette  douleur 
disparut  pendant  la  nuit.  Le  1 4,  même  état  satis- 
faisant que  le  i5  au  matin.  On  introduisit  cepen- 
dant deux  aiguilles,  une  à  la  cuisse  et  l'autre  au- 
dessus  du  genou,  principaux  points  où  les  dou- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  161 

tëttrs  s'étaient  fait  sentir  la  veille.  Au  bout  d  ûhé 
heure  d'acupuncture,  les  aiguilles  ayant  été  reti- 
rées, le  malade  ne  présenta  plus  le  moindre 
symptôme  de  la  maladie.  Il  ne  revint  plus  nous 
trouver.  Ayant  eu  occasion  de  rencontrer  M.  Fon- 
taine le  28,  je  l'interrogeai  et  il  me  dit  qu'ayant 
fait  de  très-longues  courses,  il  ressentait  encore 
depuis  quelques  jours  une  légère  douleur  dans  la 
cuisse  (l'atmosphère  était  froide  et  humide).  Au 
reste,,  cette  douleur  le  gênait  si  peu  qu'il  vaauait 
librement  à  ses  occupations. 

66e  Observation  :  Cécile, 

Mademoiselle  A...,  âgée  de  vingt-un  ans,  coutu- 
rière, éprouvait  depuis  quatre  ans  des  accès  d'hys- 
térie, et  elle  était  depuis  deux  ans  en  proie  à 
une  affection  névralgique ,  rebelle  à  tous  les 
moyens  connus  (moxa,  vésicatoires ,  sinapismes, 
saignées, bains^  commotions  électriques,  etc.)  (1). 
Cette  affection ,  après  avoir  erré  dans  tous  les 
membres,  s'était  fixée  sur  l'articulation  coxo- 
fémorale  du  côté  gauche,  d'où  elle  se  jetait  de 
temps  à  autre  sur  les  viscères  thoraciques  et  ab- 
dominaux.  Elle  était  accompagnée  de  douleurs 

(1)  M.  Roger,  élève  interne  de  M.  Alibert,  se  proposant  de  pu- 
blier tous  les  détails  inte'ressans  de  cette  observation ,  je  me 
borne  à  n'inse'rer  ici  que  ce  qu'il  y  a  de  plus  saillant. 

11 


162  TRAITÉ 

extrêmement  vives  le  long  de  la  colonne  verté- 
brale, avec  incontinence  puis  rétention  d'urine. 
Pendant  le  cours  de  cette  maladie,  suppression 
presque  complète  des  règles  ;  maux  de  tête  into- 
lérables ;  le  moindre  mouvement  les  rendait  si 
vifs,  qu'il  fallait  plus  de  dix  minutes  à  la  malade 
pour  porter  la  tête  d'un  côté  sur  l'autre.  Au  mois 
de  novembre  1824,  il  se  manifesta  un  délire  fu- 
rieux, accompagné  de  céphalalgie  intense ,  de 
mouvemens  convulsifs  et  de  menaces  de  suffoca- 
tion; ce  délire  dura  cinq  semaines  environ,  mal- 
gré l'emploi  de  tous  les  moyens  curatifs  possibles  ; 
il  paraissait  pendant  deux  ou  trois  heures  chaque 
jour.  Ce  fut  pendant  un  de  ces  accès  (le  10  no- 
vembre) ,  que  la  malade  perdit  entièrement  la  fa- 
culté  de  voir  ;  ses  paupières  restèrent  ouvertes  pen- 
dant trois  jours,  après  quoi  elles  se  fermèrent  pen- 
dant une  application  de  glace  sur  la  tête.  Le  délire 
ayant  cessé ,  la  malade  pouvait  écarter  faiblement 
les  paupières  (sans  voir  aucunement)  ;  toutefois 
elles  se  rapprochaient  aussitôt.  Pendant  cet  état 
de  cécité,  elle  avait  acquis  un  toucher  extrême- 
ment délicat,  qui  lui  servait  à  reconnaître  les  per- 
sonnes qui  l'approchaient.  Deux  jours  avant  qu'on 
pratiquât  l'acupuncture  ,  on  approcha  une  lu- 
mière si  près  de  ses  paupières  clignotantes,  qu'on 
manqua  de  lui  brûler  les  cils,  sans  qu'elle  témoi- 
gnât la  moindre  sensation.  Le  24  décembre,  ce- 


DE  L'ACl SW8WCTI  RE.  i<65 

jphalalgie  si  intense  avec  étourdisse pteas  . 
semblait  à  la  malade  qu'on  lui  fendait  la  tête;  elle 
ressentait  dans  les  yeux  des  élancemens  si  vifs  qu'il 
lui  semblait  qu'on  les  perçait  à  coups  de  bi.stoun  ; 
les  douleurs  les  plus  vives  se  manifestaient  surtout 
aux  tempes  et  au  front.  M.  Roger  introduisit  deux 
aiguilles  aux  tempes  (il  était  dix  heures  du  ma- 
tin). Ces  deux  aiguilles  furent  retirées  au  bout 
de  cinq  quarts  d'heure  ;  sans  avoir  produit  aucun 
effet  apparent.  A  midi,  il  en  introduisit  deux  autres 
qui  restèrent  jusqu'au  lendemain.  A  neuf  heures 
on  écarta  les  paupières*  et  la  malade  ne  s'aperçut 
encore  d'aucun  changement.  (Les  aiguilles  causè- 
rent chaque  fois  des  douleurs  extrêmement  vives 
et  elles  furent  retirées  très-oxidées).M.  Roger  en 
introduisit  encore  deux  qui  restèrent  jusqu'à  trois 
heures  de  l'après-midi.  En  retirant  alors  celle  du 
côté  gauche,  il  causa  une  douleur  très-vive  et  quel- 
ques gouttes  de  sang  sortirent  de  la  piqûre  ;  quant 
à  l'extraction  de  l'autre  aiguille ,  elle  fut  moins 
douloureuse.  Immédiatement  après,  la  malade 
dit  qu'on  «  lui  lançait  aux  yeux  une  poignée 
de  clarté  ;  »  aussitôt  elle  écarta  plus  aisément  les 
paupières;  elle  distingua  des  rubans  ;  peu  après, 
elle  lut  une  lettre  d'un  caractère  extrêmement 
fm;  son  clignotement  des  paupières  devint  de 
moins  en  moins  fort;  la  céphalalgie,  qui  augmenta 
dans  le  moment,  alla  ensuite  en  diminuant.   Le 


164  TRAITE 

lendemain  26,  encore  un  peu  de  clignotement, 
qui  cessa  entièrement  le  28  aussi-bien  que  la  cé- 
phalalgie, après  des  acupunctures  prolongées  aux 
tempes  et  au  front.  On  vit  alors  la  physionomie 
de  mademoiselle  A —  changer.  Sa  figure  aupa- 
ravant bouffie,  comme  œdématiée,  diminua  de 
volume  et  se  colora ,  en  même  temps  que  la  viva- 
cité de  ses  yeux  vint  encore  lui  donner  plus 
d'expression  :  la  vision  était  complètement  réta- 
blie. 

Trois  semaines  après,  des  maux  de  tête  intolé- 
rables se  manifestèrent  de  nouveau  ;  ils  étaient  ac- 
compagnés d'élancemens  très-vifs  dans  les  yeux, 
de  rougeur  à  ces  organes  et  à  toute  la  face  ,  avec 
étourdissemens,  etc.  ,  et  la  vue  commença  à  se 
troubler  trois  ou  quatre  jours  après.  Cet  état  em- 
pirant ,  M.  J.  Cloquet  introduisit  deux  aiguilles 
aux  tempes  comme  les  fois  précédentes;  elles  res- 
tèrent à  demeure  pendant  huit  jours.  Dès  leur 
introduction,'  la  céphalalgie  alla  en  diminuant, 
ainsi  que  les  élancemens  des  yeux ,  et  la  vue  se 
rétablit. 

Aujourd'hui  12  août,  l'état  de  la  malade  est 
beaucoup  amélioré  ,  et  mademoiselle  A...  se  pro- 
mène dans  les  cours  de  l'hôpital,  et  distingue  les 
objets  avec  autant  de  netteté  qu'avant  son  affec- 
tion. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  i65 

67e  Observation  :  Diplopie. 

Le  18  février  i8a5,  le  matin  en  s'éveillunl  . 
M.  Daudin  (Nicolas),  âgé  de  quarante^cinq  ans. 
fut  tout  étonné  de  voir  les  objets  multipliés  un 
grand  nombre  de  fois  dans  leurs  images  ;  s'il  fer- 
mait l'œil  gauche,  il  lui  semblait  voir  des  corps 
brillans  se  balancer  dans  l'air;  fermait-il  l'œil 
droit,  la  vue  se  trouvait  à  peu  près  rétablie  dans 
son  état  ordinaire  :  seulement  il  voyait  peut- 
être  un  peu  moins  distinctement.  Les  yeux  n'a- 
vaient éprouvé  aucune  altération  physique,  au- 
cun symptôme  n'avait  annoncé  cette  affection, 
le  malade  n'avait  éprouvé  ni  n'éprouvait  aucune 
espèce  de  douleur.  On  prescrivit  des  bains  de 
pieds  synapisés,  vingt  sangsues  aux  pieds;  bien- 
tôt après  huit  autres  sangsues  à  la  tempe  droite  ; 
un  vésicatoire  derrière  l'oreille  droite  qui  fut  en- 
tretenu pendant  six  jours  :  tous  ces  moyens  fu- 
rent sans  effet.  Ce  fut  alors  (9  mars  1825)  que 
M.  Daudin  vint  trouver  M.  Jules  Cloquet,  qui  lui 
introduisit  une  aiguille  à  la  tempe  droite.  Elle 
fut  retirée  le  i5  sans  avoir  amené  aucune  amélio- 
ration sensible;  on  en  mit  une  nouvelle.  Le  1 3  , 
le  malade  avait  éprouvé  un  mieux  très-marqué  : 
il  ne  voyait  plus  multipliés  les  objets  éloignés;  ce 
phénomène  n'avait  plus  lieu  que  pour  ceux  qui 


ïM  TRAITÉ 

étaient  très-rapprochés.  On  changea  de  non- 
veau  l'aiguille  ;  le  mieux  augmenta  de  plus  en  plus, 
et  le  i8  mars  la  guérison  fut  complète.  Depuis 
cette  époque  M.  Daudin  continue  de  bien  voir. 
[22  août  1825). 

68e  Observation  :  Névralgie  sciatique ;  (  communiquée  par 
M.  Devergie.  ) 

Le  nommé  Olivier,  infirmier,  âgé  de  soixante-dix- 
sept  ans,  en  subsistance  à  l'hôpital  duVal-de-Grâce, 
atteint  depuis  cinq  ans  d'une  sciatique  dans  le 
membre  droit,  fut  soumis  à  l'acupuncture  le  5  jan- 
vier 1825.  Une  aiguille  fut  enfoncée  sur  le  trajet  du 
nerf  sciatique;  un  quart  d'heure  après  le  malade 
pouvait  étendre  la  jambe  sur  la  cuisse  ,  ce  qui  lui 
était  impossible  auparavant.  L'instrument  fut  re- 
tiré après  une  heure  de  séjour,  et  Olivier  accusa 
un  soulagement  qu'il  n'avait  pas  éprouvé  depuis 
long-temps.  L'opération  fut  renouvelée  le  lende- 
main avec  le  même  succès,  c'est-à-dire  que  l'a- 
mélioration fit  des  progrès.  Deux  fois  encore  l'a- 
cupuncture fut  pratiquée  sur  le  malade,  sans 
une  diminution  plus  notable  dans  les  douleurs. 
Le  20  janvier,  quoiqu'elles  ne  fussent  point  reve- 
nues^ leur  première  intensité,  le  malade  subit  en- 
core la  même  opération  avec  un  tel  succès,  qu'il 
étonne  les  personnes  qui  l'ont  connu,  par  la  li- 


DE  L'ACUPONCTURE.  i«5 

bcrté  de  plusieurs mouvemens  qui  lui  <*! ;iit 
possibles,  et  par  les  fatigues  qu'il  peut  supporte! 
avec  facilité.  Cet  infirmier,  chez  lequel  ou  aVail 
vu  échouer  tous  les  moyens  en  usage  contre  ! 
douleurs,  ne  cesse  d'exprimer  sa  satisfaction  et  sa 
reconnaissance.  Un  phénomène  important ,  c'est 
que  depuis  l'acupuncture  il  a  quitte  sa  béquille 
habituelle  et  peut  reculer  et  porter  son  membre 
en  arrière,  niouveuiens  qui  étaient  impossibles 
ayant  l'acupuncturation. 


i68  TRAITE. 

4e    SÉRIE    D'OBSERVATIONS, 

Elle  renferme  les  cas  où  la  cure  n'est  pas  encore  parfaite  (1). 
69e  Observation  :  Céphalalgie  chronique. 

Le  nommé  Inquembert  (Xavier),  âgé  de  trente» 
quatre  ans,  menuisier,  éprouvait  depuis  huit  mois 
des  douleurs  extrêmement  vives  vers  le  sommet  de 
la  tête  et  à  l'oreille  droite.  Ces  douleurs  augmen- 
taient quand  le  malade  était  couché ,  le  sommeil 
était  interrompu  par  des  rêves  pénibles.  Il  y  avait, 
le  jour  surtout,  un  assoupissement  presque  conti- 
nuel, et,  à  des  intervalles  rapprochés,  des  étour- 
dissemens si  forts  que  le  malade  ne  voyait  pas, 
qu'il  ne  pouvait  tourner  la  tête;  et,  pendant  que 
ces  étourdissemens  duraient,  saface  était  animée, 
les  objets  lui  paraissaient  rouges  et  mobiles.  Quand 
le  malade  se  baissait  les  étourdissemens  se  mani- 
festaient à  l'instant;  il  y  avait  dans  l'oreille  droite 
des  bourdonnemenstrès-fréquens.  Après  le  repas 
les  symptômes  augmentaient.  Tous  les  matins,  la 
bouche  était  pleine  de    sang  et  elle  exhalait  une 

(1)  Persuade'  que  c'est  par  les  observations  suivantes  qu'on  peut 
le  mieux  appre'cier  les  effets  de  l'acupuncture,  je  n'ai  pu  re'sister 
au  de'sir  de  les  iase'rer  ici,  quoiqu'elles  soient  encore  incomplète  ? 
pour  la  plupart. 


DE  L'ACUPl  NCÎl  RE.  iÇg 

odeur  fétide.  Depuis  cinq  mois  environ,  les  cra- 
chais étaient  mêles  de  sang.  Depuis  deux  mois 
le  malade  ne  pouvait  travailler  (il  avait  eu  de-  ma- 
ladies vénériennes  qui  avait  été  traitées  imparfai- 
tement). Des  bains  de  pied  ne  calmaient  les  dou- 
leurs que  pendant  deux  heures  au  plus.  Le  10  jan- 
vier i8^5,  il  y  avait  une  douleur  vive  au  côté 
droit  de  la  poitrine  ;  la  respiration  était  très-dif- 
ficile, la  pression  au  synciput  et  au-dessus  de 
l'oreille  droite  augmentait  les  douleurs.  L'œil  droit 
était  rouge  et  gonflé ,  ainsi  que  la  joue  corres- 
pondante ;  les  facultés  intellectuelles  étaient  tel- 
lement émoussées  que  le  malade  répondait  avec 
peine  aux  questions  qu'on  lui  faisait;  il  n'avait 
qu'un  souvenir  imparfait  de  ce  qu'il  avait  éprouvé. 
M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  au  milieu 
du  front,  en  dirigeant  la  pointe  en  haut.  Le  ma- 
lade sentit  à  peine  la  présence  de  l'aiguille  ,  elle 
fut  retirée  au  bout  d'une  heure.  Alors  les  bour- 
donnemens  de  l'oreille  étaient  aussi  forts ,  mais  la 
pression  n'était  pas  aussi  douloureuse.  L'œil  et  la 
joue  étaient  moins  rouges.  Le  point  de  coté  avait 
disparu.  Les  étourdissemens  étaient  moindres,  et 
pendant  qu'ils  existaient,  les  objets  ne  parurent 
plus  rouges  et  mobiles.  La  vue  devint  plus  claire. 
Les  douleurs  et  les  étourdissemens  ne  se  déve- 
loppèrent plus  après  le  repas.  Le  1  1  au  soir ,  Ions 
les  symptômes  reparurent  avec  presque    autant 


i7o  TRAITE 

d'intensité  qu'avant  l'acupuncture,  seulement  le^ 
étourdissemens  étaient  moindres  quand  le  malade 
se  serrait  la  tête  avec  son  mouchoir  ;  il  souffrit 
aussi  moins  que  les  autres  fois.  Pendant  la  nuit  des 
liémorrlioïdes  se  manifestèrent.  L'œil  gauche  lui 
sembla  plus  gonflé.  Le  12,  une  aiguille  resta  en- 
foncée pendant  une  heure  au  front.  Les  bourdon- 
nemens  furent  alors  moindres  et  parurent  à  des 
intervalles  plus  éloignés ,  la  douleur  devint  moins 
vive,  et  la  vue  parfaitement  claire.  Comme  il  y 
avait  encore  des  étourdissemens  ,  M.  J.  Cloquet 
ordonna  une  saignée  de  deux  palettes.  La  nuit ,  il 
se  manifesta  de  la  fièvre;  mais  les  jours  suivans. 
les  symptômes  allèrent  en  diminuant.  Le  1 7  la 
pression  seulement  développait  une  légère  dou- 
leur au  front  et  au-dessus  de  l'oreille.  Il  restait 
à  peine  quelques  souvenirs  d'étourdissement 
et  des  bourdonnemens  d'oreilles.  La  vue  était 
naturelle.  On  introduisit  une  aiguille  au  front. 
Après  son  extraction ,  il  resta  encore  une  lé- 
gère douleur  ,  qui  disparut  une  demi -heure 
après.  L'endroit  de  l'application  de  l'aiguille  était 
plus  douloureux  que  la  dernière  fois.  Cependant 
le  malade  reprit  ses  travaux  en  rentrant  chez  lui. 
La  nuit  le  bourdonnement  d'oreille  reparut  ;  il  y 
eut  un  étourdissement  qui  ue  dura  que  deux  mi- 
nutes environ;  quelque  temps  après  le  point  de 
côté  reparut,  dura  aussi  également  deux  minutes 


DE  L'ACUPIJNUK.  I;i 

environ,  et  fut  accompagne  difficulté   de    lu 
respiration  et  de  picoteme^uim  il  se  mani- 
festa  des  douleurs  au  braoit  pendant  près 
d'une  heure  et  demie.  Le  v  fefie  moins  rouge 
avait  repris  son  état  natur/  n'y  avait  plus  de 
pesanteur  de    tête,    les   pés   intellectuelles 
étaient  parfaitement  saineïvue  était  naturelle, 
il  n'y  avait  plus   qu'un  jle  bourdonnement 
à  l'oreille  droite,  et  umère  douleur  que  le 
malade  accusait  au-devae  la  tempe  gauche. 
On    y    introduisit     une  «Me,    qui     au   bout 
de  deux  heures  la  fit  araitre  entièrement. 
Seulement  le  léger  bougeaient  d'oreille  per- 
sista. Le  20  il  existait  e*  :  la  veille  le  malade 
avait  prolongé  son  trav^s-avant  dans  la  nuit, 
tandis  qu'auparavant  ilpouvait   supporter  h 
lumière  artificielle.  M.^oqUet  ne  jugea  pas 
l'acupuncture  nécessa^e  s/j.,  plus  de  bour- 
donnement d'oreille  ,  une  légère  pesanteur 
de  tête,  de  plus  uneeur  vive  au-dessus  des 
sourcils  avec  le  senti.d  une  barre  ;  douleur 
au  côté  gauche,  gên*  temps  à  autre  la  res- 
piration ;    il   existait  fuient  une  douleur  au 
mollet  gauche  qui  fàu  peu  boiter  le  malade 
quand  il  était  testé  temps  debout.  Au  mo- 
ment où  il  nous  reicompte  de  son  état ,   il 
se  manifesta  une  léflouleur  au  front.  M.  J, 
Cloque t  y  introduis  aiguille  à  demeure,  et  la 


i72  TRAITE 

maintint  avec  uorceau  de  diachylon  :  il  en  ap- 
pliqua au  côte  Uutre  qui ,  retirée  au  bout  d'une 
heure,   avait   salement    soulagé  la   douleur. 
Le  26  sa  douiez  front  avait  presque  entière- 
ment disparu  (olaissa  cependant  encore  l'ai- 
guille). Le  malayant  alors  rappelé  qu'il  cra- 
chait du  sang,  o'  appliqua  une  aiguille  à  de- 
meure à  la  partie  Heure  de  la  poitrine  (c'était 
l'endroit  le  plus0ureux).  Le  26  nulle  dou- 
leur au  front  que3?  assez  vive  à  la  vérité,  que 
lui  causait  l'aiguiéger  bourdonnement    d'o- 
reille. On  retira \[\e  du  front  sans  en  mettre 
d'autre.  A  la  poiti  n'existait  plus  également 
que  la  douleur  deuille ,  les  crachats  étaient 
moins  sanguinolent  retira  aussi  l'aiguille  de 
cette   partie  sans   ettre    d'autre.  M.  J.  Clo- 
quet  prescrivit  de  iie  Sedlitz.  Le  27,1a  dou- 
leur vive  à  l'endroia  piqûre  du  front  existait 
encore  dans  l'étenojne  pièce  de  cinq  francs. 
Inquembert   avait  Qti  des  bourdonnemens 
d'oreille  et  un  sei\t  de  froid  dans  le  cuir 
chevelu.  On  appliqie  aiguille  à  demeure  au 
front,  un  peu  au-dde  la  douleur.  A  la  poi- 
trine douleur  vive ,  s^nt  à  l'endroit  de  la  pi- 
qûre de  la  veille.   Iisparut-au  bout  d'une 
heure    d'acupunctuL    2g ,  bourdonnement 
d'oreille  ,  un  peu  detteur  de  tête.  L'aiguille 
du  front  faisait  mal,  (étira,  et  l'on  jugea  con- 


DE  LACUPUNCTl:.  i73 

vcnable    de    suspendre    l'acupuure    pendant 
quelques  jours.   Mais   le  maladi'est  plus  re- 


70e  Observation  :  Affection  chroniques  organes  de  la 
digestion. 


Le  nornmé  Darlencourt  (Àntoii ,  âgé  de  qua- 
rante ans,  garçon  de  bureau,  cass  du  bois,  il  y 
a  vingt-trois  mois,  quand  il  fut  prû'une  douleur 
vive ,  un  peu  au-dessus  de  la  régioniaque  droite. 
Il  prit  de  suite  du  vin  chaud  et  de  Tu  vulnéraire, 
etil  continua  ce  traitement  pendanlouze  jours. 
La  respiration  devint  de  plus  en  pi  difficile ,  au 
point  qu'au  bout  d'un  mois  il  ne  jt  plus  mar- 
cher.   (Il  était  habituellement  exp<é  à  l'humi- 
dité. )  11  ne  garda  cependant  pas  Mit;  mais  la 
force  des  douleurs  était  telle,  qu'ine  dormait 
guère   qu'une  demi-heure  de  la  mt.   Pendant 
huit  à  neuf  mois  il  prit  de  la  tisane  e  graine  de 
lin ,  de  chiendent  et  de  têtes  de  pavo  mélangés , 
ainsi  que  du  sirop  de  chicorée  ;  onlui  mit  des 
cataplasmes  émolliens  sur  l'abdomer  Le  ventre 
était  dur,  tendu,  l'appétit  nul,  les  diestions  pé- 
nibles;   des  bains  froids   de   rivière  (c'était  au 
mois  de  septembre)   soulagèrent  alor  un  peu  le 
malade  ;  mais  vers  la  fin  de  l'hiver  les  ;ymptomes 
reparurent  avec  plus  d'intensité  que  jouais.  Dar- 


174  TRAITÉ 

lencourt  vint  al  trouver  M.  J.  Cloquet,  qui  lui 
ordonna  succeseinent  des  douches  de  vapeurs 
(il  en  prit  deu  vingt-cinq  sangsues  sur  l'épi- 
gastre  ;  un  véstoire   au-dessous  dé  l'ombilic  ; 
des  bains  de  leurs;  un  autre  vésicatoire  au- 
dessus  de  la  rén  iliaque.  Tous  ces  moyens  ne 
soulagèrent  le  ilade  que  bien  faiblement  ;  seu- 
lement il  respit  un  peu  moins  difficilement  ; 
mais  la  marcheait  encore  extrêmement  pénible, 
les  digestions;  faisaient  mal.    On  lui  fit  alors 
appliquer  vin*cinq  sangsues  à  la  région  épigas- 
trique,  et  dotf  autres  huit  jours  après;  enfin  on 
lui  prescrivit  a  nouveau  vésicatoire  au-dessous 
de  l'ombilic,  p  tous  ces  moyens,  c'était  des  vési- 
catoires  que  malade  s'était  le  mieux  trouvé.  Il 
prit  alors  peiant  deux  mois  des  bains  sulfureux 
qui  calmèret    aussi  un  peu    les  douleurs.  Les 
bains  venant   être  suspendus  à  l'hôpital  Saint- 
Louis,  l'étatlu  malade  empira  ;  le  ventre  devint 
plus   gonflé  tendu  ;   il  y  eut  des  menaces  fré- 
quentes desufFocation.    Quand   l'estomac  était 
vide,  il  partit  continuellement  de Thypocondre 
droit  des  tirillemens  extrêmement  douloureux, 
qui  cessaien  quand  le  malade  avait  mangé  ;  alors 
commençai  une  digestion  pénible,  accompagnée 
de  pesanteir  et  de  gonflement  à  la  région  épigas- 
trique,  aini  que   d'aigreurs  incommodes  et  de 
bailleinenstrès-fréquens;  iln'y  avait  jamais  eu  de 


DE  L'ACÏ  PUNCTl  KÈ.  >::> 

voinissemens,  mais  ta  bouche  était  pâteuse,  !  ha- 
leine fétide,  Le  sommeil  pénible  et,  troublé  pas 
dès  rêves.  Il  y  avait  constipation  opiniâtre  el  une 

soif  presque  continuelle  :  la  pression  sur  l'abdo- 
men était  très-douloureuse. 

M.  J.  Cloquet  introduisit  (  le  29  novem- 
bre 1824)  deux  aiguilles  de  chaque  côté  et  un 
peu  au-dessous  de  l'ombilic  :  au  bout  de  deux 
minutes  auréole  érythémateuse  très -prononcée. 
Les  aiguilles,  retirées  au  bout  de  dix  minutes  en- 
viron, présentèrent  une  oxidation  très-forte;  le 
malade  s'aperçut  à  peine  de  leur  introduction  et 
de  leur  présence;  leur  extraction  fut  plus  dou- 
loureuse. Immédiatement  après  qu'elles  furent 
retirées,  le  malade  nous  dit  qu'il  se  trouvait  beau- 
coup soulagé  :  la  respiration  fut  plus  facile,  l'ab- 
domen moins  sensible  et  moins  tendu,  les  dou- 
leurs presque  nulles.  Le  2  décembre  les  douleurs 
caractérisées  par  des  tiraille  mens  revinrent,  mais 
moins  fortes ,  la  respiration  resta  plus  facile .  la 
pression  était  presque  insensible.  Le  5,  M.  J.  Clo- 
quet  introduisit  encore  deux  aiguilles  aux  mêmes 
points  que  la  fois  précédente  :  on  les  relira  au 
bout  de  quinze  minutes  ,  et  l'on  observa  les  mêmes 
phénomènes d'oxidation  :  lesdouleursavaienl  pres- 
que entièrement  disparu.  Le  5,  il  se  manifesta 
encore  des  élancemens  partant  toujours  de  lh\  po- 
condre  droit,  mais  moins  forts  encore  que  la  der- 


1^6  TRAITÉ 

nièrefois;  du  reste  les  digestions  se  faisaient  plus 
facilement.  Le  6 ,  M.  J.  Cloquet  introduisit  deux 
aiguilles  aux  mêmes  points,  mais  plus  profondé- 
ment ,  de  manière  à  transpercer  la  paroi  abdo- 
minale; il  se  développa  autour  d'elles  une  auréole 
erythémateuse  très-prononcée.  La  douleur  ayant 
changé  de  place,  on  retira  une  des .  aiguilles, 
qu'on  introduisit  dans  le  point  douloureux;  et 
au  bout  de  quelques  minutes  la  douleur  disparut 
totalement  ;  au  bout  d'une  demi-heure  ,  la  pres- 
sion ne  développa  plus  de  douleurs,  l'abdomen 
devint  très-souple  et  la  respiration  très-facile. 
Le  7,  il  reparut  une  légère  douleur.  Le  10,  on 
introduisit  deux  aiguilles  dans  le  point  doulou- 
reux, et  on  y  adapta  des  conducteurs  métalli- 
ques plongeant  par  leur  extrémité  libre  dans  un 
verre  rempli  d'eau  salée.  Les  aiguilles  furent  retirées 
au  bout  d'une  heure  et  demie ,  et  leur  oxidation 
parut  un  peu  moindre  que  la  fois  précédente, 
tandis  que  leur  introduction,  leur  présence,  et 
leur  extraction  surtout,  furent  plus  douloureuses; 
mais  aussitôt  après  le  malade  sentit  un  bien-être 
général,  qu'il  n'avait  pas  encore  éprouvé  depuis 
qu'il  était  malade  :  il  sentit  aussi  des  vents  cir- 
culer dans  ses  intestins.  Le  i3,  encore  une  légère 
douleur  que  l'introduction  de  deux  aiguilles  fit 
changer  de  place,  et  qu'une  troisième  aiguille 
fit  disparaître  complètement.  Le  17  ,  même  état, 


DE  L'ACUPONCTURE.  \g3 

môme  opération  et  même   effet  thérapeutique. 
Le  20,  une  légère  douleur  ayant  reparu,  M.  Jules 
C loquet  introduisit,  dans  divers  points  de  l'abdo- 
men, huit  petites  aiguilles,   qui  procurèrent  du 
soulagement.  Le  5i ,  une  triple  acupuncture  sou- 
lagea encore  le  malade  de  légères  douleurs  qui 
lui  étaient  revenues  quelques  jours  auparavant. 
On  remarqua  que  les  aiguilles  étaient  bien  moins 
oxidées  que  les  fois  précédentes;  les  digestions 
devinrent  de  plus  en  plus  faciles;  il  y  eut  moins 
d'aigreur;  la  bouche  fut  moins  pâteuse;  la  con- 
stipation et  la  soif  avaient  cessé  ;  après  que  le  ma- 
lade avait  mangé,  il  se  développait  encore  de  la 
chaleur  à  l'épigastre;  mais  le  sommeil  était  de- 
venu  tranquille   et   réparateur.   Le    20  janvier, 
M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  très-fine  jus- 
que dans  l'estomac,  et  quatre  autres  au-dessous  de 
la  région  épigastrique.  Après  une  heure  environ , 
les  aiguilles  retirées  parurent  moins  oxidées  :  le 
malade   fut  encore  plus  complètement  soulagé 
que  les  autres  fois  :  la  chaleur  épigastrique  dis- 
parut. Le  3  février,  le  malade  passa  la  journée  en- 
tière sans  éprouver  la  moindre  gêne,  ce  qui  ne  lui 
était  pas  encore  arrivé.  Le  4,  il  ne  se  manifesta  que 
quelques  aigreurs.  Depuis  le  2,  il  n'y  avait  pas  eu 
le  moindre  tiraillement.  Le  malade  nous  fit  alors 
remarquer  que  c'était  ordinairement  après  huit 
ou   dix   minutes  d'acupuncture ,    rarement   une 

12 


i94  TRAITÉ 

demi-heure,  qu'il  éprouvait  du  soulagement.  Ce 
jour-là,  on  introduisit  quatre  aiguilles ,  deux  dans 
la  région  épigastrique,  et  une  dans  chaque  région 
iliaque.  Ces  aiguilles  furent  retirées  au  bout  dune 
heure,  et  leur  oxidation  fut  à  peine  apparente; 
au  reste  la  douleur  vive  des  piqûres  se  continua 
pendant  quelques  heures. Le  soir,  il  se  manifesta, 
pendant  une  heure  environ,  de  la  douleur  à  la 
région  dorsale  avec  chaleur  dans  le  côté  gauche 
jusqu  al  épaule,  maiscetépiphénomène  ne  reparut 
plus.  Quelques  heures  après,  il  se  manifesta  une 
autre  douleur  aux  lombes ,  qui  rendit  plus  diffi- 
ciles et  pénibles  les  mouvemens  de  flexion  et  d'ex- 
tension du  tronc.  Celte  douleur,  qui  augmentait 
dans  l'acte  de  la  respiration ,  avait  déjà  paru  et 
disparu  à  plusieurs  reprises;  d'ailleurs  le  malade 
ne  sentait  plus  à  l'abdomen  d'autres  douleurs  que 
celles  des  piqûres.  On  appliqua  trois  aiguilles  à 
l'abdomen,  et  deux  aux  lombes.  Au  bout  d'une 
heure  environ,  les  aiguilles  ayant  été  retirées  avec 
moins  d oxidation  que  jamais,  il  n'y  avait  plus  de 
douleurs  lombaires;  celles  de  l'abdomen  dé- 
pendaient alors  uniquement  des  piqûres,  qui  en 
causèrent  de  plus  vives  encore  que  les  fois  précé- 
dentes. 

Gesdouleurs  durèrent  quatre  heures,  après  les- 
quelles le  malade  se  trouva  très-bien;  les  mou- 
vemens  respiratoires  développèrent    cependant 


DE  L'ACUPUNCTURE,  igi 

encore,  à  des  intervalles  très-éloigués,  quelques 
douleurs  sourdes  dans  l'hypocondie  droit.  Le  10, 
on  introduisit  huit  petites  aiguilles  dans  l'abdo- 
men ;  elles  furent  retirées  au  bout  d'une  heure, 
et  1  état  du  malade  devint  encore  plus  satisfai- 
sant. Une  inspiration  forte  et  prolongée  ne  déve- 
loppait alors  aucune  douleur ,  seulement  les  en- 
droits des  piqûres  étaient  très-douloureux.  Le  1 2, 
M.  J.  Cloquet  introduisit  cinq  aiguilles  sans  al- 
ler au-delà  du  tissu  cellulaire  sous-cutané.  Après 
leur  extraction  le  malade,  se  palpant  l'abdomen,  se 
sentit ,  pour  le  moment ,  moins  soulagé  que  les 
autres  fois;  mais  quand  il  fut  rentré  chez  lui  il 
se  trouva  tout  aussi  bien  qu'à  l'ordinaire.  Il  fut 
même  quatre  jours  pendant  lesquels  il  ne  res- 
sentit que  quelques  aigreurs  et  des  élancemens 
très-faibles ,  qui  revenaient  à  des  intervalles  très- 
éloignés ,  et  qui  partaient  toujours  de  l'hypo- 
condre  droit  pour  se  diriger  vers  l'estomac.  Ces 
accidens  avaient  lieu  pendant  la  vacuité  de  cet 
organe  seulement.  Au  reste  le  corps  était  devenu 
beaucoup  plus  agile  ;  le  malade  se  baissait  très- 
faeilement ,  il  était  sensiblement  engraissé ,  sa 
figure,  au  lieu  d'une  couleur  rouge  plombée, 
présentait  une  teinte  plus  fraîche  et  moins  co- 
lorée. Le  16,  M.  J.  Cloquet  introduisit  dans  la 
paroi  abdominale,  au-dessus  du  nombril,  deux 
aiguilles  terminées  par  une  tête  eu  cire  à   ca- 


i96  TRAITE 

cheter;  sur   les  aiguilles  il  appliqua  deux  petits 
emplâtres  de  diachylon.  Le  malade  les  garda  jus- 
qu'au  17.    Elles  génèrent  baucoup  les   mouve- 
mens ,  et  le  frottement  des  vêtemens  détermina 
une  légère  inflammation  à  la  peau ,  dans  l'éten- 
due   d'une   à  deux  lignes;   mais   il    n'y  eut  pas 
d'autres  douleurs    que  celles  des  aiguilles;  pas 
d'aigreurs.  Auparavant,  le  décubitus  sur  le  côté 
gauche  développait  à  droite  une  douleur  sourde 
que  le   malade  ne  sentit   pas  ce  jour-là,  pour 
la  première  fois.   Le    17,  on  retira  les  aiguilles 
et  on  en  introduisit  deux  autres,    également  à 
demeure,  dans    la    région   épigastrique ,    moins 
profondément  que  les  précédentes.   Cependant, 
au  bout  d'un  quart  d'heure,  il  se  développa   à 
droite ,   à  l'endroit   des    élancemens    habituels , 
une  douleur  extrêmement  vive ,  mais  qui  se  bor- 
nait à  cette  région.  Cette  douleur  dura  sept  à  huit 
heures  ;  le  1 S  ,  il  en  restait  encore  des  traces.  On 
retira  les  aiguilles  et  on  en  appliqua  trois  dans 
cet  endroit.  Pendant  leur  application  .  il  se  mani- 
festa à  la  région  épigastrique  une  douleur  exces- 
sivement vive  ,  qui  ne  disparut  qu'une  demi-heure 
après.  La  faible  douleur  de  côté  disparut  de  suite. 
Deux  aiguilles  furent  retirées  au  bout  d'une  heure 
environ.    On   en  laissa  une  à  demeure  dans  la 
région  du  foie.  Elle  ne  gêna  nullement,  et,  pen- 
dant son  séjour,  il  ne  parut  pas  le  moindre  élan- 


DE  L'ÀCUBUNCTURE.  197 

ceuient.  Il  ne  se  manifesta  qu  a  \u  région  «'pi^as- 
trique  une  douleur  sourde  rendue  sensible  par 
les  mouvemens  de  la  respiration.  On  appliqua . 
le  19,  six  aiguilles  à  demeure,  quatre  dans  la  ré- 
gion du  foie  ,  à  la  profondeur  d'un  pouce  environ  , 
et  deux  dans  la  région  épigastrique  ;  on  les  en- 
fonça obliquement  de  manière  qu'elles  ne  traver- 
saient pas  les  parois  abdominales.   Les  douleurs 
sourdes  de  la  région    épigastrique   cessèrent  au 
bout  d'une  demi-heure;  celles  des  piqûres  furent 
légères.    Cependant,  à    l'une    des    aiguilles  in- 
troduites à  la  région  épigastrique,  trois  ou  quatre 
minutes  après  son  introduction,  le  malade  se  plai- 
gnit de  douleurs  lancinantes.  Nous  remarquâmes 
alors  un  frémissement  des  tissus  environnans  et 
une  agitation  rapide  de  la  tête  de  l'aiguille.  Jus- 
qu'au  20  ,   il  n'y  eut  pas  d'autres  douleurs  que 
celles  des  aiguilles  ;  les  digestions  se  firent  par- 
faitement. M.  J.  Cloquet  jugea  alors  convenable 
de  laisser  le  malade  quelques  jours  sans  aiguilles. 
Le  20,  il  n'était  revenu  aucune  douleur,  le  ma- 
lade digérait  parfaitement,  la  respiration  n'était 
gênée  que  dans  une  très-forte  inspiration.  Seule- 
ment, le  22,  il  avait  paru  quelques  aigreurs.  Le 
malade  ne  s'était  encore  jamais  si  bien  trouvé. 
Le  25 ,   on  introduisit  deux  aiguilles  à  demeure 
dans  la  région  épigastrique.  Le  24  ,  il  n'y  avait  eu 
d'autres  douleurs  que  celles  des  aiguilles.  On  les 


198  TRAITÉ 

puis  deux  jours  le  moucher  sanguinolent  avait 
enfin  cessé.  Pendant  que  le  malade  était  dans 
la  chambre  de  M.  J.  Cloquet ,  une  légère  dou- 
leur s'étant  manifestée  à  l'occiput,  on  y  intro- 
duisit une  aiguille  à  demeure ,  qu'on  retira  quel- 
ques jours  après.  La  physionomie  du  malade 
était  alors  tout-à-fait  changée.  Auparavant  il 
craignait  d'imprimer  le  moindre  mouvement  à 
la  tête,  sous  le  poids  de  laquelle  il  semblait  af- 
faissé. Les  traits  de  la  face,  qui  étaient  d'un  rouge 
foncé,  se  dessinaient  mieux,  et  avaient  une  expres- 
sion plus  franche.  On  lui  ordonna  alors  des  dou- 
ches de  vapeurs.  Nous  avons  perdu  de  vue  ce 
malade. 

74*  Observation  :  Rhumatisme  lombaire. 

Le  nommé  Unculbach  (Jean),  âgé  de  soixante- 
huit  ans,  serrurier,  ayant  une  figure bourgeonnée 
et  des  formes  très-développées  ,  quoiqu'il  parût 
d'un  tempérament  lymphatique,  entra,  le  17  juin 
1 824?  à  l'hôpital  Saint-Louis,  pour  y  être  traité  d'un 
rhumatisme  lombaire  dont  il  était  atteint  depuis 
quinze  mois.  Quelque  temps  après  l'apparition  de 
cette  affection ,  les  pieds  du  malade  se  gonflant 
quand  il  se  tenait  debout,  il  fut  obligé  de  suspendre 
ses  travaux.  Les  articulations  des  lombes  et  des 
membres  inférieurs  étaient  d'une  raideur  extrême. 


DE  LACUPIWCH  KE.  199 

Les  rnouvemens  développaient  des  douleurs  ; 
quand  Unculbach  marchait ,  il  chancelait  et  il 
était  obligé  de  se  soutenir  sur  des  béquilles.  Des 
vésicatoires ,  des  bains  n'avaient  presque  pas  pro- 
duit d'effet  avantageux.  Le  22  novembre  1824, 
M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  à  la  partie 
supérieure  de  chaque  fesse.  Dès  la  troisième  mi- 
nute ,  on  eut  peine  à  obtenir  du  malade  qu'il  gardât 
le  repos.  Au  bout  de  cinq  minutes,  les  aiguilles 
ayant  été  retirées,  le  malade  se  leva,  se  soutint 
d'abord  sur  ses  béquilles;  puis,  sentant  qu'il  n'a- 
vait plus  de  douleurs ,  il  les  mit  sous  le  bras ,  et 
marcha,  avec  gêne  cependant,  car  la  raideur  des 
articulations  avait  à  peine  diminué.  Le  20 ,  la 
marche  développant  un  peu  de  douleur,  on  la  fit 
disparaître  par  l'introduction  de  deux  aiguilles. 
Le  24 ,  des  douleurs  s'étant  manifestées  vers  les 
grands  trochanters  ,  on  y  introduisit  une  aiguille 
de  chaque  côté.  L'auréole  érythémateuse  fut  peu 
prononcée.  Les  douleurs,  qui  avaient  disparu  au 
bout  de  quelques  minutes ,  revinrent  quelques 
heures  après.  Elles  ne  furent  pas  poursuivies  par 
de  nouvelles  acupunctures.  On  les  a  combattues 
depuis,  et  l'on  cherche  maintenant  à  rendre  à  h 
région  lombaire  sa  souplesse  et  ses  mouvemens 
par  d'autres  moyens. 


200  TRAITE 

prurit).   Elle  avorta   aussi  quelque  temps  après, 
sans  que  cet  accident  changeât  rien  à  son  état 
maladif.  Depuis  son  entrée  à  l'hôpital,  sept  ou 
huit  bains  de  fumigations  aromatiques  n'avaient 
procuré  aucun  soulagement.  Le  21  octobre,  les 
douleurs    continuelles    qu'elle    ressentait    deve- 
naient  extrêmement  vives  au  moindre  mouve- 
ment ;  elles  empêchaient  la  malade  de  se  lever 
sur  son  séant  ;  et  encore  la  fatigue  de  cette  posi- 
tion, quand  on  l'y  avait  placée,  la  forçait- elle 
bientôt  à  se  coucher.  Elle  ne  pouvait  plus  se  sou- 
tenir sur  des  béquilles.  La  respiration  était  pé- 
nible. Les  douleurs  étant  alors  plus  fortes  à  la 
région  lombaire  ,  M.  J.  Cloquet  y  introduisit  une 
aiguille  vers  la  troisième  vertèbre  des  lombes, 
dans  la  masse  sacro-lombaire  gauche.  Au  bout  de 
deux  minutes ,  la  malade  nous  dit  sentir  les  dou- 
leurs diminuer,  et  cesser  entièrement  après  six 
minutes.  L'aiguille  ayant  été  alors  retirée ,  on  lui 
dit  qu'il  fallait  essayer  de  s'appuyer  sur  ses  jambes, 
elle  se  mit  d'abord  à  crier,  croyant  que  ses  dou- 
leurs habituelles  allaient  s'aggraver.  On  la  plaça 
sur  ses  pieds,  et  elle  fut  tout  étonnée  de  pouvoir 
s'y  appuyer.  Elle  se  hasarda  à  se  soutenir  seule , 
et  se  soutint.  On  lui  permit  même  de  faire  quel- 
ques pas.  La  respiration  devint  plus  facile.  Qu'on 
juge  de  la  joie  de  cette  femme,  qui  se  croyait  irré- 
vocablement fixée  dans  son  lit.  Le  lendemain ,  le 


DE  L'ACUPIXCTIRE.  <tm 

mieux  considérable  se  prolongea.  Même  état , 
le  2ô  ;  mais  il  y  avait  une  grande  faiblesse:  la  ma- 
lade s'était  levée.  Le  2l\ ,  des  douleurs  ayant  paru 
aux  deux  épaules,  avec  difficulté  des  mouvemens 
de  ces  articulations,  M.  J.  Cloquet  introduisit  une 
aiguille  dans  chacune  de  ces  parties.  Au  bout  de 
deux  minutes  ,  auréole  érythémateuse  très -pro- 
noncée ;  les  mouvemens  devinrent  beaucoup  plus 
faciles  ;  la  respiration  fut  moins  gênée.  Les  ai- 
guilles furent  retirées  au  bout  d'un  quart  d'heure. 
Le  26,  faiblesse  seulement.  Le  28,  même  état 
satisfaisant;  moins  de  faiblesse.  Le  5o  ,  la  malade 
ayant  repris  des  forces,  commença  à  se  promener 
dans  la  salle,  en  se  soutenant  sur  des  béquilles, 
sans  éprouver  la  moindre  douleur.  Le  o  1  ,  il  se 
manifesta  une  douleur  vive  à  la  région  cervicale 
gauche,  avec  raideur  musculaire.  On  y  introduisit 
une  aiguille ,  qui ,  au  bout  de  quelques  minutes , 
fit  disparaître  la  douleur  ainsi  que  la  roideur.  Le 
1"  décembre  ,  ces  symptômes  avaient  reparu  au 
cou ,  avec  céphalalgie  ,  pesanteur  de  tête.  Tous 
ces  phénomènes  disparurent  encore  au  bout  d'un 
quart  d'heure  ,  par  l'introduction  de  deux  aiguilles 
au  cou.  Le  2  ,  une  douleur  très-vive  existait  vers 
la  partie  supérieure  du  bord  antérieur  du  muscle 
sterno-mastoïdien,  avec  impossibilité  d'avaler  et  de 
remuer  la  tête.  La  déglutition  .  même  de  la  salive . 
était  pénible.  Les  douleurs,  qui  auparavant  avaient 


202  TRAITÉ 

leur  siège  aux  genoux ,  aux  lombes ,  à  la  poitrine  , 
à  la  tête ,  semblaient  s'être  concentrées  dans  ce 
point.  On  y  introduisit  une  aiguille.  Au  bout  de 
huit  minutes,  le  muscle  fut  moins  tendu,  la  dé- 
glutition salivaire  plus  facile ,  et  les  mouvemens 
de  la  tête  à  droite  et  à  gauche  sans  douleur.  Le 
3 ,  chaleur  à  la  gorge  (  l'air  atmosphérique  était 
humide),  avec  impossibilité  complète  d'avaler, 
même  la  salive ,  et  gêne  considérable  dans  les 
mouvemens  du  cou ,  respiration  difficile.  Il  n'y 
avait  plus  de  tension  au  muscle  sterno-mastoï- 
dien,  Deux  acupunctures  ayant  été  sans  effet, 
M.  J.  Cloquet  fît  appliquer  douze  sangsues  à 
la  gorge  et  un  vésicatoire  à  la  nuque ,  ce  qui 
facilita  la  déglutition  et  la  respiration.  Le  6, 
disparition  presque  complète  des  accidens  de 
cette  inflammation ,  la  faiblesse  seule  empêchait 
la  malade  de  se  lever.  Le  8,  elle  marcha  avec 
une  grande  facilité ,  se  servant  cependant  en- 
core de  ses  béquilles.  La  déglutition  était  très- 
facile  ;  mais  il  y  avait  une  douleur  lancinante  dans 
i 'oreille  gauche.  La  malade  avait  aussi  un  catarrhe 
pulmonaire  violent,  mais  l'expectoration  se  faisait 
très-facilement.  Le  il,  il  survint  une  gêne  con- 
sidérable dans  la  déglutition  et  la  respiration, 
avec  pesanteur  de  tête  presque  continuelle ,  as- 
soupissement,  réveil  en  sursaut  et  trouble  de  la 
vue.  La  femme  Blanchard  éprouvait  vers  l'estomac 


DE  L'ACUPUNCTURE.  ml 

un  sentiment  de  construction  ,  que  la  toux  chan- 
geait en  douleurs  lancinantes  se  propageant  jus- 
qu'à la  région  lombaire.  Des  pédiluves  synapisés 
ne  dissipèrent  pas  ces  symptômes.  M.  J.  Cloque t 
introduisit  une  aiguille  à  la  tempe  gauche.  On  y 
adapta  un  conducteur.  Au  bout  de  trois  minutes  , 
engourdissement  ;  éclaircissement  de  la  vue  ;  la 
malade  sentit  une  sorte  de  serrement  vers  l'ai- 
guille, où  les  douleurs  augmentèrent;  celles  des 
autres  points  avaient  disparu;  plus  de  cépha- 
lalgie ,  plus  de  douleurs  dans  l'oreille.  L'aiguille 
ayant  été  retirée  au  bout  d  une  demi-heure ,  les 
douleurs  qu'elle  occasionait  cessèrent  un  instant 
après.  Le  i5  et  le  i4?  la  malade  se  promena 
dans  la  salle.  Il  n'y  avait  plus  aucun  symptôme 
ni  d'inflammation  de  la  gorge ,  ni  du  rhumatisme, 
si  ce  n'est  de  la  faiblesse  dans  les  membres.  Le 
18  au  soir,  difficulté  extrême  de  respirer,  avec 
menace  de  suffocation  ;  des  bains  de  pieds  syna- 
pisés firent  cesser  entièrement  ces  accidens.  Ils 
revinrent  pendant  la  nuit  et  eui péchèrent  la  ma- 
lade de  dormir.  Le  19,  des  pédiluves  synapisés 
les  dissipèrent.  Le  3o,  la  malade  fit  seule  plus 
de  six  cents  pas  pour  venir  chez  M.  J.  Cloquet. 
Elle  se  servit  très-bien  de  ses  bras  pour  porter 
ses  béquilles.  Une  douleur  assez  vive  s'était  ma- 
nifestée à  la  partie  antérieure  de  chaque  jambe; 
on  y  introduisit  deux  aiguilles.  Au  bout  de  quinze 


2o4  TRAITÉ 

minutes,  les  aiguilles  ayant  été  retirées,  la  malade 
n'éprouva  plus  qu'une  douleur  bien  légère  aux 
pieds,  à  part  celles  des  piqûres.  Les  premiers  jours 
de  janvier,  la  malade ,  entraînée  par  le  désir  ex- 
trême de  revoir  ses  enfans,  voulut  absolument 
sortir  de  l'hôpital ,  quoiqu'elle  ne  fût  pas  encore 
parfaitement  guérie,  disant  qu'un  régime  succu- 
lent suffirait  bien  désormais  pour  la  rendre  à  une 
santé  parfaite.  Je  n'en  ai  pas  entendu  parler 
depuis. 

73e  Observation  :  Névralgie  scialique. 

Le  nommé  Oudain  (  Pierre  ) ,  âgé  de  quarante- 
sept  ans,  ancien  militaire,  actuellement  portier, 
se  présenta,  le  20  décembre  1 8^4,  à  M.  J.  Cloquet. 
ïl  y  a  vingt-trois  ans  qu'il  ressentit  des  douleurs 
vagues  dans  tout  le  corps.  Deux  ans  après,  ayant 
fait  une  chute  de  cheval  sur  le  côté  gauche,  il 
eut  dans  cette  région  une  large  plaie ,  d'où  il 
résulta  une  cicatrice  large  ,  irrégulière.  Dans  la 
suite ,  l'exercice  forcé  développa  toujours  dans 
cette  cicatrice  des  douleurs  accompagnées  de 
gonflement.  Il  y  a  trois  ans  qu'il  survint  au  pied 
et  au  genou  droits  des  douleurs  vives,  qui,  se 
propageant  le  long  de  la  partie  externe  et  posté- 
rieure du  membre,  gagnèrent  la  cuisse,  puis  la 
hanche.    Un  mois  après ,    elles  s'emparèrent  du 


DE  L'ACUPUNCTURE.  a05 

membre  inférieur  gauche,  où  elles  furent  cepen- 
dant toujours  bien  moindres.  Il  y  avait  dans  ces 
membres,  surtout  dans  le  droit,  une  si  grande 
sensibilité,  qu'une  simple  piqûre  de  puce  suffisait 
pour  y  déterminer  des  contractions  spasmodiques. 
L'application  d'une  toile  cirée,  quarante  sang- 
sues ,  des  bains  aromatiques ,  quatre  vésicatoirès 
volans  à  la  cuisse,  soixante-quinze  pilules  de  noix 
vomique  (  de  quatre  grains  et  demi  chacune , 
d'après  ce  que  nous  a  assuré  le  malade),  l'emploi 
de  l'électricité,  etc.,  n'empêchèrent  pas  cette  af- 
fection d'augmenter  d'intensité.  Le  jour  où  il  se 
présenta ,  le  malade  était  dans  une  impossibilité 
complète  de  marcher  seul.  Quand  deux  per- 
sonnes le  saisissaient  par  dessous  les  bras ,  et  lui 
faisaient  faire  quelques  pas,  en  le  portant  pour 
ainsi  dire ,  il  se  manifestait,  dès  le  quatrième  ou 
le  cinquième  pas,  un  tremblement  si  fort,  dans 
le  membre  droit  surtout,  que  les  extrémités  in- 
férieures ne  le  soutenaient  pas  plus  que  si  elles 
eussent  été  paralysées.  Cependant  il  souffrait  peu; 
la  pression  était  aussi  peu  douloureuse  ;  il  pouvait 
se  coucher  sur  les  parties  affectées  ,  mais  quand 
on  l'y  avait  placé  toutefois,  car  les  douleurs  lom- 
baires lui  ôtaient  la  faculté  même  de  se  tourner 
dans  son  lit.  Quand  il  voulait  s'habiller  (les  mem- 
bres supérieurs  étaient  parfaitement  libres),  ilétait 
obligé  de  porter  ,  avec  la  main  correspondante  , 


206  TRAITÉ 

partaient  de  la  région  ombilicale  ,  et  remontaient 
vers  la  poitrine  ;  alors  elles  étaient  accompagnées 
de  gêne  de  la  respiration,  de  céphalalgie ,  et  il 
s'écoulait  par  la  bouche,  sans  aucun  effort,  envi- 
ron un  verre  d'eau  d'un  liquide  limpide  qui  ces- 
sait de  couler  deux  minutes  après,  en  même  temps 
que  les  coliques  cessaient  de  se  faire  sentir. 
D'autres  fois  les  coliques  ,  qui  n'en  montaient  pas 
moins  vers  la  poitrine,  se  terminaient  par  un 
écoulement  également  aqueux  par  le  rectum  :  fort 
rarement  s'y  mêlait -il  alors  quelques  parcelles 
de  matières  fécales.  Rarement  ces  deux  écoule- 
mens  avaient  lieu  ensemble.  Aussitôt  que  les  coli- 
ques se  manifestaient,  l'écoulement  avait  lieu  d'une 
manière  irrésistible.  Celui  par  la  bouche  se  faisait 
trois  ou  quatre  fois  pendant  le  jour  ;  mais  iuiman- 
quablement  une  fois  le  matin ,  quand  le  malade 
se  levait,  et  le  soir  quand  il  quittait  son  ouvrage. 
Desselles  aqueuses  avaient  lieu  trois  ou  quatre  fois, 
toujours  pendant  la  nuit ,  sinon  elles  se  manifes- 
taient alors  pendant  le  jour.  L'urine  du  malade  était 
aussi  très-abondante  et  très-claire  ;  mais  il  urinait 
à  volonté.  Il  avait  maigri  d'une  manière  éton- 
nante. Pendant  que  l'estomac  était  plein ,  il  ne  se 
manifestait  jamais  de  coliques ,  ni  par  conséquent 
d'écoulement  aqueux.  L'abus  des  boissons  alcoo- 
liques semblait  avoir  produit  cette  affection  ,  et 
quelque  petite  quantité  que  le  malade  en  prît,  les 


DE  L'AGUPl  NCTURE.  207 

accès  se  développaient  aussitôt.  Jl  épfouyail  awssi 
des  crampes  et  des  douleurs  très-vives  d^ns  les 
membres.  De  l'eau  de  gomme,  de  la  nagpçsjîe, 
des  lavemens  érnollien*,  des  bouillons  aux  herbrs, 
avaient  été  sans  effet  contre  cette  affection. 
M.  J.  Cloquet  introduisit,  le  17  janvier  182J,  à 
dix  heures  du  matin  ,  deux  aiguilles  très-fines, 
terminées  par  une  tête  en  cire,  au-dessous  du 
nombril,  à  la  profondeur  d'un  pouce  environ  ,  et 
il  appliqua  par-dessus  de  petits  emplâtres  de  dia- 
chilon.  Ces  aiguilles  restèrent  enfoncées  jusqu'au 
lendemain.  Il  ordonna  en  même  temps  des  lave- 
mens opiacés,  et  l'abstinence  devin.  Le  malade 
ne  prit  de  lavemens  qu'à  sept  heures  du  soir,  et 
depuis  le  matin  il  n'avait  encore  éprouvé  aucun 
symptôme  de  l'affection,  pas  lamoindre  colique,  et 
cependant,  dans  cet  intervalle  de  temps,  il  aurait 
dû  avoir  au  moins  deux  accès.  Il  passa  également 
la  nuit  sans  rien  éprouver,  et  dormit  parlaitement. 
Le  18,  il  dit  n'avoir  éprouvé  que  de  légères  dou- 
leurs aux  environs  des  aiguilles,  mais  assez  fortes 
pourtant,  pendant  les  mouvemens  ,  pour  l'empê- 
cher de  travailler.  Ayant  entrepris  un  ouvrage 
extrêmement  pressé  ,  il  pria  de  suspendre  l'acu- 
puncture. (Les  aiguilles  qu'on  lui  ôta  étaient  forte- 
ment oxidées).  Le  24,  il  n'avait  point  reparu 
d'écoulement  par  le  rectum  ;  le  malade  dormait 
bien  jusqu'à  deux  ou  trois  heures  du  matin ,  heure 


208  TRAITÉ 

inens  de  toutes  les  articulations  étaient  devenus 
plus  libres;  il  marchait,  à  l'aide  de  ses  béquilles, 
avec  plus  d  aisance.  Etant  debout,  il  se  baissa  pour 
la  première  fois  en  fléchissant  toutes  les  articula- 
tions. Il  tint  la  jambe  droite  en  l'air ,  pendant  cinq 
minutes,  sans  qu'il  se  manifestât  de  tremblement. 
(  Auparavant  il  pouvait  à  peine  se  tenir  dans  cette 
position  pendant  une  seconde.  )  Au  bout  d'une 
heure  d'acupuncture  dans  les  mêmes  lieux,  les 
aiguilles  ayant  été  retirées,  il  marcha  sans  bé- 
quilles plus  facilement  qu'il  ne  l'avait  fait  encore. 
Le  6  janvier,  il  fut  admis  à  l'hôpital,  et  il  se  rendit 
seul  à  pied  du  bureau  d'admission  jusqu'à  son  lit 
(  il  avait  fait  six  cents  pas  environ  ) ,  et  m^nta 
un  escalier  dont  les  marches  sont  élevées.  Il  est 
vrai  qu'il  s'était  tellement  fatigué  j  qu'en  arri- 
vant il  fut  pris  de  tremblement,  et  il  serait 
tombé  si  son  lit  ne  s'était  pas  trouvé  là  pour  le  re- 
cevoir. Le  tremblement  cessa  aussitôt.  Le  8,  il  se 
promena  dans  la  salle,  sans  éprouver  de  tremble- 
ment, et  se  coucha  seul.  Le  9,  les  douleurs  étaient 
plus  fortes  aux  pieds  et  aux  genoux.  Le  1 0 ,  pen- 
dant la  nuit,  elles  augmentèrent  au  point  d'em- 
pêcher le  malade  de  dormir,  jusqu'à  deux  heures 
du  matin.  Celles  des  fesses  étaient  à  peine  sen- 
sibles. La  douleur  des  genoux,  ayant  son  siège 
principal  autour  de  la  rotule ,  s'étendait  delà  aux 
faces  externe   et  interne  des  mollets.    Celle  des 


DE  L'ACUPUNCTURE.  \g3 

pieds  était  plus  vive  aux  coude-pieds,  elle  s'élen- 
dait  d'une  malléole  à  l'autre,  et  se  répandait  de  là 
sur  tout  le  dos  du  pied.  «  C'est,  nous  dit  le  ma- 
lade, comme  si  on  me  sciait  le  pied  en  travers.  » 
M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  à  la  partie 
externe  de  chaque  genou,  et  au-devant  de  chaque 
malléole  externe.  Un  instant  après,  chaleur  très- 
prononcée  dans  l'intérieur  de  l'articulation  de 
chaque  genou ,  au  lieu  des  douleurs  lancinantes, 
chaleur  plus  vive  encore  à  chaque  coude-pied  ; 
les  élancemens  y  avaient  également  disparu.  On 
retira  les  aiguilles  au  bout  d'une  heure  et  demie, 
et  ce  fut  alors  que  les  piqûres  devinrent  plus 
douloureuses.  Du  reste  la  pression  était  à  peine 
sensible.  La  chaleur  se  prolongea  jusqu'au  1  1 , 
où  le  malade  marcha  mieux  que  jamais.  Ce  jour 
sa  jambe  droite  traîna  beaucoup  moins  que  de 
coutume.  Pendant  la  nuit,  il  se  manifesta  de 
légères  douleurs  à  Ja  cicatrice  du  côté  gauche,  d'où 
partaient  souvent  des  élancemens  pendant  qu'il 
travaillait  :  on  introduisit  une  aiguille  dans  la 
partie  externe  de  chaque  coude-pied,  à  l'endroit 
où  les  douleurs,  que  le  malade  rapportait  aux 
piqûres  de  la  veille,  étaient  plus  vives.  Les  ai- 
guilles ayant  été  retirées  au  bout  d'une  heure  , 
les  douleurs  avaient  diminué,  mais  elles  ne  dis- 
parurent complètement  que  le  lendemain.  Il  en 
fut  de  même  de  celles  des  genoux.  Le  i3?  il  se 

13 


i94  TRAITÉ 

manifesta  des  douleurs  légères  aux  lombes  ;  celles 
de  la  cicatrice  'augmentèrent.  On  appliqua  à  la 
région  lombaire  deux  aiguilles  dont  la  présence 
fut  très-douloureuse  ;  retirées  au  bout  d'une 
heure,  elles  n'avaient  produit  aucun  soulagement. 
Le  16,  l'introduction  et  la  présence  de  deux  ai- 
guilles furent  encore  très-douloureuses ,  sans  que 
le  malade  éprouvât  de  soulagement  de  ces  acu- 
punctures. Le  24,  trois  aiguilles  introduites  dans 
la  région  lombaire  avec  de  vives  douleurs,  restè- 
rent en  place  pendant  trois  heures,  mais  cette  fois 
elles  diminuèrent  les  douleurs  qui  existaient  dans 
cet  endroit;  le  lendemain  ces  dernières  disparu- 
rent entièrement  en  même  temps  que  celles  des 
piqûres.  La  marche  n'en  développa  plus.  Il  ne 
restait  au  malade  que  de  la  faiblesse  dans  les  mem- 
bres inférieurs,  et  un  léger  tremblement  qui  se 
manifestait  de  temps  à  autre  pendant  et  après  la 
marche;  il  lui  restait  aussi  un  sentiment  de  froid 
presque  continuel  dans  tout  le  membre  inférieur 
droit.  Il  estvrai  de  dire  qu'Oudain  ne  pouvait  guère 
marcher  qu'à  l'aide  de  béquilles ,  et  encore  ne 
pouvait-il  guère  faire  que  sept  à  huit  cents  pas  de 
suite.  Mais  le  4  janvier  il  n'était  survenu  aucune 
douleur.  On  commença  alors  à  faire  prendre  au 
malade  des  bains  de  vapeurs. 


DE  LAGUPI.NCTIRE.  19.) 

jô*  Observation  :  Douleurs  dans  les  parois  du  crâne* 

Le  nommé  Carlicr  (Pierre-Sebastien),  âgé  de 
vingt-trois  ans,  teinturier,  éprouvait  depuis  neuf 
mois  des  douleurs  lancinantes  au  péricrane  ,  tan- 
tôt dans  un  point  de  la  tête,  tantôt  dans  un  autre. 
Ces  douleurs  augmentaient  toutes  les  fois  que  le 
malade  se  décoiffait,  mais  surtout  par  l'impres- 
sion d'un  air  froid.  Il  semblait  alors  au  malade 
que  ses  cheveux  se  hérissaient.  Il  éprouvait  des 
étourdissemens  quand  il  baissait  la  tète.  Quand 
il  la  secouait,  il  sentait  la  douleur  dans  une  sur- 
face plus  étendue.  La  pression  était  très-doulou- 
reuse, et  le  cuir  chevelu  donnait  au  toucher  la 
sensation  d'un  morceau  de  parchemin.  Il  y  avait 
habituellement  pesanteur  de  tête.  La  vue  était 
trouble  et  la  face  d'un  rouge  plombé.  Tous  les 
matins  le  malade  mouchait  un  mucus  sanguino- 
lent. Un  vésicatoire  au  cou  gardé  peudant  trois 
mois,  deux  applications  de  sangsues,  l'une  de 
vingt  à  l'anus ,  et  l'autre  de  quinze  derrière  les 
oreilles  ;  des  bains  de  pieds  svnapisés ,  des  bains 
de  fumigations  aromatiques,  des  purgatifs,  un 
séton  entretenu  pendant  plusieurs  mois,  n'avaient 
produit  aucun  soulagement  sensible,  quand,  le 
12  décembre  1824,  le  malade  étant  à  l'hôpital 
Saint-Louis,  M.  J.    Cloquet   lui   introduisit  une 


i96  TRAITE 

aiguille  sur  le  sommet  de  la  tête  :  c'était  le  point 
le  plus  douloureux.  Au  bout  de  huit  à  dix  mi- 
nutes ,  les  douleurs  lancinantes  se  changèrent  en 
un  engourdissement  qui,  au  bout  de  deux  heures, 
avait  disparu  entièrement.  Ces  douleurs  ne  se  ma- 
nifestaient plus  quand  le  malade  baissait  la  tête 
ou  qu'il  la  secouait.  Il  ne  lui  restait  qu'une  légère 
pesanteur.  Le  16,  les  douleurs  lancinantes  re- 
vinrent ;  mais  moins  fortes,  et  elles  avaient  changé 
de  siège.  Il  n'v  avait  pas  autant  de  pesanteur  de 
tète,  et  la  pression  était  moins  douloureuse.  Au 
bout  dune  heure  d'acupuncture,  tous  les  symp- 
tômes de  la  maladie  disparurent;  jusqu'au  19,  le 
malade  se  trouva  parfaite  ment  bien,  mais  alors  les 
douleurs  revinrent ,  et  le  2 1  elles  étaient  aussi 
fortes  que  jamais;  le  malade  réclama  l'acupunc- 
ture avec  instance.  On  ne  jugea  pas  convenable 
de  la  lui  pratiquer.  Voyant  qu'on  l'abandonnait 
à  ses  souffrances,  il  sortit  de  l'hôpital  quelques 
jours  après.  Le  20  janvier  1826,  il  revint  trouver 
M.  J.  Cloquet.  Les  douleurs,  à  peu  près  les  mêmes, 
étaient  surtout  caractérisées  par  des  élancemens 
durant  la  journée,  et  par  une  grande  pesanteur  de 
tète,  avec  chaleur,  cuisson  surtout  quand  il  ap- 
puvait  la  main  sur  le  cuir  chevelu.  M.  J.  Cloquet 
introduisit  une  aiguille  à  demeure  au  sommet  de 
la  tête.  Au  bout  de  quatre  minutes,  la  pression  ne 
développait  plus  de  cuisson;  i'i  ne  restait  que  des 


DE  L'ACUPUNCTURE.  199 

élanceinens  à  l'endroit  de  l'aiguille  ,  et  augmen- 
tant quand  le  malade  remuait  la  tête;  mais  ils 
cessèrent  un  instant  après;  il  n'y  avait  plus  de 
pesanteur.  Le  soir  seulement  il  se  manifesta  à 
l'aiguille  de  légères  douleurs  qui  continuèrent 
jusqu'au  2 5  sans  changer  de  place  ;  tandis  que 
celles  qui  existaient  auparavant  étaient  très-mo- 
biles et  beaucoup  plus  fortes.  Le  moucher  san- 
guinolent du  matin  n'avait  pas  encore  disparu. 
Outre  ce  symptôme,  la  pesanteur  de  tête  avait 
reparu.  On  laissa  la  même  aiguille.  Le  soir  du 
25 ,  la  douleur  de  l'aiguille  disparut.  Le  26  au 
matin ,  le  malade  moucha  encore  une  matière  san- 
guinolente ,  mais  la  pesanteur  de  tête  est  légère , 
du  reste  nulle  douleur,  même  quand  on  secoue 
la  tête  ou  qu'on  la  presse.  La  vue  était  parfaite- 
ment claire.  Le  27,  la  pesanteur  de  tête  existe 
toujours,  mais  elle  est  à  peine  incommode.  II 
existait  autour  de  l'aiguille  une  douleur  vive,  mais 
seulement  quand  on  y  pressait.  On  laissa  la  même 
aiguille.  Le  29,  plus  de  douleurs  à  l'aiguille,  ni 
ailleurs  ;  il  existait  au-dessus  des  sourcils  comme 
une  barre  non  douloureuse  ;  légère  pesanteur  de 
tête.  Le  malade  avant  ressenti,  le  5o,  une  lé 
gère  douleur  dans  un  autre  point  du  sommet  de 
la  tête,  on  retira  l'aiguille,  le  1er  février,  et  on  en 
introduisit  une  autre  dans  le  point  douloureux. 
Le  4  ?  il  V  avait  encore  un  peu  do  pesanteur.  De- 


ioS  TRAITE 

puis  deux  jours  le  moucher  sanguinolent  avait 
enfin  cessé.  Pendant  que  le  malade  était  dans 
la  chambre  de  M.  J.  Cloquet ,  une  légère  dou- 
leur s 'étant  manifestée  à  l'occiput,  on  y  intro- 
duisit une  aiguille  à  demeure  ,  qu'on  retira  quel- 
ques jours  après.  La  physionomie  du  malade 
était  alors  tout-à-fait  changée.  Auparavant  il 
craignait  d'imprimer  le  moindre  mouvement  à 
la  tête ,  sous  le  poids  de  laquelle  il  semblait  af- 
faissé. Les  traits  de  la  face,  qui  étaient  d'un  rouge 
foncé,  se  dessinaient  mieux,  et  avaient  une  expres- 
sion plus  franche.  On  lui  ordonna  alors  des  dou- 
ches de  vapeurs.  ]Sous  avons  perdu  de  vue  ce 
malade. 

~4C  Observation  :  Khirmatisme  lombaire. 

Le  nommé  Unculbach  (Jean),  âgé  de  soixante- 
huit  ans,  serrurier,  ayant  une  figure bourgeonnée 
et  des  formes  très-développées  .  quoiqu'il  parût 
d'un  tempérament  lymphatique,  entra,  le  17  juin 
1824.  à  l'hôpital  Saint-Louis,  pour  v  être  traité  d'un 
rhumatisme  lombaire  dont  il  était  atteint  depuis 
quinze  mois.  Quelque  temps  après  l'apparition  de 
cette  affection ,  les  pieds  du  malade  se  gonflant 
quand  il  se  tenait  debout,  il  fut  obligé  de  suspendre 
ses  travaux.  Les  articulations  des  lombes  et  des 
membres  inférieurs  étaient  d'une  raideur  extrême. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  199 

Les  rnouvemens  développaient  des  douleurs  ; 
quand  Unculbach  marchait  ,  il  chancelait  et  il 
était  obligé  de  se  soutenir  sur  des  béquilles.  Des 
vésicatoires.  des  bains  n'avaient  presque  pas  pro- 
duit d'effet  avantageux.  Le  22  novembre  1824, 
M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  à  la  partie 
supérieure  de  chaque  fesse.  Dès  la  troisième  mi- 
nute ,  on  eut  peine  à  obtenir  du  malade  qu'il  gardât 
le  repos.  Au  bout  de  cinq  minutes,  les  aiguilles 
ayant  été  retirées,  le  malade  se  leva,  se  soutint 
d'abord  sur  ses  béquilles;  puis,  sentant  qu'il  n'a- 
vait plus  de  douleurs ,  il  les  mit  sous  le  bras ,  et 
marcha,  avec  gène  cependant,  car  la  raideur  des 
articulations  avait  à  peine  diminué.  Le  20 ,  la 
marche  développant  un  peu  de  douleur,  on  la  fit 
disparaître  par  l'introduction  de  deux  aiguilles. 
Le  24 ,  des  douleurs  s'étant  manifestées  vers  les 
grands  trochanters  .  on  y  introduisit  une  aiguille 
de  chaque  côté.  L'auréole  érythémateuse  fut  peu 
prononcée.  Les  douleurs,  qui  avaient  disparu  au 
bout  de  quelques  minutes  ,  revinrent  quelques 
heures  après.  Elles  ne  furent  pas  poursuivies  par 
de  nouvelles  acupunctures.  On  les  a  combattues 
depuis,  et  l'on  cherche  maintenant  à  rendre  à  la 
région  lombaire  sa  souplesse  et  ses  mouvement 
par  d'autres  moyens. 


^oo  TRAITE 

^5e  Observation  :  Névralgie  temporale. 

La  nommée  Martin  (  Marie- Anne  ),  âgée  de 
trente-sept  ans,  passernentière ,  d'une  constitu- 
tion nerveuse,  éprouvait  depuis  sept  semaines  des 
douleurs  lancinantes  très-vives  à  la  région  tempo- 
rale droite,  depuis  le  front  jusque  derrière  l'o- 
reille. Ces  douleurs  s'étaient  manifestées  pendant 
la  nuit.  Des  sangsues ,  des  vésicatoires ,  des  cata- 
plasmes émolliens,  des  injections  dans  l'oreille,  un 
séton,  n'avaient  pas  empêché  les  douleurs  d'aug- 
menter. Elles  étaient  devenues  continuelles,  et  si 
vives  que  la  malade  ne  pouvait  dormir,  ni  poser 
ce  côté  de  la  tête  sur  l'oreiller.  La  moindre  pres- 
sion les  augmentait.  Les  gencives  de  ce  côté 
étaient  gonflées  ainsi  que  les  parties  molles  avoisi- 
nant  l'oreille.  La  malade  était  dans  un  état  d'a- 
maigrissement extrême.  M.  J.  Cloquet  introduisit, 
le  28  décembre  1824?  une  aiguille  dans  la  région 
temporale ,  à  l'endroit  où  les  douleurs  étaient  plus 
vives.  Au  bout  de  cinq  minutes ,  ces  douleurs 
augmentèrent ,  et  elles  devinrent  intolérables  au 
bout  de  dix  minutes.  Au  bout  de  quinze  minutes, 
la  malade  parut  calme.  Elle  souffrait  alors  plus  à 
l'oreille  que  partout  ailleurs.  On  introduisit  une 
aiguille  plus  près  de  cet  organe.  Au  bout  d'une 
heure  ,  la  pression  ne  causait  plus  de  douleur  aux 


DE  L'ACUPUNCTURE.  201 

environs  de  la  première  aiguille.  On  les  retira 
toutes  deux,  et  il  ne  resta  plus  de  douleurs  que 
dans  l'intérieur  de  l'oreille,  etc.,  niais  elles  étaient 
vives;  la  pression  cependant  y  était  supportable  ; 
le  reste  de  la  tempe  était  engourdi.  Rentrée  chez 
elle,  la  malade  goûta  aussitôt  les  douceurs  du 
sommeil,  dont  elle  avait  été  privée  depuis  trois 
semaines.  Elle  posa  la  tempe  malade  sur  l'oreiller, 
sans  rien  ressentir.  Le  29,  il  ne  lui  restait  de  dou- 
leur que  dans  l'intérieur  de  l'oreille  et  derrière 
cet  organe,  où  les  tissus  étaient  assez  engorgés 
pour  gêner  les  mouvemens  de  la  mâchoire.  On 
introduisit  une  aiguille  au-devant  de  l'oreille.  Au 
bout  de  cinq  minutes,  les  douleurs  augmentèrent, 
mais  elles  diminuèrent  un  instant  après  ;  elles 
restèrent  cependant  encore  plus  fortes  qu'avant 
l'acupuncture.  Au  bout  de  vingt  minutes  ,  la  ma- 
lade se  trouva  si  bien,  qu'elle  nous  dit  ne  pas  dé 
sirer  un  autre  état.  Au  bout  d'une  heure  ,  la  dou- 
leur de  l'oreille  disparut,  mais  il  s'en  manifesta 
une  à  la  tempe.  Cependant  la  malade  ouvrit  la 
bouche  plus  facilement.  Après  une  heure  et  de- 
mie, douleur  vive  dans  l'oreille  et  à  la  tempe  , 
moins  forte  cependant  qu'avant  l'acupuncture. 
Les  aiguilles  furent  alors  retirées.  Mèine  état.  Je 
ne  sais  ce  qui  est  arrivé  depuis  à  cette  femme, 
que  nous  n'avons  pas  revue. 

J'ai  cependant  voulu  donner  celte  observation  , 


202  TRAITE 

parce  que  MM.  les  membres  de  1 Institut  ont  ete 
témoins  des  effets  que  l'acupuncture  a  produits 
chez  la  malade  qui  en  est  le  sujet. 

-      Observation  :  Pleurodjnie    (1). 

Il  y  a  environ  sept  ou  huit  mois  que  M.  L. . . ,  âgé 
de  vingt-neuf  ans,  élève  en  médecine,  fut  exposé, 
dans  une  voiture,  à  un  courant  d'air  froid  après 
avoir  eu  chaud  :  bientôt  il  fut  atteint  d'une  douleur 
vive  qui  erra  dans  la  région  des  muscles  pectoraux 
du  côté  gauche.  Cette  douleur  était  accompagnée 
de  gêne  de  la  respiration ,  qui  se  manifestait  par 
la  contraction  lente  des  muscles  inspirateurs.  Il 
y  avait  impossibilité  de  tousser,  à  cause  de  la  dou- 
leur extrêmement  vive  qu'occasionait  la  contrac- 
tion subite  des  muscles.  L  eternueinent  était  si 
douloureux,  qu'il  avortait.  Des  bains  et  un  exer- 
cice forcé  procurèrent  du  soulagement.  La  res- 
piration fut  moins  laborieuse.  À  la  rentrée  des 
vacances ,  M.  L. . . ,  se  livrant  avec  ardeur  à  l'étude 
de  l'anatomie ,  fut  atteint  d'une  inflammation  de 
l'estomac ,  sans  diminution  sensible  du  point  de 
côté.  Il  y  avait  faiblesse .  malaise  même  au  lit , 

2e  crui  m'a  em;  :  i  :  ici  cette  observation,  c'est  que 
M.  L... ,  pluscapable  que  tout  autre  de  bien  apprécier  ses  sensa- 
tion?   .a  peine  de  me  la  dicter  lui-même  très  scrupu- 
leusement. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  M0 

soif  ardente,  etc.  ;  la  diète  rigoureuse  pendant 
huit  ou  dix  jours  fit  disparaître  la  gastrite,  qui 
avait  été  si  intense,  que.  le  cinquième  jour  de  son 
apparition,  un  peu  de  confitures  déterminèrent 
une  indigestion  violente.  La  disparition  de  cette 
maladie  fut  suivie  de  constipation  ;  les  selles  lu- 
rent sanguinolentes.  Les  svmptômes  de  la  pleu- 
rodvnie,  qui  n'avaient  pas  cessé,  reparurent  alors 
plus  intenses.  La  respiration  devint  tres-labo- 
rieuse,  haletante,  diaphra  g  viatique ,  surtout 
quand  le  malade  montait  un  escalier.  Il  y  avait  en 
outre  pesanteur  extrême  de  tête.  L'atmosphère 
semblait  à  M.  L. . .  si  pesante,  qu'il  en  était  comme 
écrasé.  Le  sommeil  était  pénible.  Il  restait  encore 
quelques  traces  de  la  gastrite.  Quand  il  vint  trou- 
ver M.  J.  Cloquet,  il  avait  la  marche  chancelante, 
et  s'aidait  du  bras  d'un  de  ses  amis.  M.  J.  Cloquet 
introduisit  une  aiguille  vers  la  septième  col  ?,  du 
côté  affecté.  Cette  aiguille  fut  retirée  au  bout 
d'une  heure,  et  le  malade  en  avait  éprouvé  le 
plus  grand  soulagement.  Le  parler  devint  très- 
facile.  La  gaieté  revint;  la  tète  fut  totalement 
dégagée,  l'atmosphère  parut  plus  légère.  La  figure. 
plus  calme,  changea  étonnamment  d'expression. 
M.  L....  se  trouva  si  bien,  qu'il  aida  IL  J.  Clo- 
quet à  pratiquer  l'acupuncture  sur  un  autre 
malade.  Le  sommeil  le  plus  tranquille  et  le  plus 
réparateur  suivit  cette  opération.   Les   douleurs 


204  TRAITE 

avaient   complètement  disparu.    Cet   état   dura 

deux  jours,  pendant  lesquels  M.  L fut  dune 

sensibilité  étonnante.  Au  bout  de  ce  temps ,  les 
douleurs  de  côté  revinrent.  Elles  alternèrent  ce- 
pendant avec  un  état  de  santé  parfaite.  La  respi- 
ration fut  de  temps  à  autre  brusque ,  à  cause  des 
contractions  spasmodiques  du  diaphragme.  Le 
malade  semblait  happer  l'air  (  il  n'y  avait  plus  de 
traces  de  gastrite  ).  Le  2ô,  la  respiration  devint 
haletante,  et  les  douleurs  étaient  revenues  pres- 
que aussi  vives  qu'avant  l'acupuncture;  elles  étaient 
plus  étendues.  Quelques  jours  après,  les  dou- 
leurs s'étant  un  peu   calmées,    M.  L désira 

recourir  à  l'acupuncture.  Je  ne  sais  ce  qui  est  ar- 
rivé de-puis. 

77e  Observation  :  Altération  et  affaiblissement  de  la  vue. 

La  nommée  Roger,  âgée  de  soixante-dix  ans , 
avait  été  prise,  le  1er  décembre  1824.  de  dou- 
leurs vives  à  la  partie  antérieure  de  la  tempe  et 
du  front,  du  côté  droit,  avec  affaiblissement  de  la 
vue  de  ce  côté  et  strabisme  léger  en  dedans. 
Le  5,  les  symptômes  s'étant  aggravés,  l'œil  droit 
fut  presque  entièrement  privé  de  la  faculté  de 
voir  (l'autre  resta  parfaitement  sain).  La  ma- 
lade voyait  les  objets  triples  et  comme  au  milieu 
d'épais  brouillards.    La   pression    augmentait   la 


DE  L'ACUPUNCTURE.  aoô 

douleur  de  la  tempe  et  du  front.  On  fut  obligé 
de  conduire  madame  Roger  chez  M.  J.  Cloquet. 
qui  introduisit  une  aiguille  dans  l'endroit  le  plus 
douloureux  du  front,  au-dessus  de  l'angle  externe 
de  l'œil ,  en  dirigeant  la  pointe  de  l'instrument 
vers  cet  organe,  mais  sans  traverser  la  paupière. 
Au  bout  de  cinq  minutes  les  douleurs  diminuè- 
rent ,  mais  la  vue  fut  tout  aussi  trouble  qu'au- 
paravant. Au  bout  de  dix  minutes  la  malade  vit 
un  peu  mieux;  il  n'y  avait  plus  que  de  l'en- 
gourdissement au  front  et  à  la  tempe.  Au  bout 
d'un  quart  d'heure,  l'aiguille  ayant  été  retirée,  la 
malade  ferma  l'autre  œil,  et  nous  assura  qu'elle 
voyait  aussi  clairement  qu'avant  la  maladie  ,  que 
les  objets  lui  paraissaient  dans  l'état  naturel;  le 
strabisme  avait  complètement  disparu.  Quelques 
jours  après  la  vue  se  troubla  de  nouveau  ,  mais 
beaucoup  moins;  la  malade  n'avait  pas  besoin 
qu'on  la  conduisit  ;  le  brouillard  qui  lui  sem- 
blait obscurcir  les  objets  était  léger.  Deux  mois 
après  l'opération,  il  n'y  avait  plus  aucun  svmp- 
tôme  de  la  maladie. 

78e  Observation  :  Irritation  des  organes  de  la  digestion. 

Le  nommé  Lampach  (  Charles  ) ,  âgé  de  soixanle- 
unans,  mécanicien,  éprouvait  depuis  huit  mois  des 
coliques  dans  tout  l'abdomen;  tantôt  ces  coliques 


206  TRAITÉ 

partaient  de  la  région  ombilicale  ,  et  remontaient 
vers  la  poitrine  ;  alors  elles  étaient  accompagnées 
de  gêne  de  la  respiration,  de  céphalalgie ,  et  il 
s'écoulait  par  la  bouche,  sans  aucun  effort ,  envi- 
ron un  verre  d'eau  d'un  liquide  limpide  qui  ces- 
sait de  couler  deux  minutes  après,  en  même  temps 
que  les  coliques  cessaient  de  se  faire  sentir. 
D'autres  fois  les  coliques  ,  qui  n'en  montaient  pas 
moins  vers  la  poitrine,  se  terminaient  par  un 
écoulement  également  aqueux  par  le  rectum  :  fort 
rarement  s'y  mêlait -il  alors  quelques  parcelles 
de  matières  fécales.  Rarement  ces  deux  écoule- 
mens  avaient  lieu  ensemble.  Aussitôt  que  les  coli- 
ques se  manifestaient,  l'écoulementavaitlieu  d'une 
manière  irrésistible.  Celui  par  la  bouche  se  faisait 
trois  ou  quatre  fois  pendant  le  jour;  mais  iurman- 
quablement  une  fois  le  matin  ,  quand  le  malade 
se  levait,  et  le  soir  quand  il  quittait  son  ouvrage. 
Des  selles  aqueuses  avaient  lieu  trois  ou  quatre  fois, 
toujours  pendant  la  nuit ,  sinon  elles  se  manifes- 
taient alors  pendant  le  jour.  L'urine  du  malade  était 
aussi  très-abondante  et  très-claire  ;  mais  il  urinait 
à  volonté.  Il  avait  maigri  d'une  manière  éton- 
nante. Pendant  que  l'estomac  était  plein ,  il  ne  se 
manifestait  jamais  de  coliques ,  ni  par  conséquent 
d'écoulement  aqueux.  L'abus  des  boissons  alcoo- 
liques semblait  avoir  produit  cette  affection  ,  et 
quelque  petite  quantité  que  le  malade  en  prît,  les 


DE  L'ACUPUNCTURE.  207 

accès  se  développaient  aussitôt.  Il  éprouvait  aussi 
des  crampes  et  des  douleurs  très-vives  dans  les 
membres.  De  l'eau  de  gomme,  de  la  magnésie, 
des  lavemens  éinollien»,  des  bouillons  aux  herbes, 
avaient  été  sans  effet  contre  cette  affection. 
M.  J.  Cloquet  introduisit,  le  17  janvier  1820,  à 
dix  heures  du  matin  ,  deux  aiguilles  très-fines , 
terminées  par  une  tête  en  cire,  au-dessous  du 
nombril ,  à  la  profondeur  d'un  pouce  environ ,  et 
il  appliqua  par-dessus  de  petits  emplâtres  de  dia- 
chilon.  Ces  aiguilles  restèrent  enfoncées  jusqu'au 
lendemain.  Il  ordonna  en  même  temps  des  lave- 
mens opiacés,  et  l'abstinence  devin.  Le  malade 
ne  prit  de  lavemens  qu'à  sept  heures  du  soir,  et 
depuis  le  matin  il  n'avait  encore  éprouvé  aucun 
symptôme  de  l'affection,  pas  lamoindre  colique,  et 
cependant,  dans  cet  intervalle  de  temps,  il  aurait 
dû  avoir  au  moins  deux  accès.  Il  passa  également 
la  nuit  sans  rien  éprouver,  et  dormit  parfaitement. 
Le  18,  il  dit  n'avoir  éprouvé  que  de  légères  dou- 
leurs aux  environs  des  aiguilles,  mais  assez  fortes 
pourtant,  pendant  les  niouvemens  ,  pour  l'empê- 
cher de  travailler.  Ayant  entrepris  un  ouvrage 
extrêmement  pressé ,  il  pria  de  suspendre  l'acu- 
puncture. (Les  aiguilles  qu'on  lui  ôta  étaient  forte- 
ment oxidées).  Le  24,  il  n'avait  point  reparu 
d'écoulement  par  le  rectum  ;  le  malade  dormait 
bien  jusqu'à  deux  ou  trois  heures  du  matin ,  heure 


208  TRAITE 

où  il  se  manifestait  des  coliques,  moins  fortes  qu'au- 
paravant toutefois  ,  mais  suivies  d'un  écoulement 
aqueux  par  la  bouche.  Cet  écoulement  se  répétait 
aussi  souvent  qu'auparavant,  mais  il  était  moins 
abondant.  On  lui  appliqua  une  aiguille  à  demeure 
au  bas-ventre.  Le  2  5  ,  l'écoulement  par  la  bouche 
n'avait  pas  reparu  ;  seulement,  en  se  réveillant  le 
matin,  Lampach  sentit  des  coliques,  mais  moins 
fortes  encore  que  la  veille ,  et  qui  ne  furent  sui- 
vies d'aucun  écoulement.  Les  urines  paraissaient 
au  malade  à  peu  près  dans  le  même  état  qu'avant 
l'acupuncture.  Il  sentait  encore  quelques  flatuo- 
sités.  La  présence  des  aiguilles  l'empêchant  de  se 
livrer  à  ses  travaux,  il  remit  à  un  autre  temps 
à  en  continuer  l'usage. 

79e  Observation  :  Ophthalmie  chronique. 

La  nommée  Yidalin  (  Jeanne  )  ,  âgée  de  qua- 
rante ans,  brodeuse,  avait  depuis  cinq  ans  les 
yeux  larmoyans.  Depuis  dix  mois  environ  la  face 
interne  des  paupières  était  rouge;  le  larmoiement 
était  augmenté  ;  il  survint  de  la  cuisson ,  et  une 
partie  des  cils  ne  tardèrent  pas  à  tomber.  Tous  les 
matins  les  paupières  étaient  fortement  collées  par 
une  chassie  abondante.  Le  20  janvier  1826,  la  rou- 
geur s'étendait  à  plus  de  deux  lignes  en-dehors 
des  cils.  M.  J.  Cloquet  introduisit  deux  aiguilles 


DE  L'ACUPUNCTURE.  209 

àdemeure  à  l'angle  externe  de  chaque  œil.  Le  21,  la 
cuisson  était  diminuée,  mais  la  rougeur  était  aussi 
étendue.  On  changea  les  aiguilles.  Le  22,  la  rou- 
geur et  la  cuisson  étaient  moindres.  On  changea  de 
nouveau  les  aiguilles.  Le  20  et  le  24?  même  opéra- 
tion et  également  soulagement  progressif.  Le  2 7,  la 
rougeur  des  paupières  était  partout  considérable- 
ment diminuée ,  mais  surtout  à  la  moitié  interne 
de  chaque  œil  ;  le  larmoiement  avait  presque  en- 
tièrement cessé,  et  la  cuisson  était  bien  moindre. 
La  conjonctive  palpébrale  était  moins  rouge  ,  mais 
surtout  au  tiers  interne  de  chaque  œil.  Le  26  au 
soir,  il  s'était  manifesté  pour  la  première  fois  des 
douleurs ,  aux  aiguilles  ;  elles  se  prolongèrent  jus- 
qu'au jour.  Le  27,  il  n'y  avait  qu'une  légère  dou- 
leur aux  aiguilles;  on  les  changea.  Le  29,  rougeur 
moindre  en  général ,  elle  est  à  peine  apparente 
aux  bords  libres  des  paupières;  les  yeux  sont 
moins  larmoyans ,  inoins  chassieux  le  matin,  il 
ne  reste  presque  plus  de  cuisson.  De  temps  à 
autre ,  il  partait  des  aiguilles  des  élancemens  qui 
se  portaient  jusqu'au  front  ;  la  conjonctive  ocu- 
laire, auparavant  un  peu  rouge,  ne  l'était  pas  du 
tout.  On  changea  les  aiguilles.  Le  4  février ,  cuis- 
son à  peine  sensible ,  rougeur  presque  nulle,  si 
ce  n'est  au  bord  libre  des  paupières.  Le  7  ,  les 
paupières  ne  se  collaient  plus  le  matin;  il  n'v  avait 
1.  /  H 


210  TRAITÉ 

plus  qu'un  peu  de  raideur  à  leurs  bords  libres. 
(Je  n'ai  pas  revu  depuis  cette  malade,  qui,  je  le 
pense  bien ,  aura  été  radicalement  guérie  par  les 
aiguilles  qu'on  lui  avait  laissées  ). 


DE  L'ACUPUNCTURE.  M\ 

CINQUIÈME    SÉRIE    D  OBSERVATIONS. 

lili/e  renferme  les  cas  où  l'acupuncture  a  lait  disparaître  pour  le 
moment  la  douleur  qui  n'était  que  symptôme  d'une  affection 
soupçonnée   organique. 

80e  Observation  :  Maladie    de    V articulation  coxo- 
fémorale. 

La  nommée  Hautefeuille  (Joséphine) ,  âgée  de 
dix-neuf  ans,  entra,  le  5  octobre  1824,  à  l'hô- 
pital Saint-Louis ,  pour  y  être  traitée  d'une  maladie 
de  l'articulation  coxo-fémorale  gauche,  avec  rac- 
courcissement du  membre.  Deux  ans  auparavant . 
la  malade  avait  éprouvé  des  douleurs  lancinantes 
dans  la  hanche  gauche;  on  y  fit  des  frictions  can- 
tharidées,  qui  n'empêchèrent  pas  la  maladie  de 
faire  des  progrès.  Au  bout  d'un  an  les  douleurs 
devinrent  si  vives,  que  la  malade  ne  put  marcher 
qu'avec  la  plus  grande  peine ,  quelle  ne  put  même 
se  tourner  dans  son  lit.  Elle  s'aperçut  alors  que  son 
membre  se  raccourcissait,  ce  qui  fit  cesser  l'em- 
ploi de  tout  moyen  curatif.  A  son  entrée  à  l'hôpital . 
on  lui  fit  prendre  d'abord  des  bains  simples  ,  puis 
des  bains  de  vapeurs  qui  calmèrent  un  peu  les 
douleurs;  les  mouvemens  dans  le  lit  devinrent 
moins  douloureux.  On  lui  appliqua  alors  à  deux 
reprises  différentes,  sur  l'articulation  malade,  des 


TRAITE 
ventouses  scarifiées,  qui ,  la  deuxième  fois,  pro~ 
curèrent  un  soulagement  sensible.   Les  douleurs 
étaient  cependant  encore  assez  fortes  pour  empê- 
cher la  malade  de  faire  un  seul  pas ,  et  même  de 
faire  exécuter  à  sa  cuisse  le  moindre  mouvement. 
Lne  corde  fortement  tendue  et  très-douloureuse, 
dans  les  tentatives  de  mouvement,  partant  anté- 
rieurement de  l'articulation  coxo-fé morale,  allait 
jusqu'au  genou.  Le  28  novembre  18124?  M.  J.  Clo- 
quet  introduisit  une  aiguille  vers  la  partie  supé- 
rieure et  antérieure  de  la  cuisse  ;  au  bout  de  huit 
minutes   le  muscle  droit  antérieur  de  la  cuisse 
était  moins  tendu,  et  les  mouvemens.  plus  faciles, 
ne  causaient  plus  aucune  douleur.  On  retira  l'ai- 
guille quelques  minutes  après.  Le  2  décembre, 
des  douleurs  moins  fortes  s'étant  de  nouveau  fait 
sentir,  on  introduisit  une  aiguille  à  manche  en 
argent,  qui.  retirée   au  bout  d'une  heure,  avait 
fait  cesser  les  douleurs  et  rendu  les  mouvemens 
plus  faciles.  La  malade  put  se  tourner  en  tous  sens 
dans  son  lit  sans  éprouver  aucune  douleur.  Elle  se 
leva  alors,  et  marcha  dans  toute  la  salle  même  sans 
béquilles.  Le  6  ,  même  état  ;  le  7  ,  la  malade  mar- 
chait aussi  bien  que  si  elle  n'avait  jamais  eu  de 
douleurs  (il  est  inutile  de  dire  qu'elle  boitait  )  ;  ce- 
pendant la  faiblesse  dumembre  lempêchait  encore 
de  marcher  plus  d'un  demi-quart  d'heure  sans  se 
reposer.  M.  J.  Cloquet  lui  recommanda  le  repos, 


DL  L'ACUPONCTURE.  *i3 

à  cause  de  l'affection  de  l'articulation.  Le  9.  les 
règles,  qui  étaient  supprimées  depuis  quatre  mois, 
reparurent.  Le  16.  une  seule  acupuncture  calma 
de  légères  douleurs  qui  avaient  reparu.  Les  acu- 
punctures avant  été  suspendues  alors  dans  les 
salles,  les  douleurs  revinrent  bientôt  aussi  fortes 
que  jamais ,  et  forcèrent  la  malade  à  garder  le  lit. 

81e  Observation  :  Dartre  prétum ce  syphilitique. 

La  nommée  Françoise  (Henriette),  âgée  de 
vingt  ans  .  blanchisseuse  .  était  atteinte  depuis  un 
an  et  demi  d'une  blennorrhagie  svphilitique.  Dès  le 
commencement  de  cette  affection  les  règles  £  vaient 
disparu.  Il  y  avait  sept  mois  qu'elle  était  à  l'hôpi- 
tal Saint-Louis,  et  le  traitement  antisvphilitique 
continué  pendant  tout  ce  temps,  n'avait  apporté 
d'autre  changement  à  cette  affection,  que  la  gué- 
rison  d'ulcères  que  la  malade  avait  aux  jambes. 
Un  mois  après  son  entrée  à  l'hôpital,  il  se  manifesta 
sous  l'angle  externe  de  l'œil  gauche  une  petite 
plaque  rougeâtre  qui  ne  tarda  pas  à  envahir  plus  de 
la  moitié  de  chaque  paupière  ;  des  saignées  locales 
répétées  plusieurs  fois,  une  saignée  de  pied,  l'em- 
ploi de  la  pommade  mercurielle  pendant  un  mois, 
et  de  plus  le  traitement  général,  n'empêchèrent 
pas  cette  dartre  de  faire  des  progrès.  Le  la.  elle 
s'étendait  en  dehors  jusqu'à  la  tempe;  elle  présent- 


m  4  TRAITE 

tait  une  couleur  rouge  cuivrée  recouverte  d'une 
plaque   crustacée   très-épaisse,  et   était   le  siège 
d'élancemens  très-douloureux  ;  le  gonflement  des 
paupières  était  tel  qu'elles  recouvraient  entière- 
ment le  globe  de  l'œil.  M.  J.  Cloquet  introduisit 
une  aiguille  en  dehors  de  la  dartre ,  dirigeant  sa 
pointe  vers  l'angle  des  paupières.  On  y  adapta  un 
conducteur.    Au  bout  d'une  demi-heure,  on  re- 
tira cette  aiguille,  et  les  douleurs  avaient  entière- 
ment disparu.  Il  n'y  avait  plus  autant  de  rougeur; 
les  paupières  détuméfiées  laissaient  entrevoir  le 
globe  de  l'œil.  Le  i5,  les  douleurs  n'étaient  pas 
revenues;  il  n'y  avait  presque  plus  de  gonflement, 
la  rougeur  était  encore  moins  vive.  Le    16,  les 
douleurs  revinrent  aussi  fortes  qu'auparavant  ;  on 
introduisit  encore  une  aiguille,  qui,  cette  fois,  ne 
produisit  pas  autant  de  soulagement.  Le  20  janvier 
les  douleurs  étaient  lancinantes ,  très -vives ,  non- 
seulement  à  la  dartre ,  mais  encore  au  globe  de 
l'œil  ;    la  malade  poussait  jour  et  nuit    des  cris 
de  douleur  ;  le  gonflement  était  tel  que  les  pau- 
pières  ne   pouvaient   s'ouvrir,   la  pression    était 
très-douloureuse,  la  rougeur  de  la  dartre  très-vive, 
les  croûtes  épaisses.  M.  J.  Cloquet  introduisit  une 
aiguille  de  la  même  manière  que  la  fois  précé- 
dente ,  et  elle  ne  fut  retirée  qu'au  bout  de  deux 
heures.  Alors  le  gonflement,  bien  moindre,  permit 
i'écartement  des  paupières  dans  l'étendue  de  trois 


DE  L'ACUPUNCTURE.  *i5 

lignes  environ;  mais  la  malade  ne  voyait  de  cet 
ce.il  qu'un  brouillard  épais, et  ne  distinguait  rien. 
Toutefois  la  rougeur  était  bien  diminuée;  il  n'y 
avait  plus  de  douleurs  ni  à  la  dartre  ni  à  l'œil ,  il 
n'en  restait  que  de  légères  à  la  tête.  La  pression 
devint  bien  moins  douloureuse  ,  la  nuit  la  malade 
dormit  parfaitement.  Le  21  ,  les  douleurs  n'avaient 
pas  reparu,  mais  le  gonflement  était  aussi  fort 
qu'auparavant.  Le  22  ,  les  douleurs  étant  aussi  re- 
venues, on  introduisit  une  aiguille  qu'on  laissa  à 
demeure.  Le  20,  plus  de  douleurs,  gonflement 
moindre;  on  retira  l'aiguille,  et  l'on  en  introduisit 
une  autre  à  la  partie  moyenne  du  front,  la  pointe 
dirigée  en  bas.  Le  24,  gonflement  encore  moin- 
dre, pas  autant  de  rougeur,  nulle  douleur;    la 
malade   se    trouvait   parfaitement    soulagée;    on 
laissa  la  même  aiguille.  Le  2  5,  l'œil  était  presque 
aussi  ouvert  que  dans  l'état  naturel ,  la  lippitude 
avait  cessé,  il  n'était  revenu  aucune  douleur  ,  la 
dartre  était  moins  rouge.  Le  27,  nulle  douleur . 
rougeur  de  la  dartre  encore  moins  vive  ;  la  figure 
avait  repris  son  aspect  naturel,  et  n'exprimait  plus 
la  douleur.  Une  grande  partie  des  croûtes  de  la  dar- 
tre étaient  tombées  de  la  paupière  supérieure.  On 
laissa  encore  la  même  aiguille;  elle  n'était  environ- 
née d'aucune  rougeur,  et  saprésencen'occasionait 
aucune  douleur.  Le  28,  toutes  les  croûtes  de  la 
paupière   supérieure  étaient  tombées,   la    dartre 


2i6  TRAITE 

présentait  à  peine  des  traces  d'inflammation  dam 
cet  endroit  ;  mais  les  croûtes  de  la  paupière  infé- 
rieure étaient  encore  presque  aussi  étendues  qu'a- 
vant l'acupuncture.  La  malade,  qui  depuis  trois 
mois  ne  pouvait  se  servir  de  l'œil  affecté,  commença 
îe  29  à  voir  assez  distinctement.  Du  reste  les  dou- 
leurs étaient  absolument  nulles  aux  paupières  de 
même  qu'à  la  tête.  Cependant  l'aiguille  fut  chan- 
gée. Le  3 1 ,  les  règles  reparurent  après  une  inter- 
ruption d'un  an  et  demi.  Le  1er  février,  la  peau 
avait  repris  presque  sa  couleur  naturelle  ;  quel- 
ques croûtes  légères  restaient  seulement  à  la  pau- 
pière inférieure  ;r  la  malade  voyait  parfaitement  ; 
on  laissa  la  même  aiguille.  Le  4  février ,  toutes 
les  croûtes  étaient  tombées;  on  changea  l'aiguille. 
Le  7,  la  peau  autrefois  malade  ne  se  distinguait 
plus  que  par  une  faible  rougeur;  on  changea 
encore  une  fois  l'aiguille  ;  et,  le  1er  mars,  la  gué- 
rison  était  complète. 


DE  L'ACUPUNCTURE. 


SIXIEME    SERIE    D  OBSERVATIONS. 

El!e  renferme  les  cas  où  le  soulagement  par  l'acupuncture  a  etc 
nul  ou  presrpie  nul. 

82  Observation  :  Névralgie  cervicale. 

La  nommée  Geneaa  (Marie -Anne)  ,  âgée  de 
trente-huit  ans,  ouvrière,  se  présenta  à  M.  Cloquet 
le  5  janvier  1825.  Dix  mois  auparavant,  elle  avait 
travaillé,  ayant  le  cou  découvert,  près  d'une  croi- 
sée par  laquelle  entrait  un  air  froid.  Pendant  la 
journée,  elle  n'éprouva  rien;  mais,  en  se  réveil- 
lant le  lendemain  matin,  elle  sentit  au-dessus  de 
l'oreille  gauche  une  douleur  vive,  caractérisée  par 
des  accès  d'élancemens  et  par  une  cuisson  conti- 
nuelle semblable  à  celle  provenant  de  l'applica- 
tion d'un  vésicatoire ,  quand  on  a  enlevé  l'épi- 
démie. La  pression  fut  bientôt  si  douloureuse  , 
que  la  malade  ne  put  poser  ce  côté  sur  l'oreiller  ;  les 
accès  d'élancemens  la  réveillaient  pendant  la  nuit. 
Le  jour  elle  ne  pouvait  travailler.  Les  règles  se  sup- 
primèrent. Quelques  jours  après ,  les  douleurs 
s'étendirent  au  cou ,  et  des  engourdissemens  se 
firent  sentir  jusqu'au  bras.  Quand  l'avant-bras  était 
à  demi  fléchi ,  comme  dans  l'action  de  coudre  ,  il 
se  manifestait  des  picotemens  dans  les  doigts,  et 


2i  8  TRAITÉ 

quand  il  était  pendant  il  n'y  avait  que  de  l'engour- 
dissement. La  malade  ne  portait  la  main  sur  la  tête 
qu'avec  grande  peine.  L'application  de  douze  sang- 
sues, des  cataplasmes  émolliens,  des  pilules  pur- 
gatives ,  des  applications  de  compresses  imbibées 
d'eau-de-vie  camphrée  ,  des  douches  d'eau  de 
pluie ,  sur  le  cou  ,  poussées  au  point  d'arracher  des 
cris  à  la  malade,  n'avaient  amené  aucune  améliora- 
tion, non  plus  que  des  bains  de  pieds  synapisés, 
des  bains  de  vapeurs,  des  bains  simples,  une 
saignée  du  bras ,  quarante  sangsues ,  un  séton  à  la 
nuque,  entretenu  pendant  un  mois,  une  saignée  de 
pied,  deux  ventouses  scarifiées  à  la  tempe  ;  enfin 
des  frictions  avec  un  liniment  camphré  avaient  été 
également  sans  effet.  Le  5  janvier,  il  y  avait  des  élan- 
cemens  très-vifs  depuis  la  région  temporale  gauche 
et  le  cou ,  jusque  dans  le  bras  correspondant.  La 
malade  ne  pouvait  dormir ,  ni  lever  ce  membre  ; 
elle  baissait  un  peu  la  tête ,  mais  ne  la  relevait  qu'a- 
avec  les  plus  vives  douleurs;  elle  ne  pouvait  la 
tourner  ni  à  droite  ni  à  gauche  ;  elle  sentait  comme 
plusieurs  cordes  le  long  du  cou,  et  éprouvait  de  la 
constriction  dans  le  sens  transversal.  Les  douleurs 
étaient  atroces,  et  la  malade  poussait  des  gémis- 
semens  continuels.  Quelquefois,  quand  elle 
s'appuyait  sur  le  bras,  au  moment  où  elle  se 
croyait  très-solide,  ce  membre  cédait  subitement. 
Quand  elle  mangeait ,  les  mouvemens  de  la  ma- 


DE  L'ACUPUNCTURE. 

choire  étaient  quelquefois  si  douloureux  ,  qu'elle 
était  obligée  de  les  suspendre  aussitôt.  M.  ,T.  Clo- 
quet  introduisit  trois  aiguilles,  l'une  derrière  l'o- 
reille, et  les  deux  autres  un  peu  plus  bas.  Au  bout 
d'une  heure  et  demie ,  on  retira  les  aiguilles ,  et 
les  douleurs  étaient  encore  aussi  vives ,  les  engour- 
dissemens  du  bras  étaient  les  mêmes.  Le  6,  on 
introduisit  une  aiguille  vers  la  partie  supérieure 
du  cou  :  elle  y  resta  pendant  une  demi-heure , 
après  quoi  les  douleurs ,  tout  aussi  vives  qu'aupara- 
vant ,  se  présentèrent  cependant  à  des  intervalles 
plus  éloignés;  quant  aux  cuissons,  elles  étaient 
continuelles  et  vives.  M.  J.  Cloquet  introduisit 
alors  une  aiguille  dans  le  muscle  sterno-mastoïdien 
du  côté  malade,  qui  était  fortement  contracté.  La 
contraction  persista.  Au  bout  de  deux  heures  et 
demie,  les  douleurs  devinrent  si  vives,  que  toute 
la  région  latérale  du  cou  était  rouge  et  tendue  ,  la 
figure  de  la  malade  animée,  et  les  yeuxlarmo yans. 
On  retira  l'aiguille ,  on  vit  alors  le  muscle  sterno- 
mastoïdien  former ,  par  sa  tension ,  à  l'endroit  de  la 
piqûre,  une  tumeur  grosse  comme  une  noisette ,  tu- 
meur qui  disparut,  un  instant  après,  avec  les  élan- 
cemens.  La  cuisson  diminua;  mais  les  élancemens, 
qui  parurent  cependant  revenir  à  des  intervalles 
plus  éloignés,  dans  le  reste  de  la  journée  ,  restè- 
rent aussi  vifs  et  aussi  fréquens  qu'auparavant. 
La  malade  ayant  dit  qu'ils  partaient  de  derrière 


220  TRAITE 

l'oreille,  le  7,  on  introduisit  dans  cet  endroit  une 
aiguille,  qui  fut  retirée  au  bout  d'une  heure  et  de- 
mie sans  avoir  procuré  aucun  changement.  Le  10, 
même  état;  on  introduisit  encore  deux  aiguilles 
au  cou  et  une  derrière  l'oreille.  Un  instant  après 
élancemens  très-vifs,  face  rouge,  yeux  larmoyans, 
lipothymie.  Pendant  l'application  des  aiguilles  et 
après ,  les  élancemens  furent  tout  aussi  intenses ,  et 
se  manifestèrent  à  des  intervalles  aussi  rapprochés. 
Cependant,  dans  le  courant  de  la  journée,  la  ma- 
lade fut  pendant  une  heure  sans  éprouver  d'élan- 
cemens,  tandis  qu'auparavant  ils  revenaient  au 
bout  de  cinq  minutes;  mais,  cette  heure  écoulée, 
ils  reprirent  leur  fréquence  ordinaire.  Le  10,  on 
introduisit  encore  trois  aiguilles  aux  mêmes  points, 
mais  très-superficiellement.  On  les  laissa  en  place 
une  heure  et  demie ,  et  elles  ne  produisirent  au- 
cun effet.  La  malade,  rebutée  sans  doute  par  nos 
insuccès,  fut  un  mois  environ  sans  venir  nous  voir. 
Alors  M.  J.  Cloquet,  étonné  de  trouver  si  rebelle 
une  affection  contre  laquelle  l'acupuncture  parais- 
sait ,  dans  les  autres  cas ,  le  remède  le  plus  effi- 
cace ,  songea  à  y  associer  le  fluide  galvanique. 
Plusieurs  essais  n'ont  amené  aucun  changement 
avantageux. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  22 1 

83e  Observation  :  Rhumatisme. 

La  nommée  Capitaine  (Geneviève-ÎNicollp)  , 
âgée  de  cinquante-cinq  ans,  ouvrière  en  chapeaux, 
dune  constitution  lymphatique,  entra  à  l'hôpital 
Saint-Louis  le  1  1  novembre  18.24.  Il  y  avait  un 
mois  qu'à  la  suite  d'une  suppression  de  transpira- 
tion elle  avait  éprouvé ,  principalement  au  gros 
orteil  du  pied  droit,  des  douleurs  très-vives  qui 
gagnèrent  bientôt  le  genou  gauche  sans  abandon- 
ner leur  siège  primitif.  Ces  douleurs  augmentaient 
peu  par  la  pression,  et  moins  encore  par  la  chaleur 
du  lit.  Elles  se  portèrent  ensuite  sur  le  poignet 
gauche ,  et  y  produisirent  un  gonflement  considé- 
rable. A  son  entrée  à  l'hôpital ,  la  malade  ayant  le 
pouls  élevé,  on  lui  fit  une  saignée  au  bras  droit. 
Aussitôt  les  douleurs  et  le  gonflement  s'emparè- 
rent de  ce  membre  et  de  l'épaule  correspondante. 
Deuxjours  après,  on  appliqua  dix  sangsues  à  chaque 
poignet.  Le  21,  les  douleurs  étaient  plus  fortes 
au  sommet  de  l'épaule  sous  le  muscle  deltoïde. 
M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  dans  cette  . 
partie  ,  qui  était  gonflée  et  comme  œdématiée  .  et 
la  retira  au  bout  de  huit  minutes.  Pour  le  moment , 
la  douleur  diminua  un  peu  ;  mais,  vers  le  soir,  elle 
reparut  aussi  forte  qu'auparavant.  Elle  continua 
le  lendemain.  Le  28,  les  douleurs  augmentèrent. 


222  TRAITÉ 

et  les  rnouvernens  du  bras  droit  furent  impossibles. 
Le  4  décembre  ,  le  poignet  droit  étant  gonflé  et 
très-douloureux,  on  y  pratiqua  une  acupuncture 
qui  augmenta  les  douleurs  au  bout  de  dix  minutes , 
loin  de  les  diminuer.  Le  28,  les  douleurs  et  le 
gonflement  ayant  quitté  le  membre  supérieur 
droit  pour  se  porter  sur  le  gauche  et  surtout  sur 
le  poignet ,  on  introduisit  une  aiguille  dans  ce  der- 
nier lieu  ;  elle  y  resta  pendant  douze  minutes  sans 
produire  aucune  amélioration.  Quelques  minutes 
après ,  les  accidens  de  la  maladie  se  reportèrent 
sur  le  membre  droit.  Le  1er  décembre,  des  pur- 
gatifs diminuèrent  beaucoup  les  douleurs  et  le 
gonflement.  L'acupuncture  étant  sans  effet,  on  y 
renonça. 

84e  Observation  :   Tremblement  des  jeux  par  suite  de 
Vempîoi  du  mercure. 

Le  nommé  Hours  (Vincent- Alexandre)  ,  âgé 
de  trente  ans .  domestique ,  entra  à  l'hôpital  Saint- 
Louis  le  22  novembre  1824.  Il  s'était  traité  pour  la 
gale,  en  i8i6,parroxide  rouge  de  mercure,  dont 
il  prenait  une  pincée  dans  une  pomme  cuite  (qua- 
rante prises).  Vers  la  fin  de  ce  traitement,  il 
se  manifesta  un  tremblement  des  veux ,  bientôt 
suivi  d'une  cécité  complète.  Des  vésicatoires  à  la 
nuque,  des  saignées,  des  bains  de  pieds,  une  ti- 


DE  D'ACUPUNCTURE.  »§8 

sane  sudorifique,  permirent  enfin  au  malade  de 
voir  un  peu.  A  son  entrée  à  l'hôpital,  M.  Manry 
lui  fit  appliquer  à  la  nuque  un  séton  qui  améliora 
son  état.  Le  3o,  l'affection  consistait  en  un  trem- 
blement des  yeux  paraissant  à  des  intervalles  rap- 
prochés (trois  à  cinq  minutes) ,  et  pendant  lequel 
le  malade  voyait  trouble  et  de  côté.  Hors  de  ces 
accès,  la  vue  était  très-claire,  et  il  n'y  avait  pas  de 
tremblement.  Pendant  l'accès  tous  les  objets  lui 
semblaient  tourner.  M.  J.  Cloquet  introduisit  vers 
la  commissure  externe  des  paupières  de  chaque 
œil ,  une  aiguille  dont  il  dirigea  la  pointe  vers  le 
globe  de  l'œil.  On  y  adapta  des  conducteurs. 
Quinze  minutes  après,  quandon  retira  ces  aiguilles, 
le  malade  vit  plus  clair.  Il  put  lire  pendant  dix 
minutes  en  regardant  directement  ;  il  se  rasa,  ce 
qu'il  ne  pouvait  faire  auparavant.  Ses  yeux  trem- 
blaient moins  ;  il  avait  la  vue  plus  claire  et  beau- 
coup moins  fréquemment  troublée. 

Le  lendemain,  même  état  qu'avant  l'acupunc- 
ture ;  on  la  pratiqua  une  deuxième  fois,  avec  les 
mêmes  précautions,  absolument  de  la  même  ma- 
nière, et  l'on  n'obtint  aucune  amélioration.  On  ne 
fut  pas  plus  heureux  dans  deux  autres  tentatives. 

85e  Observation  :  Paralysie  presque  complète  des  membres 
inférieurs. 

Le  nommé  Béranger  (...) ,  âgé  de  quarante-huit 


524  TRAITÉ 

ans,  bonnetier,  se  présenta,  le  22  novembre  1 824, 
à  la  consultation  publique  de  M.  J.  Cloquet.  Des 
ulcères  que  le  malade  avait  aux  jambes  depuis 
quatre  ans  s 'étant  supprimés ,  il  s'était  manifesté 
une  paralysie  presque  complète  des  membres  infé- 
rieurs. Leur  faiblesse  était  telle,  que  le  malade  ne 
pouvait  se  soutenir  debout.  M.  J.  Cloquet  intro- 
duisit une  aiguille  dans  chaque  fesse.  Au  bout  de 
trois  minutes,  le  malade  put  faire  quelques  pas  avec 
plus  de  facilité  ;  mais,  les  aiguilles  ayant  été  reti- 
rées au  bout  de  huit  minutes ,  le  malade  ne  se  sou- 
tint pas  mieux  qu'auparavant.  Le  26,  même  état, 
M.  J.  Cloquet  crut  inutile  de  tenter  une  nouvelle 
acupuncture. 

86e  Observation  :  Rhumatisme  scapulaire. 

Le  nommé  Baudé  (Thomas),  âgé  de  vingt-huit 
ans,  maçon,  éprouvait  depuis  trois  semaines ,  sans 
causes  connues,  une  douleur  qui,  partant  de  l'é- 
paule gauche,  se  propageait  le  long  du  bras  jus- 
qu'aux doigts.  Il  ne  pouvait  soulever  le  bras  ni  le 
ployer.  Il  était  même  obligé  de  se  soutenir  avec 
l'autre  main.  Dans  ces  tentatives  de  mouvemens 
les  douleurs  étaient  inouïes.  (Une  balle  qui  avait 
autrefois  traversé  sa  main  avait  rendu  tout  ce 
membre  beaucoup  plus  faible.  )  Les  doigts  annu- 
laire et  médius  restaient  allongés.  Le  5  décembre 


DE  L'ACLPUlNCTIKK  223 

\8'2f\,  M.  J.  Cloquet  introduisit  une  aiguille  clans 
le  point  le  plus  douloureux  du  bras.  Au  bout  de 
dix  minutes,  il  y  eut  de  l'engourdissement,  sans 
que  les  mouvemens  fussent  devenus  plus  faciles  ; 
on  fit  alors  une  autre  acupuncture  à  1  épaule,  puis 
une  autre  à  la  partie  antérieure  du  bras.  «Les  ai- 
guilles furent  retirées  au  bout  de  vingt  minu- 
tes, sans  qu'on  s'aperçût  d'aucun  changement. 
M.  J.  Cloquet  prescrivit  alors  des  bains  de  vapeurs. 

87e  Observation  :  Tremblement  mercuriel. 

Le  nommé  Jonay  (Michel) ,  âgé  de  soixante-deux 
ans,  miroitier,  exposé  depuis  long-temps  aux  va- 
peurs du  mercure,  était  atteint ,  depuis  six  mois, 
d'un  tremblement  mercuriel;  ce  tremblement, 
plus  fort  aux  membres  supérieurs ,  était  tel  que 
le  malade  ne  pouvait  saisir  aucun  objet  un  peu  dé- 
lié ;  à  peine  pouvait-il  se  boutonner.  Le  22  no- 
vembre 1824,  M.  J.  Cloquet  introduisit  une  ai- 
guille à  la  partie  inférieure  de  la  nuque,  de  chaque 
côté  de  la  colonne  vertébrale.  Une  auréole  éry- 
thémateuse  se  prononça  ;  mais  aucun  changement 
ne  s'étant  manifesté  au  bout  d'un  quart-d 'heure, 
on  retira  les  aiguilles. 

88e  Observation  :  Névralgie  scialique. 

M.  H ,  âgé  de  trente-deux   ans,  commis, 

1.  15 


226  TRAITÉ 

avait  contracté  plusieurs  fois  la  maladie  syphili- 
tique, lorsqu'il  fut  affecté,  il  y  a  deux  ans  ,  d'exos- 
toses  aux  clavicules  et  de  douleurs  vives,  suivant 
le  trajet  du  nerf  sciatique  du  côté  gauche.  Ces 
douleurs,  qui  s'étaient  manifestées  aussi  de  temps 
à  autre  du  côté  droit,  présentaient  constamment 
plus  d'intensité  la  nuit  que  le  jour,  et  empêchaient 
le  malade  de  dormir.  M.  J.  Cloquet  l'avait  soumis 
à  un  traitement  mercuriel  pendant  neuf  mois, 
sans  qu'il  éprouvât  aucun  allégement  à  ses  dou- 
leurs ;  mais  les  exostoses  avaient  disparu.  On  em- 
ploya alors  différentes  frictions  irritantes  qui  fu- 
rent sans  effet.  Le  27  décembre  1824,  le  malade 
étant  toujours   dans  le   même   état,  mon  ami, 
M.  Goclart,  introduisit,   à  neuf  heures  du  soir, 
trois  aiguilles,  l'une  vers  l'origine  du  nerf  scia- 
tique,  une  autre  un  peu  au-dessus  du  jarret,  la 
troisième    au-dessoUs    du    mollet  :   c'étaient  les 
points  les  plus  douloureux.  Une  sensation  de  froid 
se  manifesta  dans  tout  le  trajet  du  nerf  sciatique, 
et  persista  pendant  tout  le  temps  que  restèrent 
les  aiguilles  ;  on  les  retira  au  bout  d'une  heure , 
et  M.  H ne  dormit  guère  mieux  que  de  cou- 
tume. Le  3o  ,  trois  aiguilles  furent  de  nouveau  ap- 
pliquées aux  mêmes  endroits,  mais  sans  aucun 
changement.  Le  2  janvier,  la  même  opération  fut 
encore  sans  effet.  Le  17  janvier  (le  malade  pre- 
nait depuis  quelques  jours  des  bains  de  vapeurs). 


DE  L'ACUPUNCTURE.  227 

on  appliqua  de  nouveau  deux  aiguilles,  l'une  à 
l'origine  du  nerf  sciatique ,  et  l'autre  au-dessous 
du  jarret;  elles  restèrent  en  place  jusqu'à  minuit, 
et  on  les  retira  très-oxidées.  Cette  nuit,  le  ma- 
lade reposa  sensiblement  mieux.  Le  18  et  le  19, 
aucun  repos  pendant  la  nuit.  Le  20,  nouvelle 
acupuncture  :  on  laissa  l'aiguille  en  place  pendant 
quatre  heures,  et  on  la  retira  très-oxidée,  sans 
qu'elle  ait  procuré  aucun  soulagement. 

Compté  rendu  des  autres  cas  que  j'ai  observés. 

S'il  m'est  impossible  de  donner  ici  en  détail  les 
résultats  de  toutes  les  acupunctures  pratiquées 
par  M.  J.  Cloquet  depuis  le  21  novembre  1824, 
je  vais  tâcher  du  moins  d'en  rendre  le  compte  le 
plus  fidèle.  J'ai  vu  pratiquer  cette  opération  sur 
cinq  cents  malades  environ  ,  outre  les  observa- 
tions détaillées  dans  cet  ouvrage  :  parmi  celles 
que  j'ai  encore  recueillies,  l'acupuncture  a  réussi 
dans  dix  rhumatismes  aigus,  un  asthme,  une 
affection  goutteuse ,  datant  de  huit  jours ,  une 
raideur  de  l'articulation  scapulo-humérale,  suite 
de  la  variole,  neuf  névralgies  sciatiques,  une  né- 
vralgie plantaire  .une  névral  gie  temporo-maxillaire . 
deux  contusions  récentes  de  la  poitrine  ,  une  con- 
tusion récente  de  la  jambe,  deux  contusions  an- 
ciennes de  la  même  partie. 


228  TRAITE 

Elle  a  échoué  dans  des  douleurs  de  mollet , 
compliquées  d'une  affection  syphilitique  con- 
stitutionnelle ;  dans  une  névralgie  sciatique ,  ac- 
compagnée d'abcès  par  congestion  vers  la  région 
lombaire  ,  dans  quatre  rhumatismes  aigus. 

Elle  a  enlevé  les  douleurs  dans  un  cas  de  carie 
du  bassin  ;  dans  un  autre  cas  semblable  ,  après 
que  les  douleurs  eurent  été  enlevées,  la  cica- 
trisation des  abcès  fut  promptement  suivie  de 
la  guérison;  dans  deux  tumeurs  blanches  articu- 
laires, dans  un  cas  de  fracture  du  radius. 

J'ai  vu  réussir  en  outre  l'acupuncture  dans 
au  moins  cinquante  rhumatismes  chroniques. 

Je  l'ai  vue  aussi  échouer  dans  des  affections  sem- 
blables ,  mais  dans  une  plus  petite  proportion , 
surtout  dans  les  névralgies ,  où  rarement  elle  n'a 
pas  été  suivie  de  succès. 

Dans  un  grand  nombre  de  cas,  j'ai  vu  cette 
opération  faire  cesser  des  douleurs  dépendant 
d'une  lésion  profonde  des  tissus.  Je  l'ai  vue  en- 
core faire  disparaître  complètement  des  douleurs 
lancinantes  qui  affectaient  un  testicule  gonflé. 
Je  regrette  beaucoup  d'avoir  perdu  cette  obser- 
vation. 

Dans  le  reste  des  cas,  les  malades  soulagés  par 
une  première  acupuncture  ne  sont  pas  revenus 
nous  trouver. 

Je  termine  eu  disant  que  j'ai  rarement  vu  l'a- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  229 

cupuncture  ne  pas  produire  un  effet  quelconque, 

au  moins  momentané. 

89e  Observation  :  Douleurs  rhum atum aies  (  communiquée 
p;ir  M.  Devergie  ). 

Un  officier  goutteux  (salle  18.  n°  2.  M.  Rou- 
dier.  )  au  teint  pâle  et  blême ,  atteint  depuis  plu- 
sieurs années  d'arthritis  et  de  douleurs  muscu- 
laires dans  le  membre  gauche,  avec  gonflement 
du  talon,  a  été  beaucoup  soulagé,  et  la  marche 
facilitée  par  deux  séances  d'acupuncture  d'une 
heure  chaque,  pratiquée  avec  trois  aiguilles.  Des 
circonstances  particulières  ont  retardé  la  conti- 
nuation de  ces  moyens. 

90e  Observation  :  Douleurs  rhumatismales  (  communiquer 
par  M.  Devergie  ). 

Un  militaire  détenu,  portant  encore  une  plaie 
sur  le  sternum  qui  avait  été  carié,  éprouvait 
dans  les  pectoraux  du  côté  droit ,  de  la  gène  et 
de  la  souffrance  lors  des  mouvemens.  L'introduc- 
tion d'une  seule  aiguille  enleva  pour  huit  jours 
la  gêne  et  les  douleurs. 


2ôo  TRAITÉ 

91e Observation  '.Douleurs  nerveuses  (communiquée  par 
M.  De^ergie). 

Le  nommé  Frouin,  soldat  au  8e  régiment  de 
ligne,  affecté  depuis  six  ans  d'une  douleur  très- 
vive  dans  le  talon  droit ,  douleur  qui  l'empêchait 
de  se  servir  dans  la  marche  de  cette  partie  du 
pied,  fut  soumis  à  l'acupuncture  le  20  jan- 
vier. Une  aiguille  fut  introduite  dans  le  siège 
du  mal,  et  retirée  après  une  heure  de  séjour  ;  la 
douleur  avait  alors  disparu ,  et  le  malade  était 
très-surpris  de  pouvoir  faire  un  usage  égal  des 
deux  pieds.  Cet  avantage  ne  dura  que  huit  heures, 
l'acupuncture  fut  pratiquée  le  lendemain  et  sui- 
vie d'un  calme  qui  dura  deux  jours,  après  les- 
quels la  douleur  revint.  Une  troisième  acupunc- 
ture n'a  eu  qu'un  succès  de  même  durée. 


DE  L'ACUPUNCTURE. 


CHAPITRE  III. 

De  la  manière  de  pratiquer  l'Acupuncture,  et  des  phénomènes 
qui  accompagnent  ou  suivent  cette  opération. 

ARTICLE    PREMIER. 

Du  procédé  opératoire  et  de  ses  phénomènes. 

Je  vais  traiter  successivement  dans  cet  article 
des  instrumens  qu'emploie  M.  J.  Cloquet  pour 
pratiquer  l'acupuncture  ,  du  mode  d'introduction 
de  l'aiguille,  des  phénomènes  apparens  de  la 
piqûre,  de  ses  accidens ,  des  phénomènes  chi- 
miques et  physiques  de  cette  opération  ;  et  je 
terminerai  par  dire  un  mot  des  diverses  théories 
émises  à  ce  sujet. 

§  i".    Des  instrumens, 

La  première  fois  que  M.  Cloquet  pratiqua  l'a- 
cupuncture,  il  se  servit  d'une  aiguille  armée  d'un 
manche  d'ivoire  en  spirale,  et  ne  différant  de 
celles  des  Chinois  qu'en  ce  que  le  métal  était  de 
l'acier. 

Deux  ou  trois  jours  après,  il  crut,  en  tenant 
l'extrémité  libre  de  l'aiguille  entre  les  doigts  . 
sentir  un  frémissement  dans  ces  doigts,  et  même 


232  TRAITÉ 

dans  le  bras.  L'idée  qu'il  eut  alors  qu'il  pouvait 
bien  se  dégager  un  fluide  pendant  l'opération, 
lui  fit  supprimer  le  manche  de  l'instrument; 
il  augmenta  l'épaisseur  de  l'extrémité  obtuse 
de  l'aiguille,  à  laquelle  il  adapta  un  conducteur 
métallique.  Cette  espèce  d'aiguille  diffère  de 
l'autre  en  ce  que  le  manche  fait  corps  avec  la  tige, 
et  se  termine  par  un  petit  anneau.  Ces  aiguilles 
ont  en  général  d'un  à  quatre  pouces  de  longueur  ; 
elles  sont  très-acérées .  parfaitement  polies,  flexi- 
bles ,  et  de  grosseur  variable  ;  quelques-unes  sont 
capillaires. 

Les  conducteurs  sont  le  plus  souvent  en  fil  dé- 
liés de  laiton  ou  d'acier  recuit.  On  adapte  une  de 
leurs  extrémités  à  l'anneau  de  l'aiguille  ,  tandis 
qu'on  fait  plonger  l'autre  dans  un  vase  de  métal, 
lequel  contient  de  l'eau  salée. 

Depuis  quelque  temps,  M.  J.  Cloquet  emploie 
avec  autant  d'avantage  des  a'iguilles  dites  à  re- 
prises, très-fines  et  détrempées.  Pour  les  détrem- 
per, on  les  passe  à  la  flamme  d'une  bougie  ,  et  on 
les  laisse  refroidir  lentement.  L'acier  devient  alors 
flexible.  Leur  extrémité  mousse,  est  recourbée 
en  crochet,  et  porte  une  tête  en  plomb  arron- 
die, afin  qu'elles  ne  viennent  pas  à  se  perdre 
dans  les  organes.  Cette  précaution  est  de  toute 
rigueur,  car  en  perdant  des  aiguilles  dans  les  tis- 
sus, on  s'expose  à  exciter  chez  les  malades  une 


DK  L'AtJUPBWCTURE.  233 

frayeur  qui  peut  causer  de  graves  accidens.  Il  faut 
aussi  prendre  garde  que  la  tête  soit  arrondi» ■  de 
manière  à  ne  pas  entamer  la  peau.  M.  Cloquetne 
se  sert  que  de  cette  espèce  d'aiguilles,  quand  il 
veut  en  laisser  pendant  vingt-quatre  heures  el 
plus  dans  les  tissus,  parce  que,  leur  tête  présen- 
tant peu  de  longueur,  il  est  facile  de  la  recouvrir 
d'un  petit  emplâtre  de  diachylon.  Sans  cette  der- 
nière précaution  ,  le  frottement  des  vêtemens 
pourrait  faire  sortir  l'aiguille  ,  après  avoir  tiraillé 
les  tissus  d'une  manière  douloureuse. 

M.  J.  Cloquet  se  sert  aujourd'hui  à  peu  près 
indifféremment  de  toutes  les  aiguilles  ;  il  tient 
surtout  à  ce  qu'elles  soient  très-fines;  et  il  les 
choisit  de  longueur  différente ,  suivant  la  profon- 
deur à  laquelle  il  veut  les  faire  pénétrer. 

Tt  s'est  aussi  servi  avec  avantage  d'une  lame  de 
plomb,  trempée,  avant  son  application,  dans  de 
l'eau  salée  (1),  et  à  travers  laquelle  il  a  enfoncé 
les  aiguilles. 

Chaque  fois  qu'on  pratique  l'acupuncture,  il 
faut  avoir  soin  de  désoxider  l'aiguille  avant  de 
l'introduire.  On  se  sert  pour  cela  de  papier  à  lé- 
méri  ;  il  y  a  beaucoup  d'autres  movens  de  parve- 
nir au  même  but. 

(i)  Dans  un  cas  de  délire  furieux ,  il  appliqua  avec  avantage 
une  lame  de  plomb  trempée  dans  de  l'eau  salée,  sur  la  tête  qu'on 
avait   auparavant   rasée;    le  délire  se  calma. 


2  54  TEAITÉ 

§    2.   Mode   (V introduction  de  V aiguille. 

On  saisit  l'aiguille  entre  le  pouce  et  les  deux 
premiers  doigts  de  la  main  droite,  tandis  qu'a- 
vec le  pouce  et  l'indicateur  de  la  main  gauche 
on  tend  la  peau  à  l'endroit  où  l'on  veut  l'intro- 
duire. Cette  précaution  rend  l'introduction  plus 
prompte,  plus  facile  et  moins  douloureuse.  On  a 
généralement  conseillé  d'introduire  l'aiguille  par 
rotation.  Je  crois  cependant,  d'après  des  épreuves 
faites  sur  moi-même ,  que  l'introduction  de  l'ai- 
guille par  pression  est  moins  douloureuse.  C'est, 
à  mon  avis,  parce  que  la  rotation  augmente  les 
frottemens,  et  par  conséquent  les  tiraillemens  et 
les  douleurs.  Il  est  bon  aussi  que  l'introduction 
ne  soit  pas  trop  brusque. 

Il  faut,  dans  tous  les  cas,  percer  la  peau  per- 
pendiculairement à  sa  surface ,  parce  que  l'ai- 
guille pénètre  plus  facilemant  à  travers  les  aréoles 
du  derme,  et  sans  être  obligée  de  rompre  les  fibres 
de  cette  membrane  ,  comme  cela  arrive  lorsqu'on 
l'introduit  obliquement.  Lorsqu'on  veut  intro- 
duire une  aiguille  dans  le  cuir  chevelu  et  au  niveau 
des  os  superficiellement  placés ,  M.  J.  Cloquet 
donne  le  conseil  d'introduire  d'abord  perpendi- 
culairement l'aiguille  jusqu'à  ce  que  la  peau  soit 
percée  dans  toute  son  épaisseur,  et  ensuite  de  la 


DE  LACXJPUNCT1  RE. 

coucher  horizontalement,  et  de  la  faire  glisser 
obliquement  dans  le  tissu  cellulaire  sous-cu- 
tané. On  dirige  ensuite  la  pointe  de  l'aiguille 
obliquement  ou  directement ,  selon  que  les  par- 
ties molles  sont  plus  ou  moins  épaisses,  et  selon 
que  le  siège  de  la  douleur  est  plus  ou  moins  pro- 
fond. Il  faut ,  autant  qu'on  le  peut ,  introduire 
l'aiguille  dans  l'endroit  le  plus  douloureux  ;  sinon 
on  l'introduit  dans  les  tissus  les  plus  voisins ,  ayant 
soin  de  diriger  la  pointe  vers  l'organe  malade , 
dont  on  s'approche  le  plus  près  possible. 

Quand  les  douleurs  ont  leur  siège  dans  les  pa- 
rois d'une  cavité ,  M.  J.  Cloquet  a  soin  de  ne  pas 
la  transpercer;  il  le  fait,  au  contraire ,  si  c'est  un 
des  organes  qu'elle  contient  qui  est  affecté. 

S'il  n'y  a  pas  de  soulagement ,  cela  peut  tenir 
à  ce  que  l'aiguille  est  trop  ou  trop  peu  profondé- 
ment enfoncée,  ou  qu'elle  ne  l'est  pas  dans  un 
point  convenable  ;  on  recherche  alors  avec  plus 
de  soin  le  siège  de  la  maladie. 

§   3.    Phénomènes  apparais  de  V acupuncture» 

Quelquefois,  à  l'instant  même  de  l'introduction, 
le  malade  sent  partir  de  l'aiguille  une  sorte  d'étin- 
celle électrique  qui  sillonne  les  tissus  voisins. 
D'autres  fois  on  voit  de  légers  frémissemens  agiter 
l'aiguille  introduite  dans  un  muscle .  et  pendant 


â36  TRAITE 

ces  freruisseinens  le  malade  éprouve  des  élance- 
ruens  dans  la  région  de  l'aiguille. 

Pendant  que  l'aiguille  traverse  la  peau,  le  ma- 
lade sent  ordinairement  un  léger  picotement. 
Quand  l'aiguille  pénètre  dans  un  muscle,  les  con- 
tractions de  cet  organe  déterminent  une  sorte  de 
tiraillement  légèrement  douloureux.  Si  le  malade 
éprouve  des  douleurs  vives,  il  ne  sen|  pas  ordi- 
nairement celles  de  l'introduction  de  l'aiguille. 
En  général .  les  douleurs  de  l'introduction  et  du 
séjour  de  l'aiguille  deviennent  beaucoup  plus  vives 
quand  l'acupuncture  a  été  répétée  plusieurs  fois. 

Ordinairement,  quelques  minutes  après  l'in- 
troduction de  l'aiguille,  il  se  manifeste  autour 
d'elle  une  auréole  érythémateuse  plus  ou  moins 
régulière,  d'un  pouce  et  demi  à  deux  pouces  d'é- 
tendue. Quelquefois  cette  auréole  est  très-vive, 
d'autres  fois  elle  est  à  peine  apparente  ;  souvent 
enfin  elle  n'a  pas  lieu.  Elle  parait  ordinairement 
avant  la  sixième  minute  .  mais  il  n'est  pas  rare  de 
ne  la  voir  se  manifester  qu'au  bout  d'une  demi- 
heure. 

Quand  on  laisse  les  aiguilles  à  demeure  l'au- 
réole disparaît  au  bout  de  quelques  heures,  et 
les  aiguilles  ne  sont  assez  souvtut  environnées 
d'aucune  trace  d'inflammation  .  même  au  bout  de 
huit  jours. 

Jusqu'à  présent  cette  auréole  ue  ma  pas  paru 


DE  L'AGI  Pi  \<:i  (  RE. 

toujours  en  rapport  avec  les  résultats  de  I  acupunc- 
tnufe.  Je  l'ai  vue  à  peine  apparente  dans  des  cas  où 

la  guérison  a  été  complète.  Je  l'ai  vue  quelque- 
fois au  contraire  très-prononcée  .  quand  le  soula- 
gement était  à  peine  sensible.  Rarement  voit-on 
s'écouler  du  sang  par  les  piqûres  .  lorsqu'on  re- 
tire les  aiguilles,  et  cela  n'arrive  que  quand  celles* 
ci  ont  traversé  quelques  veines  ou  artères  superfi- 
cielles, ou  quand  les  fibres  qu'elles  avaient  écar- 
tées ne  revenaient  pas  de  suite  sur  elles-mêmes. 
Je  n'ai  d'ailleurs  jamais  remarqué  que  cela  influât 
sur  les  résultats  de  l'opération. 

L'endroit  de  la  piqûre  est  marqué  par  un  petit 
point  rouge  qui  ne  tarde  pas  à  s'effacer.  La  peau 
qui  environnait  l'aiguille  est  ordinairement  un  peu 
engorgée  dans  l'étendue  d'une  a  deux  lignes.  L'ai- 
guille étant  mise  à  demeure  .  cet  engorgement 
persiste,  et  ii  s'établit  un  léger  suintement  de  sé- 
rosité qui  vient  ordinairement  se  concreter  sur 
les  bords  de  la  petite  plaie. 

Mais  quelquefois,  si  la  tète  de  l'aiguille,  placée 
a  demeure,  n'est  pas  garantie  du  frottement  des 
vètemens  .  il  se  forme  un  léger  engorgement  in- 
flammatoire .  qui  peut  même  se  terminer  par 
suppuration. 


258  TRAITE 

§   4-    -4ccidens  de  la  piqûre. 

L'aiguille ,  qu'on  l'introduise  par  rotation  ou 
par  pression ,  pénètre  dans  les  tissus  en  écartant 
leurs  fibres.  Quand  on  parle  d'accidens  survenus 
à  la  suite  d'une  piqûre  de  nerfs  ou  d'artères ,  cela 
s'entend  le  plus  souvent  de  piqûres  faites  par  un 
canif,  la  pointe  d'une  épée,  une  écharde  de  bois; 
et  il  y  a  très-loin  delà  aux  aiguilles  acérées  dont  on 
se  sert  pour  pratiquer  l'acupuncture.  Je  crois  tou- 
tefois la  question  trop  importante  pour  ne  pas  m'y 
arrêter  un  instant.  Je  vais  examiner  successive- 
ment les  piqûres  des  nerfs ,  celles  des  artères  et 
des  viscères. 

i°  Piqûres  des  nerfs.  Quand  un  nerf  est  piqué 
par  un  instrument  peu  acéré ,  il  est  vrai  qu'il  se 
manifeste  toujours  une  douleur  très-vive  que  le 
malade  rapporte  aux  parties  dans  lesquelles  le 
nerf  se  ramifie  ,  et  que  cette  douleur  peut  même 
être  suivie  des  accidens  les  plus  graves.  Mais  il 
n'en  est  pas  ainsi ,  lorsque  l'on  se  sert  d'aiguilles 
fines  et  très-acérées;  dans  plus  de  douze  cents 
acupunctures,  je  n'ai  jamais  vu  se  manifester  de 
douleurs  assez  vives  pour  qu'on  ait  été  obligé  de 
retirer  de  suite  l'aiguille  ;  dans  les  cas  rares ,  des 
douleurs  vives  ont  lieu,  mais  elles  n'ont  jamais 
manqué  de  se  dissiper  quelques  minutes  après. 
Souvent ,  il  est  vrai ,  les  malades  ont  souffert  da- 


DE  L'ACUPUNCTURE. 

vantagc  ,  mais  ils  savaient  bien  nous  dire  que  <  < 
tait  des  douleurs  qu'ils  éprouvaient  auparavant  , 
tandis  qu'ils  s'apercevaient  à  peine  de  celles  <!<•- 
pendant  de  la  piqûre.  Cependant  plusieurs  acu- 
punctures, pratiquées  dans  un  même  endroit,  y 
déterminent  parfois  une  sorte  de  susceptibilité 
nerveuse  ,  et  alors  la  douleur  de  la  piqûre  se 
conserve  quelque  temps  après  que  l'aiguille  a  été 
retirée.  Cette  douleur,  d'ailleurs  ordinairement 
légère,  est  bien  différente  des  élancemens  qui 
résultent  de  la  piqûre  d'un  nerf.  J'ai  cependant 
voulu  m'assurer  plus  directement  de  l'innocuité 
des  piqûres  de  nerfs. 

Pour  cela,  j'ai  introduit  des  aiguilles  dans  le 
cerveau  et  dans  la  moelle  épinière  d'un  chat,  et 
cet  animal  n'a  témoigné  aucune  douleur  à  la  sim- 
ple piqûre  ;  il  n'est  survenu  aucun  changement 
dans  l'exécution  des  fonctions.  Ayant  mis  à  nu 
une  branche  du  nerf  crural ,  j'y  ai  enfoncé  une 
aiguille  à  plusieurs  reprises,  et  l'animal  n'a  donné 
aucun  signe  de  douleur.  Il  en  donnait ,  au  con- 
traire, quand,  au  lieu  de  traverser  le  nerf,  je  l'ir- 
ritais avec  la  pointe  de  l'instrument.  La  cessation 
de  cette  manœuvre  paraissait  aussitôt  suivie  de 
celle  de  la  douleur.  Il  ne  pourrait ,  je  crois  .  se 
présenter  de  cas  semblables  dans  l'acupuncture, 
que  si  l'on  faisait  exécuter  des  mouvemens  à  la 
partie  où  l'aiguille  se  trouve  enfoncée  ;  et  encore 


2/,o  TRAIT  K 

suffir&it-il  d'interrompre  ces  mouvemens  pour 
faire  cesser  les  douleurs.  J'ai  vu  au  reste  plus  d'une 
fois  M.  J.  Cloquet  piquer  la  plante  du  pied  sans 
aucun  accident. 

2°  Piqûres  des  artères.  MM.  Belaunay  et  A.  Bé- 
clard  ont  démontré  par  de  nombreuses  expé- 
riences l'innocuité  des  piqûres  faites  aux  artères 
par  des  aiguilles  déliées.  Ainsi ,  une  piqûre  faite 
à  l'artère  fémorale  d'un  chien ,  avec  une  aiguille 
conique  et  déliée,  donne  lieu  à  l'infiltration  d'une 
très-petite  quantité  de  sang  dans  le  tissu  cellu- 
laire qui  unit  l'artère  à  la  gaine.  Cette  ecchymose 
légère  se  dissipe  en  quelques  jours.  On  tue  l'ani- 
mal à  cette  époque  j  on  fend  l'artère  à  la  partie 
postérieure,  et  l'on  n'aperçoit  à  son  intérieur  au- 
cune trace  de  la  piqûre.  A  l'extérieur,  le  tissu 
cellulaire  qui  unit  l'artère  à  la  gaine  est  encore 
un  peu  compacte. 

«  Si  l'artère  est  soigneusement  dépouillée  de  sa 
gaîne  cellulaire  ,  la  piqûre  d'aiguille  donne  issue 
à  une  certaine  quantité  de  sang ,  qui ,  se  concré- 
tant  peu  à  peu  à  la  surface  de  l'artère ,  finit  par 
arrêter  bientôt  l'hémorrhagie.  » 

Il  est  arrivé  une  seule  fois  qu'une  artériole  de  la 
région  temporale  ayant  été  ouverte  ,  un  sang  rouge 
sortit  en  sourdant  par  la  petite  plaie  ;  une  légère 
compression  suffit  pour  arrêter  sur-le-champ  cet 
écoulement.  Il  ne  s'en  est  suivi  aucun  accident. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  241 

Dans  un  autre  cas ,  deux  jours  après  une  piqûre 
faite  sur  le  trajet  de  l'artère  ridiale,  il  se  mani- 
festa une  taché  jaune,  de  la  largeur  d'une  pièce 
de  six  francs.  Elle  disparut  trois  jours  après,  sans 
qu'il  en  soit  survenu  d'accident. 

Quoiqu'il  soit  extrêmement  probable  que  la 
piqûre  des  artères,  faite  par  une  aiguille  à  acu- 
puncture ,  ne  puisse  être  suivie  d'accidens,  il  faut 
cependant ,  comme  le  conseille  M.  J»  Cloquet , 
éviter,  autant  que  possible,  celles  qui  ont  une 
certaine  grosseur  (1).  Il  est  inutile  de  parler  de  la 
piqûre  des  veines ,  qui  ne  peut  entraîner  d'acci- 
dent grave  quand  les  aiguilles  sont  très-fines. 

20  Piqûres  des  viscères.  «  Il  y  a  une  masse  de 
faits  (2)  qui  prouvent  l'innocuité  de  la  perfora- 
tion de  plusieurs  viscères  ;  et  sans  citer  la  plupart 
des  auteurs  de  ces  faits  ,  je  me  contenterai  de  dire 
que  le  docteur  Bretonneau,  de  Tours,  a  fait  tout 
récemment  à  l'hospice  général  de  cette  ville,  sur 
de  jeunes  chiens  à  la  mamelle,  des  expériences 
dans  lesquelles  il  a  perforé  d'outre  en  outre ,  et 
dans  toutes  les  directions,  le  cerveau,  le  cervelet, 
le  cœur,  les  poumons,  l'estomac,  etc.,  de  ces  ani- 
maux, sans  qu'ils  aient  manifesté  la  moindre  dou- 
leur, ni  qu'il  s'en  soit  suivi,  pour  eux,  d'incon- 

(i)  On  sait  que  dans  les  grosses  artères  l'élasticité*  des  tuniques 
est  relativement  moins  grande  que  dans  les  petites. 
(%)  M.  Haimc  ,  Notice  sur  l'acupuncture,  op.  oit. 

16 


242  TRAITÉ 

vénient  notable.  Il  a  seulement  observé  que  si 
Ton  piquait  le  cœur  avec  une  aiguille  d'un  cer- 
tain calibre ,  il  pourrait  y  avoir  effusion  de  sang  ; 
et  dans  un  cas  de  cette  espèce  il  a  trouvé  un 
petit  épanchement  dans  le  péricarde.  Ces  mêmes 
expériences  lui  ont  fourni  occasion  de  vérifier  ce 
qu'a  dit  M.  Béclard  de  l'élasticité  des  tuniques 
artérielles  et  du  peu  de  danger  de  leur  piqûre, 
par  un  instrument  aigu ,  rond  et  lisse  ,  même 
d'un  certain  calibre.  Dans  une  circonstance , 
M.  Bretonneau  a  vu,  à  la  suite  de  la  piqûre  d  une 
artère ,  un  jet  de  sang  s'arrêter  de  suite  par  le 
prompt  resserrement  de  la  petite  plaie.  » 

Quant  à  moi ,  j'ai  vu  plusieurs  fois  M.  J.  Clo- 
quet  introduire  sur  des  malades  des  aiguilles  si 
profondément  dans  les  parois  de  la  poitrine,  qu'il 
était  impossible  de  ne  pas  croire  qu'elles  péné- 
traient dans  le  poumon  ;  il  en  a  souvent  introduit 
très -profondément  dans  la  région  du  foie;  il  a 
plusieurs  fois,  à  n'en  pas  douter,  pénétré  dans 
l'intérieur  de  l'estomac  et  des  intestins.  Hé  bien , 
dans  tous  ces  cas ,  les  malades  ont  été  observés 
pendant  plusieurs  jours,  et  l'on  n'a  jamais  vu 
d'accidens  s'ensuivre.  M.  J.  Cloquet  a  également 
pénétré  dans  le  tissu  du  testicule,  sans  que  le 
malade  accusât  plus  de  douleurs  que  dans  tout 
autre  cas. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  ^3 

§  5.  Des  accidens  de  l'acupuncture. 

Quelquefois  aussitôt  api  es  l'introduction  de 
l'aiguille,  le  malade  éprouve  des  douleurs  lanci- 
nantes vives.  Si  ces  douleurs  sont  trop  fortes,  h 
suffit  toujours,  pour  les  faire  cesser,  comme  je 
l'ai  déjà  dit,  de  retirer  l'aiguille;  mais  on  doit  es- 
sayer d'abord  s'il  ne  suffirait  pas  de  la  retirer  seu- 
lement un  peu. 

On  a  lieu  de  s'étonner  que  l'acupuncture  soit 
pratiquée  sans  accident  à  la  plante  des  pieds,  ce 
que  j'ai  vu  au  moins  trois  fois.  Les  panaris,  dit- 
on,  ne  reconnaissent  pas  souvent  d'autres  causes. 
Quand  les  panaris  sont  la  suite  de  piqûres,  celles- 
ci  sont  ordinairement  faites  par  une  épine,  une 
arête  de  poisson,  un  éclat  de  bois,  etc.  ;  ce  cas 
n'a  pas  une  parfaite  analogie  avec  celui  dont  il 
est  question.  Mais  ils  peuvent  aussi,  dit-on,  pro« 
venir  de  piqûres  faites  avec  des  aiguilles  fines , 
acérées,  semblables  à  celles  dont  on  se  sert  pour 
pratiquer  l'acupuncture,  et  cependant  dans  cette 
opération  ces  mêmes  aiguilles  n'occasionent 
point  d'accidens.  Voici  comment  je  crois  pou- 
voir expliquer  ces  phénomènes  :  quand  la  piqûre 
doit  déterminer  un  panaris,  toujours  l'aiguille  a 
été  introduite  brusquement  dans  les  tissus;  au 
Jeu  d'écarter  leurs  fibres,    elle  les   a  déchirées  . 


244  TRAITE 

rompues,  tandis  que  dans  l'acupuncture  l'intro- 
duction lente  de  l'aiguille  donne  aux  fibres  le 
temps  de  s'allonger  et  de  s'ëcarter  davantage.  On 
conçoit  facilement  que  dans  un  cas  la  douleur 
doit  être  très-vive,  tandis  qu'elle  est  à  peine  sen- 
sible dans  l'autre.  Peut-être  aussi  que  dans  l'acu- 
puncture le  séjour  de  l'aiguille  enlève,  comme 
le  pense  M.  J.  Cloquet,  le  principe  de  l'irritation. 

Quelquefois  il  sort  quelques  gouttes  de  sang, 
en  même  temps  qu'on  retire  l'aiguille.  J'ai  vu 
un  cas  où  l'artère  temporale  ayant  été  ouverte  par 
une  aiguille,  il  se  forma  une  petite  tumeur  san- 
guine qui  disparut  complètement  en  quelques 
heures,  sous  l'influence  d'une  compression  légère 
établie  sur  la  piqûre. 

Je  sais  également  qu'un  malade  que  l'on  trai- 
tait pour  des  coliques,  à  l'Hôtel-Dieu,  et  auquel 
on  avait  pratiqué  l'acupuncture  au  ventre ,  est 
mort  à  la  suite  de  la  grande  frayeur  qu'il  eut 
parce  que  deux  aiguilles  sans  tête  qu'on  lui  avait 
placées  dans  la  paroi  abdominale  s'étaient  per- 
dues. Mais  l'autopsie  cadavérique  prouva  que  ces 
deux  aiguilles ,  qu'on  retrouva  dans  la  cavité  ab- 
dominale, n'avaient  déterminé  aucune  inflamma- 
tion, et  que  la  commotion  morale  très-vive  du 
malade  a  été  avec  raison  regardée  par  le  méde- 
cin comme  la  cause  de  la  mort. 

Cette  observation  prouve  que  l'accident  dont  il 


DE  L'ACUPUNCTURE.  i4S 

est  question  peut  causer  une  frayeur  mortelle. 

Outre  l'observation  de  M.  Berlioz,  j'ai  vu  trois  lois 
des  aiguilles  se  perdre  ainsi  dans  les  tissus  sans  qu'il 
survînt  aucun  accident.  On  ne  pourra,  d'ailleurs, 
s'empêcher  d'admettre  l'innocuité  des  aiguilles 
dans  ce  cas,  si  l'on  se  rappelle  que  plus  d'une  fois 
des  centaines  d'aiguilles  ou  d'épingles  ont  été 
trouvées  dans  des  cadavres  humains  sans  qu'elles 
fussent  entourées  de  traces  d'inflammation. 

On  a  parlé  de  beaucoup  d'accidens  graves,  tels 
que  du  délire ,  des  paralysies ,  des  convulsions , 
des  inflammations  mortelles,  qui  auraient  ou  ac- 
compagné ou  suivi  l'acupuncture.  Je  puis  affirmer 
que  je  n'ai  jamais  été  témoin  de  semblables  acci- 
dens  sur  les  nombreux  malades  que  j'ai  vu  opé- 
rer à  l'hôpital  Saint-Louis;  et  si  nous  en  avions 
observé,  nous  nous  serions  empressés  de  les  faire 
connaître,  persuadés  que  nous  sommes  qu'il  est 
presque  toujours  bien  plus  utile  de  publier  les 
cas  malheureux  de  la  pratique  que  d'en  faire  con- 
naître les  succès. 

On  avait  annoncé  dans  le  monde  qu'un  officier 
opéré  à  l'hôpital  Saint-Louis  par  M.  Cloquet 
avait  éprouvé  des  accidens  tellement  graves,  qu'il 
avait  été  forcé  de  se  faire  transporter  à  l'hôpital 
militaire.  Je  crois  devoir  donner  ici  les  reoseigne- 
mens  positifs  qui  m'ont  été  communiqués  à  ce  sujet 
par  M.  Devergie,  chirurgien  de  l'hôpital  militaire. 


2^6  TRAITÉ 


77e  Obs.  :  Gastro-entérite  ;  (commun,  par  M.  Devergie^, 
démonstrateur  à  l'hôpital  du  Val-de-Grâce.  ) 


M.  Gergoix,  capitaine  au  7e  régiment  de  ligne, 
en  garnison  à  Paris  (caserne  Popincourt) ,  souf- 
frait depuis  quatorze  mois  d'une  irritation  gastro- 
intestinale, qu'il  promena  en  Espagne  pendant 
la  dernière  campagne  et  ramena  en  France  sans 
avoir  pu  y  porter  remède  ;  les  circonstances  n'é- 
taient pas  propres  à  favoriser  saguérison,  son 
service  à  Paris  le  gênait  encore  pour  faire  un 
traitement  convenable.  Des  douleurs  musculaires 
abdominales,  sympathiques  de  sa  gastrite  chro- 
nique, et  des  douleurs  intestinales,  vinrent  ajou- 
ter à  son  état  habituel  de  souffrance,  et  il  était 
décidé  à  entrer  à  l'hôpital  du  Yal-de-Grâce  pour 
s'y  faire  traiter  et  jouir  du  repos  nécessaire  ,  lors- 
qu'un de  ses  amis,  capitaine  au  même  régiment, 
fut  débarrassé  de  semblables  douleurs  par  l'acu- 
puncture. Décidé  à  tenter  ce  moyen  avant  d'en 
employer  d'autres ,  il  se  rendit  à  l'hôpital  Saint- 
Louis  accompagné  du  chirurgien-major  du  corps. 
M.  Cloquet,  consulté,  pratiqua  l'acupuncture; 
une  aiguille  de  quatre  pouces  fut  enfoncée  sur 
un  des  côtés  de  l'ombilic  dans  la  paroi  abdo- 
minale. Le  malade  ressentit  une  douleur  assez 
vive  au  fur  et  à  mesure  que  l'instrument  y  péné- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  24- 

trait.  Une  deuxième  aiguille  de  trois  pouces  fut  pla- 
cée sur  le  côté  opposé,  et  occasiona  la  même  dou- 
leur, qui  était  assez  vive  pour  causer  de  l'anxiété, 
des  sueurs  à  la  tête,  et  des  faiblesses,  sans  ce- 
pendant entraîner  la  syncope.  Nous  en  fûmes 
tous  étonnés  ,  d'autant  plus  que  d'autres  ma- 
lades présens  supportaient  la  môme  opération, 
sans  ressentir  rien  qui  ressemblât  au  malaise 
de  M.  Gergoix.  Après  un  quart  d'heure,  la 
souffrance  continuant,  l'aiguille  la  plus  longue 
fut  retirée  d'un  pouce.  Craignant  une  syncope, 
le  malade  demanda  un  siège.  Le  mouvement  opéré 
pour  s'asseoir  augmenta  la  douleur  et  l'anxiété, 
qui  durèrent  environ  une  heure ,  temps  pendant 
lequel  le  malade  garda  les  aiguilles  :  à  peine  furent- 
elles  retirées ,  que  l'appareil  des  symptômes  qui 
avaient  existé  se  dissipa,  et  cet  officier  regagna  à 
pied  la  caserne  de  Popincourt.  Fatigué  de  cette 
séance  inattendue,  il  se  mit  au  lit,  un  accès  de 
fièvre  se  déclara,  dura  de  cinq  à  six  heures,  se 
termina  par  des  sueurs  ;  la  nuit  se  passa  tranquil- 
lement, et  le  lendemain  M.  Gergoix  vaquait  comme 
de  coutume  à  ses  occupations  journalières,  sans 
éprouver  la  moindre  douleur  abdominale,  ni  au- 
cun embarras  qui  fût  la  suite  de  ses  piqûres.  Il 
est  à  remarquer  qu'une  défécation  facile  suivit  l'o- 
pération ,  tandis  que  la  constipation  était  l'étal 
habituel. 


248  TRAITÉ 

Le  surlendemain  de  l'acupuncture,  notre  offi- 
cier exécuta  le  projet  qu'il  avait  de  venir  au  Val- 
de-Grâce  réclamer  les  secours  de  l'art  contre 
son  affection  viscérale  chronique.  N'ayant  pu  se 
procurer  de  voiture  pour  faire  le  trajet,  il  y  vint 
à  pied  par  une  pluie  assez  abondante ,  ne  s'ar- 
rêta qu'un  instant,  rue  du  Pont-aux-Choux,  et 
traversa  de  suite  la  longue  distance  qui  existe 
de  là  à  l'hôpital ,  sans  s'arrêter  un  seul  instant  et 
sans  fatigue  ni  douleurs. 

Depuis  le  9  janvier  1826,  époque  de  son  en- 
trée à  l'hôpital  (salle  18  ,  n°  5  ) ,  il  ne  reçut  que 
les  soins  qu'exige  sa  gastrite  chronique  :  il  ne 
se  plaignit  nullement  de  douleurs  d'entrailles  : 
et  s'il  n'a  pas  éprouvé  de  soulagement  complet 
de  l'acupuncture ,  on  peut  attester  que  les 
suites  de  cette  opération  n'ont  point  aggravé  son 
état  antécédent.  M.  Pierre,  médecin,  lui  donne 
ses  soins,  et  le  malade  m'a  assuré  que  si,  à  l'a- 
venir, des  douleurs  musculaires  venaient  à  le  faire 
souffrir,  il  ne  balancerait  pas  à  se  laisser  acu- 
puncturer,  quoiqu'il  ne  fût  plus  disposé  à  se  lais- 
ser piquer  dans  les  parois  abdominales. 

§  6..  Phènomhifs  d'oxidation  de  V aiguille. 

Dés  ses  premières  acupunctures,  M.  J.  Cloquet 
fut  frappé  de  la  rapidité  avec  laquelle  les  aiguilles 


DE  L'ACUPUNCTURE.  2^9 

s'oxident  ,  et  personne  avant  lui  n'avait  noti- 
ce phénomène  ;  il  ne  tarda  pas  non  plus  à  remar- 
quer que  l'oxidation  variait  beaucoup  d'intensité. 
Pensant  qu'elle  pouvait  être  liée  aux  phéno- 
mènes de  guérison  ,  il  fixa  notre  attention  sur 
ce  point.  Or  ,  voici  ce  que  nous  avons  observé 
avec  lui. 

Les  aiguilles  sont  ordinairement  plus  oxidées 
à  la  pointe  qu'ailleurs.  Quelquefois  la  partie  qui 
plonge  dans  les  tissus  est  recouverte  de  toutes 
parts  d'une  couche  d'oxide  ;  d'autres  fois ,  elle 
ne  présente  que  des  plaques  irrégulières  ;  le  plus 
souvent  les  surfaces  oxidées  sont  disposées  en 
zones  d'un  cinquième  de  ligne  à  deux  lignes  de 
largeur,  plus  ou  moins  éloignées  les  unes  des  au- 
tres (d'une  demi- ligne  à  trois  lignes  environ). 
Quand  l'aiguille  a  séjourné  pendant  plusieurs  jours 
dans  les  tissus ,  outre  qu'elle  est  oxidée  ,  elle 
est  aussi  baignée  par  de  la  sérosité.  L'oxidation 
est  ordinairement  plus  forte  quand  il  sort  du  sang 
après  l'extraction  de  l'aiguille.  Les  aiguilles  polies 
et  non  détrempées  paraissent  s'oxider  davantage. 
Pour  savoir  plus  sûrement  à  quoi  nous  en  tenir  à 
ce  sujet ,  M.  J.  Cloquet  me  donna  l'idée  de  faire 
les  expériences  suivantes  sur  l'homme  sain  et  sur 
le  cadavre. 

i°  Sur  le  cadavre  froid.  A  midi ,  j'enfonce  deux 
aiguilles  *jlans   la  cuisse  d'un   cadavre   d'individu 


25o  TRAITE 

mort  depuis  quarante  -  huit  heures.  Je  les  retire 
à  trois  heures  et  demie  sans  observer  aucun  phé- 
nomène d'oxidation  ;  il  n'y  a  qu'une  teinte  d'un 
bleu  noirâtre  à  l'endroit  où  l'aiguille  touche  la 
peau  ;  la  partie  enfoncée  ne  présente  aucun  chan- 
gement. 

Une  autre  aiguille  est  enfoncée  à  une  heure 
dans  l'abdomen  dune  jeune  fille  morte  depuis 
quinze  heures.  Elle  est  retirée  à  trois  heures  et 
demie ,  et  ne  présente  pas  de  phénomène  d'oxi- 
dation. 

2°  Je  verse  de  l'eau  à  cinquante -cinq  degrés 
(therin.  Réaumur)  sur  deux  tranches  de  chair 
prises  dans  les  parois  abdominales  d'un  cadavre 
de  femme  morte  depuis  quarante  -  huit  heures. 
Ces  chairs  sont  parfaitement  fraîches  ;  cinq  mi- 
nutes après  qu'elle  est  versée  l'eau  marque  trente- 
deux  degrés ,  température  de  l'homme.  Je  retire 
alors  une  des  tranches  de  chairs.  A  une  heure 
moins  un  quart  j'enfonce  deux  aiguilles  dans  cha- 
que tranche ,  de  manière  à  les  percer  suivant  leur 
épaisseur ,  et  à  arrêter  la  pointe  des  aiguilles  dans 
la  touche  musculaire.  Sur  ces  deux  tranches 
j'arme  une  des  aiguilles  d'un  conducteur  métalli- 
que ,  que  je  fais  plonger  par  son  extrémité  libre 
dans  un  vase  de  fer-blanc  contenant  del'eau  salée. 
La  température  de  l'eau  est  maintenue  de  vingt- 
huit   à  trente -deux  degrés  ;   celle  de  la*  tranche 


DE  L'ACUPUNCTURE.  a5i 

exposée  à  l'air  varie  de  vingt-cinq  à  trente-cinq 
degrés. 

A.  Tranche  exposée  à  l'air.  A  trois  heures  un 
quart  l'aiguille  à  conducteur  retirée  ne  présente 
aucun  phénomène  d'oxidation;  elle  est  seulement 
arrosée  d'une  vapeur  onctueuse  (  qui ,  bien  qu'en- 
levée sur-le-champ  ,  ternit  légèrement  l'aiguille 
par  le  contact  de  l'air. 

L'aiguille  sans  conducteur,  retirée,  est  égale- 
ment très-brillante,  quoique  essuyée  sur-le-champ 
afin  d'enlever  la  vapeur  qui  la  mouille.  Elle  se 
ternit  également  à  l'air. 

B.  L'aiguille  à  conducteur ,  retirée  à  peu  près 
en  même  temps  de  la  tranche  qui  est  dans  Veau  , 
présente  une  oxidation  extrêmement  prononcée 
dans  toute  la  partie  qui  plonge  dans  les  chairs. 
Je  l'essuie  avec  soin ,  et  l'oxidation  y  persiste. 
Quant  à  la  partie  de  l'aiguille  qui  était  hors  des 
chairs,  et  qui  se  trouvait  dans  l'eau,  elle  n'est 
point  oxidée. 

L'aiguilîe  sans  conducteur  est  également  forte- 
ment oxidée  ;  mais  la  partie  hors  des  chairs  .  et 
qui  se  trouve  baignée  par  l'eau  ,  ne  l'est  pas. 

5°  Sur  l'homme  sain.  A  deux  heures  moins  un 
quart  je  m'enfonce  une  aiguille  dans  le  mollet,  à 
la  profondeur  d'un  pouce  environ.  La  douleur  de 
l'introduction  est  à  peine  sensible  ,  et  je  ne  sens 
qu'un  léger  picotement.  Au  moindre  mouvement. 


252  TRAITÉ 

il  se  manifeste  de  faibles  douleurs  qui  me  sem- 
blent de  la  nature  de  celles  des  crampes  ;  elles  se 
prolongent  davantage  vers  l'attache  supérieure  du 
muscle  soléaire  :  c'est  surtout  vers  la  pointe  de 
l'aiguille  que  je  les  rapporte  ,  et  de  légers  frémis- 
semens  agitent  les  parties  environnantes. 

Dans  le  plus  parfait  repos ,  je  sens  de  temps  à 
autre  de  faibles  élancemens  vers  la  pointe  de  l'ai- 
guille. Quinze  minutes  se  sont  écoulées  sans  qu'il 
y  ait  encore  d'auréole  érythémateuse.  Après  qua- 
rante-cinq minutes  ,  une  teinte  légèrement  rosée 
se  prononce  au  pourtour  de  l'aiguille.  Au  bout 
d'une  heure  j'adapte  un  conducteur  métallique 
sans  ôter  l'aiguille ,  et  je  le  fais  plonger  par  son 
extrémité  libre  dans  un  vase  en  fer-blanc  conte- 
nant de  l'eau  salée.  L'aiguille  reste  en  place  en- 
core pendant  un  quart  d'heure  sans  phénomènes 
particuliers.  Enfin,  au  bout  de  cinq  quarts  d'heure 
je  retire  l'aiguille  :  elle  ne  me  présente  d'autres 
traces d'oxidation  qu'un  cercle  filiforme  noir,  qui 
marque  jusqu'où  l'aiguille  a  été  enfoncée.  Deux 
autres  demi-cercles,  également  noirs  et  filiformes, 
partagent  en  deux  parties  presque  égales  la  portion 
de  l'aiguille  qui  a  été  enfoncée  ;  mais  ils  sont  loin 
de  présenter  des  surfaces  rugueuses ,  comme  dans 
l'oxidation  qu'on  remarque  chez  les  malades.  Crai- 
gnant de  n'avoir  pas  examiné  d'assez  près  l'aiguille 
avant  l'acupuncture  ,  et  que  ces  cercles  n'existas- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  *53 

Sent  déjà  au  lieu  d'être  le  résultat  de  cette  opéra- 
tion, je  m'enfonce  de  suite  dans  l'autre  mollet 
une  autre  aiguille  parfaitement  brillante. 

J'introduis  l'aiguille  à  quatre  heures,  à  la  pro- 
fondeur d'un  pouce  et  demi  ;  je  vais  même ,  par 
mégarde ,  jusqu'à  piquer  le  périoste  du  tibia  ,  ce 
dont  je  suis  averti  parla  résistance  de  l'os.  La  dou- 
leur vive  que  je  ressens  me  force  à  la  retirer  un 
peu.  A  cinq  heures  il  n'y  a  encore  aucune  trace 
d'auréole.  Pendant  le  séjour  de  l'aiguille ,  mêmes 
phénomènes  que  dans  le  cas  précédent.  A  cinq 
heures  un  quart,  j'adapte  un  conducteur  métalli- 
que :  aussitôt  après  je  sens  un  léger  engourdisse- 
ment dans  toute  la  jambe  (phénomène  qui  peut 
tenir,  au  reste ,  à  ce  qu'au  moindre  mouvement 
l'aiguille  est  tiraillée  par  le  conducteur  qui  est  fixé 
au  vase).  Un  quart  d'heure  après,  l'aiguille  est  re- 
tirée, et  je  sens  dans  le  mollet  un  léger  engour- 
dissement qui  ne  se  dissipe  qu'une  heure  après. 
L'aiguille  ne  présente  pas  d'autres  traces  d'oxida- 
tion  que  de  petits  cercles  noirâtres  ,  comme  dans 
le  cas  précédent  ;  ils  sont  cependant  cette  fois  un 
peu  plus  larges  et  plus  multipliés  (  6  à  8  ). 

Ne  peut -on  pas  conclure  de  ce  qui  précède  . 
i°  que,  sur  le  cadavre,  une  température  élevée 
est  nécessaire  à  l'oxidation  de  l'aiguille  ;  2°  que  . 
sur  le  vivant ,  elle  est  ordinairement  très-pronon- 
cée dans  le  cas  de  douleurs,  tandis  qu'elle  l'est  à 


254  TRAITÉ 

peine  chez  l'homme  sain?  L'oxidation  serait-elle 
relative  à  l'intensité  des  douleurs?  Aurait -elle 
quelques  rapports  avec  les  phénomènes  de  gué- 
rison?  Certains  malades  ont  présenté  une  oxida- 
tion  de  l'aiguille  extrêmement  prononcée ,  quoi- 
que le  soulagement  fût  à  peine  sensible  ;  tandis 
que  quelques  autres  ont  été  complètement  guéris , 
quoiqu'il  y  eût  à  peine  des  traces  d'oxidation.  On 
se  rappelle  d'ailleurs  que  les  Chinois  se  servent 
avec  succès  de  métaux  très -difficilement  oxida- 
bles;  cependant  j'ai  souvent  remarqué  que,  dans 
le  cours  d'un  traitement .  l'oxidation  diminuait 
avec  les  douleurs,  tandis  que  celles  causées  par 
la  piqûre  augmentaient.  Si  donc  il  n'est  pas  prouvé 
que  l'oxidation  de  l'aiguille  soit  liée  aux  phéno- 
mènes de  guérison ,  il  semblerait  du  moins  que 
ces  phénomènes  sont  plus  ou  moins  entravés 
quand  l'aiguille  est  couverte  d'oxide.  S'il  en  était 
ainsi ,  on  devrait  se  servir  de  préférence  d'aiguil- 
les en  or  ou  en  argent.  Ce  point  de  l'histoire  de 
l'acupuncture  mérite  de  nouvelles  recherches. 

§  7.  Phénomènes  physiques  de  V acupuncture . 

M.  J.  Cloquet  ayant  soupçonné  que  dans  l'a- 
cupuncture l'aiguille  pouvait  agir  à  la  manière 
des  pointes ,  soutirer  un  fluide  particulier  dont 
Vaccumulation  aurait  été  la  cause  de  la  douleur. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  2  55 

il  fallait,  pour  s'en  assurer  ,  faire  des  expériences. 
Le  24  décembre  1824 ,  MM.  J.  Cloquet  et  Pelle- 
tan  constatèrent  sur  des  malades  l'existence  d'un 
courant  galvanique  au  moyen  du  multiplicateur 
de  Shweiger  (1).  Je  voulus  m'assurer  de  mon  côté 
s'il  y  avait  également  un  courant  galvanique  lors- 
qu'on faisait  les  expériences  sur  le  sujet  sain  ;  et 
pour  cela,  je  m'introduisis  une  aiguille  dans  les 
chairs  du  mollet,  et  j'observai  les  mêmes  oscilla- 
tions de  l'aiguille  aimantée. 

Je  m'enfonçai  ensuite  une  seconde  aiguille  dans 
l'autre  mollet,  de  manière  à  ne  traverser  que  la 
peau,  et  j'y  adaptai  le  conducteur  que  je  tenais 
dans  la  bouche  ;  mais  je  n'aperçus  aucune  oscil- 
lation ;  ce  qu'on  explique  en  disant  que  les  cou- 
rans  partant  des  deux  aiguilles  se  font  équilibre. 

Je  voulus  savoir  ce  qu'il  pouvait  en  être  sur  le 
cadavre  froid.  Je  n'observai  aucune  oscillation  ; 
celles^?,  au  contraire,  devinrent  très-prononcées 
quand  j'avais  soin  de  porter  de  vingt  degrés  à  qua- 
rante la  température  des  parties  de  cadavres  dont 
je  me  servais. 

De  ce  qu'il  n'y  a  pas  de  phénomènes  galvani- 
ques sur  le  cadavre  froid  ;  de  ce  qu'il  y  en  a  sur 
le  cadavre  chaud ,  et  sur  l'homme  sain  comme  sur 
l'homme  malade ,  on  peut ,  je  crois  ,  conclure  que 

(1)  M.  Pouillet  a  fait  quelques  jours  après  une  série   d'expe- 
riences  intéressantes  qu'il  a  fait  connaître. 


256  TRAITÉ 

les  phénomènes  galvaniques  sont  en  rapport  avec 
ceux  de  l'oxidation  de  l'aiguille  ;  qu'ils  sont  pro- 
bablement étrangers  aux  effets  thérapeutiques 
de  l'acupuncture.  On  admettra  d'autant  plus  vo- 
lontiers cette  opinion  ,  qu'en  lisant  îa  note  de 
M.  Pouillet,  on  voit  que  des  aiguilles  de  platine , 
d'or,  etc. ,  ne  s'étant  pas  oxidées ,  il  n'y  a  pas  eu 
non  plus  de  courant  galvanique.  Cependant,  dans 
ces  cas ,  nous  n'avons  pas  remarqué  de  différence 
sous  le  rapport  thérapeutique  (1). 

§  8.   Théorie. 

Après  avoir  examiné  les  phénomènes  chimiques 
et  physiques  de  l'acupuncture ,  je  crois  naturel  de 
placer  ici  les  diverses  théories  qu'on  a  établies. 

Je  ne  conçois  pas  comment  on  a  pu  aussi  géné- 
ralement attribuer  les  effets  de  l'acupunture  à  une 
action  dérivative  :  quant  à  moi ,  il  m'est  impossible 
d'admettre  cette  opinion  d'après  les  considérations 
suivantes  : 

i°  La  piqûre  présente  à  peine  des  traces  d'irri- 
tation inflammatoire  ,  même  quand  l'aiguille  a  sé- 
journé plusieurs  jours  dans  les  parties  ,  et  cepen- 

(i)  On  a  remarqué  que  pendant  les  expe'riences  galvaniques, 
presque  toujoursles  malades  se  sont  plaints  dYlanccniens  très- vifs 
à  l'aiguille.  Il  ne  faut  pas  ,  je  crois,  chercher  la  cause  de  ce  phe'- 
nomène  ailleurs  que  dans  les  mouvemens  qu'on  imprimait  invo- 
lontairement à  Paieuille. 


DE  L'ACUPUNCTURE.  .:>; 

dant  alors  on  <i  mi  l'effet  avantageux  devenir  de 
plus  en  plus  prononcé. 

2°  Assez  souvent  Tin troduction  et  le  séjour  <!< 
l'aiguille  sont  accompagnés  de  si  peu  de  douleurs, 
quoique  le  soulagement  soit  complet  ,  que  j'ai 
entendu  plus  d'un  malade  demander  s'il  avait  en- 
core les  aiguilles. 

5°  Quand  il  y  a  de  la  douleur  à  l'aiguille ,  elle 
se  manifeste  le  plus  souvent  par  des  élanceinens 
instantanés;  quand  elle,  est  continue  ,  elle  est  en 
général  moins  forte  que  les  douleurs  produites 
par  la  maladie  ;  et  il  n'est  pas  rare  de  la  voir  di- 
minuer et  cesser  en  même  temps  que  celles-ci. 

4°  Plus  d'une  fois,  j'ai  vu  les  douleurs  cesser 
aussitôt  après  l'introduction  de  l'aiguille  :  or,  jo- 
ue pense  pas  qu'on  puisse  attribuer  un  effet  aussi 
rapide  à  une  dérivation  ordinaire  ;  ce  phénomène 
ne  peut  guère  provenir  que  d'une  action  sur  nn 
fluide  extrêmement  subtil ,  quel  qu'il  soit. 

5°  Quand  on  a  l'ait  un  usage  répété  des  aiguilles, 

leur  présence    occasione   toujours  des    douleurs 

de  plus  en  plus  vives  ;   mais  je  n'ai  pas  remarque 

que  l'effet  fût  alors  plus  prompt  ni  plus  complet  : 

„  j'ai  même  quelques  raisons  de  croire  le  contraire, 

(5°  ÏNi  l'auréole  érylhémateuse  ni  son  intensité 
ne  m'ont  paru  être  toujours  en  rapport  avec  les 
effets  de  l'acupuncture. 

"~°  S'il  était  vrai  que  l'acupuncture  fùl  un  moyen 

17 


258  TRAITÉ 

irritant ,  elle  ne  ferait  qu'exaspérer  les  douleurs  , 
puisqu'on  introduit  presque  toujours  l'aiguille 
dans  le  point  le  plus  douloureux  ;  et  cependant  on 
voit  souvent  que  lors  même  qu'il  y  a  à  peine  de  la 
douleur  à  la  piqûre ,  les  douleurs  produites  par  la 
maladie  ont  disparu  au  bout  de  quelques  minutes. 

8°  L'acupuncture  a  réussi  dans  les  cas  où  avaient 
échoué  le  moxa,  lés  vésicatoires ,  dont  l'applica- 
tion est  incomparablement  plus  douloureuse.  Le 
sentiment  d'engourdissement  qui  suit  la  dispari- 
tion de  la  douleur,  l'apparition  instantanée y  dans 
d'autres  cas ,  de  douleurs  clans  des  points  plus  ou 
moins  éloignés  ,  quelquefois  de  l'autre  côté  du 
corps ,  doivent  encore  faire  regarder  Faction  de 
l'acupuncture  comme  spéciale ,  et  tout-à-fait  dif- 
férente de  celle  des  dérivatifs. 

90  Ordinairement ,  à  peine  a-t-on  introduit  l'ai- 
guille dans  l'épaisseur  d'un  muscle  contracté  spas- 
modiquement ,  qu'il  reprend  aussitôt  sa  souplesse 
naturelle  ;  quand  ,  au  contraire  ,  on  pique  un 
muscle  dans  son  état  sain ,  n'entre-t-il  pas  aussitôt 
en  contraction  ,  même  chez  un  sujet  qui  vient  de 
mourir  ? 

io°  Pourquoi  des  aiguilles,  des  épingles  , 
d'autres  corps  métalliques  aigus  ,  ont-iîs  été  trou- 
vés au  milieu  des  tissus ,  et  sont  sortis  à  travers 
la  peau  sans  traces  d'inflammation  ;  tandis  que  tout 
autre  corps  non  métallique  y  détermine  des  inflam- 


DE  L'AGI  PUNCTURE  a5g 

mations  suivies  de  suppuration?  Quoi  qu'il  eà  -<>ii, 
M.  J.  Cloquet  pense  que  l'acupunclure  agit  au- 
trement  que  les  dérivatifs  ordinaires.  Cette  idée 
l'occupait  quand,  tenant  entre  les  doigts  l'extré- 
mité libre  d'une  aiguille  implantée  dans  les  tissus, 
il  crut  sentir  un  frémissement  dans  les  doigts,  et 
même  daflÉle  bras  ;  ce  qui  lui  fit  soupçonner  que 
les  effets  de  l'acupuncture  pouvaient  tenir  au  dé- 
gagement d'un  fluide  particulier.  Plusieurs  mala- 
des ont  parlé  d'un  courant  qu'ils  sentaient  se  di- 
riger vers  l'aiguille  (1). 

Des  recherches  faites  à  ce  sujet  ont  prouvé  de- 
puis que  le  fluide  galvanique  qui  se  dégage  dans 
cette  opération  est  étranger  à  ses  effets  thérapeu- 
tiques, et  qu'il  dépend  de  l'oxidationde  l'aiguille. 
On  ne  peut  cependant  pas  pour  cela  rejeter  Ja 
théorie  de  M.  J.  Cloquet,  parce  qu'il  faudraii 
aussi  prouver  qu'il  ne  se  dégage  pas  alors  un  autre 
fluide  d'une  nature  spéciale  dont  l'existence  dans 
notre  économie  ne  pourrait  être  constatée  quv 

(i)  Quelques  personnes  n'ayant  point  ressenti  cet  engourdisse- 
ment ,  ont  commence  par  nier  la  sensation  particulière 
M.  J.  Cloquet  et  plusieurs  autres  médecins  ont  eprouve'e,  en  tenant 
pendant  quelque  temps  entre  les  doigts  l'extrémité  libre  d'un 
conducteur  métallique  fixé  à  l'aiguille  ;  mais  dette  Sensation  me 
semble  mise  hors  de  doute  ,  parle  dégagement  de  galvanisme  qu.i 
se  fait  pendant  l'opération  ,  dégagement  prouve'  par  le  galvano- 
mètre et  paraissant  dépendre  du  phénomène  iPbxrdafion  de  i  ai- 
guille. 


>26o  TRAITE 

par  des  instrumens  plus  délicats  ou  différens ,  et 
qui  manquent  encore  à  la  physique.  Attendons 
donc  de  nouvelles  recherches  pour  confirmer  ou 
infirmer  cette  théorie,  que  M.  J.  Cioquet  n'admet 
encore  que  comme  une  hypothèse. 

M.  Pelletan  pense  que  les  effets  de  l'acupunc- 
ture ne  sont  pas  liés  aux  phénomènes  galvaniques, 
et  que  le  courant  extérieur  n'est  qu'un  phéno- 
mène accessoire  de  cette  opération.  Voici  ce  qu'il 
en  dit  à  ce  sujet  dans  la  Revue  médicale  française 
et  étrangère  : 

«  Il  paraît  certain  que  l'innervation  naturelle 
peut  être  remplacée  par  un  courant  galvanique 
(Wilson  Philipp.  ).  On  a  cru  voir  qu'une  lame 
métallique  réunissant  les  deux  extrémités  d'un 
nerf  coupé  ,  permettait  le  passage  de  la  cause  de 
l'innervation.  On  a  vu  qu'un  conducteur  métalli- 
que ,  réunissant  les  extrémités  d'un  nerf  divisé , 
donnait  des  signes  de  la  présence  d'un  courant 
galvanique  (Edwards).  On  s'est  assuré  que  les 
nerfs ,  assez  bien  isolés  pour  rester  le  siège  d'un 
courant  quand  le  cercle  nerveux  est  complet  , 
agissaient  pourtant  à  une  certaine  distance  autour 
d'eux  (Edwards).  On  a  expliqué  la  contraction 
musculaire  par  l'existence  de  courans  dans  des 
nerfs  parallèles  (Prévost  et  Dumas).  On  a  distin- 
gué des  nerfs  du  mouvement  et  des  nerfs  du  sen- 
timent,  ayant  dans  îa  moelle-épinière  une  origine 


DE  l/ACLPL'JNCÏLliJî.  261 

distincte  (Bell  et  Magendie  ).  On  a  été  plus  loin  . 
et  l'on  a  vu  dans  le  cerveau  les  deux  sources  de 
cette  double  origine  par  la  duplicature  des  deux 
substances  (Laurencet). 

«  Il  est  donc  permis  d'admettre  :  1  °  que  des  nerfs 
diflérens  ,  mais  qui  se  retrouvent  ensemble  dans 
toutes  les  parties  de  l'organisation ,  sont  le  siège 
de  courans  opposés  d'un  fluide  qui  se  comporte 
comme  le  galvanisme  ; 

«  20  Que  le  cerveau  et  ses  annexes  sont  les  appa- 
reils par  lesquels  ces  courans  sont  entretenus  ; 

«  3°  Que  l'innervation  dépend  de  la  rencontre 
de  ces  courans  opposés  dans  le  tissu  intime  de 
chaque  organe. 

«  Cela  posé ,  une  aiguille  métallique  étant  in- 
troduite dans  les  parties  molles ,  rencontrera  né- 
cessairement un  certain  nombre  de  ces  filets 
nerveux ,  siège  de  courans  opposés  :  en  qualité 
de  plus  court  et  de  meilleur  conducteur  ,  elle 
réunira  immédiatement  ces  courans ,  qui  ,  dès 
lors  ,  cesseront  de  traverser  les  organes  où  se. 
rendent  ces  filets  nerveux. 

«  De  semblables  suppositions  expliqueraient 
d'une  manière  parfaitement  satisfaisante  tous  les 
phénomènes  de  l'acupuncture  ;  la  douleur  serait 
diminuée  ou  guérie,  parce  que  l'on  aurait  dimi- 
nué l'innervation  en  arrêtant  un  certain  nombre 
des  courans  qui  la  déterminent 


TRAITE 

p  Le  mode  particulier  de  l'oxidation  de  i  ai- 
guille dépendrait  du  siège  et  de  la  nature  des  cou- 
rans  qu'elle  aurait  rencontrés. 

«  La  grande  variété  des  effets  obtenus  serait 
déterminée  par  le  hasard  des  rapports  de  1  aiguille 
avec  les  filets  nerveux. 

«  L'engourdissement  serait  la  suite  de  la  dimi- 
nution dans  l'innervation. 

«  Le  lieu ,  la  profondeur  et  la  direction  de  la 
piqûre  influeraient  considérablement  sur  les  effets; 
et  il  deviendrait  essentiel  de  les  déterminer  exac- 
tement par  expérience  pour  chaque  cas ,  en  s'ai- 
dant  des  connaissauces  anatomiques ,  tandis  que 
les  Chinois  n'ont  pu  le  faire  que  par  un  long  em- 
pirisme, j^ 

«  On  pourrait  même  concevoir  qu'une  commu- 
nication facile  et  prompte  entre  quelques-uns  des 
nombreux  conducteurs  nerveux  qui  seraient  le 
siège  de  courans  opposés ,  diminuât  l'innervation 
générale  de  manière  à  produire  ,  soit  un  calme 
général ,  comme  on  l'a  souvent  observé ,  soit  un 
degré  de  faiblesse  qui  puisse  aller  jusqu'à  la  li- 
pothymie. 

«  Il  y  a  ,  du  reste  ,  deux  manières  de  considé- 
rer la  douleur  dans  cette  hypothèse  :  1  °  elle  peut 
être  liée  à  un  surcroît  d'innervation  dans  le  tissu 
des  organes,  ou  à  des  courans  trop  rapides  et  trop 
abondans,  que  la  présence  de  l'aiguille  fait  cesser  ; 


DE  LACUP4  NCT1  RE. 

*  2°  Elle  peut  dépendre,  au  contraire,  d'un  <>l>>- 
lacle  organique  au  passage  des  courans  d  on  >\^- 
tènie  de  nerfs  dans  l'autre  ;  et  ,  dans  ce  cal .  elle 
serait  produite  par  l'innervation  inaccoutumée  et 
morbide  des  parties  organiques  qui  entourent  les 
conduits  nerveux,  et  qui  recevraient  d'autant  plus 
d'influence  que  le  cercle  nerveux  serait  en  partie 
interrompu.  Dans  cette  dernière  supposition  ,  les 
aiguilles  auraient  pour  effet ,  en  établissant  des 
communications  complètes  ,  de  faire  cesser  les 
influences  latérales.  » 

M.  Pelletan,  pour  prouver  la  justesse  de  cette 
explication,  conseille,  en  terminant,  de  pratiquer 
l'acupuncture  avec  des  aiguilles  faites  de  corps 
mauvais  conducteurs  de  l'électricité,  ce  qui  serait 
au  reste.,  assez  difficile  ;  mais  il  me  semble  que  , 
dans  ce  cas  ,  loin  de  faire  cesser  les  douleurs  . 
elles  devraient  au  contraire  en  produire  autour 
d'elles. 

M.  Berlioz  avait  déjà  bien  senti  que  l'acupunc- 
ture ne  pouvait  être  regardée  comme  un  moyen 
dérivatif,  quand  il  dit  «  qu'elle  agit  en  slimulanl 
les  nerfs,  ou  en  leur  restituant  un  principe  dont 
ils  étaient  privés  par  l'effet  de  la  douleur.  » 

D'après  ce  qui  précède  .  on  voit  que  M.  Haime 
approcha  très-près  de  la  vérité  quand,  dans  son 
intéressante  notice  sur  l'acupuncture  ,  il  posa  la 
question  suivante  :    «  Peut-on  admettre  ,  d'après 


2  64  TRAITÉ 

les  médecins  qui  regardent  les  douleurs  nerveuses 
comme  îe  produit  de  l'accumulation  vicieuse  dans 
la  partie  qui  en  est  le  siège ,  du  fluide  qu'on  dit 
parcourir  les  nerfs;  peut-on,  dis-je,  admettre  que 
dans  ce  cas  l'acupuncture  agisse  en  favorisant  la 
libre  circulation  de  ce  fluide  \  et  en  débarrassant 
ainsi  ces  organes  de  la  surcharge  qui  exaltait  ou 
pervertissait  leur  sensibilité  ?  » 

C'est  très-probablement  là  la  manière  d'agir  de 
l'acupuncture ,  soit  qu'elle  soutire  le  fluide  mor- 
bide ,  comme  le  pense  M.  J.  Cloquet ,  soit  que  , 
conformément  à  l'opinion  de  M.  Pelletan,  elle  en 
interrompe  le  cours^  ou  bien  encore  qu'elle  le 
répande  dans  quelques  tissus  voisins  ;  autres  que 
les  nerfs,  d'où  il  irait  ensuite  se  perdre  dans  le  sol. 

Je  dois  rendre  compte  ici  d'un  phénomène 
observé  sur  moi-même  :  rn'étant ,  il  y  a  quelques 
jours,  trouvé  indisposé  au  point  que  mes  forces 
étaient  considérablement  diminuées  ,  je  ressentis 
pendant  un  jour  et  demi  une  sensation  particu- 
lière aux  deux  mollets  ,  où,  plus  d'un  mois  aupa- 
ravant, je  m'étais  plusieurs  fois  introduit  des  ai- 
guilles, pour  faire  quelques  expériences.  Il  y  avait 
dans  les  muscles  de  ces  régions  plus  de  faiblesse 
dans  l'étendue  de  trois  à  quatre  pouces.  Je  sen- 
tais bien  qu'à  l'endroit  même  des  piqûres  la  fai- 
blesse était  plus  grande  ,  et  qu'elle  diminuait  à 
mesure  que  mon  doigt  s'en  éloignait  ;  les  fibres 


DE  [/ÀC1  il  NCTl  RE. 
étaient  moins  aptes  à  se  contracter.  Pendant  la 
marche-,  j'étais  obligé  de  traîner  un  peu  les  jam- 
bes, crue  j'avais  de  la  peine  à  fléchir,  et  qui  nie  sem- 
blaient plus  pesantes  qu'à  l'ordinaire.  A  chaque 
pas  je  sentais  un  faible  engourdissement  dans  les 
environs  des  piqûres.  Cet  état  disparut  le  lende- 
main, à  mesure  que  les  forces  me  revinrent. 

Les  aiguilles  ayant  été  introduites  dans  l'état 
sain,  y  aurait-il  eu  soustraction  d'un  fluide  né- 
cessaire à  l'exercice  des  fonctions  des  muscles, 
fluide  qui  n'aurait  pas  encore  été  remplacé? 


266  TRAITE 


ARTICLE    DEUXIEME. 


Considérations  générales  sur  V Acupuncture. 

L'acupuncture  est  connue  depuis  trop  long- 
temps pour  qu'on  puisse  supposer  à  M.  J.  Cloquet 
l'idée  d'en  revendiquer  l'invention.  Mais  ,  qu'est- 
ce  qu'une  découverte  par  elle-même  ?  Celui  qui 
sait  la  rendre  utile  n'a-t-il  pas  au  moins  autant 
de  mérite  que  l'inventeur  ? 

Si  l'acupuncture ,  entre  les  mains  de  M.  J.  Clo- 
quet ,  a  ouvert  un  nouveau  champ  aux  recherches 
sur  le  galvanisme  animal  et  aux  vues  physiologi- 
ques qui  doivent  en  découler ,  la  thérapeutique 
lui  doit  certainement  beaucoup. 

On  doit  s'être  convaincu  par  la  lecture  des  ob- 
servations rapportées,  i°  que  l'acupuncture  est 
un  des  agens  thérapeutiques  les  plus  énergiques  ; 
2°  qu'elle  combat  efficacement  un  grand  nombre 
de  maladies  dans  lesquelles  les  autres  moyens 
thérapeutiques  ont  é  té  peu  efficaces,  ou  ont  échoué 
complètement  ;  5°  qu'elle  a  l'avantage  d'agir  pres- 
que instantanément  dans  bien  des  cas  ;  4°  qu'elle 
n'a  pas,  comme  la  saignée  ,  l'inconvénient  de  pri- 
ver l'économie  de  son  aliment ,  et  d'attaquer  la 
vie  dans  ses  principes;  5°  enfin,  que  cette  opé- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  <<>; 

ration  ne  torture  pâte  le  malade  6  l'instar  do  inoxa  . 
du  jrésicatoire ,  etc. 

M'aurait -on  pas  fait  jusqu'ici  la  médecine  des 
effet*,  parce  qu'on  ne  connaissait  pas  de  moyens 
qui  pussent  agir  directement  sur  l'influx  nerveux? 
Et  n'attaque-t-on  pas  tous  les  jours  le  système 
vasculaire ,  au  lieu  de  chercher  à  détruire  l'irri- 
tation nerveuse  ? 

La  pratique  de  l'acupuncture  aura  encore  l'a- 
vantage de  mieux  faire  connaître  les  maladies  de 
l'appareil  locomoteur  et  du  système  nerveux,  dont 
on  n'a  jusqu'à  présent  que  des  descriptions  impar- 
faites. 

Puen  n'est  plus  simple  que  cette  opération  ;  et 
c'est  presque  là  un  défaut ,  parce  que  l'ignorance 
venant  à  s'en  emparer  ,  il  pourrait  en  résulter  des 
accidens  funestes  aux  malades.  La  négligence  a 
déjà  été  cause  de  quelques-uns  de  ces  accidens  . 
que  la  malveillance  et  la  mauvaise  foi  ne  manquent 
pas  de  rejeter  sur  ce  moyen  thérapeutique. 

g   i"  Préceptes  généraux  sur  le  7?iode.  a  application  de 
V  Acupuncture. 

En  général ,  M.  J.  Cloquet  introduit  l'aiguille 
dans  le  point  le  plus  douloureux.  Cependant  . 
dans  les  maladies  des  yeux  (  ophthalmie  .  etc.  )  . 
il  introduit  l'aiguille  à  la  région  temporale  ,  et  en 


268  TRAITE 

dirige  la  pointe  jusque  vers  la  commissure  des 
paupières. 

Dans  des  inflammations  bornées  à  une  petite 
surface  ,  il  applique  l'aiguille  à  un  pouce  ou  deux 
du  siège  de  l'affection. 

Dans  les  céphalalgies ,  etc.  ,  il  l'applique  dans 
le  point  du  cuir  chevelu  qui  correspond  au 
siège  des  douleurs  ;  il  place,  dans  ce  cas,  une 
ou  plusieurs  aiguilles ,  et  les  laisse  tantôt  pendant 
quelques  heures  ,  tantôt  durant  plusieurs  jours. 

Dans  les  convulsions  ,  l'épilepsie  et  le  délire  , 
il  conseille  d'introduire  des  aiguilles  à  la  nuque 
ou  derrière  les  oreilles. 

Dans  les  contractures  musculaires ,  il  faut  in- 
troduire l'aiguille  dans  l'épaisseur  du  muscle 
contracté. 

M.  J.  Cloquet  conseille  de  se  comporter  de 
même  dans  le  tétanos ,  et  cela  d'après  l'observa- 
tion dont  nous  avons  fait  mention.  Il  est  prudent 
de  pratiquer  cette  opération  quand  le  malade  est 
à  jeun. 

Quand  on  veut  employer  l'acupuncture  sur  un 
malade  ,  il  faut  donc  en  général  s'assurer  du  siège 
précis  des  douleurs  ,  et,  pour  atteindre  ce  but  ,  il 
faut,  quand  les  douleurs  ne  sont  pas  continuelles  , 
mettre  le  malade  dans  les  conditions  nécessaires 
à  leur  développement  ,  faire  ex .-'culer  certains 
mouvemens  au  membre  malade,  etc. 


DE  L'ACUPl  \<T(  RE.  269 

S'il  v  a  plusieurs  points  douloureux  .  il  faul  in- 
troduire une  aiguille  pour  chacun  de>ces  points. 
Quelquefois  cependant  une  seule  aignill 
pour  l'aire  disparaître  une  douleur  plus  ou  moins 
éloignée.  J'ai  vu  plusieurs  lois  une  seule  aiguille 
appliquée  à  la  partie  supérieure  d'un  membre  , 
faire  cesser  des  douleurs  qui  s'étendaient  dans 
toute  sa  longueur.  Quand  l'aiguille  était  intro- 
duite à  sa  partie  inférieure,  plus  rarement  la  dou- 
leur située  entre  elle  et  l'origine  du  nerf  disparais- 
sait-elle ;  mais  j'ai  vu  quelquefois  l'influence  de 
l'acupuncture  se  faire  sentir  jusque  dans  le  côté 
opposé  du  tronc. 

Quand,  après  l'introduction  de  l'aiguille,  une 
douleur  se  manifeste  plus  ou  moins  vive  dans  un 
autre  point ,  que  la  première  ait  disparu  ou  non . 
il  faut  aussitôt  y  introduire  une  autre  aiguille  .  une 
troisième  même,  etc.  ,  dans  le  point  où  il  s'en 
serait  encore  manifesté  une  nouvelle.  Le  temps 
pendant  lequel  il  faut  laisser  l'aiguille  en  place 
varie  à  l'infini  :  quelquefois,  comme  dans  cer- 
taines névralgies  récentes  .  l'acupuncture  a  pro- 
duit son  effet  dès  la  cinquième  ou  sixième  minute, 
très-rarement  plus  tôt  ;  d'autres  fois  ,  comme  dans 
certains  rhumatismes  anciens,  il  n'y  a  pas  d  elle  1 
avant  une  heure.  Il  faut,  dans  tous  les  cas  .  ai- 
tendre  que  la  douleur  morbide  ait  pins  ou  moins 
complètement  disparu; 


270  TEAITE 

Quelquefois  les  organes  ont  contracté  une  telle 
habitude  morbide ,  qu'il  faut  alors ,  pour  se  ren- 
dre maître  de  la  maladie  ,  prolonger  l'action  des 
aiguilles  et  les  laisser  des  heures  entières  ,  et  même 
plusieurs  jours  dans  les  tissus  ;  c'est  le  cas  d'une 
affection  ancienne .  ou  dépendant  d'un  virus,  d'une 
lésion  profonde  des  tissus ,  d'une  inflammation 
chronique ,  etc.  On  peut  encore  avoir  recours  à 
l'acupuncture  prolongée  quand,  dans  tout  autre 
cas  ,  l'acupunture  momentanée  n'a  pas  suffi. 

En  général,  après  l'introduction  d'une  aiguille 
dans  un  point  douloureux .  ou  les  douleurs  dis- 
paraissent entièrement  au  bout  de  quelques  mi- 
nutes ,  ou  elles  changent  de  place ,  ce  qui  est 
d'un  très-bon  augure  ,  ou  enfin  elles  s'étendent , 
et  dans  ce  cas,  quand  l'aiguille  est  retirée,  assez 
souvent  elles  disparaissent  entièrement ,  ou  bien 
sont  moins  vives. 

L'espoir  de  guérison  m'a  paru  aussi  plus  fondé 
quand  il  se  manifestait  à  l'aiguille  de  légers  élan- 
cemens. 

Quelquefois  les  douleurs  augmentent  d'abord, 
puis  elles  diminuent  et  cessent  enfin ,  ou  bien 
elles  restent  les  mêmes  qu'avant  l'acupuncture  : 
dans  ce  dernier  cas  il  arrive  que  le  soulagement 
n'a  lieu  que  quelques  heures  après  cette  opération. 

Quelquefois  l'acupuncture  n'est  accompagnée 
ni  suivie  d'aucun  changement  dans  l'affection. 


DE  L'ACI  PI  NCT1  RE.  -i 

J'ai  vu  quelquefois  arfe  première  acupuncture 

être  presque  sans  effet,  et  L'affection  diminuer  ou 

céder  à  une  .seconde  application.  Il  ne  faut  donc 

passe  laisser  décourager  par  un  premier  insuccès. 
quand  on  croit  d'ailleurs  le  moyen  applicable. 

Rarement  on  aperçoit  des  effets  avantageux 
avant  deux  ou  trois  minutes  de  séjour  de  l'aiguille 
dans  la  partie  :  le  plus  souvent  ils  commencent  à 
être  marqués  de  cinq  à  dix  minutes. 

Ordinairement  la  disparition  des  douleurs  est 
suivie  d'un  sentiment  d'engourdissement  qui  dis- 
paraît lui-même  bientôt  après. 

Pendant  le  séjour  de  l'aiguille,  plus  d'un  malade 
m'a  dit  éprouver  la  sensation  douloureuse  d'un 
courant  se  dirigeant  du  côté  de  l'aiguille  ;  d'au- 
tres ont  dit  qu'ils  éprouvaient  un  sentiment  de 
traction  douloureuse;  d'autres  enfin 3  des  élance- 
mens. 

Quand  on  a  été  obligé  d'avoir  recours  plusieurs    , 
fois  à  cette  opération ,  on  voit  souvent  que  cha- 
que  fois    le   soulagement  devient   de  moins  en 
moins  grand,  quoique  les  douleurs  de  l'aiguille 
aillent  en  augmentant. 

Quelquefois,  mais  rarement,  au  bout  de  deux, 
cinq  ou  quinze  minutes .  il  se  manifeste  une  li- 
pothymie,  que  je  n'ai  jamais  vue  aller  jusqu'à  la 
syncope. 

Il  n'est  pas  rare  de  voir  l'acupuncture  dévelop- 


272  TRAITE 

per  dans  les  parties  affectées  un  sentiment  de  cha- 
leur suivi  de  sueurs  salutaires. 

Quand  on  a  employé  avec  succès  l'acupuncture 
dans  des  cas  où  les  douleurs  sont  accompagnées 
de  gonflement  et  de  rougeur  de  la  partie  ,  ces 
deux  dertiiers  symptômes  ne  tardent  pas  à  dispa- 
paraître  comme  les  douleurs. 

On  est  souvent  frappé  de  la  rapidité  avec  la- 
quelle on  voit ,  chez  les  malades  soumis  à  l'acu- 
puncture ,  s'épanouir  les  traits  de  la  figure  ,  où  , 
un  instant  auparavant ,  se  peignait  une  douleur 
vive  et  profonde  ;  et  la  joie  éclater  dans  les  gestes 
et  les  paroles  d'une  personne  qui  présentait  il  n'y 
a  qu'un  instant  tous  les  signes  de  souffrances 
horribles. 

Après  les  névralgies  traitées  par  l'acupuncture  ; 
surtout  quand  elles  sont  anciennes,  on  voit  par- 
fois persister  le  sentiment  de  froid;  mais  le  plus 
ordinairement ,  dans  ce  cas ,  au  froid  succède  une 
douce  chaleur  qui  se  répand  dans  toutes  les 
parties. 

Dans  quelques  cas  rares,  après  l'introduction 
de  l'aiguille ,  les  douleurs  s'exaspérant  considéra- 
blement ,  ne  serait-il  pas  alors  convenable  de  la 
retirer  et  de  l'introduire  de  nouveau  à  quelque 
distance  ? 

Quand  on  emploie  l'acupuncture  dans  des  af- 
fections articulaires  anciennes,  il  arrive  assez  son- 


DE  L'ACUPONCTURE.  a?3 

vent  que  cette  opération  fait  disparaître  toutes 
les  douleurs  sans  rendre  aux  articulations  leur 
mobilité  naturelle  ,  et  aux  muscles  leur  énergie 
ordinaire.  Il  ne  faut  pas  alors  s'obstiner  à  prati- 
quer l'acupuncture;  c'est  l'exercice,  des  bains, 
des  frictions  ,  etc.  ,  moyens  auparavant  iinpuis- 
sans  ,  qu'il  faut  employer  alors. 

INe  pourrait-on  pas  alors  se  servir  des  aiguilles 
pour  faire  passer  dans  les  parties  affectées  un  cou- 
rant galvanique  ,  ou  pour  y  déterminer  des  com- 
motions électriques?  Quelques  observations  m 'en- 
gageraient à  le  faire.  Je  ne  crois  pas  être  ici  en 
contradiction  avec  moi-même.  En  effet,  si  je  suis 
très-porté  à  croire  que  l'acupuncture  agit  sur  le 
principe  de  l'innervation ,  je  ne  sais  pas  s'il  est 
prouvé  que  ce  principe  soit  du  fluide  électrique.  Il 
faudrait  d'ailleurs  mettre  toute  théorie  de  côté  . 
si  l'observation  prouvait  que  dans  ce  cas  l'emploi 
de  l'électricité  est  avantageux.  Ce  serait  un  moven 
excitant  auquel  on  aurait  recours  après  que  les 
aiguilles  auraient  soustrait  le  principe  de  la  dou- 
leur. 

On  doit  aussi  avoir  remarqué,  en  lisant  les 
observations  ,  que  dans  certaines  affections  chro- 
niques des  viscères,  l'action  de  l'acupuncture, 
d'abord  efficace,  semblait  bientôt  s'affaiblir  ci 
réclamer  l'emploi  auxiliaire  de  quelques  autres 
médicamens,  variés  suivant  les  circonstances. 

18 


274  TRAITÉ 

Au  reste  ,  je  ne  dois  pas  oublier  de  dire  que 
quand  l'acupuncture  a  réussi  à  faire  disparaître 
des  douleurs  ,  si  ces  douleurs  reviennent  quel- 
ques heures  après  ,  elles  sont  presque  toujours 
moins  fortes  ,  et  une  ou  deux  acupunctures  ne 
manqueront  pas  le  plus  souvent ,  dans  ce  cas ,  de 
les  faire  disparaître  entièrement. 


§  2.  Affections  où  l'on  peut  employer  V Acupuncture 
avec  succès. 

On  peut  donner  une  idée  générale  des  efFels 
de  l'acupuncture  ,  en  disant  avec  M.  J.  Cloquet , 
1°  que  tantôt  elle  procure  la  guérison  radicale  de 
l'affection  ,  comme  dans  beaucoup  de  névralgies , 
de  rhumatismes ,  etc.  ;  2°  que  tantôt  elle  n'amène 
d'autre  résultat  que  la  cessation  ou  la  diminution 
des  douleurs  dépendant  d'une  lésion  organique 
profonde ,  comme  une  luxation  spontanée  ,  etc.  ; 
3°  enfin  ,  que  d'autres  fois  elle  ne  produit  aucun 
effet ,  comme  dans  certaines  douleurs  et  les  pa- 
ralysies j  etc. 

i°  M.  J.  Cloquet  emploie  l'acupuncture  dans 
les  névralgies sus-orbitaires ,  temporales,  faciales, 
sciatiques,  etc.  C'est,  sans  contredit ,  contre  ce 
genre  d'affection  que  l'acupuncUne  présente  les 
effets  avantageux  les  plus  prompts ,  les  plus  con- 


DE  L'ACUPUNCTURE.  375 

stans  et  les  plus  durables  ;  c'est  dans  ce  cas  qut& 
sezsouventune  acupuncture  de  quelques  minutes 
suflit  pour  faire  disparaître  sans  retour  un*-  sftéc 
tion  qui ,  depuis  plus  ou  moins  long-temps,  cau- 
sait au  malade  des  douleurs  très-vives.  Dans  ce  cas, 
je  l'ai  à  peine  vue  échouer  contre  ces  maladies  une 
fois  sur  six  ;  et  je  suis  très-porté  à  croire  qu'en 
y  associant  d'autres  moyens,  modifiés  suivant  la 
circonstance ,  on  pourrait  rendre  ses  effets  encore 
plus  constans. 

Cette  opération  m'a  paru  réussir  aussi  presque 
constamment  contre  le  rhumatisme  ,  soit  aigu  , 
soit  chronique  ,  mais  plus  souvent  dans  le  rhu- 
matisme musculaire  que  contre  le  fibreux. 

Elle  est  presque  toujours  suivie  de  succès  dans 
les  douleurs  récentes  ,  suite  de  tiraillement  des 
ligamens  articulaires  ;  dans  les  raideurs  des  arti- 
culations ,  suite  de  ces  tiraillemens  ou  d'une  con- 
tusion ;  quelquefois  dans  les  inflammations  chro- 
niques ,  et  même  les  inflammations  aiguës. 

L'acupuncture  ayant  réussi  très-fréquemment 
dans  les  contractures  musculaires  ,  les  crampes  , 
M.  J.  Cloquet  pense  qu'elle  pourra  réussir  égale- 
ment dans  le  tétanos.  Elle  a  réussi  dans  la  chorée. 
Dans  le  délire  ,  il  a  introduit  avec  succès  des  ai- 
guilles à  la  nuque  et  vers  le  sommet  de  la  tête. 

On  l'emploie  avec  succès  dans  les  céphalal- 
gies ,   i'ophthalmie,    M.   J.    Cloquet   croit   cette 


2-6  TRAITÉ 

opération  utile  dans  l'ophthalinie  aiguë.  On  doit 
avoir  vu  que  quelques  observations  engagent 
à  l'employer  dans  d'autres  affections  du  globe 
oculaire,  où  la  vue  est  affaiblie  ou  pervertie,  lors 
même  qu'il  n'y  a  plus  de  douleurs  à  l'œil  ni  à  la 
tête,  et  même  quand  il  n'y  en  a  jamais  eu. 

On  peut  l'employer  dans  les  odontalgies ,  dans 
les  troubles  de  la  respiration  dépendant  d'une 
affection  de  l'appareil  extérieur  de  cette  fonction , 
telles  que  la  pleurodynie  ,  les  contusions  de  la 
poitrine ,  etc.  ;  dans  les  affections  nerveuses  des 
organes  de  la  digestion ,  et  dans  celles  dépendant 
d'une  inflammation  chronique. 

Il  y  a  quelques  essais  heureux  qui  engageât  à 
l'essayer  dans  la  goutte. 

2°  Un  grand  nombre  d'observations  portent  à 
croire  que  l'acupuncture  est  surtout  le  remède  de 
la  douleur ,  ce  qui  doit  aussi ,  je  crois ,  prouver 
d'une  manière  évidente  qu'elle  agit  directement 
sur  le  système  nerveux,  dont  elle  modifie  les  pro-> 
priétés  d'une  manière  quelconque. 

M.  J.  Cloquet  est  très-porté  à  croire  que  Facu-^ 
puncture  doit  avoir  de  bons  effets  sur  les  douleurs 
dépendant  d'une  affection  cancéreuse  ;  et  M.  Eé-^ 
camier,  médecin  de  l'Hôtel-Dieu  de  Paris,  a  réussi 
dans  des  douleurs  lancinantes  de  l'utérus. 

Loin  de  nous  cependant  l'idée  que  l'acupunc- 
ture soit  unrinoven  curatif  infaillible  dans  toutes 


DE  L'ACUPUNCTURE.  277 

les  espèces  de  maladies  que  nous  venons  de  pas- 
ser en  revue.  Si  j'ai  fait  connaître  les  affections 
où  elle  a  été  employée  avec  succès ,  c'est  pour 
qu'on  répète  les  expériences  dans  des  cas  sem- 
blables. Je  suis  encore  plus  éloigné  de  croire 
qu'elle  doive  constamment  réussir  dans  toutes  les 
espèces  de  maladies  où  elle  paraît  le  plus  efficace. 
D'ailleurs,  il  ne  faudrait  pas  borner  ses  essais  aux 
affections  dont  il  est  ici  mention  ;  car  tous  les 
jours  nous  sommes  étonnés  de  voir  l'acupuncture 
réussir  là  où  nous  n'en  attendions  pas  d'effet. 

C'est  un  grand  malheur  pour  la  propagation 
d'un  moyen  nouveau,  quels  que  soient  ses 
avantages ,  que  d'être  reçu  avec  trop  d'enthou- 
siasme ;  et  il  était  impossible  que  l'acupuncture 
n'en  produisît  pas ,  tant  à  cause  de  la  rapidité  de 
ses  effets ,  qu'à  cause  de  la  singularité  du  moyen. 
On  exige ,  dans  ce  cas ,  beaucoup  plus  que  le 
moyen  ne  peut  donner  ;  on  est  nécessairement 
déçu  dans  ses  prétentions ,  et  dès  lors  on  ne  croit 
plus  même  à  ce  qu'il  a  produit.  Mais  nous  som- 
mes dans  un  siècle  trop  éclairé  pour  qu'avant  de 
porter  son  jugement  on  refuse  d'interroger  l'ex- 
périence. 

5°  L'acupuncture  n'ayant  produit  aucun  soula- 
gement dans  les  affections  qui  semblent  dépendre 
d'une  diminution  d'énergie  dans  l'influx  nerveux, 
comme  laparalysie  Je  tremblemenlmercuriel, etc., 


278  TRAITÉ 

M.  J.  Cloquet  songea,  dès  ses  premières  expé- 
riences ,  à  se  servir  d'aiguilles  pour  faire  passer 
un  courant  galvanique  dans  les  parties  affectées , 
ou  pour  y  introduire  des  décharges  électriques. 
Des  recherches  ont  été  commencées  à  ce   sujet. 

Si  une  expérience  plus  étendue  confirme , 
comme  j'ai  tout  lieu  de  l'espérer  ,  les  succès  ob- 
tenus par  l'acupuncture ,  combien  l'humanité  ne 
sera-t-eîle  pas  redevable  à  M.  J.  Cloquet  d'avoir 
tiré  de  l'oubli  un  moyen  si  précieux ,  et  d'avoir 
étendu  sa  puissance  en  prolongeant  son  action  ! 
Des  affections  contre  lesquelles  la  médecine  était 
presque  impuissante  se  trouveraient  ainsi  guéries 
en  très- peu  de  temps  ;  mais,  ce  qui  lui  donne 
encore  plus  de  titres  à  la  reconnaissance  ,  c'est 
d'avoir  fourni  les  moyens  de  soulager  la  classe 
nombreuse  des  artisans,  des  cultivateurs,  des  mi- 
litaires et  des  marins,  qui  sont  exposés  à  un  si 
grand  nombre  d'affections  douloureuses. 

Il  est  incontestable  que  l'acupuncture  mérite 
un  rang  distingué  dans  la  thérapeutique  ;  c'est 
l'avis  de  tous  ceux  qui  se  sont  donnés  la  peine 
d'assister  aux  expériences  de  M.  Jules  Cloquet 
ou  qui  ont  bien  voulu  en  faire  eux-mêmes. 

Quelques  médecins  ayant  fait  des  essais  au 
hasard  sur  deux  ou  trois  malades ,  ont  remar- 
qué que  chez  eux  l'acupuncture  avait  été  sans 
effet  bien   marqué ,    ils  en   ont  conclu   que   ce 


DE  L'ACUPUNCTURE.  279 

moyen  doit  être  rejeté.  Puisse  ce  faible  travail 
les  porter  à  révoquer  leur  jugement  et  à  recom- 
mencer leurs  expériences  ! 


FIN. 


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